‹ La Psychose d'InfluenceChapitre 19 sur 39 · PS, CRE · texte numérisé non relu

PS, CRE

des symptômes de grande valeur pour le diagnostic de la psychose. Ils sont, avec les hallucinations psychiques, les symptômes les plus caractéristiques de la désagréga-

tion mentale.

Dédoublement subjectif de la personnalité.

Les symptômes que nous venons d'étudier traduisent la désagrégation de la personnalité. Au début, les malades ne se rendent pas compte de cette désagrégation; ils sont uniquement inquiets de chaque symtôme; la psychose évoluant, ils se rendent compte que toute une partie de leur être échappe au contrôle de leur moi et a, pour ainsi dire, une existence autonome. C’est ce phénomène de deux êtres indépendants l'un de l’autre et vivant dans le même corps qui constitue le dédoublement subjectif de la personnalité. Ce dédoublement perçu subjectivement constitue un véritable symptôme. Certes, il se cache dans les explications du malade, mais il en est une des bases psychologiques. C’est la synthèse de tous les symptômes que nous venons d'étudier, décrits par les malades euxmêmes; c’est l’aveu réel de la désagrégation de l’unité psychique; c’est sur ce dédoublement que vont se constituer les systèmes destinés à le justifier; les pseudohallucinations, les troubles cénesthésiques, les mouvements moteurs peuvent évoquer chacun l’idée d'influence, ce n’est que leur ensemble qui donnera naissance au délire systématisé.

Ce dédoublement est traduit par les malades euxmêmes. Calmeil, dans son livre sur la folie, rapporte l’auto-observation d'un ecclésiastique qui, ayant été chargé d’exorciser les religieuses de Loudun, devint aliéné. Voici quelques passages d’une lettre écrite par cet ecclésiastique «le révérend père Surin à un sien ami jésuite. »

« Les choses en sont venues si avant, que Dieu a permis, je pense, pour mes péchés ce qu’on n’a jamais vu en l'Église que dans l'exercice de mon ministère, le diable passe du corps de la personne possédée et venant dans le mien, m'assaille, me renverse, m'agite et me traverse visiblement en me possédant quelques heures comme un énergumène.

«Je ne saurais vous expliquer ce quise passe en moi durant ce temps, et comme cet esprit s'unit avec le mien sans m ôter ni la connaissance, ni la liberté de mon âme, en se faisant néanmoins comme un autre moimême et comme si j'avais deux âmes dont l’une de son corps, de l’usage de ses organes et se tient à quartier en voyant faire celle qui s'y est introduite. Les deux esprits se combattent dans un même champ qui est le corps, et l’âme est comme partagée. Selon une partie de soi, elle est le sujet des impressions diaboliques et selon l’autre des mouvements qui lui sont propres et que Dieu lui donne. En même temps je sens une grande paix sous le bon plaisir de Dieu, et sans connaître comme vient une rage extrême et aversion de lui qui produit comme des impétuosités pour s'en séparer qui donnent ceux qui les voient; et en même temps une

grande joie et douceur et d’autre part une tristesse qui se produit par des lamentations et cris semblables à ceux des démons. Je sens l’état de damnation et l’appréhende et me sens comme pris des pointes de désespoir en celte âme changée qui me semble mienne el l’autre âme qui se trouve en pleine confiance, se moque de tels sentiments et maudit en toute liberté celui qui les cause; aussi je sens que les mêmes cris qui sortent de ma bouche viennent également de ces deux âmes et mis en peine de discerner si c’est l’allégresse qui les produit ou Ja fureur extrême qui me remplit.

« Les tremblements qui me saisissent quand le saint sacrement m'est appliqué viennent également, ce me semble, d'horreur de sa présence qui m'est insupportable et d'une révérence cordiale et douce, sans les pouvoir attribuer à l’une plutôt qu’à l’autre et sans qu’il soit en ma puissance de les retenir. Quand je veux par le mouvement de l’une de ces deux âmes, faire le signe de croix sur ma bouche, l’autre me détourne la main avec grande vitesse et me saisit le doigt avec les dents pour le mordre de rage. Quand je veux parler, on m'arrête la parole ; à la messe, je suis arrêté tout court; à table, je ne puis porter le morceau à ma bouche; à la confession, je m'oublie tout à coup de mes péchés et je sens le diable aller et venir chez moi comme en ma maison; dès que je me réveille, il est là; à l’oraison, il m’ôte la pensée quand il lui plaît; quand le cœur commence à se dilater en Dieu, il le remplit de rage; il m’endort quand je veux veiller, et publiquement par la bouche de la possédée, il se

vante d'être mon maître à quoi je n'ai rien à contredire. »

PAT VRere

De même Mme P.... Cette malade est influencée par un prêtre de la Nouvelle-Zélande qui agit sur elle par télépathie : « Je crois dans la religion maintenant. Si cet homme peut être près de moi toujours écoutant mes pensées. Dieu peut certainement bien plus que lui. La connaissance de cette puissance me fait croire en Dieu et en Jésus-Christ ». Dans les premiers temps, cette surveillance que M. D... exerçait sur elle lui a été très pénible et elle s’est demandée à ce moment si elle n'allait pas perdre la raison. Elle s'y est habituée. « Les deux premières années que je sentais cette présence en moi ont été pour moi un effroyable supplice, non seulement d’avoir la présence d’un homme, ces yeux qui surveillaient tous mes mouvements, qui peut écouter chaque pensée et sur ma têle suspendue toujours l'idée que je perdrais la raison. Ce serait la plus grande tristesse de ma vie, maintenant que je suis accoutumée à sa présence, de la perdre, tellement je me sens aidée par sa puissance. Quand il me quitte, il me semble que je perds ma volonté; quand il n’est pas avec moi, tout va mal. Si cette personne se retirait, on resterait beaucoup plus sensible aux puissances mauvaises ». Il lit avec elle ses livres : « Quand je lis c’est un grand plaisir; ce livre a plus de sens pour moi; c'est comme si j'avais le sens d’une personne plus habile que moi. »

Interprétations délirantes.

Ainsi donc les malades ressentent des phénomènes étranges qui ont le caractère commun d'irréductibilité

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et dont l'ensemble donne l'impression aux sujets d’un véritable dédoublement de la personnalité. L'activité pratique intellectuelle et sociale est plus ou moins touchée, etil est souvent nécessaire d’interner ces malades; par contre, l’activité psychique ne semble pas amoindrie : elle est uniquement troublée par ces phénomènes anormaux qui sont pour la conscience des corps étrangers inassimilables. La perturbation que leur présence entraine est limitée. En dehors de leur délire, le raisonnement des malades apparaît normal. Et, en fait, dans leur attitude vis-à-vis de leur délire, il ne faut pas chercher des raisonnements logiques. Ils se comportent vis-à-vis de leurs idées délirantes non comme des individus raisonnants, mais comme des individus croyants.

Les interprétations délirantes ne sont pas primitives, mais secondaires aux divers symptômes de désagrégation mentale que nous avons décrits.

La lecture de certaines observations pourraient induire en erreur, car si le fait est indiscutable lorsque le premier symptôme est une pseudo-hallucination verbale proprement dite, — dans le cas de Marie C..., par exemple, — il n’en est pas de même si les premiers symptômes n’ont été que des mouvements automatiques et irréducbles ou des pseudo-hallucinations de Kahlbaum. D'’ailleurs, lorsqu'il ne s’agit encore que de ces derniers phénomènes, les malades s’en rendent mal compte, et les idées délirantes qui se développent voilent les phénomènes primitifs dont elles sont l'expression.

L'attitude mentale des malades en face de ces symp-

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tômes de désagrégation est toujours la même. L'idée d'influence psychique et psycho-somatique accompagne naturellement les pseudo-hallucinations, les mouvements automatiques, les troubles de la cénesthésie, et cette-idée est le noyau central au tour duquel se forment les systèmes, Ces systèmes varieront avec les habitudes mentales des malades, produits de l’hérédité, de l’éducation, du milieu, du genre de vie.

Si bien que dans l'étude des concepts des sujets examinés, il faut avant tout rechercher l’idée d'influence et n’accorder qu'une valeur très accessoire aux colorations données par ces diverses habitudes mentales.

L'idée d'influence est donc très précoce, puisqu'elle est contemporaine des premiers symptômes, mais elle ne va se systématiser que progressivement. Lorsque le système sera construit, les malades s'en serviront non seulement pour expliquer les phénomènes actuels, mais pour expliquer des événements de leur vie qui se sont passés antérieurement à l’apparition de la psychose.

On rencontre en clinique tous les procédés de construction systématique.

Marie C... sait parfaitement que c’est par l'hypnotisme qu'un ouvrier serrurier qu'elle a connu autrefois agit sur elle. Gabrielle R... sait que c'est par un fluide qu’agit sur elle un cordonnier qui habite en face de chez elle. Mme P... sait que c’est par la télépathie que M. D... est en relation avec elle. Juliette L... a construit très rapidement son système.

« Agée de 24 ans, elle est entrée à la Salpétrière le

8 décembre 1913. Elle était tombée malade au mois de

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