CHAPITRE m
Expression des sentiments
432. L'observation la plus vulgaire montre que dans les états de sentiment, douloureux ou agréables, il y a une manifestation extérieure qu'on peut voir et entendre ; c'est-à-dire qu'il y a des signes extérieurs par lesquels il est facile de reconnaître l'état de plaisir ou de douleur d'un homme, et même de beaucoup d'autres êtres vivants. Ces manifestations ne sont pas volontaires, à moins qu'on ne veuille feindre ou simuler, ce sont des actions réflexes et instinctives. Tels sont les larmes, la rougeur du visage, la pâleur, les cris de douleur ou de rage, le plissement du front, l'abaissement des sourcils, Tacte de replier la tête sur la poitrine, l'abandon des lèvres, des joues et des mâchoires inférieures à leur propre poids, l'érection des poils, le rire, le sourire, etc..
Comment se produisent ces mouvements, quelles causes les déterminent ? Beaucoup de physiologistes se sont occupés de celte question, et surtout Ch. Bell, J. Mùller, Duchenne. Après eux, Darwin et Spencer ont essayé d'établir quelques principes auxquels puissent 8e ramener ces mouvements variés et divers ; et, grâce à l'hypothèse de révolution, ils ont jeté une grande lumière sur ce phénomène.
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Dès lors, il s'est attaché un intérêt plus grand à la question qui est entrée dans le domaine de la psychologie.
433. Spencer (1) ayant établi que tout état de sentiment est concomitant avec un trouble nerveux, et est le résultat d*une manifestation nerveuse qui a deux effets dans le corps, Tun général et Tautre spécial, dit que Teffet général dérive de Tonde nerveuse qui se déverse continuellement vers les centres, et qui des centres se réfléchit dans les viscères et dans les muscles, volontaires et involontaires. L'effet spécial est localisé en une partie spéciale du système nerveux correspondant à une partie du corps. Cet effet peut être simple et constant, ou complexe et variable.
Or, dans Tétude du langage des émotions, on doit reconnaître dein classes d'effets ; ceux d'excitation diffuse^ et ceux d'excitation ^e^ ireinte. Cette dernière excitation se distingue en w/irec/e et cftrMr/e, c'est-à-dire qu'elle se produit sans motif ou pour im motif. Spencer admet que, par suite d'une loi générale de l'action ner\'0-motrice, tout sentiment a une onde diffuse qui l'accompagne, laquelle tend à exciter les muscles avec une force de degré variable. Et cela de b façon suivante : l'énergie du mouvement résultant de Tonde diffuse qui accompagne le sentiment, de quelque espèce qu'il soit, est proportionnée à la force du sentiment lui-même ; et, en second lieo, k sentiment affecte les muscles en raison inverse de leiu* situation, et du poids de la partie à laquelle ils sont attachés; on a, ainsi uw indication supplémentaire de l'énergie du mouvement. Les musclei grands et larges opposent une résistance considérable, et ne pcuveii être excités par une onde nerveuse faible, tandis que les petits muscles entrent facilement en action pour une excitation ^très petite. De là résulte dans l'excitation musculaire im certain ordre général qui sert à montrer la force de Texcitation nerveuse, et le sentiment concomitant.
Comme exemple de cette loi générale chez l'homme, on peut citer la facilité à l'excitation des muscles de la face, lesquels sont relativement plus petits, et sont généralement un indice de la force des sestimcnts, tant douloureux qu'agréables.
434. 11 y a beaucoup de mouvements qui rentrent dans la catégorie de l'onde diffuse^ depuis les contractions d'une personne qui dort, après un attouchement léger, jusqu'aux contorsions de Tagonic et aux tressaillements de plaisir, du léger sourire aux cris de rage, * la voix larmoyante et plaintive aux cris désespérés de douleur, et aux plaintes accompagnées d'arrachement des cheveux, de morsures aux mains dans la colère la plus furieuse.
Par rapport à l'excitation restreinte. Spencer admet que les cftts spéciaux sont dus eu partie aux relations établies, dans le cours de l'évolution, entre des sentiments particuliers et des actions parliftt-
[\) Principes du Psi/cholor/ic, toino II.