II. — LA PLUS PETITE DIFFÉRENCE
386. La recherche directe du temps physiologique de la perccp- Uon sans le temps du mouvement de réaction a pu être faite par des expériences d'un autre genre. On a recherdio l'intervalle miaimum de temps entre deux perceptions qui se succèdent ; il suit naturellement que le temps propre de la perception doit être celui entre un intervalle et l'autre, ou mieux le temps qui s'écoule depuis le commencement d'ime excitation jusqu'à l'intervalle qui sépare celle-ci de la suivante.
Hach (1) et Exner (2) principalement se sont occupes de ce temps appelé par Exner la plus petite différence.
Touterois, il n'est pas facile de déterminer sur le moment cette différence mininia et le temps nécessaire à la perception, parce que beaucoup de circonstances et beaucoup de conditions vieiment altérer et modifier le produit. Exner, dans son étude sur les perceptions de la vue, a montré que ce temps dépend des diverses circonstances de l'expérimenlation. Il les ramène aux quatre circonstances suivantes:
înfiité
Temps pour la pcnx'pUon
Différence
L'intensité croissant en progression géométrique, le temps physiologique de la perception diminue en proportion arithmétique. On a trouvé la même loi pour la grandeur de Timage rétinique. La présence de Timage accidentelle positive diminue le temps (1).
287. Pour ce qui est de Tendroit de la rétine excité, il est nécessaire de voir si les images coïncident sur le même point ou sur deux points différents, s'il s'agit d'images successives. Quand il y a coïncidence sur le même point de la rétine, l'influence de l'image accidentelle positive se fait sentir. On sait qu'il faut un certain intervalle de temps pour que la première image rétiuique ne se confonde pas, comme il arrive dans le cas des disques tournants à secteurs noirs et blancs, qnand il sont mus avec une certaine rapidité. L'mtervalle de temps doit être assez grand pour séparer les deux images de façon à ce qu'on en ait la perception distincte. Pour qu'un disque tournant à sept secteurs blancs et noirs d'égale grandeur paraisse gris à la lumière ordinaire du jour, il faut qu'il tourne avec une vitesse de vingt-quatre tours à la seconde ; cette vitesse dépasse la plus petite différence. Dans ce phénomène entre aussi l'avertissement sur le temps nécessaire pour que l'excitation rétinique arrive à son maximum, et sur l'image accidentelle positive ou négative qui en dérive.
Exner a trouvé que si les images rétiniques sont distantes entre elles de 0,011™", ce qui veut dire qu'elles peuvent se trouver toutes les deux au centre, la plus petite différence pour deux étincelles électriques est de 0,044 sec. Si au contraire les situations des deux étincelles électriques sont les points initial et iinal d'un mouvement réel ou apparent, le temps est alors raccounû de 0,014 à 0,015 sec. Pour la vision de mouvement en un endroit de la rétine situé à 4,1"" hors de la fossette centrale, le temps est de 0,017 sec.
Pour deux excitations dont l'une est dans la fossette centrale et l'autre dans la périphérie de la rétine, le temps est plus grand, 0,076 sec.
288. Exner, après avoir expérimenté sur les perceptions de vue, d'ouïe, de toucher séparément, a fait des expériences sur deux de ces sens pour trouver la différence minima entre des perceptions de
(1) Sitzungsher. (1er Wten, Akad. (1er Wissenschafteir, 2 Al>th, 1868, pp. 622-27, LVIII, B.
nature diOërentc. Les résultats sont rapportés dons le tableau suivant:
L» r1i>« peiite dUTùreiiM Entre deux seosalions de rumeur (éiincelles électriques) 0, OOZ*
• ■ lumière sur le même eudrail de la
rétine ( excita lions électriques
direcles), moins de 0, 017
<le lact (secousse sur les doigts, HachU 0,0!T7
• • lumineuses dans la fosse centrale
(images optiques) 0, &11
■ ■ de lumière sur la périphérie de la
réiine (images optiques) 0, 049
SensatioDsde vue et de toucher (la sensation visuelle suivanl). 0, K
■ d'ouie • 0, 06
Entre deux sensations de rameur, une pour chaque oreille. . - 0, O&l
Sensation de vue et de tact (la sensation visuelle précédant). 0, 071 Entre deux sensations de lumière, l'une k la périphérie',
l'autre au centre de la rétine 0, 076
Sensation de vue et d'ouïe (la sensation visuelle précédant). . 0, 16
Ce tableau montre combien le temps d'intervalle diUere dans les sens et entre les divers sens. Celui pour lespcrccptions auditives est le plus court de tous (0,002") ; le plus long est celui où entre deux sens la vue précède (0,071", 0,016") ; il est relativement plus court pour deux excitations sur le même organe, et plus long sur deux oignes difTérenls. Sans aucun doute, le temps du développement de la sensation après l'exciiatioti, et l'image accidentelle sur la rétine, et en général la persistance de l'impression sur les organes des sens, qui n'est pas de la môme durée pour tous, exerce une influence sur le temps d'intervalle.
perceptions où on introduit, à un moment donné, une autre perception d*un sens différent, le fait devient plus compliqué. Wundt a fait sur ce siyet une série d'expériences et en a indiqué le résultat. 11 se demande à quel élément de la série on doit joindre la perception surajoutée en dehors de la série même ? Coïncidc-t-elle avec l'élément du temps où elle se produit, ou bien y a-t-il quelque différence ?
Les expériences ont été faites sur une série de pen^cptions visuelles entre lesquelles vient s'interposer une perception auditive. Trois cas peuvent se présenter : a, ou la perception de son coïncide parfaitement avec une perception donnée de vue, et alors il n'y a aucun retard ; h. ou le son se combinera avec une perception de vue surajoutée un peu plus tard ; c. ou, au contraire, il se combinera avec une perception de vue arrivée un peu auparavant. Si, dans le premier cas, le temps de retard est au zéro^ dans le second il est positif y et dans le troisième négatif. Or, dans la plus grande partie des cas, le temps est négatif, c'est-à-dire que la perception introduite est arrivée un peu après la perception à laquelle elle s'unit (1).
Ce fait est pré(*isément (!e (jui arrive aux astronomes dans les observations du passage des astres dont ils veulent noter le temps, et c'est ce qui a conduit aux premières recherches sur la mesure du temps dans les perceptions. 11 arrive ceci, (fest que les différents individus ne percevant pas les ditlércnces de temps, et ne les signalant pas au même moment, on a ce qu'on appelle Vèquation personnelle. Par exemple, la différence entre Bessel et Argelander était de 1 ,22", c'est-à-dire qu'Argclander notait 1 ,22" après Bessel le passage d'un asire (2).