CHAPITRE m
Reproduction des perceptions
263. On a admis précédemment que l'association des idées est corrélative à leur reproduction , c'est-à-dire qu'il n'est pas possible d'associer les perceptions sans qu'elles se renouvellent à difierents jnoments et en diverses circonstances. Il faut maintenant tourner nos recherches du côté de ce fait qui est d*une importance capitale |X)ur les phénomènes psychiques, depuis les plus inférieurs jusqu'aux |>lus élevés.
On appelle reproduction ou renouvellertient d'une perception, la t^pparition de cette perception sans qu'elle soit provoquée directe- Enent par une excitation périphérique; Bain, Spencer nomment cette perception un(; idée ou percîeplion idéale^ par opposition à la perception réelle, qui est provoquée directement par une action sur les organes sensitifs externes. Ce phénomène est commun ; U est connu le tous, et ou le désigne généralement par le nom de souvenir. Le •^nouvellement des perceptions, ou le nombre des perceptions ^produites forme une grande part de la vie psychiqtie ordmaire. ^lon les diverses occupations individuelles, le nombre des perceptions reproduites peut varier, dans le cours d'un joui*, de la moitié l|ix trois quarts de tous les actes psychiques ; et généralement une ^rUe des actes psychiques nouveaux dépend des actes renouvelés, 'l particulièrement ceux qui se rapportent aux mouvements ou à 'action. De là, on peut approximativement juger de la valetil* de la ^production et de l'importance de cette étude. La base de la reproduction est une propriété des éléments nerveux ^
Sbrgi. 17
la rètentivitê^ selon rexprcsslon de quelques psychologues, oa h persistance des impressions i*e(;ues. Ici les théories explicatives sotf diverses et simplement hypothétiques.
266. L'école d*Herbart admet que les perceptions persistent dm lame, et ne disparaissent qu en apparence, pendant que d'autres prônent leur place dans la conscience; elles l'estent par suite à un eut j latent, obscur, et reviennent à la lumière des que cesse Taction dal autres perceptions. La reproduction n'est, en conséquence, que le { retour des perceptions de l'état obscur à l'état conscient (1).
Luys suppose une phosphorescence organique des élémoij nerveux, analogue à la phosphores<rence de certains corps et à h propriété qu'ils ont de garder pendant quelque temps la trace des vibrations lumineuses qu'ils ont re^'ues après avoir subi l'action dehi lumière. < Cette curieuse propriété que possèdent les substaDi:ei| inorganiques, de pouvoir conserver pendant im temps plus ou modi] long une sorte de prolongation des éléments qui les ont tout d'abofd mis en mouvement, se retrouve sous des formes nouvelles, avec deij appai*ences appropriées, il est vrai, mais calquées et simil dans l'étude des phénomènes dynamiques de la vie des éléi nerveux. Eux aussi sont doués d'une sorte de phosphorescetf] organique, eux aussi sont capables de vibrer et d emmagasmer dei| impressions extérieures, de persisU;r pendant un certain comme dans une sorte de catalepsie passagère, dans Tétat vibraloirej où ils ont été incidemment placés, et de faire revivre a distance impressions premières (2). »
La phosphorescence organique de Luys se réduit à la persiMMBl des perceptions de 1 ecîole herbartienne, avec cette différence q*| Luys cherche à expliquer ce fait par la persistance des excitatioBir apportant comme preuve la persistance des impressions péripb^| ri(]ues des organes des sens et principalement de la rétine (3).
Bain admet aussi la |)ersistance, qu'il nomme retentiveness, desl impn'ssions dans le c(^rveau, en l(;s localisant dans les mêmes régiotf j où elles ont été produites par les excitations extérieures. 11 donne, pour le prouver, des raisons analogues à celles de Luys. De cettej façon, les perceptions persistent sous forme d^idêes qui tendent ait! réalité (4).
>Vundt réduit à trois les explications hypothétiques de la reproduction ; celle (]iie nous avons citée plus haut comme de récotej d'Herbart, une seconde (jui admettrait des résidus ou traces des impressions primitives, et enfin une autre qu'il appelle d»/M»tfMHi à la l'eprésentation. 11 njette les deux premières et accepte la dc^! nière avec quel(]ues éclaircissements. La disposition se réduit à uie
(l) Volkmann, Lehrhiuk dcr Psychologie, J) 69, cfr. S 29, 50.
(2^. Fonctions ihi cerceau^ p. lOC.
(3) O/L cit., p|>. 106-108, cfr. tout le livre II'.
\4) Lf* Sens et i^lnteHitjence, pp. 295-301.
dance fonctionnelle des élénicnls nerveux centraux qui ont déjà )i une modification par l'exercice, et à une appropriation à la iction psychique. Celle modification n'est autre chose que la trace le résidu qui peut être laissé, par exemple, par l'impression lumiase sur la rétine, et qu'on observe dans l'image accidentelle (1). 267. J'ai essayé autre part (2) de donner du phénomène de la reproclion une explication qui me semble analogue à Thypothèse de undt de la disposition à la perception ; elle n'est cependant pas antique et je l'ai formulée en une loi que j'ai appelée loi d'inrfticm. Mais d'abord je veux dire les raisons principales pour lesquelles i doctrines de l'école herbarlienne, de Luys, de Bain, comme toute ►clrine qui admettrait la persistance des impressions, ne me semblent s acceptables. Que les éléments nerveux aient la propriété de rsister pendant quelque temps dans l'excitation, c'est ce que je puis nier ; c'est un fait assez clair et que prouvent les images li se forment sur la rétine entre autres, et certaines impressions dilives. De là, il est encore facile de conclure que les éléments ntraux ont, comme les éléments périphériques, celte même proîélé réientive. Mais cette persistance est relativement de peu de rée dans les organes sensoriels, et, si elle était de plus longue rée, elle finirait par épuiser totalement les éléments nerveux, et le pourrait plus se produire d'autre excitation sensitive, ou bien te excitation serait tellement troublée qu'il ne pouri*ait y avoir de rception distincte, comme on le voit par les images rétiniques -'identelles quand on regarde un autre objet. D'ailleurs on it quelle est la durée d'une impression sur la rétine ; pourquoi udrait-on admettre dans le centre psytthique une excitation d'une rée plus longue, même continuelle et constante? On sait aussi qu'un état d'excitation produit une dépense, et par ile un épuisement dans les éléments nerveux. Nous aurions donc, bout d'une longue période de vie, un cer>'eau entièrement en cxciion, avec des différences de degrés peu sensibles, par suite une pense considérable d'éléments, que tout Tafilux sanguin ne suffirait 5 à réparer. Enfin une (excitation, à moins qu'elle ne fût d'une ensité très faible, ne [)ourrait persister à l'état inconscient; les excilons d'une intensité considérable devraient être à l'état conscient. >68. 11 me semble préférable d'accepter l'hypotlièse que j'avais ise, ces dernières années, et que je développe plus amplement ourd'hui. L(»s excitiitions externes ne sont pas, au premier moment, es à donner une sensation définie, comme on l'a déjà montré par cmple des nouveau-nés; il faut non seulement qu'elles se ètent, mais que les éléments sensibles des centres et de la péririe s'adaptent aux excitations mêmes.
OruiulzHije (1er Phijs, Psijdwl.. pp. 789-92. I*rincijn di Psicoloyiu, ;) 85-86, Messine, 1875.
11 se produit ensuite une localisation cérébrale et une localisatioD périphérique par la réflexion de Tonde nerveuse excitée. H s*ét2d)ljt ainsi une communication facile et habituelle entre les voies externes et les centres conscients, et il se forme en outre, en correspondance avec cette communication habituelle, un mode de perception par lequel un élément ncTveux peut être facilement provoqué à Tacte fonctionnel auquel il s'est adapté. En d'autres termes , un élémeiit nerveux, indifférent d'abord à une fonction psychique, finit, quand l'excitation s'(»st répétée et qu'il s'est adapté à ce mode spécial d'excitation, par se spécialiser dans sa fonction : c'est de là quelalocalisation cérébrale est dérivée, et plus encore la facilité avec laqoeDe est mise en jeu cette même fonction à laquelle l'élément nerveux était déjà adapté : ce qui fait que la manifestation a lieu par la voie habituelle.
De même que les perceptions se sont associées, de mèoie aussi les voies habituelles de manifestation se sont associés; il suit de là qu'en excitant une de ces voies habituellement associées , on stimule aussi celles qui y sont adhérentes par l'association. De cette façon on peol regarder non seulement comme acceptable, mais comme confirniêe, une loi de Bain qui localise les perceptions renouvelées daus le. même endroit que les perceptions réelles. Cette loi est ainsi conçue: Le sentiment renouvelé o(;cupe la même place et de la même fiiçon que le sentiment original et nulle autre partie, ni d aucune autre manière (1). Pourtant ce fait que Bain croit expliqué par la persistance de l'excitation primitive, je pense qu'il a son origine dans une nouvelle excitation. Cette excitation n'est plus périphérique, elle est centrale, mais c'est toujours une excitation nouvelle. Le stimulus on la provocation centrale peut dériver de d(^ux causes qui sont distinctes de fait : ou d'une excitation périphérique norm;ûey ou d'une excitation physiologique centi*ale, dans des conditions normales aussi, parce que dans les circonstances morbides l'excitation penl avoir une cause pathologique.
Dans le premier cas, l'une des perceptions associées d'un grou|H* est-elle excitée directement et extérieurement par la pi-ésence de l'objet, elle se produit comme une perception nouvelle. Mais an centre elle trouve un élément qui lui est déjà adapté, et de plus un groupe d'autres éléments associés avec celui-ci ; l'excitation ne s'arrête pas au premier élément, elle se transmet graduellement aux autres en les provoquant à ra(rtivité habituelle à laquelle ils avaient été adaptés fonctionnellement. L'ex<;itation a pour effet cet état de conscience, déjà manifesté précédemment par cet élément, ou, poor mieux dire, la repi^oduclion d'une perception par la voie habituelle.
Dans le second cas, l'excitation centrale est déterminée exclusivement par une cause physiologique dans les centres psychiques
(1) Op. cit,, p. 29G.
m<*nî(îs ; par exemple, un afflux de sang un peu plus considérable qu'à l'ordinaire, ou toute aulrc cause.
Ce dernier cas est peut-être le plus rare. Le premier, au contraire, est celui qui provoque un plus grand grand nombre de perceptions déjà produites antérieurement. Si, en outre, aux excitations périphériques purement sensitives s*ajoutent celles que Spencer appelle eatopériphériques, les causes extérieures se multiplient d'une façon considérable par rapport aux causes internes. Beaucoup d'autres perceptions doivent provenir aussi des excitations inconscientes, c'est-à-dire de celles qui restent incomplètes dans leur processus pour des causes accidentelles, mais qui, en qualité de perceptions ou d'états de conscience, étant associées à d'autres états conscients, peuvent provoquer ces derniers sans se manifester elles-mêmes à lu conscience.
269. Ce processus spécial à la reproduction qui, au moyen d'une perception provoquée directement par une excitation périphérique ou par une action centrale, rappelle un groupe de perceptions associées, je le nomme induction y et sa loi, loi de ^induction de la perception. Cette loi ne repose pas sur d'autres conditions que les suivantes : l"* voies habituelles de manifestations psychiques ; 2° par suite, localisation de l'élément fonctionnant ; 3*" association des éléments fonctionnels, correspondant à l'association des perceptions; 4** provocation périphérique ou centrale d'une des perceptions du groupe associé, ou excitation d'un élément fonctionnel du groupe associé. L'excitation des éléments provoque ou induit celle ; des autres éléments associés, et alors le groupe de perceptions se reproduit, ou, en général, le groupe des états de conscience. Et non seulement un groupe de perceptions peut être reproduit par une excitation périphérique, mais plusieurs groupes, et des groupes variés peuvent l'être aussi, parce qu'ils sont aussi associés entre eux, comme on l'a dit au chapitre précédent, soit par l'intermédiaire des éléments extrêmes qui constituent chaque groupe, soit encore par celui des centres ou nœuds de chaque association.
L'induction prend alors un développement très considérable comme il arrive ordinairement. On peut, au moyen d'un diagramme, représenter cette association, et la relation entre une perception excitée par la périphérie et les perceptions renouvelées, et même la relation entre les diftérents groupes associés. Dans la figure 34, le cercle externe P représente la périphérie, le cercle interne C le centre psychique ou cerveau, les lignes V les voies conduisant de la périphérie au <*entre. Les (cercles plus petits a, 6, c, d, tracés dans le cercle intérieur, représentent des groupes associés d'états de conscience, leur intersection en plusieurs points montre l'association plus complexe. Une excitation vient de la périphérie e et arrive en a. Outre la sensation spéiMale qui en naît, elle provoque ou induit les autres s'ensations associées dans le cercle a ; elle peut encore
provoquer les autres sensations associées en 6, c, «/, dans des ci^ (*onstances variées. De celle sorle on peul dire que les perceptions ne laissent pas de trace, et qu'elles ne persistent pas à Téiat laleni, mais qu'il n*y a qu'un mécanisme d'ex<»itations agissant sur dtt asso(!iations variées et multiples.
270. Régulièrement et d'ordinaire, un état de conscience reproduit aune intensité moindre que celui qui naît sous Tinfluence d'vie action périphérique ; mais il pourrait acquérir une intensité pfaK grande que tout autre état directement produit. Néanmoins, excepté les cas de quelques états de conscience ayant une faible intensité, dans le plus grand nombre de ces états de <;onscience reproduits, l'influence excitatrice passe dans les voies de la motricité, comiDr dans les perceptions ou sensations n»elles, et il se produit des mouvements analogues à ceux qui sont produits directement. C'est ei s'appuyant sur ce fait que Bain démontre avec raison sa loi où B établit que les sentiments renouvelés o<*cupent les mômes parties da centre psychique que le sentiment primitif. En fait, si les états de conscience renouvelés 0(!cupaient d'autres parties du cerveau, et si d'après notre interprétation d'autre parties étaient mises en excitation, ces mouvements qui dérivent de ces mêmes états ne pourraient plus se produire. Avec l'explication mécanique que j'ai donnée, h loi de Bain subsiste à plus forte raison, même sans tenir compte des mouvements ; car, comme on l'a dit, il est nécessaire que les voies habituelles se soient formées, et ell(»sne peuvent être déplacées. Les déplacer ce serait les détruire : or on a admis qu'elles existent. C'est une conséquence que les mouvements dérivés de sensations oo de perceptions reproduites doivent suivre le même ordre et soient appropriées de même que ceux qui dérivent de sensations ou de perceptions primitiv<»s.
Dans les sentiments ou émotions produites, la manifestation extérieure peut prendre la même force que dans ceu:ç qui sent produits
par une cause présente, et les mêmes mouvements peuvent s*accomplir.
Il y a en outre des cas normaux où une idée et un sentiment remportent sur tous les éLits conscients excités par l'objet présent, de telle sorte qu'ils sont plus forts que ceux-ci, et qu'ils persistent longtemps.
271. Les perceptions peuvent être reproduites automatiquement, et sans aucune influence de la volonté. La seule présence d'un objet, le simple son d'une voix connue, une odeur, peuvent révéler les sensations et les perceptions qui leur ont été associées ; et sans donner au<;une direction à cette reproduction, nous pouvons assister au développement continu de nouvelles reproductions qui, par suite d'une liaison plus lointaine, viennent successivement à la conscience. Quelquefois, ayant eu une perception reproduite, nous pouvons nous y arrêter volontairement et diriger la reproduction de telle sorte que cette perception soit comme le centre ou le point de départ (le la série reproductive. Nous pouvons enfin, de nous-mêmes, et sous l'influence de la volonté, susciter un certain ordre dans les idées on les perceptions qui doivent se développer. Bien que, dans le second et dans le troisième cas, la direction volontaire intervienne dans le cours de la reproduction, ce cours lui-même n'est pas moins automatique. La direction consiste seulement à maintenir l'ordre des idées sur un seul objet ; mais les perceptions qui se développent sont suscitées automatiquement par l'association. S'il n'en était pas ainsi, il serait très diffu'ile, pour ne pas dire impossible, de faire un discours au moyen d'arguments d'ordres divers. Un orateur sacré qui a établi une association de diverses perceptions, avec un ordre déterminé par rapport aux différents arguments, peut, en l'appelant le sujet de son raisonnement et en le dirigeant volontairement, développer un long discours sans fatigue et sans efl'ort, parce que les idées se présentent associées au sujet dans le discours. C'est ce qui arrive au professeur faisant une leçon en chaire, à l'avocat plaidant au tribunal, et généralement à toute personne qui veut développer un argument soit par écrit, soit parla parole. Si chaque idée -en particulier avait besoin de la volonté pour être rappelée, il faudrait un temps très long pour faire un discours ou pour exposer un sujet par écrit, si toutefois cela n'était pas impossible, car il n'est pas facile de rappeler volontairement les idées accessoires. En fait, dans un ordre d'idées dont nous n'avons pas formé une association ordonnée, et dont nous n'avons pas une connaissance claire et bien déterminée, l'exposition devient lente et difRcile, et parfois impossible, parce que nous devons rappeler volontairement beaucoup de perceptions qui sont en relation avec l'ordre principal de perceptions constituant le raisonnement. Cela exige un temps considérable^pour chaque idée ou complexus d'idées, d'où la lenteur et le décousu de l$i diction. Aussi les personnes qui veulent parler des choses (|ont
elles ont à peine une connaissance vague et indéterminée, mais ont la reproduction prompte et la parole facile, sont-elles exposé à chaque instant à des erreurs et à des impropriétés de langage.
Dans la pratique, on ne doit exposer un ordre d'idées sur sujet quelconque qu'après avoir établi des associations entre l parties composant Tordre même de Texposition, ce qui revient il dire qu'on doit répéter les perceptions avec ordre, ou encore, en ni mot, qu'il faut connaUre, fait qui exige un long travail mental et une analyse continuelle de l'objet qu'on étudie. Alors la reproduction devient facile sous la direction de la volonté, parce que l'aato^ matisme reproductif existe déjà.
272. Il y a dans l'association et la reproduction des perception des différences individuelles et des variations suivant les diflërenu degrés de la vie, c'est-à-dire suivant l'âge. Pour quelques-uns il csl facile d'établir des associations mentales, et la reproduction esl prompte ; pour d'autres, au contraire , c'est chose laborieuse el difficile. La facilité dans le premier cas est souvent cause qu'on ne prête aux choses qu'une faible attention dont le résultat est la facilité et la promptitude à perdre les connaissances acquises ; dans le second cas, au contraire, ce que Ton acquiert est acquis par une grande tension de la volonté ; les impressions ont été répétées un grand nombre de fois, et l'association est devenue solide et indissoluble.
Dans la jeunesse, l'association et la reproduction sont plus faciles que dans un âge avancé et surtout que dans la vieillesse. Celle différence vient des conditions purement physiques des éléments nerveux. Dans la vieillesse il n'y a plus qu'une nutrition faible el peu abondante des tissus, à quoi s'ajoute encore la dégénérescence de ces tissus; par suite les excitations n'agissent plus avec les mêmes résultats, parce que la réaction nerveuse est faible et ne peut laisser de traces profondes. Le contraire se produit dans la jeunesse où les tissus sont dans leur plus grande vigueur, et où la réaction aux excitations est très considérable. Les impressions sont fortes, et les associations psychiques le sont aussi. La propriété que Luys nomme phosphorescence organique y contribue, mais il faut la limiter à un temps plus ou moins long, comme elle l'est ordinaii'ement dans les organes périphériques, par exemple sur la rétine. C'est-à-dire que Texcitation sensitive dure plus longtemps que le stimulus de l'objet extérieur, et qu'il en est de même pour les organes centraux où se termine l'action commencée à la périphérie. Dans les organes sensitifs des jeunes gens, cette persistance temporaire de l'excitation a une durée plus grande ; dans la vieillesse elle est d'une durée très courte, ou même elle n'existe pas du tout. Elle contribue pour beaucoup à cette modification spéciale des éléments nerveux, par laquelle ils s'adaptent à certaines excitations, ce qui rend facile leur retour à la même fonction. Par suite, chez le vieil-
lard, les anciennes associations persistent plus ordinairement que les nouvelles, et il lui est facile d'oublier les perceptions les plus récentes pour se souvenir des plus éloignées, même de celles de sa jeunesse.
273. Sous le nom de reproduction nous comprenons, en général, les phénomènes de la mémoire, de la réminiscence pendant la veille, et aussi les phénomènes du songe pendant le sommeil. Pourtant, outre ces phénomènes, il en est d'autres qui se rattachent à des conditions pathologiques ; tels sont V hallucination, Villusion, le soimirimbulisme,
La mémoire, considérée par l'ancienne psychologie comme une faculté, n'est que l'exercice de la reproduction des états de conscieniîe ; on peut dire encore que c'est la reproduction claire et distincte des états de conscience. Dans son domaine rentrent les images sensationnelles, les idées, les relations, les notions ou comple\us d'idées, les sentiments et les actes volontaires, et en général les idées de mouvement. La mémoire n'est pas, selon Carpenter, une simple reproduction ; elle comprend, en outre, la reconnaissance des anciens étals de conscience reproduits ; elle renferme un état mental distinct, nommé cow^ciewce de conformité (consciousnessof agreementj [\), Va réminiscence est, au contraire, une reproduction dans laquelle il n'y a pas reconnaissance complète de l'état de conscience rappelé ; on n'en a qu'une image indéfinie et indistincte qui peut être plus ou moins claire, et peut, en certains cas, après un effort volontaire, devenir une image définie de mémoire.
Si dans la mémoire on a des relations complètes entre les perceptions, et des associations non interrompues, dans la réminiscence une grande partie de ces relations est perdue, ou n'a jamais été acquise, et l'association est interrompue ou faiblement constituée. Il devient, par suite, difficile de reconstruire la succession ou la contiguïté des états conscients, et ce n'est qu'après que l'induction excitatrice a pénc'^lré dans les voies lé's plus éloignées qu'il est possible de renouveler un état conscient dans toute sa plénitude ; en tout autre cas, il restera indéfini.
Mais de tous les étals de conscience éprouves, tous ne sont pas ordinairement reproduits. Quelques-uns restent comme morts, et c'est seulement dans les conditions extraordinaires qu'ils peuvent revenir à la conscience. Cela dépend de l'énergie primitive de l'excitation, et de l'énergie actuelle de l'excitation centrale ou inductive.
Il y a des excitations de peu d'intensité, et qui, bien qu'associées à d'autres d'une grande intensité, laissent des modifications peu profondes. Dans la reproduction, Vexcitation est, de règle, plus faible que dans le phénomène primitif; aussi ces étals , originairement faibles, ne peuvent être rappelés par des excitations encore plus faibles.
(1) Mental P/njsiotogy^ p. 451.
Ils peuvent seulement, dans quelques cas, revenir à la conscience comme réminiscence ; le plus souvent, ils restent dans le fond obscur de la conscience, jusqu a ce qu'une force très énergique vienne les réveiller, ce qui arrive ordinairement dans les conditions pathologiques du cerveau, auquel cas il se produit des excitations anormales déterminées souvent par des états d'hypérémie. Tels sont les cas de délire, d'ébriété, de folie, de monomanie, ou les formes de la manie, semblables à Thystérie.
Il peut y avoir, au contraire, perte partielle ou totale de la mémoire : c'est le cas d'amnésie. Cette perte peut être intermittente, c'est-à-dire alterner avec d autres états où se retrouve la mémoire, comme dans les cas de conscience double. Gela provient ordinairement de conditions pathologiques, anémie ou manque de nutrition du cerveau, partielle ou totale, et de la dégénérescence sénile.
274. La condition physiologique d'un état de conscience est principalement le processus de l'excitation, de la périphérie au centre, quand il s'agit de phénomènes directement excités par des forces extérieures, ou par des causes purement physiologiques , c'est-àdire par les différents organes fonctionnels. La condition de la localisation de la perception, c'est le retour de la même excitation du centre vers la périphérie ; ce retour s'accompUt après une certaine expérience, et c'est par lui qu'est rendue possible la connexion qui s'établit entre l'objet et l'étal perceptif conscient. Dans la reproduction, le processus de la périphérie au centre manque certainement, parce que l'excitation est complètement centrale, si ce n'est qu'une ou deux perceptions sont la cause inductrice des autres dans le centre psychique même. VA le retour de l'onde vers la périphérie? Je crois qu'il existe quand il s'agit de la locahsation des sensations, mais pourtant d'une façon encore faible, et correspondant à la force même de l'excitation centrale. On a dit que l'induction provoque un état psychique d'une énergie moindre que l'état primitif, et cela régulièrement : les parties centrales sont en rapport avec les voies périphériques, par suite l'excitation coule ou se dévers(^ dans ces mêmes voies qui lui sont habituelles. L'excitation centrale n'étant pas d'une grande énergie, celle qui se transmet par les voies conductrices est faible aussi, et j'agoule, encore plus faible que l'excitation centrale, parce qu'une force ne peut sortir des limites qui la contiennent sans vaincre la résistance de ces mêmes limites. 11 ne sort donc du centre qu'une onde nerveuse assez faible qui se perd dans les voies mêmes où elle est comme immergée.
Mais on peut, par la volonté, accroître l'énergie centrale, en s'arrêtant sur cet état psychique provoqué par Tinduction, comme sur un point de fixation de la conscience. Alors l'excitation peut arriver jusqu'à la périphérie localisée, que nous pouvons nous représenter
avec une grande clarté, et sentir distinctement. C'est ce fait que Bain a admis en l'expliquant par l'association qui unit une impression interne à la vue ou au toucher du lieu où elle est née, comme s'il y avait une sorte de courant de retour, et comme un phénomène spécial, tandis que jai montré que c'était, au contraire, un phénomène commun a toutes les perceptions (1).
11 y a cependant des cas où l'intensité centrale induite est si grande qu'elle se déverse dans les voies périphériques avec la force originelle même, et souvent avec une plus grande force, quand la reproduction prend la forme d'une perception excitée par la périphérie. Nous pouvons, par suite, établir que la perception induite n'a pas le cours de la perception originelle^ mais qu'elle a un cours en retour analogue,
275. Ainsi, dans les cas, et c'est l'ordinaire, où l'excitation induite est plus faible que l'excitation originelle, il n'y a pas confusion entre la perception reproduite et la sensation excitée directement par la périphérie ; et, en fait, nous savons les distinguer sans aucune difficulté. Mais dans les cas où l'intensité induite l'emporte sur l'intensité originelle, on a des représentations analogues aux représentations originelles, c'est-à-dire a celles qui sont provoquées par la présence de l'objet. Dans ces conditions, qui sont des surexcitations produites par un état hypéresthésique des parties centrales, on a un phénomène appelé hallucination, c'est-à-dire que des objets absents semblent présents ; on éprouve des sensations qui semblent provoquées par un objet présent qui n'existe pas, et elles présentent une persistance plus grande qu'une perception originelle. Une force très grande et en excès, excitée dans les centres, se répand dans les voies périphériques habituelles jusqu'à l'extrémité périphérique ou jusqu'à l'organe sensoriel externe, et il se produit ainsi une onde de retour qui persiste tant que dure l'hypéresthésie centrale. Ceci peut être provoqué par l'induction ordinaire, ou par des conditions morbides spéciales de l'endroit excité qui constituent, en général, un état hyperhémique.
L'hallucination est, par suite, un état morbide de la reproduction des perceptions, et elle dérive des mêmes conditions physiologiques qu'un état normal, mais elle peut être aussi provoquée par des conditions pathologiques des organes des sens.
Les sens les plus sujets aux hallucinations sont la vue et l'ouïe ; c'est ainsi qu'on voit des objets et des images d'objets qui n'existent pas au moment du phénomène, mais que, pour la plupart des cas, on a déjà vus ; on entend même des sons et des bruits qui n'ont pas été excités par des ondes sonores mais, qu'on regarde pourtant comme tels. Dans certains cas extrêmes, on peut ignorer la nature morbide du phénomène, et croire à sa réalité ; toutefois, dans les
(1) Voyez ci-dessus, pp. 191-195,
autres cas, le patient sait qu'il est halluciné. Des faits semblables peuvent arriver dans le délire et sous Tinfluence alcoolique, dans la manie et dans la monomanie.
276. Dans Thallucination, de quelque espèce qu'elle soit, l'excitation est centrale ou périphérique. Mais il peut se produire un autre phénomène, plus commun, dans lequel Icxcitation, dérivée de la présence d'un objet, ne correspond pas à une perception qui représente l'objet même, mais à celle d'un autre objet qui n'est pas présent au moment du phénomène. C'est là une erreur qu'on appelle illusion. Il ne s'agit pas ici de l'erreur qui peut provenir de ce que, n'ayant pas perçu clairement les diverses parties d'un objet, on le confond avec un autre, mais de l'erreur qui consiste à donner à une excitation quelconque une forme représentative qui ne lui convient en aucune façon. Par exemple, attribuer à un tronc d'arbre la figure d'un homme dans une posture spéciale, à un son une signification qu'il n'a pas, et ainsi de suite. Ce fait arrive ordinairement quand un individu se trouve dans certaines conditions particulières, soit qu*il ait peur, soit qu'il attende avec beaucoup d'anxiété une personne ou un événement, et principalement pendant la nuit, quand il est en grande appréhension.
Nous avons par exemple une disposition à nous représenter lïmage d'un homme qui attaque ou qui est en embuscade ; la vue soudaine d*un objet quelconque, un tronc d'arbre jeté ou placé dans une certaine position, nous semble être l'homme que nous craignons. L'image intérieure se confond avec l'image objective du nouvel objet; c'est en réalité une véritable hallucination suscitée par une excitalion périphérique, qui revêt de sa forme l'objet visuel, parce que c'est d'elle-même qu'elle s'extériorise et s'objective en prenant corps toutefois dans un objet réel.
277. Les phénomènes de la reproduction, en même temps que les modifications spéciales de l'hallucination et de l'illusion, se produisent dans un état que nous avons coutume d'appeler état de veille. Mais il y a un autre état périodique comme la veille, le sommeil, dans lequel se présentent des phénomènes analogues aux premiers. Nous voulons parler des songes. Dans le sommeil toute voie est ordinairement fermée aux excitations extérieures, non pas probablement à la partie périphérique pour tous les organes, mais a la partie centrale. Les voies externes semblent toujours ouvertes, excepté celles de la vue ; il semble que l'ouïe, l'olfaction, la sensibilité cutanée peuvent être excitées, mais que les centres ne sont pas dans les conditions de la veille, et sont privés de conscience pour ces excitations. 11 est impossible de savoir exactement quelles sont les véritables causes de ce fait, si on ne connaît pas exactement la cause du sommeil, et quel est cet état de sommeil. De fait, pour beaucoup, il y a là une diminution de l'activité cérébrale, manifestée par une hémi-anémie, et comme conséquence un abaissement de tempéra-
lure. En réalité, ceci semble contredit par une grande activité cérébrale se manifestant par des excitations centrales, et qu'il n'est pas possible d*avoir dans un état d'anémie presque complète. S'il fallait avancer une hypotlièse à ce sujet, je dirais que la diminution d'activité n'est pas aux centres, mais à la périphérie, ou aux nerfs périphériques, ou qu'elle commence, pour le moins, ù l'extrémité périphérique, aux organes sensoriels, et qu'elle occupe, outre tous les nerfs périphériques, leurs racines intenies et peut-être aussi, dans le sommeil plus profond, une grande partie de la substance cérébrale.
C'est ce que je déduis de quelques observations que j'ai faîtes sur moi-même. Cliacun sait qu'en nous mettant à dormir, nous arrivons à un état qui est intermédiaire entre le sommeil (;t la veille ; nous commençons à cet état à avoir les fantômes du songe, mais il nous reste encore un lien avec le monde qui nous entoure, puisque nous percevons confusément des bruits et des sons qui viennent se fondre dans les images fantastiques qui commencent. Mais si, étant en cet état, nous revenons pour une raison quelconque à l'état de veille complète, nous sentons que nous réacquérons lentement la perception de notre corps, surtout dans les extrémités inférieures, dans les jambes, au moment même où nous nous apercevons que nous n'avons pas une connaissance claire de ces parties. Et ce phénomène est semblable à celui que nous éprouvons quand, par suite d'une forte pression ou du froid, nous ne sentons plus une main dont nous retrouvons ensuite une sensation claire et distincte, après que la cause anesthésique a cessé. Inversement, quand nous sommes pris par le sommeil, nous ne perdons pas d'abord la conscience des images ou des idées, mais nous commençons à perdre celle des phénomènes externes, qui nous viennent par les organes, et celle des parties de notre corps, laquelle conscience disparait complètement quand le sommeil est profond et bien prononcé.
Il reste donc, d'après cette hypothèse, une certaine activité cérébrale, tandis que l'activité périphérique est abolie temporairement. Cette même hypothèse expliquerait facilement ce fait qu'on peut provo(]uer le sommeil, comme on le fait pour les petits enfants, par des chants et par un mouvement oscillatoire uniforme, c'est-à-dire en («puisant autimt que possible les nerfs périphériques. Elle explique aussi le fait de l'insomnie, quand \)n a certains sentiments très énergiques et persistants, parce (jue l'activité cérébrale étant grande envahit encore les voies extérieures et périphériques, et ne leur permet pas de se mettre au repos.
278. Quelle que soit toutefois la cause vraie du sommeil et de la perte de la conscience des excitations qui viennent de la périphérie, il est certain qu'il reste une ccTtaine activité cérébrale qui est apte à reproduii'e des sentiments et des perceptions avec une conscience quelquefois claire, quelquefois incertaine et obscui*e. Les reproduc-
lions prennent, dans (!e cas, la forme d'hallucinations analogues à celles de la veille ou du délire ou de l'influence alcoolique.
Cependant, dans le sommeil, la cause de rhallucination n'est pas la même que dans la veille ; dans ce dernier état, les excitations centrales doivent être produites d'une façon anormale et exagérée pour pouvoir vaincre celles qui viennent de la périphérie ; dans le sommeil, au contraire, les excitations peuvent être d'une intensité normale, mais aloi's les excitations externes faisant défaut, elles occupent seules la place, et montrent une grande tendance à la réalité objective, semblables en cela aux hallucinations de la veille qui dérivent d'excitations introduites dans les voies externes.
Les ex(!itations centrales ont aussi, dans le sommeil, un certain cours à travers les voies extérieures, mais ce cours ne doit être que d'une faible intensité et incomplet, de même que l'abolition des excitations périphériques est incomplète. Du reste, la privation la plus grande ou même la privation totale d'excitabilité dans les organes périphériques doit se trouver dans les pailies les plus externes, et elle doit être moindre vei's la partie centrale dans cet état de somnolence qui est le plus propre aux songes. Que labolition ne soit pas complète, un autre fait le prouve, c'est que les songes peuvent être provoqués par des excitations périphériques, ou entopériphériques, qui restent elles-mêmes inconscientes comme telles, mais qui sont conscientes sous une forme différente donnée par l'excitation centrale.
Les perceptions ou étals de conscience que l'on a pendant le sommeil ont, par suite, une grande analogie avec les phénomènes morbides de la veille, et elles restent souvent ou presque toujours incohérentes, sans mesure ni appréciation de temps, sans lien de succession normale et sans direction volontaire.
279. Non seulement on a dans les songes des phénomènes reproduits, mais on peut encore avoir de nouvelles connexions de perceptions et d'autres étals de conscience, soit incohérents comme dans les songes ordinaires et les plus communs, soit cohérents et normaux, comme dans la veille. En effet, le cas n'est pas rare de questions et de problèmes résolus pendant le rêve après avoir été dc^'à travaillés dans la veille. 11 me souvient qu'il y a un mois, comme je songeais à la reproduction des perceptions et à son explication, la combinaison suivante me vint en songe : les impressions restent persistantes ù l'état latent, et peuvent réapparaître dès que les nouvelles (plus fortes) cessent, d'une fa^on analogue à ce qui arrive aux images qui, invisibles en présence de la lumière, apparaissent dans l'ombre. C'est une conception semblable à celle de l'école herbarlienne, que j'ai transcrite immédiatement, mais que j'ai rejetée ensuite. Ces faits peuvent être produits par la continuation des excitations centrales qu'on a déjà eues pendant la veille, ou encore ils peuvent se présenter parce que les endroits mêmes oii ces
excitations avaient formé des voies habituelles se trouvent être occupés.
280. Un autre fait encore qui n'est pas rare dans le sommeil, c'est celui de mouvements dépendant d'états de conscience reproduits ; les plus communs sont ceux des organes de la voix. Ces mouvements affectent la forme d'actions réflexes, hum qu'ils se produisent là oii, dans la veille, ils sont volontaires. Si on les observe bien, ces mouvements sont, en général, encore imparfaits. Les paroles sont indistinctes et presque inarticulées, et cela, par les raisons que j'ai déjà indiquées plus haut, c'est-à-dire parce que les voies périphériques ne sont qu'incomplètement en activité, ou qu'elles sont entièrement fermées. C'est seulement dans le premier cas que ces mouvements se produis<»nt.
Mais il est des cas où, dans le sommeil, les mouvements se font avec une grande précision, et où les paroles sont prononcées d'une façon claire et distincte. Cela arrive dans la somniloquie et dans le somnambulisme. Si les paroles sortent complètes, et suivent le (!Ours des perceptions reproduites avec l'automatisme de la reproduction et du mouvement habituel, c'est signe que l'état de sommeil est incomplet; c'est-à-dire qu'il y a alors quelque voie externe motrice, a(*compagnée ordinairement d'une voie sensitive, l'ouïe, qui n'est pas fermée aux excitations, mais qui se trouve, au contraire, à l'état de veille. Un somnambule fait des mouvements automatiques avec une grande précision, il marche, il ouvre des portes, il prend des objets et les remet en place, il écrit et peut écrire des choses et des pensées nouvelles, il peut résoudre des problèmes et des difficultés, comme s'il était en état de veille. En cela on voit que l'activité cérébrale est normale, et qu'il y a quelque sens encore en activité, de même que quelque voie motrice.
Comme le sommeil est un phénomène périodique, et qu'il indique un état sain et dans les conditions physiologiques , le somnambulisme, qui est un songe imparfait, semble être un fait pathologique.
Le phénomène psychologique doit, dans ce cas, participer de la condition anormale du sommeil incomplet ; comme fait psychologique il n'est pas morbide, mais il n'est pas non plus un état de conscience identique à celui de la veille, ni à celui du sommeil complet. 11 paraît qu'il n'est pas <*omplètement vrai, comme on le croit communément, qu'il ne reste aucune mémoire de ce qui est arrivé pendant l'état de somnambulisme ou de somniloquie. 11 se produit ici ce qui se produit pour les songes ordinaires. Au réveil il en est dont on se souvient, d'autres dont on ne se souvient pas, et pour le sujet les phénomènes du somnambulisme sont comme les songes.
Ces phénomènes, songe, somnambulisme, hallucination et illusion, méritent d'être étudiés à fond et d'umî manière spéciale. On peut rattacher les deux premiers au sommeil dont les vraies causes ne
sont pas encore bien connues, el les deux autres à des étals pathologiques du système nerveux central. Mais les limites qui me sont imposées me forcent à me borner à ces quelques remarques.