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CHAPITRE V

Inconscience dans les processus psychiques centraux

295. Sous le nom de cérébraiion inconsciente {uncounsciovs cerebration), Carpenter, il y a quelques années, annonçait un phénomène psychique auquel les philosophes n'avaient, jusqu'à ce moment, prêté que peu ou pas d'altenlion. Très peu s*en sont occupés : Laycock, W. Hamilton, Slewart, James et Stuart Mill, el enfin Carpenter. On veut en attribuer la première idée à Leibnitz. Hamilton surtout, qui a appelé ce Mi modification mentale latente, a cru que c'était la même chose que ce que Leibnitz désignait sous le nom de notions obscures, idées obscures, perceptions sans apercepUon ou conscience.

Le phénomène se produit dans diverses circonstances : 1"^ dans la réacquisition d'une idée perdue ; 2^ dans la perte du lien associatif entre divers états de conscience; 3** dans ime abréviation du processus mental : 4** dans un développement inconscient de jugements ; b"* dans un exercice inconscient de la faculté d'invention ; 6^ dans l'action inconsciente du mécanisme de la pensée; et 7^ dans des influences inconscientes s'cxerçant de préférence sur les mouvements (1). Entre un grand nombre d'exemples, je rapporte le suivant, que cite Carpenter, sur l'origine des Quaternions, comme elle est racontée par leur propre auteur, W. Rowan Hamilton.

< Demain sera le 15^ jour de la naissance des Quaternions. Ils sont venus à la lumière beaux et bien conformés, le 16 octobre 1843, tandis que je me promenais à Dublin avec lady Hamilton, et que je

il) Cfr. Carpenter, Mmfal Phifsiologi/^ chap. xiii,

montais à Hroiighain Bridge. C'est-à-dire qu'environ à ce moment, j ai senti fermé le courant galvanique de la pensée; et les étincelles émises par lui furent les équations fondamentales entre t, j, ky exactement comme je les ai employées depuis ce temps. Je tirai de ma poche le portefeuille qui existe encore, et f écrivis sur le moment même, je pensai que ce serait un travail digne de m'occuper pendant dix ou quinze années dans Tavenir. Mais il est facile de dire que cela arriva, parce que je sentais qu'un problème avait été résolu en ce moment, problème qui se présentait continuellement à moi depuis quinze ans (1). >

Cet exemple montre clairement que Tinventeur des Quaternions pensait toujours à la solution d*un problème, et que ce problème exigeait des équations fondamentales entre certaines valeurs, lesquelles équations n'avaient pas encore été posées. Or, à un moment inattendu, quand Tauteur n'y pensait pas, les équations qu'il recherchait entre t, j, k, lui sont apparues (*1airement, et il s'en est ensuite servi invariablement.

Hamilton rapporte le cas suivant qui correspond à la seconde des sept circonstances que nous avons indiquées, c 11 arrive quelquefois que nous voyons une idée s'élever inunédiatement après une autre dans la conscience, sans que nous puissions ramener cette succession a une loi d'association. Or, en général, nous pouvons dans ces cas découvrir par une observation attentive que ces deux idées, bien qu'elles ne soient pas associées entre elles, sont chacune associées à certaines autres idées ; de sorte que la série aurait été régulière, si ces idées intermédiaires avaient pris dans la conscience leur place entre les deux idées, qui ne sont pas immédiatement associées. Supposons par exemple trois idées A, B, C; supposons que les idées A et C ne peuvent se suggérer immédiatement Tune par Vautre, mais que l'une et l'autre sont associées à l'idée B, en sorte que A suggère naturellement B et que B suggère C. 11 peut arriver alors que nous ayons conscience de A, et immédiatement après de C. Comment expliquer cette anomalie ? On ne peut le faire que par le principe des modifications latentes (2). >

296. Le problème sur le phénomène psychologique est le suivant : Pourquoi les séries intermédiaires, tant dans le lien d'association qu'entre les prémisses d'un raisonnement et la conclusion, entre une question à résoudre ou une recherche à faire et la délibération et la résolution ne viennent-elles pas à la conscience, alors que d'autres fois quelques-unes s'y sont présentées, et que les autres sont de telle nature qu'elles peuvent devenir conscientes?

Hamilton admet que les états dits par lui latents sont de trois degrés. La première espèce comprend toutes les parties de notre

(1) Qp.ciï., p. 527.

(2) St. Mill, ta Philosophie de Hamilton, p. 3?8, ch. \y. Tpad. franc.

connaissance auxquelles nous ne pensons pas pour le moment, c Je connais une science, une langue, non seulement au moment où j*ea fais usage, mais je la connais parce que je peux m'en servir quand je veux. Ainsi une quantité immense de nos richesses mentales sont toujours hors de la sphère de la conscience, cachées dans les retraites les plus obscures de Tesprit. > — c La seconde espèce d*états latents comprend les systèmes de connaissance, ou les habitudes d'action que l'esprit possède sans en avoir conscience à l'état ordinaire, mais qui se révèlent à la conscience dans certains moments d'exaltation extraordinaire de ses facultés. > Mais ces deux espèces ou degrés que reconnaît Hamillon ne sont pas en réalité des états latents de l'esprit, ce sont des choses différentes, comme le dit Mill avec raison. Ce ne sont pas à la vérité des états de l'esprit, mais seulement des connaissances aptes a le devenir (1).

Le troisième degré c comprend des modifications de l'esprit, c'està-dire des états actifs ou passifs de l'esprit, dont nous n'avons pas conscience, mais qui manifestent leur existence par des effets dont nous avons conscience >. — c Je n'hésite pas à affirmer que ce dont nous avons conscience est composé de ce dont nous n'avons pas conscience (2). »

Je ne discute pas ici l'opinion de Hamilton, mais je dis simplement que la critique qu'en fait J. Mill ne me semble pas entièrement juste quand il veut réfuter l'argument tiré du minimum visibile et audibilCj c'est-à-dire du minimum perceptibile. L'argument s'appuie, en substance, sur l'inconscience des processus psychiques, idée à laquelle Mill lui-même adhère enfin, bien qu'en lui donnant une forme différente, c Néanmoins, écrit Mill, bien qu'Hamilton n'ait donné aucune raison valable pour préférer son hypothèse à celle de Stewart, il ne s'ensuit pas qu'il n'ait pas raison au moins dans certains cas (3). > Hamilton, quoiqu'il commette quelquefois des erreurs d'expression, dit, pour expliquer le phénomène dont on a donné deux exemples différents, qu'il y a certaines modifications de l'esprit qui sont latentes, qui n'arrivent pas à la conscience, mais qui ont néanmoins une influence sur les états conscients» comme intermédiaires dans les associations pour la réacquisition d'une idée perdue, et ainsi de suite.

297. Mill accepte le phénomène, et écrit : c Je suis porté à penser comme Hamilton, et à admettre ces modifications mentales inconscientes, mais avec la seule forme sous laquelle je puisse leur donner un sens très précis, c'est-à-dire sous la forme de modifications inconscientes des nerfs. — La supposition la plus probable serait celle que les nerfs d'une certaine partie sont affectés comme

(1) Mill, Op. cit., pp. 321-25. Trad. franc.

(2) Id. pp. 325-6. — Voy. Carpenter, op. ctt,, p. 518.

(3) Op. cit., p. 334. Trad. franc.

dans toutes les autres circonstances ; mais que, les centres nerveux étant occupés vivement par d'autres impressions, raffeclion des nerfs locaux n'arrive pas jusqu'à eux, et qu'il n'y a aucune sensation. De même si nous admettons (ce que la physiologie rend de plus en plus probable) que nos impressions mentales, comme nos sensations, ont pour antécédents physiques des états particuliers des nerfs, nous pouvons croire que les anneaux qui manquent à la chaîne de Tassociation, ceux que Hamilton regarde comme latents, le sont réellement ; que ce sont des états qui ne sont pas perçus, mAme pendant un seul instant, parce que la succession des causes ne s'est continuée que d'une manière toute physique, par un état organique des nerfs, succédant si rapidement a un autre que l'état de conscience correspondant à chacun d'eux ne s'est pas produit. Nous n'avons le choix qu'entre deux suppositions : ou une modification d'une durée trop courte, qui ne produit pas de sensation ou d'impression mentale, ou bien une succession rapide de diverses modifications nerveuses, laquelle fait que les diverses impressions produites réagissent les unes sur les autres, et finissent par se confondre. > Mill accepte plus volontiers la seconde hypoûièse, parce qu'il la juge confirmée par l'expérience, surtout par cette expérience qui permet de recomposer le blanc au moyen des couleurs spectrales, grâce à la rapidité des impressions (1).

298. En réalité, dans la doctrine de Leibnitz, le phénomène est considéré sous une autre forme, et a plus de rapport avec la volonté et avec l'habitude, qu'avec les formes de la pensée proprement dite. L'idée obscure est ainsi définie par lui : c Obscura est notio qtiœnon sufficit ad rem reprœsentatam agnoscendam, veluti si utcumque memincrim alicujus f loris, aut animalis olim tjwt, non tamen quantum satis est^ aut oblatum recognoscere, et ah aliquo vicino discernere possim (2). > Oii il me semble toucher à la réalité des impressions inconscientes, c'est dans le passage suivant : c Toutes les impressions ont leur effet, mais tous les effets ne sont pas toujours notables ; quand je me tourne d'un côté plutôt que d'un autre, c'est bien souvent par un enchaînement de petites impressions, dont je ne m'aperçois pas, et qui rendent un mouvement un peu plus malaisé que l'autre. Toutes nos actions indélibérées sont des résultats d'un concours de petites perceptions, et même nos coutumes et passions, qui ont tant d'influence dans nos délibérations, en viennent : car ces habitudes naissent peu à peu, et par conséquent, sans les petites perceptions, on ne viendrait pas à ces dispositions notables. J'ai déjà remarqué que celui qui nierait ces effets dans la morale imiterait des gens peu instruits, qui nient les corpuscules insensibles dans la physique (3). > Hamilton a été

(1) Op. cit., pp. 335-7. Trail. franc.

(2) Opéra philosophica omnia, Berolini, 1840. Erdmann, p. 79. Cfr. 288.

(3) id. Nouveaux Essais, II, 1, page 225.

amené à expliquer ce phénomène par la conception de Leibnitz touchant la différence des perceptions et de Taperception ; Leibnitz n'attribue pas aux premières la conscience qu'il confond avec i*aperception (l).

299. C'est Carpenter quia donné au phénomène une forme scientifique mieux définie. Quelques-uns veulent attribuer la priorité de l'explication du phénomène, selon les vues de Carpenter, àLaycock; il est certain, il est vrai, que ce physiologiste a reconnu le phénomène, comme on le voit par une note de Carpenter lui-même (2). Mais je ne connais nullement les œuvres dcLaycock. . Il ne faut pas oublier l'opinion de Carpenter sur les fonctions da cerveau. Il admet que la conscience réside dans les ganglions sensoriels^ dans le sensorium, où affluent les excitations externes et les excitations internes ou du sens mterne, du cerveau proprement dit, celui-ci n'étant nullement par lui-même capable de conscience (3). Par suite Tactivité intellectuelle, laquelle consiste dans le processus rationnel et les exercices de l'imagination, par cela miêflie qu'elle est essentiellement outomalique^ a été décrite en langage physiologique sous le nom de action réflexe du cerveau^ d'une façon analogue aux actions réflexes de la moelle épinière, c'est-àdire sans aucune intervention de la volition. L'excitation automatique du cerveau est reçue dans le sensorium par les fibres descendantes, et on a ainsi (conscience du phénomène intellectuel. Mais il peut arriver qu^une action réflexe du cerveau soit inconsciente. « En examinant toutes les opérations automatiques de Tesprit à la lumière de l'action réflexe du cerveau, il n'est pas plus difficile de comprendre comment beaucoup d'actions réflexes peuvent se produire sans que nous en ayons conscience — les résultats de ces actions réflexes étant complets comme produits intellectuels quand nous avons conscience des impi*essions transmises le long des nerfs du sens interne du cerveau au sensorium — que de comprendre comment les impressions peuvent exciter des mouvements musculaires grâce au pouvoir de réflexion de la moelle épinière, sans Tintervention nécessaire de la sensation. Dans les deux cas, la condition de ce mode d'opération inconsciente est que la réceptivité du sensorium doit être suspendue jusqu^à ce que le mouvement en question se soit produit; et cela, soit par Tinactivité fonctionnelle proprement dite, soit parce que le sensorium est occupé momentanément par d'autres impressions. C'est pourquoi il est difficile de trouver une dénomination bien appropriée pour cette classe de phénomènes. On peut à peine les désigner comme processus rationnels, parce que raisonner inconsciemment semble impliquer une contradiction dans les termes. La désignation de cérébration inconsciente est

(1)1(1., pp. 233 et 780.

(2) Op, cit., p. 516, note.

(3) Voyw ci-dessus, livre II, chap. }i.

peut-être moins sujette que d'autres aux objections, et a été trouvée facilement intelligible (1).

Dans tout le chapitre, Carpenter cherche à expliquer, d*après le principe émis, les cas divers de la cérébration ou de l'action réflexe inconsciente, cas que j'ai déjà énumérés plus haut.

300. L'explication donnée par Carpenter est la plus intelligible et la plus simple, elle serait entièrement vraie si on acceptait sa théorie sur les fonctions du cerveau et des ganglions sensoriels, en ce qui regarde la (îonscience. Mais nous avons déjà considéré cette théorie comme insoutenable, surlout après les expériences faites sur les localisations cérébrales, et nous avons admis que la partie supérieure du cerveau était siège de conscience en même temps que les ganglions.

En comparant les opinions émises par Hamîhon, Mill, Carpenter, on y trouve un principe commun qui se rapporte au fait d'un processus psychique inconscient^ constituant, pour Mill, une simple action, ou antécédent physiologique. Je rappelle ici ce que j*ai déjà dit dans le premier chapitre de ce livre, à savoir que les antécédents d'un phénomène conscient sont inconscients, et que le phénomène psychique est constitué par des éléments physiques. Mais le processus physiologique que nous avons considéré comme inconscient a été celui des nerfs périphériques, ce qui a rapport aux excitations extérieures directement produites par des forces naturelles. Mais ne peut-il y avoir aussi un processus central qui ne passe pas à la conscience, c'est-à-dire qui reste à l'état purement physiologique ? — Voici ce qui, à mon avis, constitue le phénomène de la cérébration. Le processus central dérive d'une excitation centrale et est suscité par une autre excitation centrale ou par une périphérique, d'une façon analogue à ce qui arrive dans le processus de reproduction ; il peut donc se confondre avec ce môme processus puisqu'il est réglé par les mêmes lois d'association.

Dans la reproduction, on a trouvé qu'une excitation en amène une autre ou un groupe d'autres, et que ce groupe peut aussi en amener un autre, et ainsi de suite, de sorte qu'il y a une chaîne d'états conscients, simples ou complexes, qui sont induits et induisent à leur tour. L'association peut se faire entre les nœuds de groupes d'états conscients, ou entre les éléments extrêmes et souvent accessoires de ces groupes, par suite, entre des perceptions qui sont entrées au point de fixation, et d'autres qui sont restées dans le champ de la conscience. On a dit de plus qu'il y a des états conscients qui dérivent d'excitations faibles, et d'autres, au contraire, d excitations intenses. Les premières laissent des traces ou des voies peu profondes, tandis que les autres forment des voies habituelles et plus faciles à parcourir.

(1) Op. eit,, p. 517. — Cfr., tout le chap. xiii.

Or, dans le rappel de ((uelques états de conscience, il peut arriver que quelques intermédiaires ne viennent pas à la conscience, bien qu'ils soient des anneaux nécessaires d'association. U est facile de concevcMr que ces intermédiaires ont été rappelés, induits, et qa ils en ont ensuite induit d'autres qui se sont manifestés à la conscience; ils sont pourtant des états inconscients, parce qu*ils sont restés des processus incomplets. Ils peuvent être dérivés déjà d'excitations faibles, et être rappelés, dans la reproduction, par des états encore plus faibles, parce que Vexcitaiion de reproduction esly en général plus faible que Vexcitation originelle^ % 279. Par suite de cette faible intensité initiale et de cette intensité encore plus faible dans la reproduction, cette excitation n'a pas passé à la phase ultime dn processus psychique, et elle est restée inconsciente. Néanmoins elle a gardé son activité inductrice à l'égard des autres, lesquelles, étant d'une intensité originelle plus grande, ont eu, dans la reproduction, la force d'achever le processus et de le mener jusqu'à h conscience. Ainsi dans l'exemple rapporté par llamilton. A, B, C sont liés par une association ; A reproduit induit B, qui, par suite de sa trop faible intensité, reste à l'état de pur processus physiologique, mais qui induit C, lequel arrive à la conscience. Le processas physiologique de reproduction peut être représenté par A — b — C,

et le processus psychique par A C, c'est-à-dire avec une

lacime.

301. Dans le raisonnement, le processus reproductif domine essentiellement ; les relations affirmées sont entre perceptions reproduites. Or, si l'une de celles-ci n'est pas consciente, il n'est pas possible de trouver et d'affirmer la relation. De là ce cas qu'on ne sait pas trouver la solution ou la com.^lusion d'un raisonnement parce qu'il manque un élément (ju'on ne trouve pas et qu'on ne peut pas trouver en ce moment. ]\lais, bien que, pour la cause indiquée plus haut, un ou deux ou plusieurs des éléments du raisonnement n^émergent pas jusqu'à la conscience, il y a cependant processus, et ce processus a la force d'induire d'autres processus conscients et inconscients, jusqu'à ce que, après une série de ces processus, on ait une solution qui est la solution cherchée, et qui se manifeste à la conscience sans qu on connaisse les antécédents. C'est peut-être le cas d'Hamilton inventeur des quaternions.

Le processus peut du reste être différent, il peut venir d'une induction déviée ; le processus (conscient suit une induction d'un ordre de perceptions (jui n*est pas cehii qui conduit au résultat, tandis que secrètement sont envahies les voies plus ou moins éloignées qui mènent à la solution. Le phénomène est alors plus compliqué; parce que d'un côté il peut y avoir des processus inconscients par suite de leur faible intensité ; et, de Tautre, parce qulls ne peuvent entrer dans le champ de la conscience occupé par d'autres. A peine la conscience est-elle délivrée de ceux qui l'occupent en ce moment,

qu'cmerg^ent quelques-uns de ces premiers états qui étaient restés en arrière. Toutefois, cela n'arrive pas pour la série tout entière de ces états, mais seulement pour quelques-uns avec leurs résultats, ou seulement pour ceux qui se présentent alors d*une façon inattendue. Quelquefois la solution ou la relation cherchée se trouve entre éléments qui sont en groupes ou cercles d'associations diverses et distantes, et unies seulement par des éléments accessoires et secondaires.

Dans ce cas, Teflort de la volonté pour trouver les éléments rationnels épars ne conduit pas à la fin cherchée. Il faut un certain temps pour que Texcitation s'insinue dans les voies les plus secrètes des éléments nerveux, pour qu'elle passe par divers intermédiaires, parfois conscients, parfois inconscients, jusqu'à ce qu'elle arrive à trouver les voies propres, et les éléments qui se rapportent à une excitation donnée. D'où il arrive que souvent on réfléchit sur un problème pendant bien des jours et bien des mois, avant d'en trouver la solution, laquelle peut jaillir inopinément, parce que, quand tout le processus commencé est complet, elle se manifeste alors, et dans quelque circonstance que ce soit.

30'2. Je crois quil n y a personne qui n'ait remarqué ce phénomène particulier dans les divers faits de la vie commune : Oublier l'endroit où on a placé un objet, s'cflbrcer de le retrouver et ne pas y réussir ; et, après quelque temps, avoir subitement claire et distincte la mémoire de cet endroit. Penser à la façon dont on sortira d'une difficulté, n'arriver à aucune solution et être suspendu pendant quelque temps, même une ou plusieurs semaines; et un beau moment, sîlors qu'on est occupé à autre chose, s'apercevoir d'une solution qui vient à l'esprit et qui jaillit d'une pensée récente. Penser à un sujet en écrivant, et ne pas trouver l'ordre des idées pour le développer ; y penser pendant quelque temps et se fatiguer parce qu'on n'en vient pas à bout, puis un jour après ou seulement une nuit, après avoir dormi, être apte à écrire sur ce même sujet, comme si on y avait pensé tout le temps dans l'intervalle, alors qu'au contraire, on n'y a nullement pensé.

303. Des phénomènes de cette nature peuvent donc être appelés processus centraux inconscients^ étant semblables aux processus périphériques inconscients. Les causes de cette inconscience des processus centraux peuvent se réduire à : l"" une faiblesse d'intensité initiale et originelle et à une Mblesse d'intensité de la force inductive ; 2® à une reproduction ou induction déviée ; 3® à l'état actuel de la conscience qui est occupée par d'autres modifications ; 4° à la distance qui sépare les éléments rationnels appartenant les uns et les autres à des cercles d'associations divers et distincts, lesquels cercles ont entre eux des liens secondaires. Ces causes peuvent se trouver isolées dans les phénomènes, elle peuvent aussi se trouver composées entre elles, comme on l'a fait remarquer précé-

demment. Et ceci confirme ce qu'on a dit en parlant du phénomène psychique en général, qu'il a pour antécédents des éléments inconscients ou de nature physique. S'il était facile d'observer ce fait dans les sensations, il n'était pas aussi facile de le faire dans les phénomènes plus élevés, comme le raisonnement et la mémoire ; mais après la démonstration que nous avons donnée plus haut des phénomènes inconscients, il ne reste plus aucun doute sur le principe général émis : le processus d'un phénomène psychique est de nature physique, et la conscience en est la dernière phase.

Après cela est éclairci ce que précédemment, en annonçant la loi d'mduction, on disait de l'excitation inconsciente, à savoir qu'elle peut évoquer ou induire une fonction consciente. On peut expliquer aussi par là ce fait que dans les songes, comme dans le somnambalisme, on peut avoir des phénomènes nouveaux analogues à ceux de la veille. Enfin, par ces phénomènes inconscients, est confirmée la détermination de l'objet de la psychologie, établie dès le principe, c'est-à-dire que :

La psychologie s'occupe des phénomènes organiques qui ont pour caractère prédominant la conscience des fonctions, et aussi dn antécédents immédiats de ces mêmes phénomènes conscients.

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