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J'ajoute que fréquemment, dans les expériences en plein soleil, quand la différence d'éclairement des deux couronnes grises était trop faible pour que l'on pût distinguer deux couronnes, et que cette impossibilité provenait d'un excès de lumière, il suffisait de regarder le disque de côté, suivant un angle d'ailleurs variable, ou de diminuer l'excitation en projetant une ombre sur le disque, pour que les deux couronnes fussent distinguées. Inversement, dans les expériences faites à l'ombre d'un arbre, après que l'on avait atteint et même dépassé une valeur de la différence qui permît de percevoir les deux couronnes, il suffisait de se placer de côté pour ne plus les distinguer.

Ainsi on peut regarder comme certain, en ce qui concerne la perception de la lumière blanche, que la clarté de cette perception est sensiblement constante dans la région moyenne des intensités, qu'elle atteint le maximum pour une intensité particulièrement favorable située dans cette région moyenne, et qu'elle diminue enfin pour les excitations faibles et pour les

M. Foucault.

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excitations fortes. Par conséquent les expériences, envisagées dans leurs résultats bruts, contredisent la loi de Weber. Mais il faut chercher si, conformément à l'opinion de Fechner, cette limitation de la loi de Weber à la partie inférieure et à la partie supérieure de l'échelle des excitations ne peut pas être expliquée par des causes particulières.

La lumière propre de l'œil exerce une influence et contribue à relever la valeur du seuil différentiel pour les excitations faibles. Mais cette influence n'est pas considérable et ne peut pas suffire à expliquer la limite inférieure de la loi.

Hering (i) a signalé, d'ailleurs sans intention favorable à la loi de Weber, une autre cause dont il faut tenir compte : c'est que la pupille se rétrécit quand les excitations sont fortes, de manière à diminuer la quantité de lumière qui pénètre jusqu'à la réline. Ce rétrécissement de la pupille tend à diminuer les excitations fortes et à les rapprocher de la zone favorable. Il en est de même de l'élargissement de la pupille dans l'obscurité ou quand l'éclairement est insuffisant. Il est évident que ce sont là des mouvements d'adaptation qui ont pour but de donner à la perception la plus grande clarté possible.

Il existe de même une adaptation des paupières et des cils : quand la lumière est violente au point de blesser les yeux, ou même simplement de rendie la perception difficile, nous rapprochons spontanément les paupières, afin de limiter l introduction de la lumière dans les yeux. Ce mouvement d'adaptation, le dignement des yeux, s'effectue même d une façon réflexe et irrésistible.

Mais une autre adaptation, dont le mécanisme est beaucoup moins connu, joue un rôle qui semble beaucoup plus important • c'est l'adaptation rétinienne. Si nous passons brusquement d'une lumière faible à une lumière forte, ou réciproquement, la vision est d'abord très indistincte, pms devient

(0 Zur Lehre wn ,1er Be:ichunrj :wischen Leib und Seele. ele., p. 337-

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progressivement plus distincte et finit en général par devenir nette. Plusieurs minutes sont nécessaires pour que l'adaptation soit complète. Donc, quand on vient de déterminer le seuil différentiel pour une intensité lumineuse et que l'on passe à une intensité différente, il est nécessaire, pour tenir compte de l'adaptation rétinienne, de maintenir l'œil soumis à cette deuxième intensité lumineuse pendant un certain temps. C'est ce qu'a fait Schirmer (i). Il a expérimenté au moyen de disques rotatifs : le dispositif permettait défaire glisser à une distance variable du centre une bande noire de I centimètre de long sur i à 3 millimètres de large. La valeur lumineuse du noir a été calculée par le procédé d'Aubert. Le seuil différentiel a été déterminé en prenant méthodiquement des moyennes. Enfin, pour obtenir l'adaptation, Schirmer attendait un quart d'heure, en lisant et écrivant. Dans ces conditions, le seuil différentiel a conservé la valeur constante de 1/2 17 dans de larges limites des excitations, à savoir depuis 1 000 jusqu'à 2.5 ou 5 unités. L'éclairement représenté par 1000 unités est celui que l'on a à midi, en avril, à une grande fenêtre éclairée par le soleil : cet éclairement est assez fort pour que l'observation d'un disque blanc produise des sensations douloureuses persistantes.

Schirmer a établi un autre fait intéressant. C'est que l'influence de l'exercice est très grande. La différence, qui était de 1/128 au début, diminua de jour en jour pendant huit jours. Au bout de huit jours, le maximum de sensibilité différentielle fut atteint et oscilla entre 1/204 et 1/2 17. — Mûller Lyer (2) avait déjà fait une remarque analogue, et Richard Simon, dans une étude faite en vue de contrôler les résultats obtenus par Schirmer, a trouvé que le seuil différentiel, qui avait

(1) Ueber die Gultiglceil des Weber'schen GeseUes Jiir don Lichtsinn, Archiv U\r Ophthalmologie, de Griife, XXXVI. 4, p. 121-149, 1890.

(2) Psychophjsische Untersucliangen, Archiv f. Analomic une! Physiologie, 1889, Physiol. Abth. Supplément, p. 96.

atteint 1/220 au bout d'une semaine, est descendu à 1/260 au bout d'un mois (i).

Ce sont là des laits significatifs, qui montrent que les écarts de la loi de Weber tendent à disparaître si l'on établit pour la perception des intensités différentes d'excitation des conditions égales d'adaptation, d'exercice, etc. On est donc fondé à croire que ces écarts disparaîtraient complètement si l'on pouvait établir des conditions absolument égales pour la perception de toutes les intensités. La loi de variation de la sensibilité différentielle, ou plus exactement la loi de variation de la clarté des perceptions telle qu'elle se dégage immédiatement des expériences, c'est-à-dire avec un maximum de clarté pour les excitations moyennes et une diminution de clarté pour les excitations fortes et les excitations faibles, n'est pas incompatible avec la loi de Weber. La loi du maximum est une loi empirique, qui exprime la façon dont se comportent lés perceptions dans l'usage que nousavons coutume d'enfaire ; c'est une loi d'adaptation ou d'utilité, car c'est évidemment pour les intensités moyennes qu'il nous est le plus utile d'avoir les perceptions les plus claires, parce que ces intensités sont celles au milieu desquelles nous vivons et agissons. La loi de Weber, au contraire, est une loi profonde : elle est, comme dit Grotenfelt (2), le fait primaire, tandis que les écarts sont des faits secondaires, elle exprime une disposition générale de l'esprit, mais cette disposition est cachée par les additions de l'expérience et les complications qui résultent de l'adaptation au milieu.

D'ailleurs, la difficulté d'instituer les expériences rend

(1) Ueber die Wahrnehinung von lielligkeilsunlerschicdcn, Z. f. Ps. u. Ph. d. S., t. XXI, p. 433, i8c)(j. Richard Simon soulicnl (p. 4^2) que la loi de Wcbcr s'applique dans des limites plus élroilcs que ne l'a cru Schirmer, même si l'on tient compte do l'adaplalion ; les indications qu'il donne de ses propres expériences ne rétrécissent pourtant pas ces limites d'une façon considérable.

(a) Das Wehcrsche Gesclz iind die psycliische RelativiUil, p. ô.

manifestement impossible cle trouver une vérification empirique de la loi de Weber qui s'applique à une étendue très considérable des intensités lumineuses. Par exemple, il est impossible de réaliser l'adaptation de la rétine à des intensités très hautes : Schirmer signale déjà les sensations douloureuses que lui causaient les plus fortes intensités qu'il a employées. Ces sensations douloureuses que cause toujours une lumière violente sont le signe d'un danger pour l'organe et la preuve que l'adaptation ne peut se réaliser au delà d'une certaine intensité. Les expériences montreront toujours une limite supérieure pour la loi de Weber. A la limite inférieure de la loi, le danger est d'une autre nature, mais il existe aussi comme en témoigne l'extrême fatigue que l'on éprouve rapidement en continuant à lire sans lampe quand la nuit tombe ; il existe là aussi des sensations pénibles qui montrent que l'adaptation ne peut pas être réalisée au-dessous d'une certaine limite indécise. Mais ce ne sont toujours là que des limites empiriques.

Enfin, il est une cause qui n'a pas été signalée et qui contribue à déterminer l'existence d'un maximum de clarté pour la perception des intensités moyennes : c'est que ces intensités nous sont les plus familières depuis notre enfance. Ce n'est pas simplement l'exercice acquis au cours d'une série même prolongée d'expériences qui élève la clarté des perceptions dans la région des intensités moyennes, c'est aussi l'exercice que nous avons acquis depuis la naissance. Même les dispositions contractées par l'exercice individuel doivent se transmettre par hérédité. Il serait intéressant de comparer la clarté des perceptions lumineuses, ainsi que l'étendue et la position de la région favorable, chez des hommes du Nord et chez des hommes habitués aux lumières violentes du Midi ou des pays équatoriaux.

§2. — Perception de l'inlensilé de la lumière colorée.

Tandis que la lumière blanche n'est suscepliiîle que de différences intensives, les physiciens distinguent dans les couleurs trois caractères variables : la tonalité ou nuance des couleurs, qui dépend de la longueur des ondes, c'est-à-dire de la vitesse des vibrations ou de leur nombre dans un temps donné ; la saturation, qui dépend de la proportion de lumière blanche mêlée à la lumière colorée ; l'intensité, c'est-à-dire le brillant ou l'éclat de la couleur, ou la quantité de la lumière colorée.

Les expériences sur la perception de la lumière blanche font supposer que, si l'on substitue à la lumière blanche la lumière colorée, et si l'on considère uniquement des variations d'intensité, la même loi doit s'appliquer, c'est-à-dire que les expériences doivent montrer l'existence d'une zone favorable dans laquelle la loi de VVeber se vérifie d'une manière à peu près exacte, tandis que le seuil différentiel grandit au-dessus et au-dessous de cette zone.

Déjà Arago et Masson avaient remarqué que, sauf quelques restrictions, la sensibilité est indépendante de la couleur. Mais leurs expériences n'ont pas été faites d'une manière assez étendue pour que les résultats puissent en être regardés comme décisifs.

Lamansky (i), puis Dobrowolsky (2), ont fait des expériences méthodiques sur l'intensité de la lumière colorée. Ils ont remarqué l'un et l'autre que le seuil différentiel relatif atteint un minimum pour une certaine valeur de l'intensité lumineuse, reste à peu près constant dans les environs de

(1) Dans Archiv f. Ophlhalmologle de Griifc, XVII, I, 1871. public aussi dans Annalen, etc., de Poggendorf, t. i.'tS.

(2) Beilrage zur physiologischen Oplik, Archiv, etc., dcGrafe. XVIII, I, p. 74.

celte valeur, et grandit pour les intensités plus fortes ot plus faibles. C'est la même loi du maximum qui a été établie pour la perception de la lumière blanche. La valeur minima du seuil dilïérentiel s'est montrée très variable pour les diverses couleurs (i).

TABLEAU VL — Expériences de Dobrowolsky. Seuil différentiel relatif pour la perception de l'intensité

DES lumières colorées (s).

INTENSITÉS LUMINEUSES

LUMIÈRE nOUGE PRÈS DE LA. LIGNE B

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