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I. — LE TEMPS DE RÉAr4TI0N SIMPLE

382. Â l'origine, c'est-à-dire quand les astronomes les premiers firent observer qu'un certain temps était nécessaire pour la production des actes psychiques, on avait adopté l'expression de temps physiologique ; mais Exner a cru devoir y substituer celle de temps de réaction, comme indiquant le fait d'une façon plus spéciale. Nous garderons la première comme expression générique.

A une excitation sensitive sur un organe périphérique répond un mouvement volontaire indiquant que l'excitation a été perçue: c'est en cela que consiste le temps de réaction. Dans ce cas, simple au point de vue de la réaction volontaire, le fait est suffisamment complexe et comprend deux temps différents entre eux, celui de la perception et celui de la volition. Le temps nécessaire à la réaction doit être, par suite, divisé entre les deux processus différents et distincts, ce qui n'est pas possible dans le cas indiqué. Ce temps indivis est de ^ à ^de seconde (1) pour une excitation de moyenne intensité, et il varie avec les différents individus.

Le tableau suivant montre le temps de réaction simple pour trois sens, d'après différents observateurs.

Temps pour les excitations :

i»l>servaleurs

Optiques

Acoustiques

Tactiles

Hirsch

Haiikel

Dunders

WilUoh

(1) Wundl, Psycholofjie pht/sioioffiqnc, lonie 11, p. 251, Irad. franc.

Sergi. 18

374 PSYCHOLOGIE PHTSIOLOGIQUI

Observa leurs Up tiques AcouiUques T*cUle*

Wundt 0, 222" 0, 16r 0, 201"

Einer 0, ISO 0, 136 0, 127

Kries 0, 193 0, 120 0, 117

Auerbach 0, 191 0, 122 0, 146

Buccola (1) 0, 164 0, 122 0, 141

De mes expériences faites sur diverses personnes, résultent les chilTres suivants :

Excit. opti<|uel Acoustiques Tactiles

II 0, 2îi 0, 1152 0,1S89' m 0,2095 0, 1009

Ces résultats non seulement rendent clair le fait des variations individuelles, mais ils montrent encore une grande divci^nce dans le temps des réactions acoustiques qui, dans noire cas, est beaucoup plus court que celui qui a été noté par les autres observateurs.

Wundt a fait un autre genre d'expérience pour chercher à établir une concordance de temps pour les divers sens ; il a expérimenté sur la limite minima d'excitation et il a obtenu les résultats suivants qui sont assez satisfaisants (3) :

Moyenne Variation moyenne

Son 0,337' 0,0501'

Lumière 0,331 0,0577

Tact 0,327 0,0324

Wtmdt fait ensuite des expériences sur des sons d'intensité dilTércnle, pour prouver que le temps de réaction est en raison

preuve du principe énoncé, lequel n'est pas confirme^ non plus par nos expériences sur le sens de Toule. Pour un son fort, j*ai obtenu 0,067''' (moyenne corrigée), et pour un son à peine perceptible, en expérimentant sur le même individu, 0,0688'''' (moyenne corrigée) ; avec un autre individu, j'ai obtenu pour un son à peine perçu, 0,0856"^, et pour un son fort, les moyennes 0,0839"', 0,118", 0,0704'' (1). Je n'ai pas encore d'expériences personnelles pour les autres sensations. Pour les excitations visuelles, Exner donne (2) :

Longueur d'une ôtincellc électriciuc Temps de réaction

Pour le sens du goût on a trouvé non seulement des variations individuelles, mais encore des variations dépendant des diverses substances employées comme excitants. Les expériences de Yintschgau ont donné les chiffres suivants (3) :

H Dr. D Fil.

Contact 0,1507' 0,1251" 0,1742'

Sucre 0,1639 0, 752 0,3502

Acide 0,1676

Quinine 0,2196 0, 993

H, Dr, D, Fti, indiquent les personnes sur lesquelles Texpérience a été faite.

Parmi les autres conditions qui influent sur la durée du temps de réaction, se trouvent l'exercice qui l'abrège et l'épuisement qui l'augmente (4j.

283. Puisque le temps de réaction, comme nous l'avons dit, comprend deux phénomènes, la perception et la volilion, Exner a cru pouvoir établir, en procédant par élimination, ce qu'il appelle le € temps réduit de réaction > freducirte ReactionszeitJ.EnîxdmeiVJLni que la transmission par les nerfs périphériques ait une vitesse de

(1^ Voir Serj§i, Ricerche di Psicolofpa sper'wwntale, Re^gio-Emilia, 1887.

(2) Op, cit,, p. 270. Du m(nx\c, Ucbtfr die zu einer Gcsichlswahrnehemung nothiye Zeit. {Sitzgber, d. Wiener Akademie d.H issensch., LVIH, 1868) pp. 016, 623, 614. Dans ce travail d'Exner, il ne s'agit pourtant pas du temps de réaction, mais de la perception proprement dite ; le résultat néanmoins est le même. Cfr. aussi V. Kries et Auerbacli, op. ait*, pp. 319, 325, 357, 372-3, pour les différents sens et pour le temps de réaction simple.

[S] PhysioL des yesc/imacks8inwf,p.20ii)é Handhiich de Hermann. Cfr. Buccolaf op, cit., pour des expériences nouvelles, p. 106»

^1) Exner, op. cit», pp. 208-9. V» Kries et Auerbach, op. ci7., pp. 301-67.

376 PSïCHOLOCIB PBTSIOLOGtQUB

62 mètres par seconde, la transmission sensitive dans la moelle une vitesse de 8 mètres et la transmission motrice une de 11-1'2, il a trouvé que, pour un cas spécial, où le temps de réaction sérail de 0,1337", le temps rédoit serait de 0,0828" (I). Wundt estime que cette réduction est incertaine, parce que la vitesse des nerfs motears est de 30 h 40 mètres, non de 62, et que celle de la moelle épinière est mal déterminée (2).

Hais examinons ce temps de réaction dans ses éléments ou moments

Wundt admet que le processus qui correspond à ce temps est foiiuc des processus particuliers suivants :

1** Transmission depuis l'organe sensoriel jusqu'au cerveau ;

2° Entrée dans le champ de regard de la conscience, ou de l'aperception {BHckfeld) ;

3" Entrée dans le point de fixation (Blickpunkt) de l'attention ou de l'aperception ;

4° Excitation volontaii'e dans l'organe central ;

5° Transmission de cette excitation aux muscles, et augmentation de l'énergie dans les muscles.

A son avis, le premier et le dernier sont purement physiologiques, les trois autres sont psychophysiques parce qu'ils ont à la fois un côté physiologique et un cAté psychologique. Sous le nom de durée de perception fPerceplionsdauerJ, il comprend le temps physiologique nécessaire pour exciter les centres sensitifs et pour l'entrée dans le champ de regard de la conscience (3).

■ Exner, de son côté, trouve sept processus élémentaires dans le processus du temps de réaction, et, par suite, sept moments différents :

1" L';iclion (il.' IWriiaUon sur T organe sonsorîpl i

par Wundt psychophysiques; ce processus indique le passage du sens au mouvement, et contient l'impulsion motrice, quatrième élément de Wundt, mais non les formes des deux autres éléments psychophysiques. Je pense que Tun de ces auteurs dit trop, Tautre trop peu.

Donders divise le processus entier de réaction en douze processus élémentaires :

1"* L*action sur les éléments deTorgane de perception ;

2'' L'ébranlement des cellules ganglionnaires périphériques ;

3^ La transmission dans les nerfs sensitifs jusqu'aux cellules ganglionnaires de la moelle épiniëre ;

4^ L'activité qui augmente dans ces cellules ;

5® La transmission par les cellules ganglionnaires de l'organe de la perception ;

6" L'activité croissante dans ces cellules.

Viennent ensuite les six autres processus jusqu*au mouvement musculaire de réaction (1). Je pense que ces subdivisions sont inutiles et rendent d'un certain côté plus difficile la compréhension du phénomène déjà complexe par lui-même. Du reste, une séparation même analytique n'est pas possible; on pourrait négliger même la distinction que fait Exncr entre la transmission des nerfs p<^riphériques et celle de la moelle épinière ; car, quoique leurs vitesses soient différentes, il n y a pas d'interruption.

Toutefois, il me semble nécessaire do considérer comme un processus élémentaire et primitif l'action première sur les organes des sens ; et le lecteur se rappellera que nous les avons appelés pfetniers centres de production du phénomène psychique. Et en fait, c'est en eux que se fait la réaction première et nécessaire à l'action externe ainsi que le changement qui produit la spécification de la fonction nerveuse. Les expériences sur les sensations lumineuses le montrent clairement. < I^ lumière, dit Helmholtz, en impressionnant la rétine, laisse dans lappareil nerveux visuel une action primitive qui ne se transforme en sensation que successivement (2). » Exner, qui avait observé aussi ce fait dans les sensations visuelles, a raison de considérer comme processus distinct cette action primitive, sur l'organe (3) ; et c'est ce qui résulte plus clairement de ses expériences directes sur le temps physiologique. Ainsi, une excitation électrique directe sur la rétine donne un temps de réaction

(1) Die SchneUigkeil psychischer Processe (Archiv fur Anat. und. Physiol. und tissenschaw. Medicine, 1868, IV), p. 661

2) Opt, physiol,, p. 475.

(3) Sitzungsberichte der Wien. Académie d. Wissensch., LVllI, 1808,2 Ablh., p. 620-21. — (Tr. Fick, Ueber den ZeitUchen Verlauf der Erregung inder Netzhaut, (Archiv. f. Anat. und. Phys., 1863). — Physiol, der (resichtssinfis iHandb. d*Heruiann), III. 1., p. 212-13.

!78 PSYCHOLOCIE PHVSIOLOGIQin

plus court qu'une excitation dérivée de la vue d'une étincelle ; le premier a été de 0,1 139", le second de 0,1506" (1).

Je ne croîs pas qu'il y ait un processus distinct pour l'entrée dans le champ de regard (Blickfeld), ni pour l'entrée au point de fixation, c'est-à-dire enti-e la perception et t'aperception : il ne me semble pas qu'il doit y avoir ta un intervalle de temps dans le cas de la réaction simple ; parce que cela pouri'ait arriver dans le cas où il y aurait une perception non encore distincte et déterminée, passant ensuite à l'état distinct et déterminé gr^ce ù l'attention rappelée par l'excitation. Ici le point de fixation de la cons(;ience est déjà en place dans le champ visuel, il est déterminé même avant le temps et il y a coïncidence parfaite entre ces deux temps que Wundt voudrait séparer {i).

284. En rt-sumé, pour la durée du processus perceptif, en faisant abstraction de ce qui a rapport à l'impulsion motrice, Wundt admet trois processus élémentaires :

1° La transmisHon de l'oigne au cerveau ;

2° L'entrée dans le champ de la conscience ;

3° L'entrée au point de fixation de la conscience.

Exner en admet trois et demi :

1' L'action sur l'oi^nc du sens.

2* La transmission centripète des nerfs périphériques ;

3* La transmission centripète par la moelle épinière ;

4° L'impulsion sensorielle centrale non encore transformée en impulsion motrice.

Donders, on l'a vu, en admet six. Mais aucun d'eux n'admet que ces processus élémentaires constituent l'acte psychique de la perception; comme nous l'avons dit plus haut, Wundt par durée de la

physiologique, et celle à laquelle on attribue le caractère psychique proprement dit ; 2? que dans le phénomène psychique, à quelque moment que ce soit de son processus, on veut enlever toute participation aux nerfs périphériques et aux organes sensoriels externes. Cependant cette partie de la substance nerveuse située entre les organes périphériques et les centres encéphaliques, non seulement remplit un rôle de conduction et de transmission, mais participe même au phénomène ; les organes externes des sens ont une part très active dans le phénomène. En fait, c'est en eux que se produit cette première transformation d'où dépend Tissue du phénomène, et c'est en eux et par eux qu*arrive cette localisation de la qualité sensationnelle, dépendant de la transformation susdite, et par laquelle on a la perception complète dans la représentation de l'objet externe. Le préjugé existe encore que le phénomène psychique est cette apparition ultime du processus dans laquelle on veut trouver le temps de sa production. Ce préjugé est analogue à celui de la conscience du processus, que l'ancienne psychologie considère comme le moment indivisible et véritable du phénomène psychique (1).

Nous disons que la perception est un phénomène qui a besoin d'un processus, que le processus a un certain nombre de phases correspondant à un même nombre de processus élémentaires, successifs, dépendant Tun de l'autre, lesquels donnent un résultat final qui parait dépendre exclusivement du processus élémentaire ultime, mais qui, en réalité, dépend de la série tout entière. En fait, si la perception, dans saformeconjicicntc, dérive d'un processus périphérique, lequel dépend nécessairement de Texcitation de l'organe du sens, il est impossible de séparer ces éléments sans annihiler en même temps l'effet psychique. Pour nous, donc, cet acte psychique final est la résultante de la série des processus élémentaires, et non du dernier seulement, de même que le phénomène psychique nous semble être de nature physiologique. D'où il résulte que, quand ces processus sont simples et sans complications, le phénomène s'accomplit dans le temps le plus court possible ; quand au contraire ils sont complexes et composés, le phénomène, qui nécessairement est complexe lui aussi, exige un temps plus grand.

Les cinq processus élémentaires établis plus haut constituent le processus total perceptif ; les quatre premiers réclament un temps physiologique spécial, lequel est successif, le dernier n'en a pas besoin. Le premier en a besoin, et en cela Exneret Donders (2) sont

(1) Cfr. SuUa natura dei fenomeni psichici. Etude de psychologie généRàle {Archivio per PAntropologia, VEntologia e la Psicologia comparata, Firenze, 1880, anno X) Part. 11.

(2) V. Kries iind Auerbach, op. cit„ p. 360, admettent les mêmes processus élémentaires qu'Exner, et, par suite, le premier lui-même.

280 PSYCBOLOGIE PHYSIOLOGIQUE

d'accord pour vaincre la première résistance et pour la réaction correspondante. Le second en a besoin pour la transmissioa et pour la résistance dans la longueur des nerft périphériques et dans la moelle épinièn;. Tous admettent également un temps physiologique pour l'excitation centrale. Et oii pouvons-nous trouver le temps du retour à la périphérie ? Dans la simple réaction, il est très court, mais nous le trouverons plus long dans des conditions plus compliquées. Il doit ^tre beaucoup plus court que celui qui est nécessaire ù la transmission centripète sensitive et la transmission centrifuge motrice, parce que la résistance a été vaincue par le courant centripète. Et nous admettons là un seul processus et un seul temps quand pour la tninsmission centripète nous en avons admis trois : la raison en est simple. Organe, nerfs périphériques, centre constituent trois stations avant d'avoir été provoqués au phénomène ; après la provocation, la communication est ouverte et établie, et l'onde nerveuse court au travers sans voncontrei" d'obstacle et sans distinction de lieu et de temps.

Le cinquième processus est une synthèse du troisième et du quatrième. Dans l'excitation centrale, avant la localisation à la périphérie, commence la conscience du phénomène sensitif, laquelle s'achève avec la localisation distincte, c'est-à-dire arrive avec cette localisation à son plus grand développement de clarté. Cela veut dire que la conscience se développe en un certain temps, mais simultanément au temps nécessaire pour les deux autres processus élémentaires qui la précédent.

^85. Il est nécessaire de faire une observation sur le mode d'e\périmeniation et sur les résuluits obtenus. Le mode le plus simple a été indiqué par Exnor sous le nom de

s li'snntn.-s.

recevoir, cette substance nerveuse y étant, en quelque sorte, préparée. Dans ces conditions, le temps physiologique doit être diminué de beaucoup, et ne peut répondre à ce qui est vrai pour les cas ordinaires de la perception (1).

Les expérimentateurs regardent comme une bonne condition Tavertissement ou le signal qui précède l'impression, ce signal étant un moyen de faciliter la production du processus psychophysique et par suite l'accélération du temps. Wundt pense montrer clairement que le signal préalable abrège le temps (2). Il s'agit des perceptions auditives.

Hauteur do In chute Movennc

ç^^ i sans signal 0,253"

^ avec signal 0,076

^ ( sans signal 0.2G6

\ avec signal 0,175

Dans les expériences de Kries et Aucrbach, l'avertissement était toujours employé pour appeler l'attention (3).

Wundt ne croit pouvoir expliquer cette différencie qu'en admettant une tension préparatoire de l'attention (vorbcre itende Spannung der Aufmerksamkeit], et il estime, avec raison, que de cette fa^'on l'aperception est facilitée (4). Mais mes expériences ne confirment pas l'opinion de Wundt (5).

On croit montrer aussi l'influence de rattentlon sur le temps de réaction en troublant l'attention. Dans re cas, il y aurait retard, comme le montrent les expériences comparatives de Wundt (6).

A son modén*

Sans rumeur simullanro Avec rumeur simullaiire

Moyenne 0,189* 0,310*

Maxima 0,2 M 0,199

Mininia 0,156 0,183

R son fort

Sans nimeur simultanée Aver rumeur simultanée

Moyenne 0,15" 0,205"

Maxima 0,20() 0,295

Minima 0,133 0,110

(1) Cfr. Duccola, Sulla mi*ura del tempo deyli atti psichici elementan\ pp. 61-2, où rauleur veut expliquer une réaction fausse, ce qui continne notre conception.

(2) Wundt, op. cit., tome 11, p. 268, trad. frant;.

(3) Op. cit., p. :m.

(4) Op. cit.

Ci] Op. cit. y — Cfr. Obersteiner, Brain : A Juurnut of neuroiogy, 1, 1879.

(0) Voir Buccola, op. cit.

383 PSTCHOtOGIE PHTSIOLOGIQCE

L'expérience suivante parte sur deux sens dilTérents:

Elincelle lumineuse

Bau nmieur dmult«née Avec nimmr simullaiùe

Moyenne 0,SS2' 0,300'

Huima 0,28< 0,390

Hinima 0,158 0,2SO

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