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MOUVEMENT RÉFLEXE ET INSTINCT

mouvement, comme dans Taction réflexe, avec cette différence toutefois que, dans cette dernière, la connexion est manifeste, tandis qu*elle ne Test pas dans Taction instinctive ; et comme Texcitation n'est pas consciente ou n'apparait pas, le mouvement instinctif semble n*avoir pas d'antécédent.

429. J'ai dit que l'instinct semble être une action réflexe, et, de fait, Spencer le nomme une action réflexe composée. Le caractère de l'action réflexe est la parfaite correspondance entre l'excitation et le mouvement, c'est-à-dire qu'il ne peut y avoir de mouvement qui ne soit pas en rapport avec l'excitation stimulante, et c'est ce qui arrive aussi dans l'instinct. L'action volontaire prend aussi ce caractère après que les mouvements se sont accommodés par suite de l'habitude.

L'action réflexe peut être simple et composée. Elle est simple quand, après une excitation particulière, vient un mouvement particulier ; elle est composée quand, d'une série ou d'un nombre quelconque d'excitations, il résulte une série ou un certain nombre de mouvements combinés et connexes. Or, quand les forces naturelles agissent sur les êtres vivants, les excitations doivent être ou simples ou composées, et des mouvements correspondants doivent suivre ces excitations. Toutefois, les excitations peuvent dériver non seulement de sensations périphériques et se rapportant à la vie de relation, mais encore de sensations générales et relatives à la vie de nutrition et de reproduction. Les mouvements correspondants, produits directement, peuvent convenir à la nature des excitations, et la satisfaire, et alors ils sont préférés ; par la répétition ils deviennent connexes avec la satisfaction produite, et ils acquièrent une forme qui est relative au but, ou au motif pour lequel ils ont été suscités. En d'autres termes, comme l'établit Darwin, ces mouvements, par sélection naturelle, s'adaptent à certaines fins de la vie de nutritioa ou de relation ou de reproduction, lesquelles fins sont manifestées par les excitations à la satisfaction des besoins, comme la conservation individuelle, ou celle de l'espèce, les relations avec les autres individus de l'espèce ou ceux des espèces différentes.

Mais les instincts plus simples peuvent s'expliquer par des actions réflexes primitives, suscitées par certaines excitations ; les plus complexes supposent quelques perceptions avec un certain degré de clarté, le discernement, et l'association entre les sensations, perceptions et mouvements, en même temps que la satisfaction et le plaisir éprouvés à leur occasion. C'est-à-dire qu'elles supposent une expérience qui commence par les individus de l'espèce, et qui reste dans l'espèce pur une adaptation aux conditions naturelles. Dans l'espèce, elles deviennent des formes organiques, comme les fonctions primitives des organes, de sorte qu'il suffit d'une seule excitation qui soit connexe avec une série d'autres excitations et

avec les mouvements relatifs pour reproduire tout le complexus des actions adaptées au but déjà établi par la nature.

L'évolution explique mieux les faits, parce que les mouvemeiits instinctifs sont en rapport avec le développement organique des animaux, principalement avec les systèmes nerveux et musculaire, (^est ainsi qu'on trouve que les instincts des animaux plus complexes et plus élevés dans l'échelle /oologique sont plus complexes que ceux des autres animaux inférieurs qui sont privés d'oi^nes nerveux et musculaires. Si l'homme, qui n'a pas les instincts mer veilleux des autres animaux, semble faire exception, la raison en est que chez lui Tactivité psychique consciente est plus développée do côté volontaire et rationnel ; par suite, une série d'actions dépend plus de ces conditions que de l'expérience de l'espèce.

c Cuvier avait soutenu que l'instinct et Tintelligence sont en raison inverse; et d autres ont soutenu encore que les facultés intellectuelles des animaux supérieurs se sont développées graduellement à partir de leurs instincts. Mais Pouchet montre que cette relation invei*se n'existe pas entre l'instinct et rintelUgence. Les insectes qui possèdent les plus merveilleux instincts sont certainement les plus intelligents. Chez les vertébrés, les animaux les moins intelligents, par exemple les poissons et les amphibies, n'ont pas d'instinct complexe ; et parmi les mammifères, ranimai chez qui l'instinct est le plus développé, le castor, est très intelligent (1). »

Toutefois Darwin, tout en admettant, avec Spencer, que la première apparition de l'intelligence dérive de la multiplicité et de la coordination d'actions réflexes, et que quelques instincts simples sont placés parmi les actions de cette espèce dont ils se distinguent à peine, comme les cas de la succion de Tanimal, estime cependant que les instincts plus complexes peuvent avoir une origine indépendante de l'intelligence {-Z).

430. Spencer admet que l'instinct s'éloigne un peu plus du caractère physique que l'action réflexe simple, et il soutient par suite qu'il est probablement accompagné d'une conscience rudimentaire (3). il luc semble que l'instinct a un caractère tout psychique, et qull y a des cas où la conscience ne reste pas rudimentaire, par exemple quand l'excitation est une sensation de caractère vraiment psychique, et par suite conscient. Car la satisfaction des excitations qui conduisent aux actions instinctives produit le plaisir, et dans le cas contraire il y a une peine ou une douleur dont l'animal a pleine conscience, bien qu'il puisse ne pas avoir conscience des conditions extérieures qui l'ont excité. Et puis, en admettant que l'instinct est chez les animaux

(1) Darwin, The tlescent of Man, vol. I, p. 37.

(2) lAic. cil.

(3) Principes de Psychoioyie, tome I, p. 4G1. TraU. franv»

EXPREgSION DES SENTIMENTS 401

accompagné d'intelligence, celle inlelligence se manifeste dans la conscience plus développée.

431. C'est donc un fait acquis : l'instinct dérive de l'expérience de Tcspcce, par sélection naturelle, par suite d'adaptation aux conditions naturelles externes ayant rapport à la vie de relation, à celle de nutrition, a celle de reproduction ; il est devenu une forme organique adaptée parfaitement à la structure et à la fonction, consolidée par des répétitions et des associations entre les stimuli, les mouvements et la satisfaction des stimuli, transmise par l'hérédité aux individus, chez lesquels elle se manifeste par suite, comme un princii>c inné.

La preuve principale de ceci, c'est que les instincts peuvent se perdre, se modifier et naître dans la série des générations, par suite de nouvelles conditions d'existence ; par suite, de nouvelles adaptalions peuvent s'établir, celles qui existent se modifier, et il peut se créer de nouvelles relations entre les excitations et les mouvements, principalement suivant les beèoins de la conservation de l'individu cl de celle de Tespèce.

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