I. — S'agit-il du syndrome délire d'influence
Deux erreurs sont possibles. On peut confondre le délire d'influence avec un délire chronique type Lasègue-
Falret ou avec un délire d'interprétation type Sérieux- Capgras. Nous allons envisager successivement chacun de ces diagnostics.
a) Délire chronique Lasègue-Falret. — Le délire chronique à évolution systématique évolue en quatre phases : une phase d'inquiétude; une phase de systématisation délirante dans laquelle dominent les hallucinations de l'ouie, une phase de mégalomanie à laquelle succède parfois une phase de démence.
Ge qui caractérise la période d'incubation c’est l'inquiétude et la méfiance; pendant une phase qui peut durer trois ou quatre ans, le malade trouve une signification blessante aux gestes, aux regards, aux sourires qu'il surprend autour de lui; il s’attribue les injures que l’on peut entendre dans la rue, 1l comprend les mots à double sens, tout ce qu'on dit est à double entente, il ne trouve pas ses objets à leur place, il ne peut plus travailler.
Dans le délire d'influence, au contraire, la phase de début est plus brusque et ce sont des hallucinations psychiques qui sont le premier symptôme, mais surtout les malades ne présentent jamais cet esprit de méfiance; ils ne se plaignent jamais d'êlre perséculés par leur entourage.
La seconde période du délire systématisé chronique est caractérisée essentiellement par des hallucinations, des interprétations délirantes. Les hallucinations de l’ouie dominent. Au début, elles ne se traduisent que par des sons, des sifflements, des bourdonnements; très rapiderñent, elles se traduisent par des mots isolés: les
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mols sont presque toujours les mêmes. Ce sont les pires injures ou bien les hallucinations répètent à haute voix une pensée : c'est l'écho de la pensée. Les hallucinalions de la vue font le plus souvent défaut. Les hallucinations du goût et de l’odorat sont relativement fréquentes. Les hallucinations du toucher passif sont très fréquentes ainsi que les hallucinations génitales. Les malades se plaignent qu’on les électrise. Si les hallucinations psychiques se rencontrent, elles n’ont pas le rôle prédominant. Les malades ne font pas de mouvements involontaires; quant aux troubles de la cénesthésie, ils sont plus intenses. Aussi les malades interprètent-ils ces phénomènes d'une manière très spéciale. Le plus généralement, ils disent : « On m'en veut, on m'insulte, on me fait des misères », et quand ils ont enfin trouvé les agents, ils accusent plutôt des groupes d’individus : « Ce sont les jésuites, les francs-macçons, la police, des étudiants ».
On voit la différence qui existe entre les traits essenüels du délire d'influence et du délire chronique de persécution. Dans le délire d'influence, il y a surtout des hallucinations psychiques. Dans le délire chronique, il y a surtout des hallucinations psycho-sensorielles. Dans le délire d'influence, il y a un dédoublement de la personnalité; dans le délire chronique, il nya pas de dédoublement. Les phénomènes hallucinatoires n’entrainent pas la désagrégalion de l’unité du moi. Le moi reste intact, et se traduit avant tout par le délire de per. sécution. Le malade assimile l’hallucination comme un
phénomène quelconque du monde extérieur. Le malade
PCR
ne présente pas dans le délire chronique de phénomènes automatiques; c’est surtout un sensoriel. Mais il estévident que cette distinction est théorique, et qu'entre les deux délires existent toutes les formes de passage. De même que nous avons signalé la possibilité d’hallucinations psycho-sensorielles au cours du délire d’influence, de même les hallucinations psycho-motrices peuvent exister dans le délire de persécution.
La troisième phase du délire chronique se caractérise par la transformation de la personnalité. Cette transformation est beaucoup plus rare dans le délire d’influence. Pourtant elle peut exister, et nous avons indiqué le délire de négation ou le délire mégalomaniaque succédant à un délire d'influence.
Délire d'interprétation. — le délire d'interprétation, d’après la définition donnée par Sérieux et Capgras, est une psychose systématisée chronique à base d’interprétations délirantes se développant progressivement chez les prédisposés, sans intervention notable de troubles sensoriels et dont la longue évolution n’aboutit pas à la démence. Elle est caractérisé par : 1° la multiplicité et l’organisation d’interprétations délirantes ; 2 l'absence ou la pénurie d’hallucinations, leur contingence; 3° la persistance de la lucidité et de l'activité psychique; 4 l’évolution par extension progressive des interprétatations ; 5° l’incurabilité sans démence terminale.
La psychose apparaît chez des individus ayant de lhypertrophie et de l’hyperesthésie du moi avec défaillance circonscrite de l’autocritique. En dehors de leur con-