CHAPITRE PREMIER
La Goiucience
242. On a donné du mot conscience des interprétations nombreuses et variées. On a considéré généralement la conscience comme un tableau sur lequel viennent s'inscrire les faits psychiques, ou comme une faculté spéciale par laquelle tout événement psychique se manifeste à l'être vivant. Pour d'autres la conscience est une connaissance, quelque chose de plus élevé qu'un simple avertissement ; pour quelques-uns, elle ne fait qu'une seule et même chose avec les modifications de Tesprit. J'ai considéré ailleurs la conscience comme une propriété du phénomène psychique.
Un phénomène que nous appelons psychique est un changement de 1 état dans lequel nous nous trouvons, et constitue par suite un nouvel état, qui est une manière d'être psychique. Si cette modification n'est pas connue de nous, ce n'est plus un nouvel état qui se produit, et nous restons ou nous persistons dans le premier. Par suite, pour qu'on puisse dire qu'il constitue pour nous un nouvel état, il est nécessaire qu'il soit connu de nous. Puisque la connaissance que nous avons d'un changement psychique s'appelle conscience, il suit qu'un nouvel état doit être conscient pour être considéré comme tel, et comme le changement d'un état antérieur auquel il se substitue. Mais des changements peuvent se produire sans être connus de nous ou conscients ; je dis que ces changements ne sont pas des changements d'un état antérieur que nous connaissions, et qu'ils restent dans l'ombre ; nous pouvons les appeler inconscients, et par cela même ils ne sont pas des modifications psychiques. Je crois, par suite, qu'un fait, un changement quel qu'il soit, qui se produit en nous, a le caractère psychique quand il est réellement un changement d'état et qu'il constitue un état nouveau, une modification d'un état précédent ; et, pour qu'il soit un état psychique, 11 est nécessaire qu'il soit coAscient ; être conscient, voilà donc le véritable caractère psychique. C'est ce que j'appelle la propriété du phénomène psychique.