CHAPITRE IV
Mesure des actes psychiques
281, Si le phénomène psychique a un processus, il doit se développer en un temps plus ou moins long ; si ce processus n'est pas simple, mais composé de plusieurs phases, il doit y avoir aussi une diflérence de temps entre l'une et l'autre de ces phases. Si le processus est successif, il pourra être soumis à une mesure calculable. Ceci, naturellement, surprend ceux qui sont habitués aux conceptions de l'ancienne psychologie sur la nature des phénomènes psychiques, mais ne surprendra pas quiconque sait que les phénomènes dérivent d'une série d'antécédents et d'un processus d'où résulte h forme définitive du phénomène même.
Depuis quelque temps les physiologistes se sont occupés à mesurer la vilesse des mouvements dans les fonctions vitales et, entre autres, ceux de la contraction musculaire et de l'action nerveuse. Mais ces expériences ne sont pas restées dans le domaine de la physiologie ; elles ont passé dans celui de la psychologie où elles ont reçu un développement considérable ; ce qui résultera clairement de l'exposition que nous allons faire.
Les expériences jusqu'ici ont été limitées aux perceptions simples et composées, à leur localisation, au choix et à la détermination volontaire, et elles commencent à s'étendre aux phénomènes de reproduction, à la mémoire. Nous n'avons donc à nous occuper que du temps nécessaire à la production des perceptions, lequel est dit ordinairement temps physiologique, et à leur reproduction.
Or l'analyse montre que le processus perceptif est décomposable en un grand nombre de processus élémentaires ou phases successives ; mais que ces éléments ne sont pas séparables au point de constituer des faits distincts et indépendants. Nous croyons que ce processus composé d'où résulte la perception est formé :
1** De l'action et de la réaction sur les organes sensoriels périphériques ;
2° De la transmission de l'excitation aux centres nerveux encéphaliques ;
3* De l'excitation des centres spéciaux et localisés ;
i"* Du retour de l'onde excitatrice (perception) aux endroits mêmes oii s'est faite l'excitation péiiphérique ;
5"* Enfin, de la conscience du phénomène et de la localisation de la ({ualité sensitive.
Ces cinq éléments sont inséparables pour nous, bien que l'analyse les distingue. Aussi, bien que le temps nécessaire puisse se diviser en chacun de ces processus élémentaires, il est en réalité un tout indivisible pendant lequel se produit le phénomène. Ceci a une grande importance pour l'interprétation des expériences et de la nature du phénomène psychique même.
On a recherché d'abord, comme on sait, la vitesse de transmission dans les nerfs moteurs et dans les nerfs sensitifs des animaux, puis de l'homme. De là, on est arrivé à mesurer la vitesse de l'acte psychique, perception et volition. Nous ne nous occuperons que du temps qui regarde la perception ; ce n'est qu'incidemment que nous pourrons nous occuper de celui de la volition.