IL. — I s'agit d'un syndrome d'influence, est-il isolé
Dans un certain nombre de cas le syndrome est associé à d’autres syndromes mentaux.
Deux affections surtout peuvent engendrer ce syndrome comme épiphénomène, la démence précoce et la
paralysie générale.
Démence précoce. — Au cours de la démence précoce il est possible de rencontrer des symptômes qui rappellent le délire d'influence. G. Petit cite une observation du service du docteur Mignot, qu'il décrit sous le titre suivant : « Démence paranoïde évoluant depuis trois ans, délire de persécution et de grandeur, idée d'influence psychique (auto-représentation aperceptive; affaiblissement affectif évident) » et une autre observation (service du docteur Adam) avec le titre : « Démence précoce fruste évoluant depuis vingt ans; syndrome paranoïde avec hallucination auditive, puis auto-représentation aperceptive; idée d'influence psychique; affaiblissement affectif. »
Dans ces cas, il n’y a aucune systématisation à pro-
LNUÈE ES
prement parler. Le malade apporte nettement la note démentielle dans son incapacité à former un système quel qu'il soit. Dans ses explications, les néologismes jouent un grand rôle. Une malade de M. Séglas parlait constamment de « canule ». Le malade de M. Roger parle de « courant purolique ». Le malade de M. Adam parle de « bilain ». Ces malades ont, en outre, tous le caractère des déments précoces, en particulier la dissociation affective. Aussi le diagnostic sera-t-il facile. Il est plus difficile quand il s’agit de malades chez lesquels le syndrome d'influence évolue rapidement et affecte des allures démentielles.
Paralysie générale. — Au cours de la paralysie générale on voit également le syndrome d'influence. On lira plus loin l'observation clinique d’un malade qui a été présenté à la Société de psychiatrie par nos collègues Borel et Ceillier que nous remercions d’avoir bien voulu nous autoriser à reproduire. Mais dans ce cas, la présence des signes physiques, le signe d’Argyll-
Robertson, la ponction lombaire permettent de faire le le diagnostic.
I s’agit d’un syndrome d'influence.
S'agit-il d'un obsédé ou d'un psychasthénique? — L'’obsession, comme l’a montré M. Séglas, peut s’accompagner de pseudo-hallucination soit de la vue, soit de
l’ouie. L’obsession s'impose à l'individu comme une
on
effraction de la volonté. Les deux facteurs obsession et pseudo-hallucination s'associent pour créer une synthèse mentale secondaire à côté de la synthèse principale. Mais ce qui permettra de reconnaître le syndrome comme phénomène secondaire, c'est que le malade le connaît, le Juge, alors que dans la psychose le malade ne se rend pas compte du caractère morbide.
Nous reproduisons à la suite de nos observations une observation de M. Séglas et Barat d’un délire d’influence chez un psychasténique. Cet exemple montre la difficulté de faire le diagnostic à la période d'état.
S'agit-il d'un mélancolique? — Dans ce cas, le syndrome s'associe à un état mélancolique nettement caractérisé. Dans la psychose d'influence, le malade se regarde comme un perséculé, il n’a rien fait pour être influencé, il est une victime. Au contraire, chez le mélancolique, le délire d'influence apparait au malade comme la conséquence d’une faute. Aussi s'accuse-t-il et regarde-t-il l'influence qu'il subit comme une juste punition. En outre, les crises d’anxiété sont très violentes, les tentatives de suicide ou de mutilation très fréquentes. Mais nous avons fait remarquer que, dans la psychose d'influence, on trouvait également des idées de suicide. Aussi ce seul symptôme ne saurait avoir une très grande valeur.
Ces cas éliminés, le diagnostic de psychose d'influence s'imposera. Mais, en fait, le diagnostic ne doit être con-
sidéré que comme un diagnostic incomplet, car ce n’est qu'un diagnostic syndromique.
Nous ne voulons pas ici entrer dans la discussion de
A. ee
classification nosographique. Il est évident que cette classification dépend uniquement des synthèses adoptées. Pour M. Kræpelin, elle entrerait dans la paraphrénie. Pour M. Ballet, elle ressortirait de la psychose hallucinatoire chronique: Pour M. Régis, elle serait une forme de sa psychose systématisée progressive. C’est dire que nous n'avons voulu décrire qu'un type clinique et nullement faire de la psychose d'influence une entité morbide.