RÉSULTATS DES INSTITUTIONS EUROPÉENNES 2Ô
ciser à outrance. Les résultats obtenus sont du plus haut intérêt pour les philosophes.
Nos théories nous ont conduits progressivement à faire de nos colonies de vastes départements français. Peu importe, d'ailleurs, la population qui les occupe. Nègres, jaunes, Arabes, sauvages même, doivent bénéficier de la Déclaration des droits de Vhomme et des grands principes. Tous possèdent le suffrage universel, des conseils municipaux, des conseils d'arrondissement, des conseils généraux, des tribunaux de tous les degrés, des députés et des sénateurs qui les représentent dans nos assemblées. De braves nègres, à peine émancipés et dont le développement cérébral peut être assimilé à celui de nos ancêtres de l'âge de la pierre taillée, sautent à pieds joints dans toutes les complications de nos formidables machines administratives modernes.
Ce régime fonctionne depuis un temps assez long pour qu'on puisse en apprécier les effets. Ils sont incontestablement désastreux. Des pays, jadis prospères, sont tombés dans la plus basse décadence. Les statistiques nous les montrent réduits à vivre du budget que leur consacre la métropole et ne cessant de faire entendre, par leurs représentants officiels, d'exigeantes lamentations.
Bien que l'assimilation ait causé la ruine de nos colonies, toutes réclament une assimilation encore plus complète que celle existante.
Ne nous imaginons pas cependant nos sujets d'outremer aussi naïfs que leur langage le ferait supposer. Quand ils exigent l'assimilation, ce n'est pas qu'ils admirent les rouages complicpiés de notre système administratif et judiciaire. Leur rêve, en elfet, est d'être assimilés à la métropole pour les avantages pécuniaires du régime et non pour les charges qui en résultent. Au lieu de construire à leurs frais, roules, ports ou canaux, comme cela se pratique dans les colonies anglaises, les indigènes souhaiteraient
vivement voir l'Etat se charger de ces travaux publics, sans être tenus à payer nos impôts. Etre assimilées signifie pour nos colonies : devenir les pensionnaires de l'Etat, — considéré comme une sorte de providence toute-puissante, aux inépuisables trésors. — Leurs vœux, en ce sens, sont exprimés avec une candeur ne laissant place à aucun doute. Ils se résument clairement dans la phrase suivante, émise par un président du Conseil général de la Réunion : « Nous souhaitons l'assimilation progressive de la colonie à la métropole et sa transformation en un département français, mais sans que celte as hnilation puisse nous assujettir aux mêmes impôts que ceux payés en France. »
Le système de l'assimilation, séduisant en théorie par son apparente simplicité, présente, au contraire, dans la pratique, une extraordinaire complexité.
Nos institutions administratives et judiciaires sont fort compliquée:*, parce qu'elles répondent aux besoins non moins compliqués d'une civilisation très ancienne. Nés et vivant sous leur joug, nous y sommes faits, et cependant récriminons à toute occasion contre les lenteurs et les vexations de l'administration ou de la procédure. Que de formalités administratives entraînent chez les nations civilisées les actes les plus inévitables, la naissance, le mariage et la mort! En France même, est-il beaucoup de citoyens possédant des notions précises sur les attributions d'un conseil municipal, d'un conseil d'arrondissement, d'un conseil général, d'un juge de paix, d'un tribunal de première instance, d'une cour d'appel, etc. ? Et vous voulez qu'un malheureux nègre, un Arabe, un Annamite, se représente le jeu de tant de rouages enchevêtrés, qu'il doit accepter tout à coup, d'un seul bloc? Songez à tous les devoirs nouveaux que, sous peine d'amende, il n'a plus le droit d'ignorer, aux nombreux fonctionnaires avec