‹ La psychologie quantitativeChapitre 5 sur 12 · DIFFÉRENCES PERÇUES SANS MOUVEMENTS · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES PERÇUES SANS MOUVEMENTS

Sujets : 8

Il semble bien malaisé de tirer de là une loi simple à réduire en formule unique. Sur 10 sujets, mettons

sur 13, la sensibilité au toucher varie de - à -! et l'on

(i) Prolémogène XII, 29 juillet 1831.

trouve des sensibilités intermédiaires de - et - ! Qu'eût*

4 3 ce été si on avait opéré sur 50 ou loo sujets !

Remarquons encore que ces chiffres -, etc., sont

trop forts ou trop faibles évidemment; car si nous

examinons maintenant le procédé opératoire, ou du

moins ce que nous en pouvons connaître par ce que

nous apprend l'auteur et par Texamen des résultats^

nous voyons que ceux-ci ne diffèrent les uns des autres

que d'au moins une once entière (sauf deux résultats

d'expériences avec intervention du sens musculaire, où

nous trouvons des différences de - once). Donc l'approximation est fort large. Voilà deux sujets : le premier perçoit une différence de poids lorsqu'il compare 32 onces à 26, c'est-à-dire 960 grammes à 780 grammes, mais avec une précision approximative de 30 grammes. Un second et un troisième ont une sensibilité considérée comme mathématiquement égale à celle du premier, ce sont les sujets numéro 2 et numéro 10 (i) ; en effet eux aussi perçoivent une différence de pesanteur quand le poids le plus faible est descendu à 26 onces ou 780 grammes. Et pour chacun de ces deux sujets, comme pour le premier, le chiffre donné est exact avec une approximation de 30 grammes. Or, qui oserait affirmer que cette identité est certaine ?

Si Ton avait donné à comparer au premier sujet au

(i) Dans la table publiée par Weber, le nombre d'onces non perçues par le sujet numéro 10, est exprimé par 8, mais c'est évidemment une erreur de soustraction, puisque les poids comparés sont 32 et 26 comme pour les sujets numéro i et numéro 2.

poids de 32 onces, un poids égal diminué progressivement non plus par once, par 30 grammes à la fois, mais par 25 grammes ou 20, voire 10 grammes, est-il certain qu'il se serait arrêté au chiffire de 780 grammes exactement divisible par 30? C'est fort peu probable* Trois résultats concordant aussi exactement ne pourraient être obtenus que si toutes les conditions des expériences étaient absolument identiques, c'est-à-dire si les trois sujets étaient également sensibles, également dispos, également attentifs, ce qui est pratiquement impossible. Ou bien il eût fallu que chez les trois sujets, l'action combinée des trois facteurs, sensibilité, disposition, attention, bien qu'étant chacun différent, eussent en somme une action d'ensemble mathématiquement égale. C'est encore moins vraisemblable.

Partant, quand on dit que trois sujets perçoivent la différence entre 960 et 780 grammes, soit 180 grammes, alors que Ton opère avec des unités de 30 grammes, soit le sixième de la diflFérence, on ne donne évidemment qu'une mesure approximative.

Il en résulte que le chiffre de - donné par Weber

pour mesure de la sensibilité de ses sujets n'est pas du

tout -juste mais une moyenne flottant entre - et -.

Or, si nous relisons le tableau des fractions exprimant la finesse du toucher proprement dit, sans intervention musculaire, et si nous interprétons, comme je viens de le faire, la valeur de ces fractions, nous arrivons à une série comprenant tous les termes

intermédiaires, depuis - et un peu davantage jusqu'à -

et un peu moins. ^

Tout cela chez 13 sujets. C'est-à-dire qu'en fait oa peut raisonnablement supposer que pour chacun des 13 sujets il y a une fraction propre légèrement difEérente des autres et qui apparaîtrait telle si Ton poussait seulement les expériences un peu plus loin, en faisant comparer des poids diminués progressivement de quantités plus faibles.

Quand après cela on conclut des chiffres précédents qu'au point de vue de la sensibilité aux poids les hommes se divisent en deux catégories, ceux qui

perçoivent - du poids le plus faible et ceux qui en

perçoivent -, on fait une déduction plus ou moins

fantaisiste.

Si l'on examine maintenant les chiffres des tableaux se rapportant aux pesées faîtes avec intervention du sens musculaire, on observe des défauts identiques et des discordances semblables.

En effet sur les 10 sujets qui ont soupesé, un seul n'a pas perçu i once ; chez celui-là la fraction mesurant

la sensibilité devient — (i). 4 sujets n'ont pas perçu

2 onces, la fraction pour eux est de -r, soit le double

de celle qui exprime la sensibilité du premier sujet. Un sujet n'ayant pas perçu 1- once a pour fraction

environ —, un autre n a pas perçu 2- onces, soit sa fraction — ; le suivant a pour fraction — ; et les deux

(i). Voyez Weber, Prolégomène^ XII, 29 juillet 1831, p. 2.

qui restent n'ayant pas perçu 4. onces, la fraction pour «ux devient -.

Ici, a /oràort s' 3ipp\ique Tobservation faite précédemment ; les sujets qui soupèsent jouissent en fait par l'adjonction au toucher du sens musculaire, jouissent, dis-je, d'une sensibilité infiniment plus grande, que Ton devait mesurer avec une précision correspondante. Or, nous constatons que le poids le plus faible relevé est

- once, soit 15 grammes, alors qu'il s'agit de déter-

miner des différences qui chez le premier sujet sont de I once, soit 30 grammes, c'est-à-dire le double, •chez un second sujet de 45 grammes et chez 4 sujets de 80 grammes seulement.

Ajoutons que malheureusement il nous est impossible de constater si les sujets examinés par Weber ont fait ces expériences avec une attention suffisante.

Dans toutes^ les expériences que l'on fait de nos jours sur un sujet quelconque, on tient compte avant tout des variations moyennes entre les résultats obtenus. Un sujet invité à soupeser des poids doit, de toute nécessité, faire l'opération un certain nombre de fois. Si les résultats qu'il obtient dans chacun de ces essais «ont exprimés par des chiffres sensiblement égaux, on pourra conclure que la moyenne que l'on en a formée a une valeur sérieuse, parce que la concordance des <:hiffres composants est la preuve, la preuve objective, ■que les expériences ont été faites dans des conditions à peu près identiques, non seulement au point de vue de la technique mais au point de vue surtout de l'attention prêtée par le sujet.

C'est la connaissance de ces variations moyennes, et cette connaissance seule, qui nous permet de dire si un travail de psychologie a été bien conduit ou non,, qu'il ait été fait sous nos yeux ou loin de nous, hier ou il y a un siècle.

Ici les variations moyennes font complètement défaut. Jusqu'à quel point l'attention des sujets a-t-elle été soutenue ? Pour combien cet élément essentiel entre-t-il dans la valeur des fractions données plus haut?

Nous l'ignorons.

Que si la valeur des fractions exprimant la sensibilité du toucher, percevant les poids avec ou sans le concours du sens musculaire, si la valeur de ces fractions n'est que bien approximative, et si l'on n'en saurait rien conclure ; y a-t-il dans Tœuvre de Weber un autre travail d'où Fechner a pu déduire sa loi logarithmique ?

Oui. Dans ce même prolégomène, XII, p. 5, E.-H» Weber croit ne pas pouvoir passer sous silence « non silentio igitur prœtereundo... » l'observation suivante dont Fechner a fait l'un des fondements de sa psychophysique.

Si, dit Weber, au lieu de faire comparer entre eux des poids aussi considérables que des livres divisées en onces, ou si Ton veut, des onces, on choisit des poids 8 fois moindres, des drachmes; cherchant le poids sensiblement différent de 32 drachmes, poids pris pour unité, on s'attendrait à ce que les différences, entre des poids 8 fois plus faibles, fussent perçues moins aisément. Or, il n'en est rien, dit Weber, < malgré moi

pour ainsi dire, j'ai été obligé de constater qu'il n'en est rien ». Le sujet qui perçoit une différence quand on lui fait comparer un poids de 26 onces à 32 perçoit aussi nettement l'inégalité entre 26 drachmes et 32. Celui qui ne distingue de 32 onces que le poids de moitié aussi fort, ou 16 onces, ne sentira une différence qu'entre 32 drachmes et lô drachmes, mais il distinguera la difiérence avec la même facilité à peu près, c Jam si différentias ponderum graviorum et leviorum observationi nostra* subtractas comparas, easdem paene (i) esse obervabis (2). »

Pour établir cette afl&rmation, Weber a probablement fait plusieurs expériences, — il en faudrait un très grand nombre pour contrôler une loi aussi importante — mais il ne les mentionne pas. Je citerai, dit Weber, quatre expériences pour le prouver : elles ont été faites sur quatre sujets que je désignerai par des chiffres.

Voici le tableau résumant ces expériences fondamentales :

DifiEerences 32 drachmes 24 drachmes 8

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