‹ La psychologie physiologique (volume 2)Chapitre 64 sur 92 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Sentiment! locianz

365. Sous le nom de sentiments sociaux, je range cette classe de sentiments qui ont pour fin l'intérêt d'autrui exclusivement. L'expression est peu propre en réalité, parce que les sentiments que nous avons examinés antéricuremeiit sont sociaux aussi. C'est une restriction qu'on fait an sens du mot pour l'appliquer à ce qu'on entend par intérêt social pur, en dehors de tout intérêt individuel. Ces sentiments seraient appelés par Spencer altrvisies. Quelques philosophes veulent admettre que l'origine des sentiments désintéressés n'est pas la même que celle des sentiments égoïstes. Je ne saurais, en vérité, trouver pour eux une autre source, d'abord parce qu'ils ne sont pas primitirs, mais qu'ils appartiennent aux états plus développés de la civilisation, en second lieu parce qn'Qs ne sont pas simples, mais composés d'éléments associés ; et en troisième lieu , parce qu'un grand nombre d'entre eux sont identiques aux sentiments individuoaociaux, et c'est seulement par un développement ultérieur que le premier de ces facteurs disparaît. Spencer avait déjà dit que < tout seuiiment altruiste a besoin d'un sentiment égoïste correspondant comme d'un facteur indispensable ■. Cependant Bain admet une source d'impulsions désintéressées. 11 établit par suite • que ce sont les actions humaines qui déterminent les classes suivantes en deçà et au delà de la conduite purement intéressée ou de ce qu'on a I- (.<,-//KJt/H'.<.) : — rn-ml''-r.-mr„l. miinns l'aiii-s pour

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acte, l'espoir, même la certitude que ce qu'il va faire sauvera sa patrie, et son esprit ne considère les douleurs et la mort que comme un moyen ou comme un moment qui disparait dans Tidée fixe de sauver les autres, idée suscitée par un sentiment très puissant de Tîunour de la patrie, à Tinstant où il voit son pays perdu et ruiné. Je veux dire que, dans la conscience de celui qui sacrifie sa vie par amour pour les autres, le facteur prédominant est Télément altruiste, et le facteur de la satisfaction personnelle vient encore en accroître la foi*ce ; ce qui pourrait détourner de la manifestation ou de Faction dangereuse ou mortelle est un seul moment qui ne peut se rattacher à un fait parce qu'il n'est associé à aucun auti*e élément conscient ; la mort, encore qu*elle soit volontaire, arrive comme inattendue. Toutefois cette satisfaction personnelle n'est pas toujours un élément visible avant le sacrifice de soi (1). Je suis donc de l'avis de Spencer qu'il y a toujours, dans tout sentiment altruiste, un facteur égoïste indispensable.

3G6. Le sentiment purement social est un développement du sentiment individuo-social dont le premier facteur disparait. C'est là un phénomène d'évolution très important, et qui mérite d'être expliqué. Au début, le sentiment est suscité par l'incidence d'une force purement physique, et se produit comme un simple moyen pour faire connaître l'adaptation, ou l'absence d'adaptation à la force incidente. C'est le sentfanent primitif d'où dérive celui de conservation qui est purement égoïste, individuel. Dans le second moment, cet être sentant reçoit une nouvelle excitation d'une nouvelle force qui ne se trouve pas dans les mêmes conditions que la première force hétérogène, mais qui se trouve au contraire dans de nouvelles conditions multiples et variées. Cette nouvelle force incidente est homogène, constituée qu'elle est par les individus de l'espèce, et les relations qui s établissent sont réciproques, ce qui ne peut se produire dans les relations entre l'homme et la nature physique. Le sentiment qui naît dans ce nouveau milieu, dans ce nouveau conflit de forces, est individuo-social, c'est-à-dire mixte, chaque individu éumt sous l'influence de la société, et influant de son côté sur les autres membres de cette société. Comme le sentiment de conservation personnelle s*étend, au milieu de la vie commune, à la conservation de la société dans laquelle on trouve plus facilement les moyens de soutenir la lutte pour l'existence, révolution commence son cours de ce côté, aidée qu'elle est par de nouveaux faits venant de nouvelles causes

(1) A la bataille de Mantinée, Epaminondas, général thébain, fut percé d'une lance. Ne pensant pas à sa blessure mortelle, il se montra content de savoir que son bouclier était sauvé et que la bataille était gagnée ; il s'emiuit ensuite de Jolaide et de Daifante, et ayant appris qu'ils étaient morts, il dit: 11 convient alors de faire la paix. Il ordonna ensuite qu'on retinit \v. fer. ce qui le fit mou rir. Epaminondas serait mort dans la douleur s'il avait appris que la batall était perdue.

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accessoires et concomitantes. Sympailiie, nmour eoire les membres, relations tant d'espèce que sexuelles et de parenté, sentiments do juste, du respect des personnes et des propriétés, protection, dérense réciproque, telles sont en général les nouvelles causes coopérantei el concomitantes. Dans l'existence et dans la défense de la société, on voit uiors l'existence et la défense individuelle ; celles-ci restent subordonnées à celles-là , et le sentiment social se développe largegement aux dépens du sentiment individuel, non pas parce que ce dernier est nié, mais pnrcc qu'il est considéré comme une partie du sentiment social dans lequel il vient se fondre.

Ainsi, par exemple, le sentiment du juste qui, à l'origine, est individuo-social, devient exclusivement social ; il est né en effet uniquement dans la lutte de l'existence pour la conservation de la personne même el des substances utiles à la vie. Pourlant îi l'égard des membres de la société pour lesquels on i-pronve des sentiments de sympathie, le sentiment de justice se manifeste sans avoir au(run rapport à l'individu mt^mc dans lequel il nait. En voyant soufl'rir, par suite des violences d'un autre, un homme qu'on aime, on éprouve un sentiment favorable pour le premier et un sentiment d'aversion pour l'autre en reconnaissant que l'action de ce dernier est injuste. Dans et cas le facteur individuel a disparu, en ce sens, toutefois, que ce sentiment spécial a rapport à l'individu en contact avec la société ; mais il est resté cependant un élément de peine ou de plaisir, venant du sentiment de justice, selon que celle-ci a Aie violée ou respectée. Cet élément de douleur et de plaisir accompagne toujours le sentiment, mt^mele plus désintéressé possible; sans lui, il ne peut y avoir aucun sentiment. Même dans le sacrilice qu'on fait de sa propre vie pour les autres, se retrouve cet élément de complaisance qui domine e(

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