Die Traumdeutung. Leipzig et Vienne, 1900, 5^ édit
mixte ou de compromis, qui remplace dans le contenu du rêve les deux éléments dont elle se compose et qui, par suite de cette origine, se présente souvent pourvue de propriétés contradictoires. La formation de substitutions et de contaminations dans les lapsus constituerait ainsi le commencement, pour ainsi dire, de ce travail de condensation qui joue un rôle si important dans la formation des rêves.
Dans un article destiné au grand public {Neue Freie Presse, 23 Août 1900) : « Comment on commet un lapsus )), Meringer fait ressortir la signification pratique que possèdent dans certains cas les substitutions de mots, celles notamment où un mot est remplacé par un autre, d'un sens opposé. « On se rappelle encore la manière dont le président de la Chambre des Députés autrichienne a, il y a quelque temps, ouvert la séance : « Messieurs, dit-il, je constate la présence de tant de députés et déclare, par conséquent, la séance close. » L'hilarité générale que provoqua cette déclaration fit qu'il s'aperçut aussitôt de son erreur et qu'il la corrigea. L'explication la plus plausible dans ce cas serait celle-ci : dans son for intérieur, le président souhaitait de pouvoir enfin clore cette séance dont il n'attendait rien de bon • aussi bien l'idée cori^espondant à ce souhait a-t-elle trouvé, ainsi que cela arrive fréquemment, une expression tout au moins partielle dans sa déclaration en lui faisant dire « close », au lieu de « ouverte », c'està-dire exactement le contraire de ce cjui était dans ses intentions. De nombreuses observations m'ont montré que ce remplacement d'un mot par son contraire est un phénomène très fréquent. Étroitement associés dans notre conscience verbale, situés dans des régions très voisines, les mots opposés s'évoquent réciproquement avec une grande facilité. »
Il n'est pas aussi facile de montrer dans tous les cas, comme Meringer vient de le faire dans le cas du président, que le lapsus çousistant dans le remplace-
ment d'un mot par son contraire résulte d'une opposition interne contre le sens de la phrase qu'on veut ou doit prononcer. Nous avons retrouvé un mécanisme analogue, en analysant l'exemple aliquis, où l'opposition interne s'est manifestée par l'oubli du nom, et non par son remplacement par son contraire. Nous ferons toutefois observer, pour expliquer cette différence, qu'il n'existe pas de mot avec lequel aliquis présente le même rapport d'opposition que celui qui existe entre « ouvrir » et « clore », et nous ajouterons que le mot « ouvrir » est tellement usuel que son oubli ne constitue sans doute qu'un fait exceptionnel.
Si les derniers exemples de Meringer et Mayer nous montrent que les troubles de langage, connus sous le nom de lapsus, peuvent être provoqués soit par des sons ou des mots, agissant par anticipation ou rétroactivement, de la phrase même qu'on veut prononcer, soit par des mots ne faisant pas partie de cette phrase, extérieurs à elle et dont Vétat d'excitation ne se révèle que par la formation du lapsus, nous voulons savoir maintenant s'il existe entre ces deux catégories de lapsus une séparation nette et tranchée et, dans l'affirmative, quels sont les signes qui nous permettent de dire, en présence d'un cas donné, s'il fait partie de l'une ou de l'autre de ces catégories. Dans son ouvrage sur la Psychologie des peuples (Völkerpsychologie, 1. Band, 1. Teil, pp. 371 et suiv., 1900), Wundt, tout en cherchant à dégager les lois de développement du langage, s'occupe également des lapsus au sujet desquels il formule quelques considérations dont il convient de tenir compte. Ce qui, d'après Wundt, ne manque jamais dans les lapsus et les phénomènes similaires, ce sont certaines influences psychiques. « Nous nous trouvons tout d'abord en présence d'une condition positive qui consiste dans la production libre et spontanée d'associations tonales et verbales provoquées par les sons énoncés. A côté de cette condition positive, il y a une condition négative qui consiste
dans la suppression ou dans le relâchement du contrôle de la volonté et de l'attention agissant, elle aussi, comme fonction volitive. Ce jeu de l'association peut se manifester de plusieurs manières : un son peut être énoncé par anticipation ou reproduire les sons qui l'ont précédé ; un son qu'on a l'habitude d'énoncer peut venir s'intercaler entre d'autres sons ; ou, enfin, des mots tout à fait étrangers à la phrase, mais présentant avec les sons qu'on veut énoncer des rapports d'association, peuvent exercer une action perturbatrice sur ces derniers. Mais quelle que soit la modalité qui se présente, la seule différence qu'on constate porte sur la direction et, en tout cas, sur l'amplitude des associations qui se produisent, mais nullement sur leur caractère général. Dans certains cas, on éprouve même une grande perplexité à déterminer la catégorie dans laquelle on doit ranger un trouble donné, et on se demande s'il ne serait pas plus conforme à la vérité d'attribuer ce trouble à l'action simultanée et combinée de plusieurs causes, d'après le principe de la complication des causes'^ » (pp. 380 et 381).
Ces remarques de Wundt me paraissent tout à fait justifiées et très instructives. Il y aurait seulement lieu, à mon avis, d'insister plus que ne le fait Wundt sur ce fait que le facteur positif, favorisant le lapsus, c'est-à-dire le libre déroulement des associations, et le facteur négatif, c'est-à-dire le relâchement de l'action inhibitrice de l'attention, agissent presque toujours simultanément, de sorte que ces deux facteurs forment deux conditions particulières, également indispensables, d'un seul et même processus. C'est précisément à la suite du relâchement de l'action inhibitrice de l'attention ou, pour nous exprimer plus exactement, grâce à ce relâchement que s'établit le libre déroulement des associations.
Parmi les exemples de lapsus que j'ai moi-même