I. — PERCEPTION DE RESSEMBLANCE ET DE DIFFÉRENCE
184. La perception syncrétique, où il peut y avoir confusion, n'est que Timage sensationnelle de l'objet représenté ; par l'analyse
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nous discernons les parties de l'image, et nous les iodividualisons mentalement, comme si elles étuicnt des individus objectivement; elles correspondent alors à un mot, pur signe de l'idée, son correspondant (extérieur, comme l'objet entier est le correspondant de l'image. La réunion des éléments décomposés constitue la synthèse ou la reconstruction de l'individu de la perception. L'analyse, nous l'avons dit, est l'origine de la pensée ; la synthèse en est le premier acte. Cette première analyse et cette première pensée ne constituent pas cependant la pensée réfléchie proprement dite ; celle-ci ne commence qu'avec la perception de ressemblance et de différence, et les nouveaux processus analydques et synthétiques. Au nouveau degré se trouve la connaissance, laquelle se fait par distinction et par ressemblance ; et c'est cela qui constitue la relativité de la connaissance.
185. Pour cette perception, les objets ne sont ni identiques ni différents, comme dans la phase syncrétiquc, mais .lemblables et dissemblables. Je veux parler des objets qui sont compris dans une classe, laquelle est désignée par un nom, nom de classe. Tous les hommes sont semblables entre eux, ils sont aussi dissemblables ; mais ils ne sont ni identiques ni différents ; on peut en dire autant des choses, des arbres, des chevaux, des éléphants, etc... Ces objets sont semblables parce qu'ils ont des éléments communs, et généralement les éléments que nous avons appelés universels et qui sont désignés par le substantif appellatif ou le nom de classe; ils sont dissemblables parce que les éléments particuliers actieclifs, attributs ou prédicats, y sont différents. Après l'analyse primitive et la synthèse spontanée, il est facile de diitinj/uer un individu d'un autre, et p!ll' suito de le foitlUnh'fi, ('OlllnU' il est frtcili' de trouver
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OU une différence totale. Cheval, par exemple, est un nom de classe, c'est l'élément universel, c'est une partie de cet individu, et par suite une idée, parce que c'est une représentation mentale ; mais cheval est un composé de différentes parties qu'on peut distinguer et séparer. C'est un animal, un vertébré, un quadrupède, il a une forme, une taille, une force, une rapidité, etc., déterminées. Pour nous un cheval est toujours l'être vivant qui a toutes ces qualités, ces parties constitutives. Mais chacune de ces qualités peut êti*e représentée en elle-même : elle est alors une idée ; et le nom de classe est par suite un complexus d'idées. Chacune de ces idées peut entrer dans la composition d'un autre nom de classe avec des éléments ou des idées différentes. Ainsi organisme est ime idée qui entre dans la composition du mot animal et du mot cheval en particulier ; mais cette idée entre aussi dans la composition du mot arbre et du mot poirier en particulier. Pourtant animal et arbre sont deux noms de classes différentes, comme cheval et poirier.
On a, par suite, le plus grand nombre de ressemblances par la perception de l'élément universel de l'individu, et les degrés divers de ressemblance dans la composition variée des éléments ou idées qui forment l'élément universel ou le nom de classe. Les sciences de classification, comme la zoologie et la botanique, montrent claii*ement ce que j'affirme ; car la classification s'appuie sur les éléments divers qui composent l'élément universel , commun aux individus, et la gradation sur le nombre de ces mêmes éléments. Les mêmes sciences prouvent que la connaissance se fait par des distinctions et des différences, ce qui n'est pas possible sans une analyse antérieure : le processus de différence et de ressemblance suppose par suite celui d'idéation.
186. Connaître équivaut dans la pratique à distinguer; ne pas distinguer, c'est confondre, c'est-à-dire ne pas connaître, ou mieux prendre im objet pour un autre objet précédemment connu. Cela veut dire que la connaissance se fait par relation ; nous ne pourrions connaître aucun objet qui n'aurait aucune relation si petite qu'elle soit avec un autre. Cette relation est un phénomène inteine, parce qu'elle porte toujours sur la ressemblance des idées et des formes mentales provenant de l'analyse des sensations, et qui sont aussi des phénomènes intérieurs, des images qui ne correspondent pas à la nature de la réalité objective. De même que nous attribuons naturellement la sensation à l'objet, nous attribuons aussi aux objets la relation ; mais celle-ci, comme la sensation, n'est qu'une apparence mentale, condition indispensable de la connaissance.
Ce même fait est encore prouvé par l'expérience journalière. 11 peut se présenter à nous des objets que nous n'avons jamais vus ou perçus; immédiatement nous décomposons ce tout en ses parties, et nous savons en trouver la ressemblance ou la différence avec les
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objets ou certaines parties des objets que des expériences antérieures nous ont fait connaître. C'est un pi-ocessus analy^que a la suite duquel vient la distinction, et par suite la connaissance. Dans le développement plus élevé de la pensée, nous ne pouvons avoir la conception d'une chose , si cette chose se présente isolée et sans relation avec quelque autre chose que nous connaissions, ou avec une idée qui soit claire et distincte. Dans le développement ultérieur de la connaissance, les nouvelles choses sont et peuvent être apprises automatiquement, gn'ice ix la relation qu'elles ont avec celles que □ous connaissions antérieurement. Le paysan qui sort de son Tillage pour la première fois trouve bien vite que tout ce qu'il voit dans la ville a un rapport de ressemblance ou de dilTérence avec ce qu'il est habitué à voir dans son village. Un objetqui n'a aucune ressemblance ou aucun rapport avec d'autres à lui connus, quels qu'ils soient, est nouveau ; et il n'en comprend ni la valeur ni la signification. 11 en est ainsi des petits enfants, et même de tous les hommes, dans une sphère plus étendue. Le langage exprime bien la relation; il aide merveilleusement à la connaissance ; et souvent ce qui dans la perception immédiate n'est pas connu, par suite de la diflicullé à décomposer les éléments de l'objet, est indiqué et porté à la connaissance par la parole. De là, il résulte que la connaissance se fait encore par négation, ce qui correspond à la relation de dilTérence. Nous avons une connaissance claire et distincte de certaines choses par leur négation. Mouvement et repos expriment une affirmation et ime négation ; et l'idée du mouvement devient plus claire par la négation de cette idée qui est le repos. Là aussi, la langue est d'une grande utilité pour la connaissance, parce qu'elle possède un grand nombre de mots i|Hi i.'xpnnii'iil ri>s milillièscs ; iliiihlrcs |ii'iivriit rtiT formés.
stitutifs (le rîmage sensationnelle. La relation est, comme on voit, un fait idéal, un rapport trouvé entre des idées ; ces idées sont la cause immédiate qui (;\cite Tactivité psychique au nouveau développement perceplif de relation ; et sans celte nouvelle évolution le phénomène le plus élevé qui est la raison humaine, ne pourrait se produire.
Dans la perception des relations, nous avons prés(*ntes la ressemblance ou la dissemblance, ou toutes les deux ensemble ; parce que la dissemblance et la ressemblance peuvent exister simultanément. Un objet est semblable à un autre par un certain nombre d'éléments communs, et dissemblable par d'autres éléments qui sont différents. Nous appelons d'ordinaire semblables (;eux qui ont plus délémenls communs que d'éléments différents, et réciproquement. La ressemblance est donc relative à la différence.
Cependant, bien que la relation soit entre les éléments sensationnels devenus idées, nous rapportons ce nouveau produit aux objets eux-mêmes qui ont été la cause première ex(!itatrice des phénomènes, dans toute la série des développements successifs. En somme, la relation est un produit ment;d, et je dirai même, plus mental que l'idée, parce qu'elle est un rapport entre des idées ou produits mentaux, mais nous avons l'habitude de l'attribuer aux objets extérieurs. C'est par là que nous pouvons trouver la relation entre les choses du monde extérieur, et que nous avons coutume de l'affirmer comme réelle et existante à la façon d'un objet concret. Tout ce travail est subjectif et mental, mais il repose, comme sur un fondement inébranlable, sur l'extériorité de la sensation ou de robj(ît considéré sous son apparence sensible.
188. La relation peut être entre un tout et ses parties constituantes, entre deux touts différents ou distincts, entre les parties d'un tout, entre les |)arties de deux ou plusieurs touts.
1^ Entre un tout et ses propres parties il y a une relation que l'on perçoit, et que l'on peut aussi exprimer, si un objet est décomposé en s(»s élém(»nts sensationnels, et si l'un de ces éléments ou tous ces éléments sont avec l'objet entier dans tel ou tel rapport déterminé. Vn arbre est un tout ; les racines, le tronc, les branches, les feuilles en sont les parties, concrètes elles aussi; la hauteur, la forme, la couleur, l'odeur sont des éléments que le processus idéal peut seul séparer ; je puis trouver ime relation d'une certaine nature entre l'arbre entier et sa hauteur, ses fleurs et ses feuilles et ainsi de suite.
i*" La relation entre deux touts divers suppose la dé(!omposition de chacun d'eux en ses parties, et quehiue élément commim entre eux. Un animal et un vég(''lal ont entre eux une certaine relation par les éléments qui les constituent, et |)ar ce qu'ils ont de commun, un organisme.
3'^ Les parties d'un tout ont entre elles certaines relations : la grosseur d'un cheval avec sa vitesse et sa force ; la couleur d'une
Sergi. 11
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fleur avec son odeur ou sa forme. Ce sont lu des relations entre des parties, et dod entre des touts.
4° On peut encore trouver qu'entre un élément d'un tout et un élément d'un autre tout, il y a ressemblance ou différence, ou proportion, ou toute autre relation ; comme entre la ridélilé du cliien et les sentiments du chat pour son maitre ; l'iatclligence d'un oiseau et celle d'un quadrupède, etc..
Le langage exprime ces relations, qui objectivement ne peuvent qu'être rendues par des mots, comme les idées. Il est ce qu'il y a de concret, de réel, correspondant au produit psychique des relations, qui prennent souvent la forme d'adjectifs de quantité auxdivers degrés, comparatif et superlatif, ou d'adjectifs de qualités, de modes ; et plus encore celle de locutions adverbiales, ou d'adverbes proprement dits. Une relation qui est encore Indéterminée pour l'esprit n'est pas exprimée, n'a pas de correspondant objectif; une relation nouvellement trouvée n'a d'aboi-d pour ôire exprimée qu'une circonlocuiion ou une phrase ; quand elle est claircmcut déterminée, la langue trouve inmiédiatemcnt l'expression qui lui convient.
180. Les relations indiquées dans le paragraphe pn';cédent sont celles qui sont directement pcrvnes sur les éléments idéaux venant de la sensation perceptive. Sluis il peut y avoir, il y a même une autre foi-me de relations que l'on perçoit et que l'on trouve entre des relations dtgà trouvées et exprimées. On a alors des relations d'un degré plus élevé, des relations de relations. Les relations sont des idées, et toujours des idées; la relation plus clevcc est toujours une relation entre idées.
Les exemples donnés pour les relations méritent une analyse plus sérieuse. La relation du premier genre peut être perçue entre plusieurs éléments individuels ou idées, queces éléments appartiennent à
particuliers), j'ai trouvé qu'il y a quelque chose qui les fait semblables, c'est-ù-dire certames parties qui sont communes (organes) ; Tensemble des organes dans un individu, je l'appelle oi^anisme. Avoir trouvé une relation entre les végétaux et les animaux particuliers , par le moyen d'éléments semblables ou communs, constitue le 1®' degré; avoir trouvé que cela est un organisme, c'est le 2® degré, c'est une relation entre les premières relations. Il suit de là que les éléments des deux sortes de relations ne varient pas, mais dlflcrent seulement par leur généi*a]ité; les premiers sont moins généraux, les seconds le sont plus ; et si j*ai exprimé les premiers au moyen des mêmes termes généi*aux, la faute en est à la langue qui exprime toujours autant que possible l'universalité la plus haute.
Je dis que c.elte perception de relations peut avoir divers degrés : il peut s'en trouver un 3® (R^) ou relations entre les relations du 2* degré, et ainsi de suite, d'où nous aurons :