CHAPITRE VII
Les Idées
191. Les idées, dans le processus d'idéation que nousavor sont des parties dïmages sensationnelles ; elh^s ont un co dant sensible dans le langage, et elles sont p(»rçues dans comme des touts, ou des formes individuelles. On a vu (|ue ( sont universelles quant à leur valeur ; mais a-l-on, dès apparaissent, conscience de cette universalité qui est en elles naît-on que dans les formes représentatives il y en a d'univc ou bien est-ce seulement par un processus ultérieur de: la pci Ton arrive à avoir conscience de l'universalité des éh'nients
Le processus psychique est gradué, et il se fait suivan d'évolution et de transformation ; la pensée, (\m naît drs riUon de l'idée, se développe par les idées et avec h et celles-ci subissent un changement très important une véritable transformation. L'idée naît d'un(; (erreur l'analyse; cette erreur est le germe d'une vérité dont la m tion pleine et entière constitue la transformation des idées i
L'analyse du langage nous aide merveilleusement, puisc] idée est toujours exprimée sous la forme du mot. De l'ana
iots, il résulte que tout nom et tout adjectif expriment une qualité articulière de Tobjet ; soleil^ lune ; TiXtoç, cieX-^vYï en grec ; cie/, id. DIV, en latin, grec et sanscrit, sirius, Tétoile très brillante, tous *s mots signifient hrillery être éclutani ; hasuf^ terre, rad. GA, ?ndent ridée d'a//er ; cheval, equus, rad. AK, la rapidité, et ainsi ^ suite. L^éclat, le mouvement en avant, la rapidité sont des repré- Qtations de la sensation ; quand le bœuf a été nommé d'après sa çon de marcher, ce nom ainsi formé n'a exprimé qu'une qualité nsationnelle, mais non le bœuf entier; une partie visible de l'animal, ais non son organisme ou le complexus de ses qualités et de ses rmos. Aussi, si pour une première fois ou pour une seule fois 1 a nommé le bœuf ga, parce que cette qualité produisait à ce ornent une impression plus grande et était perçue, nommer une conde fois ga un autre bœuf qui était dans une autre attitude, itait une erreur, il aurait dû être appelé et désigné par un autre >ni. 11 en est de même de tous les autres noms de choses ou de pernnes. Mais le fait se produit toujours de cette façon, sauf de rares ceptions, et en voici la raison : il est vrai que l'objet a été dénommé r une seule de ses qualités, mais il était toujours perçu en entier, l'analyse psychique n'était pas encore assez développée pour iarer complètement le tout d'une partie devenue forme mentale ; lom de la partie est passé au tout, toutes les fois que ce tout était uvellement perçu, la partie dénommée ne pouvant jamais se isenter seule. L'objet est devenu ainsi pour l'esprit un complexus »igné par une de ses parties ; ce qui est rapide (î'est le cheval, ce t brille c'est le soleil. Le substantif grammatical, comme je l'ai dit, )rinie un complexus et se rapporte à l'individu entier, sauf quel- ^s qualités qui sont exprimées par des adjectifs, lesquels s'appli- .^nl toujours à des éléments.
1. 'erreur du substantif consiste en ceci qu'il désigne un complexus, uid eu réalité il n'exprime qu'un élément simple. La distinction substantif et de l'adjectif est substantielle par suite de cette transmation ; mais primitivement, ils ont eu une seule origine, qui est ensation représentative.
dais il se fait une autre transformation du substantif, dans le nom >ellatif des grammairiens, ce nom qui est créé pour désigner un 1 individu, et qui sert à désigner l'espèce et le genre, et non s rindividu dont il exprime une partie. Bœuf, cheval, étoile, ^e, maison, expriment l'espèce, comme animal, plante, etc.. ignent des genres. Cela veutdire que l'idée exprime quelque chose niversel, et que ce quelque chose est un composé d'autres élénts ou idées. La formation du mot s'est faite spontanément, par olution psychique, et on a eu la connaissance de ce quelque »se d'universel par la pensée se réfléchissant sur les formes men- »s représentées toujours par le langage. Kendre cette universalité idées plus claire, c'est l'œuvre de lu réflexion scientifique dans
les âges avancés de rhuraanîté, et il est inutile de rechercher celte , clarté aux premiers débuts de la vie psychique. \
192. Les idées sont donc, dans le processus idéal primitif, des portions dlmage, et elles dérivent du développement immédiat de la sensation ; dans le second processus qui est celui de la pensée réfléchie, non seulement les idées sont universelles pour celui qui les perçoit, mais elles n'ont pas le même contenu que dans le premier fait: ce contenu est bien plus ample et plus étendu. Toutefois quelque transformation qu'aient subie ces idées, ce qu'elles expriment substantiellement est identique à ce qui se trouve dans le premier processus psychique ; aussi on peut dire qu'en réalité elles n'ont subi aucun changement par rapport à l'objet extérieur, mais qu'elles ont seulement subi une évolution et une transformation toutes mentales.
Il y a, par suite, pour la pensée développée, des idées qui sont un composé d'idées, et il y en a qui sont foiinées d'un seul élément. Les unes et les autres sont toujours universelles, parce qu'elles se rapportent à un certain nombre d'objets et de choses. Toutes les idées exprimant les espèces, les genres, et tous les degrés intermédiaires entre les genres et les espèces sont universelles. Cette universalité d'une idée est plus ou moins grande selon le nombre des idées • élémentaires qui entrent dans sa formation. Au contraire, toutes i les idées qui sont formées d'un seul élément sont plus simples et plus universelles encore ; elles ne sont toutefois susceptibles ni de gradation ni de classification parce qu'elles ne peuvent différer au point de vue de la quantité de ce qu'elles expriment.
Mais avec ces idées l'activité psychique en forme d'autres. Ce sont toutes celles que l'on nomme idées abstraites, honte, beauté ^ justice, etc., et qui peuvent être considérées comme des personnifications des qualités perçues et généralisées.
Il y a encore un groupe d'idées qui sont d'une très gnmde importance, ce sont les idées de relation. Ce sont les plus élevées et les plus universelles de toutes. Le processus de relation a été décrit dans le chapitre précédent ; il appartient à la pensée la plus élevée et à l'activité psychique la plus développée, par laquelle on peut trouver ou percevoir des relations de degrés divers (R*"), et par laquelle peuvent se former les idées les plus universelles et abstraites.
193. Mais outre les idées qui se rapportent à la représentation des choses, ou mieux, qui dérivent de la sensibihté, il y en a d'autres qui dérivent du mouvement. Nous avons, on l'a dit, des sensations musculaires dérivant des mouvements musculaires que nous exécutons. De la même manière que de la sensation représentative on passe à l'idéation, de la sensation motrice on passe à l'idée motrice. Se représenter le mouvement en dehors des membres en action, et vice versa, considérer en dehors de tout mouvement les membres
comme aptes au mouvement, c'est là une analyse analogue à celle qui nous donne les idées représentatives des choses. De cette façon, il est facile de concevoir comment on peut avoir l'idée d'un mouvement sans que ce mouvement passe à l'acte, et comment on peut concevoir mentalement des mouvements complexes qui seront ensuite exécutés.
Mais l'idée du mouvement d'une partie du corps exige la connaissance antérieure de cette partie, parce que, sans cela, l'idée de la mettre en mouvement serait impossible. Par suite l'idée motrice à la même connexion que la sensation musculaire ; c'est-à-dire la relation entre la sensation représentative et la sensation de mouvement, ou, pour aller jusqu'au point d'origine, entre l'excitation périphérique et l'excitation centrale, entre les nerfs sensitifs et les nerfs moteurs. Comme les nerfs moteurs sont excités par les nerfs sensitifs, comme les efférents ont pour stimulants les afférents, de même les mouvements, les sensations et les idées motrices sont associés aux idées représentatives ou idées dérivant de sensations périphériques. Ce fait est d'une grande importance pour les phénomènes volontaires de la motricité dont nous parlerons à leur lieu.
L'idée du mouvement s'associe aux autres idées et aux sensations, et principalement aux sensations localisées ; aussi le développement de cette même idée dépend-il de la clarté plus ou moins grande de la topographie des parties qui peuvent être mises en mouvement. On verra dans le livre suivant comment cette association que nous faisons remarquer se vérifie.
194. Mais, avant de procéder à l'analyse de quelques idées principales, il est nécessaire de faire observer un fait qui a une très grande importance pour la nature de ces idées.
De tout ce qui a été dit, il résulte que les idées sont un produit de l'activité psychique, aussi bien les plus universelles que les moins universelles, et que la première excitation à leur production est un mouvement physico-chimique de la nature extérieure, lequel mouvement éveille et provoque le phénomène primitif de la sensation. De la façon dont nous les avons expliquées, il ne semble pas qu'il y ait aucun doute sur la nature des idées. Pourtant l'ancienne philosophie; avait fait une distinction parmi les idées ; elle en appelait quchiues - unes expérhnentales , acquises ; elle disait d ' autres qu'elles ne dérivaient pas de l'expérience, elle les appelait a priori ou mieux idées non dérivées de sensations. C'est Platon qui a émis le premier cette théoi-ie. Ce philosophe grec a admis et soutenu que h»s idées du juste, du beau, du saint, du vrai ne pouvaient venir des sensations, ni d'une autre activité psychique, et il a ainsi établi la fameuse théorie de la préexistence de l'âme humaine, et celle de la réminiscence. Beaucoup d'autres philosophes ont suivi la conception de Platon sur la nature de certaines idées, et tout dernièrement Gioberti en a donné un développement très étendu. Ces idées doivent
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donc être objecUves, et Tespi'il les apprend comme on aji nature extérieure par la perception sensible.
La raison principale de celte théorie qui a donné tant de de peines aux philosophes, c est qu'on a rej^^ardé l'honnn facultés psychiques comme étant h* produit d'un seul instant ayant été fonnés tout d'un coup, et non comme une (l'uvre révolution tant physique que psychi(iu(i. Comme on l'a vu pas la sensation pure qui devient idé(;, C(» n'(»st pas la sens est idée, car idée et sensation, activité idéale et activité sensa se confondraient alors; mais l'idée est un résultat de psychique, et de cette niéme activité psychique — à un de*^ rieur il est vrai — par laquelle s'obtient et se produit la S( Bien plus, sans la sensation, Tidét^ n'aui*ait jamais existé d prit, car elle se rapporte directement et indireclem(*nt à extérieure qui a mis en jeu l'activité psychique. Ci^te activité travaillé par elle-même, elle s'est retournée vers ses donnée tionnelles et a fourni de nouveaux produits, ou mieux, elh* s'< festée dans de nouv(^aux phcinomènes. Mais cette gravidtî i psychique suppose l'évolution organique, et ces deux évol sont réalisées en des p('»riodes de t(*mps assez longues dans de l'humanité, tout comme» l'évolution scientifique dans V riiomme. Nous pouvons dire que nous avons assisté au de' ment de l'esprit scientifique i)arce qu'il s'est fait dans un 1 nous avions la pleine conscience^ des faits psychiques ; nous vons en dire autant du développement de l'activité psvchiqi la sensation jusqu'à l'idée la plus universelle, parce (pie n avons eu conscience et une ph»ine connaissance» que quand W a été accomplie. Néanmoins, dans l'évolution scit^ntificiue oi passage de l'évolution naturelh^ a l'évolution volontaire, de lion inconsciente à l'évolutitm consci(»nle, il resttî tant d caractéristiques du passé qu'ils prouvent suffisamment ce ( venons d'avanerer, c'est-à-diiT (|ue l'idée se développe depui: nomène primitif et fondamental, la sensation, comme la y développe à partir de la sensibilité.
Si on veut étudier l'honum; dans ses conditions ps actuelles, sans tenir compte de ses originels, on ne peut troi plication d'aucun phénomène important de la vii» psy(*hique, c celui des idées. Il est par suite naturel de leur donuei* u source et de dire qu'ils m' vienm^nt pas de ce menu» honnne. 1) présent, Thomme tout entier est un résultat du passé, résul évolution longue et non intiTrompue à travers les milliers rations dans lesquelles il a vécu. Son âme n'est donc pas un é solitaire, qui naît aujourd'hui pour se développer dans une très courte de quehjues anné(»s. L'âme de l'être présent > moment présent de la vie du passé; elle vit dans la Iraditi nique. En ce sens, on peut din» comn»e Platon (jue savoir
réminiscence, mais une réminiscence de ce que celte même ûme a
acquis et produit dans le développement de son activité. Si l'homme f dans le coui's si peu long de son existence devait refaire ce qu'a fait l'humanité dans les milliers d'années de sa vie psychique, ce serait chose impossible, il resterait toujours ignorant, grossier, insociable, brut comme un animal privé de raison. Dans l'organisme d'un nouveau-né, comme dans l'ovule fécondé, se trouve le germe d'une vie psychique élevée, comme la somme des acquisitions de l'évolution. L'éducation et le développement organique par l'exercice des sens et des organes centraux rendent plus clairs les résultats de la vie psychique passée antérieure à l'individu nouveau. Les idées universelles qui sont appelées par certains philosophes idées a priori^ idées pures, ne sont pas un produit de cet individu nouveau ; mais elles sont réellement en lui une réminiscence, une manifestation d'une vie passée. La vie psychique individuelle est une histoire abrégée de l'évolution de la vie psychique de l'humanité. Le moyen de compléter cette évolution abrégée est dans le langage, tout comme à l'origine de la raison et de la pensée, et c'est encore dans le langage que reste la trace la plus profonde de l'histoire des idées et de l'activité psychique.
195. L'idée ainsi développée devient un fait intellectuel assez individualisé, comme une chose qui a une existence propre, séparée de la sensation et des éléments sensationnels dont elle est dérivée ; elle est comme un rejeton qui peut vivre séparé du tronc sur lequel il naît et croit. En fait, s'il n'en était pas ainsi, la communication des idées entre les honunes ne serait pas possible, pas plus que ce long développement à partir de la sensation, et de la forme sensible et corpot'elle. C'est le langage qui est l'organe de communication des idées, parce qu'il est ce qui les représente sensiblement à l'extérieur, et parce que, sans l'aide de la sensation, il n'y aurait aucun moyen qui pût les communiquer aux hommes.
En admettant que les idées soient devenues un fait intellectuel séparé de la nature physique, elles sont toutefois en relation médiate avec cette même nature ; sans quoi elles seraient quelque chose de purement vide, ne contenant aucime connaissance réelle.
La pensée même, dont les éléments sont les idées, a toujours une [certaine direction vers l'objectivité, vers la nature externe, et le !*ésultat de la pensée, qui est souvent en contradiction avec celui de a sensation, a pour objet la réalité ou la nature extérieure, dont 10US appelons la connaissance une vérité quand la représentation de a même réalité lui correspond, ou quand nous trouvons conforme à a réalité l'idée que nous nous en formons. Ce fait ne nous est pas ionné immédiatement, mais par une série graduée de représentaions, par la connexion d'un grand nombre d'idées, et enfin par les 'elations diverses qui se produisent entre les idées, sensations et expériences. La connaissance du vrai exige un travail pénible de la
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pensée et de la raison qui souvent n'arrive pas à expliquer tous les phénomènes qui se présentent ; et pour cela elle ne peut être, elle n'est pas Tœuvre d'un seul individu, ni d'une seule génération.
Et parce que les idées constituent la nature psychique la plus élevée, et quelque chose de distinct, comme si elles ne dépendaient de rien, elles subissent une évolution et une transformation comme les organismes vivants eux-mêmes. On retrouve ce fait qui mérite une étude spéciale dans les formes par lesquelles se manifestent les idées, dans le langage, lequel subit, avec le développement de transfoimation, le m<^me changement que le contenu dont il est le signe. Les mêmes idées universelles que certains philosophes ont cm immuables, nécessaires, absolues, n'échappent pas au courant d'évolution et de transformation, comme on peut le voir clairement d'après leur histoire qui est celle de la pensée et de la raison.