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LA PENSÉE

i^rceplive, mais après le processus dldéation, après le travail sur imjnage ou représentation totale de l'objet. La pensée pour arriver à roi)jet doit passer par des intermédiaires ; elle ne communique pas dîwectement avec lui; et Tobjet ne peut arriver à la pensée par d'autre voie que par les sensations.

181. Par suile, la pensée est une activité psychique intérieure qui ne se développe et ne se déploie que sur des données intérieures, produits, elles aussi, de l'activité psychique. Est-ce là une nouvelle force, une nouvelle activité psychique? On sait que beaucoup de philosophes ont fait de la faculté de penser une nouvelle force, un nouveau pouvoir, distinct essentiellement du pouvoir de sentir ou sensibilité^ bien qu'ils aient d*autre part admis l'unité et l'indivisibilité de la substance spirituelle ou de l'âme.

L'activité de l'âme est une et multiple, elle nait sous une forme et se développe sous des formes diverses; il en est d'elle comme de l'activité de la nature, qui par l'évolution devient multiple et variée, dans un même genre, bien qu'elle soit une et homogène quant à la forme. C'est la même force psychique qui, mise en contact avec le monde extérieur, qui l'excite à l'action, se manifeste dans la sensation et dans l'image perceptive ; c'est la même force qui est loise en action par la présence de l'image et qui produit une nouvelle activité d'où sort le processus d'idéation ; c'est encore elle qui élabore ces éléments nouveaux, d'après leur nature et le développement qu'ils ont pris : d'où l'apparente multiplicité de l'activité, son dédoublement en divers pouvoirs, qui ne sont qu'une seule aetiyiié se manifestant d'une façon variée dans une évolution con- Unue.

La forme primitive de l'activité est la sensibilité, parce que c'est par elle que commence la vie psychique chez tout être vivant; c'est ^ partir de la sensibilité que la vie se développe lentement chez les ^tres supérieurs, comme l'homme, tout en restant, dans les êtres de 1^ série animale, à des âegrés divers de développement, depuis la forme de la sensibiUté de nutrition ou purement organique, jusqu'à c^Ue de la sensibilité de relation d'où elle passe à la pensée et à la '^son. Quiconque est familier avec les phénomènes évolutifs sait ^*ie cette évolution graduée est une transformation ; il en est î^ûisî des phénomènes de la sensibilité, eux-mêmes. La sensibilité, en se développant, se différencie et se transforme. Nous pouvons dire l^c la pensée est la sensibilité transformée , vérité déjà énoncée par '^^ sensualistes anciens; mais, ce qu'ils ne disaient pas, nous pouvons ajouter que cette transformation s'est produite par diffé- ^^ciation, dans l'évolution de la force psychique, comme dans celle ^ toute force naturelle. De cette façon l'unité de l'ûme se conçoit oien mieux que dans la doctrine des facultés des anciens psycho- ^^^STUqs. La même àme qui se manifeste par les phénomènes de la ^i^sibiUié, quand elle est en rapport avec les forces de la natOTO

extérieure, se développe sous une forme différente quand le phénomène observé est un produit se manifestant à la conscience comme une force nouvelle, et cette différence, comme on Ta déjà fait remarquer, vient de ce qu'il y a une nouvelle force excitante, qui est ici le phénomène intérieur sensation-image. Cependant, dans cette évolution et dans cette transformation, la forme originaire ne disparait pas, elle subsiste par la raison même qui fait qu'elle est connue, et aussi parce qu'elle devient la matière et la force excitatrice de la forme développée. La sensation subsiste simultanément avec la pensée, comme étant la matièi*e de la pensée, et aussi une condition organique utile à Tétre vivant et sentant, dans son perpétuel contact avec la nature extérieure.

182. Pour confirmer ce que j'ai dit, on peut sgouter que la pensée est un développement de la perception, une autre phase perceptive, se rattachant aux deux phases précédentes, un de^ré plus élevé de la perception qui, on Ta déjà montré, se trouve en germe dans la forme représentative de la sensation.

A l'analyse succède la synthèse ; à la décomposition, la recomposition de l'individu de la perception. La perception est déjà une synthèse ; la perception est synthétique (111). C'est le premier acte de la pensée proprement dite ; il renferme la connaissance, et par suite la conscience des éléments individuels, comme données idéales exprimées dans le mot. Toutefois cette synthèse ne réunit pas encore des éléments ou des idées de l'universalité desquels on ait conscience ; par suite, je considère ce premier acte de la pensée, non comme ce qui constitue le jugement dans sa plénitude, mais comme l'expérimentation du jugement logique.

Dans le jugement logique on trouve le caractère d'universalité attribué à quelque chose d'universel ou de particulier; dans le jugement primitif, il n'y a que la reconnaissance de l'individu qui s'est manifesté dans l'image indécomposée. Cette première synthèse n*est pas un acte réfléchi et mûri de l'esprit, c'est le premier fait de la pensée irréfléchie et involontaire.

A cette perception reconstructive, qui est une synthèse, succède un nouveau processus d'analyse et de synthèse, poitant sur la forme subjective reconstruite; les éléments sont de nouveau séparés et de nouveau réunis, et on perçoit la ressemblance et la différence par les éléments individuels qui entrent dans la compositition des objets perçus ; par suite on reconnaît les objets d'abord confondus, et on reconnaît les éléments semblables qui peuvent se trouver dans les divers objets de la perception. De là vient d'un côté la loi de relativité, ou la connaissance par distinction; de l'autre la généralisation des idées, ou la formation des idées générales (1).

(1) Ce paragraphe sera éclairci au chapitre suivant où sont exposées les opéraUons indiquées brièvement ici (Note du traducteur).

Enfin, la pensée se développe aussi dans les relations, ce qui )nstilue une autre phase de la perception, la phase de relation ; i c'est dans la pleine conscience de Taffirmation volontaire de la )hérencc des relations que consiste la raison, 183. De la première phase perceptive, qui est la sensation, et ont le produit est une image, à la raison, il n'y a que des phases iverses qui sont les divers degrés ou étapes de la perception prorement dite, à travers lesquels se développe la pensée, qui dans m ensemble, en y comprenant la raison, peut se nommer tn^e/gence. Telles sont ces phases dans l'ordre de leur développement. 1° Perception syncrétique (image) ; 2"* Perception analytique (processus d'idéation, idées); 3" Perception synthétique (premier acte de la pensée , involonire et irréfléchi) ;

4° Perception de différence ou de ressemblance (relativité de la msée) ;

5"" Nouveaux processus d'analyse et de synthèse (idées générales, gement logique) ;

6"" Perception de relation (affirmation de la cohérence des rela- )ns, raison).

Mais cette activité psychique ne' peut se développer qu'à deux ndîtions : la persistance et la reproduction des formes percepes ou des perceptions. Nous en parlerons dans le livre suivant. )ur le moment, qu'il suffise de faire remarquer que la sensation les perceptions ne disparaissent pas de l'esprit, dès que la cause térieure qui les a produites s'éloigne, et qu'elles peuvent être ppelées à la conscience suivant certaines lois qui sont aussi les is de la pensée. L'image et l'idée, dont on a déjà parlé dans le apitre précédent, persistent, même en l'absence de l'objet, et se nouvcllent de même sans que l'objet soit présent. Le travail ! la pensée se développe et s'accomplit très bien, et, le plus uvent, sur l'image et l'idée renouvelées.

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