ÉVOLUTION
L'évolution de la psychose d'influence est chronique. Arrivée à sa période d'état, la psychose reste à peu près immobile, sans aggravation des symptômes. Les trois malades dont nous publions les observations sont atteintes depuis de longues années. Mme P... était malade depuis 7 ans lorsque nous l'avons connue. Marie C... est malade depuis 4 ans. Gabrielle R... est malade depuis 6 ans. Les deux dernières ont été soignées à la Salpétrière. Marie C... est sortie très améliorée.
Quelle sera l’évolution ultérieure. Nous croyons que ces malades ne verront pas leur psychose s'aggraver. Il en est tout autrement de Mme M... Sur cette malade moins typique et dont la personnalité est plus désagrégée nous portons un plus sombre pronostic. Elle a des réactions très violentes.
D'ailleurs, ces malades ont parfois des idés desuicide. Le dédoublement, s'il est accepté parfois assez facilement pour certains, est intolérable pour d’autres. Juliette L... nous disait désirer sortir, non pour se venger,
mais pour se suicider. Marie C... a tenté de s'empoisonner avec du laudanum.
Mais sur les idées d'influence peuvent venir se greffer d’autres idées qui progressivement,se substituent à elles : ce sont les idées de négation et les idées de grandeur.
«Ces idées de possession peuvent aboutir, dit M. Séglas, à des idées de négation systématisées, s'adressant aussi bien à la personnalité physique qu’à la personnalité morale ou intellectuelle du sujet. Il n’a plus de sentiments, plus de mémoire, plus de pensées, il n’est plus maître d'aucun de ses actes. IH n’a plus d'organes comme un de nos malades qui n’a plus de tripes, parce que c'est un prêtre logé dans son ventre quiles a. Un autre a pris son cœur; elle n'en a plus; elle n’a plus d'ongles, plus de luette, plus d’amygdales.
« Les idées de négation peuvent être considérées comme l’aboulissant de la possession. Le schéma de la personnalité nouvelle dont les éléments constitutifs sont de plus en plus nombreux et persistants, finit par envahir jusqu'à l’effacer presque, en se mettant au premier plan, celui de l’ancienne personnalité de plus en plus réduite; elle finit par être niée par le malade. »
Comme exemple, voici une observation publiée autrefois par M. Séglas :
«La malade avait 61 ans en 1886, lorsque se manifestèrent les premiers symptômes de la maladie consistant en des troubles de la sensibilité générale et viscérale, des hallucinations kinesthétiques ou motrices qui n'ont fait que s’accentuer depuis. Puis elle s’est plainte d’être emplâtrée, emboucanée, empestiférée, ensorcelée par cinq prêtres dont l’un
est dans sa tête, deux dans sa gorge, un dans son ventre, l'autre dans son estomac. De plus, elle a des idées de négation extrêmement développées. « Elle est percée des deux bouts, elle a un trou entre les épaules, elle ne sent plus la nourriture descendre, cela tombe comme dans un puits. D'ailleurs elle n’a plus ses tripes. Il lui manque aussi un bout de fondement; elle n’a plus de cœur, plus d'ongles, plus de luette, plus d'amygdales.
. € Elle n'a plus de sentiments, plus de mémoire, plus de pensée; ils lui ont tout pris. Ils la faisaient se perdre dans la rue; quand elle passait sur un pont, ils la poussaient à se jeter à l’eau malgré elle. Ils lui dictent tous ses actes. Ils font remuer ses doigts de pied. Ils la font parler malgré elle, surtout la nuit, et dire des tas d’horreurs. Ils la possèdent si bien qu'ils parlent par sa bouche, voient par ses yeux qui sont changés, ce qui fait qu’elle ne regarde jamais en face, de peur d’ensorceler les autres personnes.
« Elle a des hallucinations verbales psycho-motrices très développées, des plus nettes et presque continuelles. Les hallucinations sensorielles sont très rares, surtout pour l’ouie : il y en a du goût, de l’odorat et surtout de la vue.
« Depuis cette époque, Le délire n’a fait que s'accentuer, toujours dans le même sens. Ce sont toujours les troubles de la sensibilité générale et viscérale, les hallucinations motrices communes ou verbales qui prédominent. Les troubles sensoriels étant relégués tout à fait au second plan et n’existant même guère que pour la vue. Les idées de négation sont toujours des plus développées. La malade na plus d'amygdales ni de fondement, plus de luette; ses membres sont disjoints; son nombril est dérangé, elle n’a plus de pouls, plus de saignée, plus de veine aux bras; son gosier est bouché et ils le lui ouvrent pour manger. Elle ne va pas à la garde-robe comme une autre personne; les matières changent tous les jours. Elle n’a plus d'estomac, plus de conduit, elle digère par le dos. Elle na plus de hanches, tout son.