‹ La Psychose d'InfluenceChapitre 24 sur 39 · SENTE · texte numérisé non relu

SENTE

corps est contrefait. Ses yeux ne tournent plus, la prunelle est scellée; ils n’agissent plus. Son cœur et son cerveau n'agissent pas non plus.

« Tout cela est le résultat de la magie que les prêtres font dans son corps. Ce sont ces mauvais prêtres ou démons qui la gouvernent. Elle les désigne par leurs noms. Ils ont commencé par lui enlever ses facultés, puis ses organes. Ces prêtres lui parlent daus la langue qui remue comme si elle faisait : Zi... zi.. zi, dans les yeux, le nez pour l'injurier. Dans ce dernier cas, elle les fait taire quelque temps en prenant une prise de tabac. Ils lui servent de pensée, parlent par sa bouche, la font agir ou l’en empêchent. Ils lui font poir aussi toutes sortes de choses ; des gerbes d’or, des serpents, des lumignons, des prêtres en surplis, des têtes de morts. Parfois ils lui font perdre le fil de ses idées. Elle se croit si bien en leur puissance que lorsqu’elle parle de ce qu'elle fait ou dit, elle ne dit pas Je, mais /{s. Son lit marche la nuit; tout son corps tremblote en dedans; ils la font tomber dans les escaliers en la poussant. Ils conversent quelquefois ensemble, elle sent qu’ils se combattent, l'un veut, l’autre ne veut pas. Ce qui les fait parler haut, c'est une forte respiration et alors elle sent comme un vent froid qui lui sort de la bonche par le palais. Aussi pour les faire taire, elle écarte les jambes et le vent sort alors par la matrice. Ils lui ont jeté le « Vermillon » dans les yeux. C’est comme un démon sous la forme d’un cloporte; et c’est ainsi que leur esprit est en elle. Ils peuvent exercer la magie sur elle, grâce à des objets à elle appartenant et qu'ils ont en leur possession. Elle prétend qu’une de ses sœurs est ensorcelée comme elle et n’a plus ni amygdales, ni fondement. Son fils est également ensorcelé et c’est pour cela qu'il ne vient pas la voir. Lorsque nous lui disons l’avoir vu, elle prétend que c’est faux, que nous sommes la dupe d'une vision que les prêtres nous ont donnée et qu'ils nous ont également ensorcelé, :

« Signalons aussi les réactions diverses de la malade. Au début, elle changeait de place à l’église et de confesseur. Plus tard, elle a eu l'intention de se faire conduire au poste elle-même pour empêcher les prêtres de l’égarer dans la rue. Deux fois, elle est allée réclamer protection au commissaire de police. Elle à été trouver un magnétiseur qui lui a dit que c'était l'affaire d’un prêtre. Aujourd'hui elle ne cesse de demander à être exorcisée; elle réclame sans cesse son internement, écrit lettre sur lettre, nous accuse de séquestration, & On ne séquestre pas, dit-elle, les gens qui n'ont plus d'amygdales; cela était une preuve que je n'étais pas folle. Il suffit de m'exorciser; si j'étais désorcelée, je serais comme autrefois. » Par intervalles elle s’excite, injurie | sur tous les modes les prêtres qui la tourmentent, répond à leurs interpellations. Nous l'avons vu un jour se placer devant une glace, grincer des dents, crisper les doigts devant ses yeux, en criant : « Oh! les maudits'. » Elle essaye de se défendre contre Les agissements des prêtres en plaçant son chapelet sur les parties qui sont le siège de ses souffrances, en mangeant du citron, ou en prisant, en écar-

tant les jambes pour donner issue au souffle et les empêcher

de lui parler. Parfois elle nous injurie, nous menace; mais s'excuse ensuite en disant que ce n’est pas elle, mais les prêtres qui ont fait cela. Jamais elle n’a présenté aucun symptôme d'un état mélancolique.

«L'examen de la sensibilité chez cette malade révèle un fait assez intéressant. Nous avons dit qu’elle se plaignait de n’avoir plus de fondement. Or, l'examen local révèle que la peau seule est sensible à ce niveau et que la muqueuse est totalement dépourvue de sensibilité. La sensibilité cutanée et sensorielle est d’ailleurs normale. Signalons enfin l'intégrité des appareils organiques et l'absence de signes bien nets de sénilité. »

Le résumé de l’observation de cette malade à idées de négation très accentuées suffit pour montrer qu'il ne s’agit

EU

là nullement d'un cas de mélancolie. A aucun moment, ni antérieurement, ni au cours du délire actuel, elle n’a présenté aucun des symptômes de cette vésanie. Sa maladie a commencé par des troubles de la sensibilité générale et viscérale, des hallucinations motrices de toute espèce qui ont été l'occasion d'idées de négation et de possession. Mais le fond émotionnel et aboulique caractéristique des états mélancoliques, ainsi que les symptômes physiques qui leur sont ordinaires, ont toujours fait défaut ».

Les idées mégalomaniaques peuvent apparaître. Mme P... les ébauche; elle croit agir sur les individus qui l'approche.

Enfin, il peut arriver que les malades soient en but à plusieurs influences, la bonne et la mauvaise; suivant le triomphe de l’une ou de l’autre, la personnalité peut se transformer dans tel ou tel sens, et les malades ont un délire de négation ou de mégalomanie. Nous en verrons des exemples en décrivant la variété mystique.

La psychose d'influence peut-elle aboutir à la démence? Dans Ia très grande majorité des cas nous pouvons répondre non. 1] n’y a aucun signe de démence chez les malades que nous avons examinées et dont nous rapportons les observations. La mémoire, l’affec- Uvité, le jugement lui-même, sauf dans la sphère des idées délirantes, ne semblent pas touchés. La clinique ne nous permet pas de considérer ces malades comme de futurs déments.

Page 1