Le mot Tod signifie « mort
même de mettre la lettre dans l'enveloppe, je m'aperçois de mon erreur et m'empresse de la corriger ^. Pendant que je revenais de la dernière visite que j'ai faite à ce ménage, une dame qui m'accompagnait m'a fait observer que le fils présentait une ressemblance frappante avec un ami de la maison et devait certainement être l'enfant de celui-ci. »
k) Une dame envoie à sa sœur quelques mots pour lui exprimer ses meilleurs vœux à l'occasion de son installation dans une nouvelle et belle demeure. Une amie, en visite chez elle, pendant qu'elle écrit cette lettre, lui fait observer qu'elle a mis sur l'enveloppe une fausse adresse, non pas celle du domicile que la sœur de la dame venait de quitter, mais celle d'un appartement qu'elle avait habité il y a longtemps, lorsqu'elle venait de se marier. « Vous avez raison, convient la dame, mais comment ai-je pu commettre cette erreur ? » L'amie : « Il est possible que, jalouse du grand et bel appartement que votre sœur occupe maintenant, alors que vous vous croyez vous-même logée étroitement, vous la replaciez dans son premier appartement, dans lequel elle n'était pas mieux logée que vous ne l'êtes actuellement. » « Certes, je suis jalouse de son appartement actuel, avoue l'autre franchement. » Mais elle ajoute aussitôt : « Quel dommage qu'on soit si mesquin dans ces choses-là ! »
l) M. E. Jones communique l'exemple suivant de lapsus calami, qu'il tient lui-même de M. A. A. Brill : un patient adresse à ce dernier une lettre dans laquelle il s'efforce d'expliquer sa nervosité par les soucis et les préoccupations que lui causent ses affaires, en raison d'une crise cotonnière. Dans cette lettre figurait la phrase suivante : « my trouble is ail due to that damned frigid waçe ; there is'nt even any seed » (tous mes troubles sont dus à cette mauvaise vague froide ).
1. L'anonyme a écrit « ihren Sohn » (son fils), au lieu de « Ihren Sohn » (votre fils). Le lapsus avait donc consisté dans la substitution d'un i minuscule à un / majuscule. N. d. T.
Par wai^e il voulait dire naturellement vague, courant des affaires ; mais, en réalité, ce n'est pas wave qu'il a écrit, mais wife (femme). Il en voulait, dans son for intérieur, à sa femme, à cause de sa frigidité sexuelle et de sa stérilité, et il n'était pas loin de reconnaître que l'abstinence qui lui était imposée jouait un grand rôle dans l'apparition de ses troubles.
m) Le D^ R. Wagner rapporte (dans Zentralhl. /. Psychoanal., I, 12) ce cas personnel :
« En relisant un vieux cahier de cours, je constate que la vitesse avec laquelle j'avais dû écrire pour suivre le professeur m'avait fait commettre un lapsus calami : voulant écrire Epithel (épithélium), j'avais mis EDithel. En mettant l'accent sur la première syllabe de ce dernier mot, on obtient le diminutif d'un nom de jeune fille. L'analyse rétrospective est assez simple. A l'époque du lapsus, il n'existait entre la jeune fille, porteuse de ce nom, et moi que des relations tout à fait superficielles. Elles ne sont devenues intimes que beaucoup plus tard. Mon lapsus apparaît ainsi comme un beau témoignage d'une inclination inconsciente, et cela à une époque où je ne pensais même pas à la possibilité de relations intimes entre Edith et moi. La forme du diminutif choisie caractérise en même temps les sentiments qui accompagnaient ma tendance inconsciente ».
n) Dans ses « Contributions au chapitre des erreurs d'écriture et de lecture » [Zentralhl. f. Psychoanalyse, 11,5), Madame la doctoresse von Hug-Hellmuth écrit :
« Un médecin prescrit à une malade de 1' « eau de Levitico », au lieu d'écrire : « eau de Levico. » Ce lapsus, qui fournit au pharmacien un prétexte à des remarques désobligeantes, peut s'expliquer facilement, si l'on veut bien en chercher' les raisons possibles dans l'inconscient et ne pas refuser par avance à ces raisons toute vraisemblance, alors même qu'elles apparaîtraient comme exprimant l'opinion subjective d'une personne étrangère à ce médecin. Celui-ci, bien qu'il
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reprochât à ses malades, dans des termes assez durs, leur alimentation peu rationnelle, c'est-à-dire malgré l'habitude qu'il avait de les chapitrer et réprimander (Lepiten lesen ; littéralement : « lire le Léçitique »), avait une très forte clientèle, de sorte que sa salle d'attente était remplie de monde aux heures de la consultation et qu'il était obligé de presser ses malades de se rhabiller une fois l'examen terminé. « Vite, cite », devait-il leur dire en français. Je crois pouvoir me rappeler que sa femme était Française d'origine, ce qui justifie dans une certaine mesure ma supposition un peu osée que, dans son désir de voir les malades se succéder aussi rapidement que possible, il pouvait bien se servir de ce mot français. C'est d'ailleurs une habitude chez beaucoup de personnes d'exprimer des désirs de ce genre à l'aide de mots étrangers : c'est ainsi qu'au cours des promenades qu'il faisait avec nous, lorsque nous étions enfants, mon père nous adressait souvent ses commandements en italien (Avanti gioventù) ou en français (marchez au pas !) ; et lorsque, jeune fille, j'étais en traitement pour un mal de gorge, le médecin, déjà âgé, cherchait à calmer mes mouvements trop brusques par un apaisant « piano, piano ! » Aussi me paraît-il tout à fait vraisemblable d'admettre la même habitude chez le médecin en question. Et ainsi se trouve expliquée sa prescription (son lapsus) ^ « eau de Levitico », au lieu de « eau de Levico ».
Le même auteur ajoute d'autres exemples empruntés à ses souvenirs de jeunesse.
o) Voici un lapsus calami qui pourrait être pris pour un jeu de mots d'un goût douteux, mais qui a été commis sans aucune intention de faire de l'esprit. Il m'a été communiqué par M. J. G. dont j'ai déjà mentioimé une autre contribution à ces recherches.
1. Verschreiben signifie à la fois « prescrire » et « commettre un lapsus calami ».
« Hospitalisé dans un sanatorium (pour affection pulmonaire), j'apprends à mon grand regret qu'un de mes proches parents a été reconnu atteint de la même maladie que celle qui m'a obligé d'entrer dans ce sanatorium.
« J'écris donc à mon parent, pour l'engager à aller consulter un spécialiste, un professeur connu, dont je suis moi-même le traitement. J'ajoute que je suis convaincu de la compétence médicale de ce professeur, mais que je n'ai pas à me louer de sa courtoisie, car il m'a peu de temps auparavant refusé un certificat qui avait pour moi une grande importance.
« Dans la réponse qu'il m'écrivit à ma lettre, mon parent attira mon attention sur une erreur que j'avais commise. Comme j'ai. instantanément trouvé la cause de cette erreur, l'incident m'a énormément amusé.
« Il y avait, en effet, dans ma lettre le passage suivant : « je te conseille d'ailleurs d'aller sans tarder iNSulter le professeur X. » Il va sans dire que je voulais écrire : coNSulter.
« Je dois ajouter que je suis assez familier avec le latin et le français pour qu'on ne puisse mettre mon erreur sur le compte de l'ignorance. »
Les omissions qu'on commet en écrivant sont naturellement justiciables des mêmes explications que les lapsus. Dans Zentralbl. /. Psychoanalyse, I, 12, M. B. Dattner, docteur en droit, communique un exemple remarquable d' « acte manqué historique ».
Dans un des articles de la loi sur les obligations financières des deux États, articles qui ont été convenus au cours du compromis de 1867 entre l'Autriche et la Hongrie, le mot effectif a été omis dans la traduction hongroise et, d'après M. Dattner, cette omis- ^ sion serait due très probablement à la tendance inconsciente des rédacteurs hongrois de la loi à accorder à l'Autriche le moins d'avantages possible.
Nous avons également toutes les raisons d'admettre que les cas si fréquents de répétition des mêmes mots
qui se produisent lorsqu'on écrit ou copie, c'est-à-dire les cas dits de Perseveration, ne sont pas non plus dépourvus de signification. Lorsque l'écrivain répète un mot qu'il a déjà écrit, il montre par là-même qu'il lui est difficile de se séparer de ce mot, que dans la phrase où figure ce mot il aurait pu dire davantage, mais qu'il a omis de le faire, et ainsi de suite. Chez le copiste, la « Perseveration » semble remplacer l'expression : « et moi aussi )). J'ai eu l'occasion de lire de longues expertises médico-légales qui présentaient des « persévérations » aux passages les plus caractéristiques ; et j'étais chaque fois tenté d'expliquer ces « persévérations » par la contrariété que devait éprouver le copiste du fait du rôle impersonnel qui lui était dévolu : on aurait dit qu'il voulait chaque fois ajouter ce commentaire : « c'est tout à fait mon cas w ou : « tout à fait comme chez nous. »
Rien ne nous empêche d'étendre notre explication et de considérer les erreurs typographiques comme des lapsus calami du compositeur, aussi bien motivés que les erreurs d'écriture proprement dites. Je ne me suis pas donné la peine d'établir une liste systématique de ces actes manques ; mais je suis certain qu'une pareille liste, si elle existait, serait très amusante et instructive. Dans son travail, plusieurs fois déjà mentionné ici, M. Jones a consacré aux Misprints (erreurs typographiques) un paragraphe spécial. Les déformations des textes télégraphiques peuvent, elles aussi, n'être dans certains cas que des lapsus commis par le télégraphiste. Je reçois pendant les vacances un télégramme de mon éditeur dont le texte m'est incompréhensible. Il y était dit : « ForRÄTE erhalten, E'mLADUNG X. dringend. » (Réserves reçues. Invitation X. urgente). C'est le nom X. qui m'a fourni la clef de l'énigme. X. était l'auteur pour le livre duquel je devais écrire une introduction (E'iVileitung, et non iimLADUNc). Il m'a fallu me rappeler ensuite que j'avais, quelques jours auparavant, expédié au
même éditeur une préface (ForREDE, et non VornÂTE) à un autre livre, préface dont la réception m'était ainsi accusée. Voici donc quel devait très vraisemblablement être le texte exact du télégramme :
« Vorrede erhalten, Einleitung X. dringend. » (Préface reçue. Introduction X. urgente).
Il est permis de supposer que la transformation du texte a été dictée au télégraphiste par le complexe « faim )), et il a d'ailleurs étabh entre les deux moitiés de la phrase une corrélation plus étroite que celle qui existait dans le texte authentique. Nous avons ici, en outre, un joH exemple tde cette élaboration secondaire qui existe dans la plupart des rêves. ^
D'autres encore ont signalé des erreurs typographiques dont il est difficile de contester le caractère tendancieux. Je signale l'article de Storfer : « Der poHtische Druckfehlerteufel », paru dans Zentralblatt f. Psychoanalyse, II, 1914, et la notice parue dans la même revue (III, 1915) et que je transcris ici :
« Une erreur typographique d'un caractère politique se trouve dans le numéro du 25 Avril du journal März. Une correspondance d'Argykastron fait connaître les opinions de Zographos, le chef des Epirotes insurgés de l'Albanie (ou, si^ l'on préfère, du gouvernement indépendant de l'Épire). Zographos aurait dit, entre autres : « Croyez-moi, le prince est plus intéressé que n'importe qui à l'autonomie de l'Epire, car c'est seulement sur un Épire autonome qu'il pourrait s'écrouler (stürzen)... » Que l'acceptation de l'appui (Stütze) que lui offrent les Epirotes ne pourrait que précipiter sa chute (Sturz) ^, c'est ce que le prince d'Albanie savait, sans avoir besoin pour cela
1. Cfr. Traumdeutung, 5« édition, 1919. Section consacrée au travail de rêve, i.
2. Cette erreur est donc fondée sur la confusion entre les mots Stütze (appui) et Sturz (chute) ; stützen (appuyer) et stürzen (s'écrouler).
de cette fatale erreur typographique. » (Communiqué par A. J. Storfer.)
J'ai lu rnoi-même récemment dans les journaux viennois un article dont le titre : « La Bukovine sous la domination roumaine » était tout au moins prématuré, car à l'époque où cet article fut publié, la Roumanie n'était pas encore en guerre avec nous. Étant donné le contenu de l'article, il aurait dû avoir pour titre : « La Bukovine sous la domination russe », mais le censeur lui-même a trouvé sans doute le titre imprimé tellement naturel qu'il le laissa passer sans objection.
Wundt donne une très intéressante explication du fait facile à vérifier que nous commettons plus facilement des lapsus calami que des lapsus linguae {l. c, p. 374) : « Pendant le discours normal, la fonction inhibitrice de la volonté tend constamment à maintenir l'accord entre la succession des représentations et les mouvements d'articulation. Lorsque le mouvement d'expression qui suit les représentations est ralenti par des causes mécaniques, comme c'est le cas lorsqu'on écrit..., les anticipations dans le genre de celles dont nous venons de parler se produisent facilement. »
L'observation des conditions dans lesquelles se produisent des erreurs de lecture fait naître un doute que je ne puis passer sous silence, car il peut devenir, à mon avis, le point de départ de fécondes recherches. Chacun sait combien souvent il arrive que, dans la lecture à haute voix, l'attention du lecteur abandonne le texte pour suivre ses propres idées. Il résulte de cette dérivation de l'attention que le lecteur est souvent incapable de dire ce qu'il a lu, lorsqu'on l'interrompt et le questionne à ce sujet. Il a donc fait sa lecture d'une façon automatique, bien que correctement. Je ne crois pas que ces conditions soient de nature à multiplier les erreurs de lecture. Nous savons,
en effet, ou croyons savoir, que toute une série de fonctions s*accompIissent automatiquement, c*est-àdire à peu près en dehors de l'attention consciente, et cependant avec la plus grande précision. Il semblerait donc que l'état de l'attention dans les erreurs de lecture, dans les lapsus îinguae ou dans les lapsus calami soit autre que celui admis par Wundt (dérivation ou diminution de Tattention). Les exemples que nous avons analysés ne nous autorisent précisément pas à admettre une diminution quantitative de l'attention ; nous avons trouvé, ce qui n'est pas la même chose, un trouble de l'attention produit par l'intervention d'une idée étrangère, extérieure ^.
1. Entre le « lapsus calami » et 1' « oubli » se place le cas où l'on oublie d'apposer sa signature. Un chèque non signé équivaut à un chèque oublié. Pour montrer la signification d'un pareil oubli, je citerai le passage suivant d'un roman, passage qui m'a été signalé par le D' H. Sachs :
« On trouve dans le roman de John Galsworthy : The Island Pharisees un exemple instructif et très net de la certitude avec laquelle les poètes savent utiliser dans le sens de la psychanalyse le mécanisme des actes symptomatiques et des actes manques. Ce qui forme le point central du roman, c'est la lutte qui s'accomplit dans l'âme d'un jeune homme appartenant à la classe moyenne aisée, entre son profond sentiment de solidarité sociale et les conventions de sa classe. Dans le chapitre xxvi, l'auteur nous raconte l'effet que produit sur lui une lettre d'un jeune vagabond auquel, entraîné par sa conception originelle de la vie, il a une fois prêté son appui. La lettre ne contient aucune demande directe d'argent, mais décrit une situation excessivement misérable, ce qui n'admet guère d'autre conclusion. Le destinataire commence par se dire qu'il est déraisonnable de gaspiller de l'argent pour venir en aide à un incorrigible, au lieu d'appuyer des institutions de bienfaisance. « Tendre à un semblable une main secourable, lui donner une partie de soi-même, lui faire un signe amical, et cela sans aucune prétention, pour la seule raison qu'il est dans le besoin : quelle absurdité sentimentale ! Il faut savoir s'arrêter à un moment donné et se tracer une limite qui ne devra pas être dépassée ! » Et pendant qu'il faisait à voix basse ces réflexions, il sentait sa loyauté se révolter contre sa conclusion : « Menteur, tu veux tout simplement garder ton argent, et voilà tout ! »
« Il écrit aussitôt une lettre amicale qui se termine par les mots suivants: « Ci-joint un chèque. Votre dévoué Richard Shelton. »
« Avant même qu'il ait écrit le chèque, un papillon qui tournoyait autour de la bougie, avait détourné son attention ; il se proposa de l'attraper et de le mettre en liberté ; et pendant qu'il était occupé à cette besogne, il avait oublié de mettre le chèque dans la lettre. Celle-ci fut expédiée telle quelle. »
Mais cet oubli est encore plus finement motivé que par l'intervention de la tendance à éviter une dépense, tendance que Shelton semblait avoir réussi à refouler.
Retiré à la campagne chez ses futurs beaux-parents, Shelton se sent seul dans la société de sa fiancée, de sa famille et de leurs invités. Par son acte manqué, il signifie qu'il serait heureux de revoir son protégé qui, par son passé et sa conception de la vie, se trouve en complète opposition avec le milieu irréprochable, dont tous les membres se soumettent uniformément aux mêmes conventions, dans lequel se trouve actuellement Shelton. Et, effectivement, le protégé qui, dépourvu d'appui pécuniaire, ne peut pas se maintenir à sa place, arrive quelques jours plus tard pour avoir l'explication de l'absence du chèque annoncé dans la lettre.