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elle n'avait plus d'idées de persécution, plus peur de rien. Cependant elle entendait des voix et avait de temps en temps des interpellations. Elle disait : « Tu vois, maman, ils viennent de promettre 15.000 francs à celui qui pourra me prendre. Quand disparaîtra-t-elle, vient de dire un passant ». Mais ces idées ne survenaient que par moments, et non plus d’une façon continue.
Il ÿ a 6 ans sont venus s'installer des personnes nouvelles dans l'appartement en face (un cordonnier et sa femme). La malade a pris en grippe le cordonnier et disait à sa mère « Tu vois, il fait des tours de magie derrière ses rideaux ; il me tient sous sa volonté; il fait de moi tout ce qu'il veut. »
Les parents de la malade vont habiter avec elle un appartement situé non plus sur la rue, mais dans le fond de la cour de la même maison.
Pendant une année, la malade ne dit plus:-rien, mais cependant les idées doivent persister; elle a des réveils en sursauts avec sensations de craintes, de courtes périodes d'inquiétude. Par moments, elle disait : «Il y a derrière la porte des gens qui veulent me martyriser, » maiselle n’entendail pas de voix; elle avait seulement des sensations de présence.
Puis les idées réapparaissent d’une façon continue : (ristesse, idées d'influence; en résumé, malgré des périodes de calme, les idées n’ont jamais cessé depuis six ans.
Elle à fait un voyage à Lourdes, il y a 3 ans à peu près. Le même étal a continué.
Récemment, elle a dit à sa mère : « Si tu ne veux pas L'occuper de cela, je trouverai bien le moyen de le faire cesser; j'irai à la police porter plainte ».
Elle se plaint qu’on lui fasse faire des actes qu'elle ne voudrait pas faire, mais sa mère n’a rien vu dans ce sens.
Comme ouvrière, elle travaille à la perfection, absolument comme auparavant; elle fait la cuisine, le ménage.
Pas de tics, pas d’habitudes, pas de marmottements.
Règles peu abondantes, régulières.
Mange bien, ne s’est jamais plainte d’empoisonnement alimentaire, ni d'électrisation.
Elle s’est plainte uniquement d’être influencée.
EXAMEN LE 28 Mai 1913.
La malade raconte qu’elle est influencée depuis très longtemps. Au début, elle a été influencée par un évangéliste, ami de sa famille. Elle allait régulièrement à des conférences qu'il donnait et elle s'est aperçue qu'il l'aimait. Il agissait sur elle. « La première fois que j'ai ressenti l'effet du magnétisme, ce fut après sa visite terminée. Lorsqu'il allait se retirer, il avait l'habitude de faire la prière; cela me semblait fort drôle, mais j'écoutais respectueusement. Ce jour-là, il me dit : « Faites la prière, je vous écoute. » Je me mis à rire et à refuser, disant que cela n’entrait pas dans mes habitudes de prier en quittant ceux qui voulaient bien nous visiter. I1 me dit : « Priez ». Je lui répondis : non. Il me dit : « J'attends ». Je trouvais cela ridicule. Je me mis à rire; il ne s’en allait pas et attendait toujours. Je continuais à rire d’un rire nerveux qui me faisait mal. Enfin je ressentis comme une pesanteur sur les épaules ; je baissais la tête sans pouvoir la relever. Cette pesanteur devenait toujours plus forte et me força à m'agenouiller près de lui, et je commençai ma prière ».
Cette première influence ne semble pas avoir duré très longtemps, et c'est il y a cinq ou six ans que les troubles ont recommencé. Pourtant avant la deuxième phase, elle était toujours neurasthénique.
Il y a 6 ans un cordonnier est venu s'installer en face de chez elle.
— Qu'est-il arrivé?
— Il agissait sur moi, el quand il le voulait, il me forçait à me mettre à genoux-et même à me donner des gifles.
— Il n’était pas de mèche avec le premier?
— Oh non.
— Quelles raisons avait-il d'agir ainsi?
— Aucune.
— Pourquoi celui-là est-il devenu votre bête noire?
— Ce n’est pas parce que je l’aimais, car il était très laid et il me déplaisait.
— Vous lui avez parlé?
— Oui, en lui portant un jour un ressemelage à faire.
— Quand vous le rencontrez dans la rue, quelle était son attitude ?
— ]l était très naturel; c'était plutôt moi qui ne l’élais pas.
— Vous parle-t-11?
— Oui, j'entends une voix intérieure. Cette personne doit me parler par la pensée, et je réponds par la pensée. Il me cause mentalement.
— Cette voix a-t-elle un son, frappe-t-elle vos oreilles”?
— Non.
— C'est ainsi depuis six ans”?
— Oui, avant je n'entendaisrien du tout. On me faisait faire ce que Je ne voulais pas. Les voix me troublaient tellement que maman a déménagé.
— Pourquoi dites-vous que la voix venait d’en face?
— Parce qu’en face habitait celte personne. J'ai voulu voyager; je suis allée à Lourdes, mais je l’entendais encore.
— Dans ces derniers temps, vous avez dil que vous iriez vous plaindre?
— Oui, je pense qu'il y a assez longtemps que cela dure; je dirai cela au commissaire de police.
— Qu'est-ce qu'il aurait pu faire?
— Mais me délivrer. Est-ce que l'on a le droit de faire souffrir les gens ainsi. Il agit sur moi par la magie.
— Qu'appelez vous la magie?
:— Je voyais de temps en temps un visage comme un reflet dans le vide et je disais : non je ne veux pas le voir, On m'envoie des visions la huit. Pendant une deces nuits, tout d’un coup je vis se dresser devant moi une grande croix de bois brun sur laquelle se trouvait crucifié un homme jeune sans vêtement, tout au moins il en avait si peu; le torse était
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entouré d'une étoffe qui me paraissait des plus précieuses tant par sa finesse que par l'éclat de sa blancheur. L'on aurail dit de ces longs voiles que l'Orient produit et que l'on peut passer facilement dans une bague. Ilétait blond, il avaitle corps d’un homme jeune, il représentaitle Christ crucifié. Je ne dormais pas; je me dis : l'on me fait de la magie. C’est bien réussi. Du reste, les clous qui retiennent ses pieds et ses mains n'y son! pas. Son côté n'est pas percé. L'on se joue de moi. Mais, à ce moment, Je vis aux mains et aux pieds apparaître les clous. Je regardais le côté; je le vis percé. Il me vint l'idée que la croix s’étendait sur le monde, sur la terre toute entière, aussi bien dans sa profondeur, que dans son immen- .sité. Je vis le pied de la croix s’enfoncer dans les profondeurs de la terre. Je reportais mon regard aux bras de la croix ; le même phénomène se reproduisit ainsi qu'en haut. Cela me frappa sans me faire peur. Je dis alors d’une voix tremblotante « Mon Dieu, si je ne suis pas le jouet des hommes, sauvez-moi. Faites-moi connaître l'avenir ». L'on me répondit, et la voix était formidable, — elle venait du dehors — : « I]ne sera fait que de souffrance, de résignation et d’abnégation »; je me rejetais sur mon oreiller et fermais les yeux. La vision disparut.
J'ai eu également une autre vision. Quelques années après au sortir du patronage. J'étais mécontente d'une religieuse, je m'en allai en disant en moi-même que je n'y reviendrais plus jamais. Comme je sortais, je vis à côté de moi la religieuse que je venais de quitter. Elle était en cornelte blanche robe bleue. Son visage avait de l'expression. Sa carnalion était naturelle; seulement ses yeux me foudroyaient, en me regardant. Elle ne parla pas, la vision s'évanouit.
— Voyez-vous quelquefois l’homme dont vous avez peur?
— Oui, je vois assez souvent en vision l’homme dont j'ai peur en ce moment. Il essaie de se montrer à moi de diverses façons, ou en prenant l'air à sa fenêtre, ou étendu sur mon corps lorsque je suis couchée. Je le devine, cela me gêne. Il
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essaie de se découvrir à moi, ce qui me fait souffrir et il essaie de me faire ressentir des choses auxquelles je ne dois pas penser. Il me parle, il me dit qu'il m'aime, que je dois devenir sa femme ou qu'il me tuera.
— Vous fait-il faire des choses que vous ne voulez pas faire?
— Oui, il me force à obéir; je ne suis pas maîtresse de moi-même. Poussé par cette volonté, je puis tout faire, même le crime, même me détruire si c’est sa volonté. Il à déjà essayé. J’obéis à tout, c'est irrésistible ; il me domine malgré ma révolte constante. La nuit, il veut me faire faire des choses honteuses; il m'en menace si je ne dis pas comme lui.
Avez-vous des sensations particulières ?
— Oui, dernièrement il m'a semblé que l'on me ravageait le ventre avec la main.
— Pourquoi fait-il cela?
— Pour se moquer de moi, je ne sais pas.
— A-til de l'influence sur votre pensée?
— Je vais vous dire; quand je veux dire : ce feuillage est vert,s'il ne veut pas, il me dit une autre couleur, noire ou bleue, et alors je répète sa phrase.
— Vous force-t-il à dire des choses que vous ne pouvez pas?
— Oui, si c'est sa volonté.
ExAMEN LE 7 JUIN 1913.
La malade raconte qu'elle bavarde encore toute la journée avec la voix.
La voix parle, elle répond. Elle pense que c’est toujours le même Influenceur.
Les voix la font obéir; elles sont en dedans.
EXAMEN LE 9 Juizcer 1913.
Même état. On cherche à faire préciser à la malade le caractère des voix qu'elle entend.
— Entendez-vous les voix, la nuit?
— La nuit, quand je me réveille, j'entends les voix et cela m'empêche de dormir.
— Que disent-elles ?
— Elles parlent de tout, du passé, de ce qui m'ennuie.
— Entendez-vous résonner la voix?
— C'est en dedans.
— L'avez-vous toujours entendue de la même façon ?
— Au début, elle était plus violente et plus forte. Mais je l’entendais en dedans. C’étaient des insultes d'abord brèves, violentes.
— Vous causez avec la voix?
— Oui, c'est une conversation qui ne finit jamais.
— Est-ce que les deux voix, la vôtre et celle qui vous parle, ont les mêmes caractères?
— La voix que j'entends à un autre caractère je la reconnais ; si elle changeait, Je dirais que ce n’est plus la même personne.
— Vous ne croyez pas que c'est vous qui faites les demandes et les réponses?
— Maman me le dit; je pense parfois qu'elle a raison. Je pense aussi qu’elle doit avoir tort, car j'ai essayé de ne pas répondre et je n’ai pas pu : on m'y forçait. Il y a des fois où je voudrais parler et où on m'en empêche; je sais ce que je veux dire et je ne peux pas l’exprimer.
— Comment agit-on sur vous?
— Si je veux faire quelque chose, me promener dans certains endroits à moi choisis, si cela déplaît, lon m'en empêche, ou l'on me laissera partir, puis én route, l'on me forcera à rebrousser chemin et à me rendre ailleurs, que je veuille ou non. L'on m'empêchera de regarder le monde en face, surtout si c’est un homme, même ici. L'on me rendra ridicule, l’on m'empêchera de parler quand on m'interroge. Si je désobéis, l’on me forcera à m'exprimer de travers et à passer pour une idiote, et cela depuis de longues années; j'en suis arrivée à fuir les hommes etles femmes, à ne plus oser parler, regarder; en un mot, à ne plus vivre. Cela me fait peur. J’aimerais mieux ne‘pas exister, j'ai peur de faire le mal.
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— Avez-vous essayé de vous faire du mal?
— Oui, j'ai été jusqu'à boire de la teinture d’iode, j'en ai bu deux fois, mais l'homme m'a fait serrer la gorge, cracher ; j'en ai été quitte pour avoir la bouche brûlée.
— Avez-vous jamais eu des relations avec le cordonnier?
__ Non; il me dit quelquefois : je vous ai connu, je vous garde. Mais cela veut dire que je lui ai appartenu par l'espri.
— Causiez-vous quelquefois avec lui seulement?
— Non, mais par la pensée. Un jour que je venais de me disputer par la pensée avec lui, je me suis mis à la fenêtre, je le regardais, sachant que c'était cet homme qui me parlail; je Je poussais à bout, je l'insullais, je le bravais.
Iltravaillait près de sa fenêtre. Il me disait en pensée que je lui faisais perdre la tête, qu'il ne viendrait pas à bout de faire son travail; je ne m'en occupais pas.
Il finit par me dire que je lui faisais beaucoup de peine, qu'il en pleurait. À ce moment, il se leva, alla à la cage de ses oiseaux, trempa son doigt dans la baignoire de ses oiseaux qui était remplie d'eau, fit en sorte qu'il en festa une goutte après son doigt, se le mit dans le coin de l'œil, me regarda; je lui dis par la pensée que ces larmes-là, je les appelais des larmes de crocodile. Il baissa la tête et reprit son travail.
EXxaAMEN LE 9 JuIN 1914.
La malade qui, depuis un an, développait le même système, a appris le 29 mai que le cordonnier, son influenceur, était morl. Elle a eu une crise de larmes à cette nouvelle, car elle se reprochail de l'avoir accusé à Lort, étant donné qu'il n'était peut-être pour rien dans les phénomènes morbides qu’elle ressentait. En effet, la mort datait du 25 mai; or le lendemain et les jours suivants, la voix parlait encore : donc ce ne pouvait être lui. Désorientée, la malade a abandonné presque son premier système; elle se demande si c’est elle qui est malade: ou bien si une autre personne ne l'influence pas. Car causant avec nous, elle entend la voix lui dire : « Je vous aime », etelle ne peut penser qu’elle se parle ainsi à elle-même. Aussi con-
à APR CURE
ünue-t-elle à se croire influencée, mais sans préciser encore la personne qui l'influence.
Observation II. — Marie C...
(Service de M. Séaras).
Marie C... brodeuse, âgée de 36 ans, vient consulter à l’hospice de la Salpétrière, le 24 décembre 1913.