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IV. — TEMPS DE DISTINCTION, LOCALISATION, CHOIX

290. Cette idée que le phénomène psychique est constitué par le seul processus central, a engendré le désir de savoir quel est le temps physiologique propre de ce processus central, en éliminant celui des nerfs périphériques et de l'impulsion motrice avec le mouvement subséquent.

Donders a fait le premier des expériences sur ce sujet, c'est-à-dire pour la détermination du processus purement psychique (3). Ces

(1} Wundt, op. cit., pp. 295 et suiv., tome H, éd. fraar. Cfr. inloco citato, les résultats numériques.

(2) Cfr. John L. E. Dreyer, On pcrsonal Errors in aslronomical Transit Observations if vocQ^iWiï^s of tlie Royal Irish Acadeniy, Dublin. Vol. XI, Ser. 11. Juillet 1876, N. G), travail très important en son genre.

(3) Die Schnellifjkeit psychischer Proeesse (Archiv. fiir Anat. und Phys. Reicher und Du Bois-Reymond, 1868, VI).

expériences ont clé faites par trois méthooles sur les perceptions tactiles, auditives et visuelles. Dans la méthode a, il y a réaction à une excitation connue ; dans la méthode b, à une excitation inconnue, et dans la troisième c, réaction à une des excitations inconnues. Le premier cas correspond à la réaction simple ; le temps est par suite plus court que tout autre. Dans le second cas, il y a une distinction à faire entre deux excitations, puis un choix pour la réaction, et, selon Donders, une impulsion volontaire plus compliquée. Dans h troisième méthode, il y aurait seulement distinction entre deux excitations, la réaction étant déterminée antérieurement. La troisième méthode, d'après Donders, donnerait par différence avec la méthode a le temps du processus primitif.

Les résultats sont les suivants :

moyenne

Pour une excitation cutanée (dilemme) O^OôG*

Entre deux couleurs (dilemme) 0,184

! 0,122 0,159 0ll72

Entre deux voyelles, dilemme (perc. de vue) 0,166

Entre cinq voyelles, dilemme (perc. de vue) 0,170

Entre deux voyelles ( perceptions auditives ) 0,056

Entre cinq voyelles » » 0,088

Selon les méthodes on trouve pour la durée de la réaction pour les sons :

Pour a, moyenne 0,201*', minimum 0,1705*'

Différences :

des moyennes des minimums moyenne

Après Donders, Baxt a fait des recherches sur les perceptions visuelles (2), mais les plus imposantes ont été faites par V. Kries et Auerbach sur toutes les perceptions et par Wundt.

V. Kries et Auerbach choisissent toujours la méthode c de Donders, c'est-à-dire qu'entre deux excitations a et 6, on doit toujours répondre à a, jamais à 6; les deux expérimentateurs pensent que seulement de cette manière on a le temps de distinction entre les deux exciia-

(1) Op. cit., pp. 665-673.

(2) Ueber die Zeit, welchenothig ist, damit ein Genichtêeinduck zum Beu^usstsein kommt (MonastKberitche der Konigl, preusg* Akademie der WissrMvhaftr» zH Berlin, juin 1871) pp. 333 et suiv. Rapport d'Helmlioltz. Arehiv. fur ges» Physiologie IV.

lions, outre la réaction simple, et que le choix volontaire ne se trouve pas impliqué. Ils définissent le temps de distinction {Unterscheidungszeit) :

c Le temps qui s*écoule depuis le commencement de la sensation a jusqu'au moment où elle est reconnue comme étant a (en opposition à 6) (1). >

L'importance des expériences de ces auteurs est pour nous très grande, parce qu'ils se sont occupés principalement de la localisation des perceptions de tact, d*ouïe et de vue, et plus encore, de la distinction entre les couleurs dilTérentes, entre les sons différents, plus faibles et plus forts. Dans tous ces cas, il y a une augmentation de temps, plus le processus est long et compliqué. Yoîcî les résultats, correspondant aux différences c-a, méthodes de Donders; A et K indiquent les noms des expérimentateurs, ce qui fait voir les différences individuelles (2).

Localisation optique de direction 0,011'' 0,017"

Localisation optique en éluignement 0,022 0,030

Localisation auditive (la valeur moindre) . . 0,015 0,032

Localisation auditive (valeur maxima) .... 0,062 0;077

Localisation de tact 0,021 0,036

Distinction des couleurs 0,012 0,034

Distinction d'un son simple (aigu) 0,019 0,049

Distinction de son et de rumeur 0,022 0,046

Jugement de Pintensité tactile (excit. forte). 0,023 0,061

Jugement de l'excitation tactile faible . . . 0,053 0,1(^

Distinction de sons simples 0,034 0,0'19

Ces temps correspondent à la différence entre le temps de réaction simple et celui de réaction avec localisation et distinction. Ainsi, par exemple, pour la localisation de tact, dans une autre série d'expériences, pour A on obtient (en moyenne) 0,022^', parce que le temps de réaction simple étant pour le dos de la main 0,1 42^^, et pour le doigt médian, 0,145"^, et le temps entier de réaction avec distinction étant 0,166'^ il suit que le surplus du temps est de 0,022^'' ; pour K, au contraire, il est de 0,033'', le temps total étant 0, ISS'^, et ceux des réactions simples 0,1 18^ 0,121'' (3).

Wundt distingue deux sortes de temps dans le processus central, l'un de distinction {Unterscheidung)^ l'autre de choix Wahl)\ le premier qui peut se rapporter à la perception, le second à l'activité volontaire. Les expériences ont pour but direct de montrer l'existence de ces deux sortes de temps qui peuvent se trouver ensemble dans une réaction compliquée. Il a expérimenté sur les perceptions

(1) Die Xeitdnuer einfachsler pttychischer Vorgange (Archiv. fur Anat. und Phys. Du Bois-Kaymond, 1877, IV-V) p. 300.

(2) Op. cit., pp. 346-7.

(3) Cfr. Op. cit., PP4 370 et suiv. Beilage.

de vue, c'est-à-dire dans le cas oii il s'agit de distinguer deux ou plusieui*s couleurs. Les observations pour la distinction de deux couleurs exigent moins de temps ; celles pour la distinction de plusieurs couleurs, quatre par exemple, en exigent plus parce que les conditions sont plus compliquées. Voici les résultats :

Temps de rcaclicm

Temps

de distinction

au

Rrartion

pour

le

noir

biniic

simple

noir

blanc

moyenne

Le temps de distinction pour quatre excitations simples de lumière, noir, blanc, rouge, vert, est plus grand :

Temps de réaction

avec distinction Réaction simple Temps de distinction 0,293 0,136 0,1.57

Les séries suivantes comprennent, en outre, le temps de choix, ce qui fournit un temps total plus long :

Temps de réaction Temps de choix

avec distinction avec distinction et choix entre mouvement et repos

Dans la série suivante, il s'agit d'un choix différent :

Temps de rt*aclion Temps de choix

avec distinction avec distinction et choix entre deux mouvements

Wundt jugeant les méthodes de Donders, et principalement la méthode c adoptée par V. Kries et Auerbach, aflirme que le choix volontaire n'y est pas supprimé, bien que ces deux auteurs aient employé des moyens pour éliminer l'acte volontaire (2).

291. Qu'indique ce surplus de temps que Donders, V. Kries et Auerbach, Exner, Wundt et d'autres appellent temps de distinction ? Est-il le seul temps du processus dit psychique ? est-il un temps qui se rapporte à un nouveau fait psychique? ou bien est-il exclusivement le temps de la perception 1 La réponse ne me semble pas si facile (lu'aux auteurs cités plus haut ; je crois qu'on a omis quelque obser-

(1) Wundt, Psychol, physioL, tome II, pp. 279, 282, édit. franc.

(2) Op, cit., tome II, p. 286, noie.

vadon importante dans l'interprétation de lexpérience et de ses résultats.

Dans le temps de réaction simple se trouve déjà le fait de l'excitatiou centrale de perception : ceci ne peut être mis en doute. Qu'indicjue par suite l'accroissement de temps 1 Exner répond qu'il indique l'augmentation que le temps de réaction doit avoir quand il faut distinguer exactement une excitation (1). Cela est vrai, mais à quelle soile de processus est nécessaire ce surplus de temps ? Si le processus pour la distinction exacte élait seulement central, ce ne serait qu'un accroissement du temps nécessaire à la réaction simple. Mais il y a ici un véritable processus de localisation et de direction perceptive ; le temps, par suite, doit être divisé entre le processus central et la ti'ansmission périphérique centrifuge nécessaire à la localisation des sensations.

Dans le cas de la distinction entre deux ou plusieurs excitations simples, le phénomène avec son processus doit être assez compliqué. En eifet, outre le temps physiologique nécessaire à l'excitation de Torgane du sens, à la transmission aux centres, à l'excitation des centres, il y a aussi le pro(!essus de l'attention avec le temps qui lui est indispensable, et la localisation périphérique par le cours centrifuge de l'onde nerveuse. Le processus pour rattention consiste, comme nous Tavons admis, dans la concentration en un centre donné spécial de l'acrtion nerveuse, avec catalepsie temporaire des parties voisines. Dans le cas de deux ou plusieurs excitations, il faut un temps plus grand avant (|ue se produise Tisolement pour une sensation déterminée avec son courant centrifuge correspondant. L'augmentation du temps physiologique dans le cas dit de distinction s'explique, selon nous, par un processus spécial dans le centre encéphalique, l'attention, et par la localisation avec le courant centrifuge. Ainsi ce qu'on avait déjà dit, en parlant du temps de réaction simple, trouve ici sa preuve, à savoir qu'il y a un temps plus long et par suite plus apparent pour la localisation et le courant centrifuge.

Dans ce. cas, il me semble qu'on pourrait admettre le troisième processus de Wundt, celui qu'il voudrait trouver dans la réaction simple, à savoir l'entrée au point de fixation (IHickpunkt) de la €onscien<re ou de l'aperception.

La théorie des signes locaux, que veulent invoquer à ce sujet V. Kries et Auerbach, ne me semble pas avoir ici sa raison d'être (2); cette hypothèse de Lotze me parait en être au même point que celle des impondérables en physique, et du principe vital en physiologie.

(J) I^hijniol. dn' firosëhintrinde^ |). Tl*ù. (2) Op, cit., pp. 319 et suiv.

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