‹ La Psychose d'InfluenceChapitre 36 sur 39 · EXAMEN LE 20 DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

EXAMEN LE 20 DÉCEMBRE

— Vous influence-t-on ici ?

— Oui, il me parle. Dans ce moment, il me donne plutôt de bons conseils. Il me dit de rester ici. Il va m'enlever mes mauvaises influences par la télégraphie sans fil.

— Vous avez toujours ces sensations dans votre corps ?

— Oui, mes névralgies, c'est de l'influence, j'en suis sûre.

— Pourquoi agit-il ainsi ?

— C’est pour mon bien qu'il a voulu m'influencer; j'avais beaucoup de défauts c’est pour m'en guérir.

La malade avoue qu'elle avait des habitudes d’onanisme, et que c’est probablement pour les lui faire perdre que le Dr V. l'a influencée. Elle lui est reconnaissante, mais elle pense cependant qu'il pourrait la laisser tranquille.

EXAMEN LE 24 Mars 1914.

— Comment allez-vous?

— Cela ne va pas mal. J'attends toujours la volonté deM. V.

— Quelle volonté ?

— I doit savoir ce qu'il a à faire; c’est lui qui m'a mis ici, vous le savez bien puisqu'il a téléphoné et qu'il vous a tout dit. Je voudrais savoir s’il va me faire sortir bientôt d'ici.

— Entendez-vous toujours causer ?

— Oui, Monsieur, toujours.

— Que vous dit-on?

— Cela s'en va au fur et à mesure; je ne me le rappelle pas.

— Qui vous parle?

— Il me semble; est-ce que cela vient de moi-même, je ne sais pas ; 1l faut que j'ai confiance en lui.

— Est-ce bien lui qui vous parle?

— Il ÿ en a plusieurs ; vous aussi vous me parlez. M. Séglas également.

— Qu'est-ce que je vous ai dit?

— Vous m'avez dit dimanche « que je n'avais pas confiance en lui ».

__— Comment l'avez-vous entendu ?

— Dans mon esprit, comme on parle toujours, C'est au moment où vous êtes entré dans le bureau où j'étais.

— Vous ai-je parlé comme je vous parle.

— Non, quand vous me parlez, c’est dans mon esprit. Je ne reconnais pas le son de votre voix.

— Quand il vous parle, sa voix est très différente de la mienne ?

— Maintenant, il ne me parle pas comme avant, je ne sais comment il s'y prend. :

— Entendez-vous une voix, comme une pensée ?

— C'est plutôt ma pensée, mais je ne peux pas vous expliquer.

— Agit-il sur vous?

— Oui.

— Vous fait-il du mal?

— Oui, mais je ne veux plus qu'on m'en parle.

— Avez-vous des visions?

— La nuil.

— Des rêves ou des visions?

— Des visions; des personnes d'ici qui passent devant mes yeux, Je vous vois, Vous passez.

— Dormez-vous?

— Non, je suiséveillé ?

— Vous donne-t-il des ordres ?

— Plus maintenant. Dans les premiers temps, il me disait. Va à l'atelier ». J'y allais. « Reste à l'infirmerie ». J’y restais.

— Pourquoi vous a-t-1l mise ici?

— Il m'a mise ici parce que j'élais désobéissante.

— Vousaime-t-1l?

— Tout cela n'est possible que s’il y à de l'amour dedans.

ExAMEX LE 15 Mar 1914.

La malade est toujours dans le même état; elle réclame sa sorlie car elle pense qu'elle ne guérira que si elle va revoir le D° V...; mais elle dit aussi que s’il est seul elle en finira avec la vie. La psychose évolue jusqu'ici chroniquement sans rémission.

En résumé : Malade âgée de 24 ans, qui présente les symplômes du délire d'influence, et chez laquelle une débilité mentale très nelle à aidé l'organisation très rapide d’un système délirant.

Observation IV. — Mme M...

(Service de M. Séccas).

M... femme M... âgée de 36 ans est entrée le 10 mai 1913 à l’hospice de la Salpétrière, dans le service de M. Séglas.

Certificat à l'entrée. — Délire d'influence et de domination, entend des voix qui lui commandent certains actes ; se sent arrêlée ou enlrainée par une influence étrangère.

Antécédents héréditaires. — Mère morte à 56 ans d’une embolie. Père vivant.

Antécédents personnels. — À eu dans sa jeunesse une chorée. Caractère doux, très intelligente, à été mariée à 20 ans, pas d'enfants.

Histoire de la maladie (renseignements fournis par le mari. — La malade a eu en avril 1912 une grande peur. C'était l’époque des méfaits de la bande Bonnot (vols et attentats des. bandits automobilistes). Elle a eu une vision et a vu les bandits dans les maisons voisines. Elle a même élé chez le commissaire de police.

On l’a envoyée à Strasbourg dans sa famille. Elle a eu une rechute d'une pleurésie qu'elle avait eue én janvier; elle est restée à l'hôpital de Strasbourg jusque vers le 28 juillet, et est revenue après à Paris.

A Strasbourg, elle a eu à un moment du délire : elle avait vu les mêmes bandits; mais elle n’a pas entendu de voix. Les voix n'ont commencé à se faire entendre qu'à son retour à Paris.

Le mari s'est rendu compte par l'attitude de sa femme qu'elle avait l’air de téléphoner. Cependant jamais la malade n'a demandé à son mari s'il entendait.

En revenant de Strasbourg, elle a travaillé. Elle semble surtout surexcitée au moment de ses périodes menstruelles. Elle a fail une lentalive de suicide le 25 février 1913.

EXAMEN LE 13 mars 1913.

La malade n'avait entendu aucune voix jusqu'au moment où ellé a été internée à l'hôpital de Strasbourg. Là, elle a entendu pour la première fois quelques paroles, mais pas à l'état de veille complète. Elle entendait à ce moment une sorte de bruissement eonlinu, quelque chose qui tourbillonnait autour de sa Lète, lorsqu'elle était presque endormie.

Les voix ne se sont manifeslées régulièrement qu’à son retour à Paris. La première fois qu'elle a entendu causer, elle a cruque c'élait une voix, et sans hésilalion, elle a été chercher

au grenier. Ces voix ont bien tous les caractères des voix naturelles; mais la malade se rend compte qu'elles ne lui arrivent pas exactement, commesi elles étaient proférées par une personne située à portée de voix normale. Elle ne sait absolument pas quel est l’auteur de ces voix et des sensations qu'on lui impose. Elle voit bien que ce n’est pas elle qui cause, bien que « cela cause, comme si c'était moi qui pensais et parlais en même temps. Cela ressemble à ma parole; ce n’est pas moi, car il me semble que j'allais penser à autre chose ».

On lui parle aussi dans l'intérieur; au commencement cela criait fort; elle a quelquefois l'impression qu'on lui parle dans sa poitrine. Pour se rendre compte s’il n’y avait qu'une voix alors qu'il lui semblait entendre plusieurs voix, deux d'hommes et une de femme : « Parlez donc une fois ensemble pour que je voie si vous êtes plusieurs ». Jamais les voix se l'ont fait. Elle en arrive donc à penser que c'est un seul personnage qui fait toutes les voix. A plusieurs reprises, la voix a essayé de lui faire croire qu'elle venait de la personne même avec qui causalt à ce moment la malade.

La malade a de très nombreuses hallucinations, de la sensibilité générale, et en particulier de très nombreuses sensations voluptueuses provoquées par le persécuteur. Une fois même, elle a eu des sensations de rapprochement presque complet avec intromission partielle. D'ailleurs la voix lui dit : «Je suis ton mari mystique, je t'ai aimée par le moyen de ton mari ».

Elle a des visions voluptueuses.

Mme M... reconnait qu’elle serait volontiers portée à s'abandonner à l'influence du persécuteur, car les entretiens qu'elle a avec lui ne lui sont pas en réalité désagréables. Pourtant, à cerlains moments, la continuité de son action sur elle la met dans un état d'exaspération qui la pousse au suicide.

EXAMEN LE 22 mars 1913.

« Je vais mieux, on ne me reparle plus, je rêve beaucoup, cela n’a pas de sens. J'étais dans les champs; j'ai vu un mous-

quetaire mais je me rends compte que ce sont des rêves. On me cause toujours; je sais bien que ce n'est pas moi qui cause, bien que ça cause comme si c'était moi qui pensais et qui parlais en même temps. Cela ressemble à ma parole. Autrefois je croyais que €’élait moi; maintenant je ne le crois plus. À des moments, on cause comme si c'était moi.

Je suis sûre que ce n’esl pas moi et je m'en rends bien compte en effet. La première fois que l’on a causé j'ai cru que c'était une voix. J'ai cherché au grenier. A la longue, je me suis demandé si ce n'était pas moi ; il me semblait que celte voix prenait l'intonation de ma voix. Elle a pris aussi l'intonaion de la vôtre et aussi de celle de ma sœur. Celle que je reconnais le mieux, c’est celle de ma sœur. Quand on imite la mienne, je ne la reconnais pas; on est obligé de me le dire. Je sais que ce n'est pas moi qui cause, et si je ferme la bouche, ça me sort par le nez, On m'annonce des piqûres et je les sens de suite.

On m'a fait voir des tableaux et je me rends bien compte que ce sont des tableaux. On me fait voir des malades comme des squelettes.

On me parle dans l’intérieur; j'ai l'impression qu'on me cause dans la poitrine, mais je n’entends rien. On me dit en ce moment en dedans : « Ça va mieux; c’est pour cela que je suis en colère contre Loi. »

Le 22 mar 1913.

J'entends toujours, mais ça me fait moins peur; de même les visions. Mais je fais des mouvements que je ne voudrais

pas faire (tourner la tête, remuer ies jambes).

Ca cause en moi et ça fait comme si c'était moi qui répondais. Ma langue ne marche pas. Elle a marché autrefois, mais elle parlait et chantait malgré moi. La voix dit quelquefois : « Ah! c'est moi tout à fait; toi tu ne vis plus. » Ce n’est pas possible : si j'étais morte, on ne pourrait pas penser avec mon cerveau. Il y a des fois où il me semble que ce n’est plus moi qui régarde.

La malade quitte l'hôpital le 29 mai 1913,

Certificat à la sortie. — N'est pas guérie, mais est plus calme et dans un état de rémission qui peut permettre de le rendre à son mari qui demande à la reprendre. D' SÉGLas.

La malade rentre de nouveau à l’hôpital le 19 juillet 1913.

Le 20 sucer 1918.

« Mon supplice est permanent, nuit et jour. Je ne peux vaquer aux occupations que comporte un ménage, avec celte voix qui ne me laisse ni trève ni repos, et à laquelle on ajoute le supplice de mouvements contrariants à mon corps. Ainsi, par exemple, si je m'occupe de ma vaisselle, que jessuie une assiette, je sens mes doigts s'allonger l’un à côté de l'autre, mon pouce se lève imperceptiblement, mais insuffisamment pour faire tomber l'assiette, mais immédiatement je sais que l’on veut me jouer ce tour-là et j'oblige mes mains à ne pas laisser choir mon objet. Quand je fais mon lit, on me le fait faire comme en colère, j'ai des mouvements fébriles, je tremble sur mes jambes, j'ai des bouffées de chaleur, toute ma figure se pâme (et c’est visible dans la glace), et pendant ce temps, on me dit : « Je l'envoie du fluide ; je suis en train de remonter mes mécaniques », et c'est tous les jours : comme cela. Si je balaie ma chambre, on me fera cogner mon balai dans les soins. Si je me mets en colère, on le fait faire plus fort, el moi qui crois diriger mon balai comme je l’entends, je suis obligée, de m'apercevoir que mon balai frappe un, deux, trois ou quatre petits coups le long du mur, malgré ma volonté. »

La malade ne précise pas quels sont ses influenceurs. Elle le cherche vainement, elle n’en sait rien. Elle fait mille hypothèses. Elle a accusé d'abord les anarchistes. Plus tard, elle se rappelle qu’elle a vu autrefois au cirque dés liseurs de pensée, :ce pourrait être eux. Quoi qu'il en soit, ils sont continuellement avec elle.

« Avec eux, je me débrouille, j'ai beau me disputer à voix haute, par la pensée. Je suis le leur, et nous nous disons dans

la tête autre chose que ce que nous disons tout haut, Il y a des jours où ils me disent que je ne leur lis pas les pensées, qu'ils les pensent en moi, ceci pour me troubler, pour que je ne me crois pas moi-même, mais là-dessus je suis fixée, je n'ai plus peur. Ainsi, ce matin, le cerveau me faisait mal. Alors je suis tout simplement un peu lente, et il m'arrive de dire tout haut ce que je sais qu'ils ont pensé, mais tout de suite je sens qu'ils vont me dire, et « ça, l'as-tu pensé ou l’ai-je pensé en toi » ; tout de suite avant qu'ils ne me le disent je leur réponds : ça prouve que j'ai lu leur pensée ou du moins que je l'ai sentie.

D'autres fois, en plein dans une phrase, je vais bifurquer, car j'ai vu leur pensée.

Ainsi ce matin, par exemple, comme ils me disaient encore au sujet d’une phrase que j'avais exprimée à haute voix « et ça », tout de suite je leur ai coupé la pensée, et je dis : il n’y a pas trente-six façons de, et je voulais dire de s’exprimer en bon français, mais ça je l’avais simplement pensé et J'ai bifurqué et j'ai dit : Waterloo, parce que j'avais senti qu'ils avaient pensé cela au milieu de la phrase. Cette lutte par la pensée et pour la pensée est épique ».

La malade a des visions fréquentes, car c’est par les yeux qu'ils exercent surtout leur influence.

« C'était un soir à la lampe je lisais ; un moment, j'ai senti de la fatigue, j'ai fermé les yeux, et comme toujours j'ai vu toutes sortes de choses, entre autres un intérieur dont je n'ai vu qu’un coin. Dans ce coin, il y avait un fauteuil, et dans ce fauteuil une femme. Cette femme avait une pose un peu théâtrale, la poitrine très en avant; sur son front, une bandelette d'or. Il me semblait qu'elle était très près dune table et qu'à cette table il y avait deux hommes que je ne voyais pas. J’ai vu ensuite un jeune homme se lever de l'endroit où je supposais qu'il y en avait un. J’ai clairement vu son trouble.

Il avait une cigarette entre les doigts et 1l est venu se pencher sür la femme, et il l'a embrassée sur la bouche. J'ai vive-

Tire

ment ouvert les yeux, car je sentais que l’on commençait à me faire sentir quelque chose aux parties sexuelles. J'ai continué à lire, car à ce moment-là, je croyais que tout ce que je voyais était du cinéma. Aujourd’hui, je vois ce que j'ai vu est. réel ».

La malade sort de nouveau de l'hôpital, revient de temps en temps, et son état n’est pas amélioré. Elle est toujours à la recherche de ses influences.

Observation V. — Mme P..….

Délire d'influence télépathique. (Société de Psychiatrie, séance du 20 octobre 1910). Publié dans le journal l'Encéphale n° 11, novembre 1910, par MM. Gasron MaïrrarD et Lévy-DARRAS.

La malade, Mme P..., se croit en communication télépathique avec un évêque protestant, son compatriote (Nouvelle-Zélande).

Cette conception dont la toute première origine semble avoir élé un penchant sentimental, s’est développée, fortifiée et amplifiée par le moyen de très nombreuses interprétations délirantes et par certains troubles d'apparence hallucinatoire dont nous aurons à discuter la véritable nature.

Mme P..., âgée actuellement de cinquante ans, appartient à une famille aisée, dans laquelle ou ne trouve pas d’antécédents neuro ni psychopathiques. Elle a sept frères et sœurs, tous bien portants; sa mère a 82 ans, son père est mort à 83 ans, il y a quatre ans; étant venu s’intaller comme colon en Nouvelle-Zélande, il créa un certain nombre d'affaires importantes el arriva à une situation en vue. Il avait des goûts littéraires (il publia vers la fin de sa vie un livre dans lequel il racontait sa jeunesse et ses débuts) que l’on retrouve chez Mme P...; il s'était occupé de sa formation intellec-

tuelle et, quand elle eut 18 ans, il lui donna des livres de philosophie.

Mme P..., d'origine protestante, n’étail pas croyante. Elle

-allait pourtant parfois au lemple, mais seulement pour entendre la musique et ne prenail aucune part aux offices religieux. « Je ne reste, dit-elle, pour écouter le discours que lorsque M. D... parle. (M. D... est cet évêque protestant qui l'influence actuellement par lélépathie). Il est très bien instruil, bon écrivain, la construction de ses phrases me plaît comme la musique; il n’est pas orateur, mais sa voix est agréable, et ses arguments étaient raisonnables. » Elle connaissait D... depuis 15 ou 20 ans; elle lui parlait quelquefois quand elle allait au temple; mais on ne peut pousser plus à fond l’interrogatoire sur les sentiments de Mme P... vis-à-vis de M. D..., car elle s’oppose avec énergie à cette investigation. Ses réticences et son refus de répondre à certaines questions sont une preuve évidente de l’attraction sentimentale que M. D... exerçait sur elle.

Les premières interprétations délirantes ont débuté il y a sept ans. A cette époque, elle commence à se croire remarquée par M. D... Elle voit bien qu'il la regarde pendant les offices, et cela parce qu'elle ne prend pas part aux prières; il s'occupe d'elle, il la surveille. Le rencontrant assez souvent dans ses promenades, elle est convaincue que ces rencontres sont préméditées et qu'il a, par conséquent, la possibilité de connaître le chemin qu’elle doit prendre. Après avoir fait différentes suppositions sur les moyens employés par M. De elle en vient à cette conclusion que celui-ci emploie la télépathie. L'idée de télépathie lui est suggérée par un roman (Vie de Laurence Oliphant), dans lequel elle retrouve sa propre histoire.

A partir de ce moment, la conviction de l'influence télépathique ne fait que se confirmer par des interprétations continuelles. Elle interprète tout ce qui se passe en elle et en dehors d'elle : ses pensées, ses sentiments, ses rêves, ses

malaises sont des phénomènes télépathiques dans lesquels elle voit souvent une révélation d'événements se produisant ailleurs, au. même moment, ou une prédiction de l'avenir. Elle interprète les articles qu'elle lit dans les journaux en y trouvant des confirmations de ces révélations. Voici quelques exemples d'interprétations :

Pendant un rêve, elle a vu un grand espace où se trouvent des animaux de différentes espèces; deux mois après, elle lit dans le Times la description d’un jardin zoologique dans lequel elle reconnait son rêve et elle en conclut à un phénomène télépathique.

Sur le paquebot qui la conduisait en Europe, il s’est passé un fait qui l’a beaucoup frappée. Elle avait laissé dans son pays une de ses cousines enceinte. Un matin, le 5 mai 1909, au moment précis où elle s'éveillait, elle a vu dans la cabine du navire une grande quantité de fleurs; elle a pensé immédiatement à un deuil et, voulant chasser cette idée, elle essayait de penser que toute sa famille était en bonne santé. Or, quelque temps après avoir débarqué à Rome, elle lit dans un journal local venu de [a Nouvelle Zélande que le 7 mai, sa sœur avait mis au monde deux jumeaux et que ceuxci étaient morts quelques heures après. Et plus tard, on lui aurait confirmé par lettre que cet événément s'était passé le 5 mai et non le 7, comme le disait le journal, par conséquent le jour de sa vision de fleurs.

Une autre fois, étant encore à Rome, elle voit en rêve le naufrage d'un navire englouti par une trombe d’eau ; un peu plus tard, à Londres, elle lit dans un journal le récit d’un naufrage analogue, et quoiqu'elle n’ait pu savoir si les dates coïncident, elle reconnait le spectacle qu'elle à eu en rêve. Elle donne l'explication suivante : M. D... écrit parfois dans les journaux, il écrivait sans doute la relation de ce naufrage au moment même où elle a eu, par télépathie, cette vision en rêve.

Il est vrai que, quelquefois, les événements dont elle a

ainsi la connaissance ne se sont pas réalisés où bien elle n'a pu en avoir la confirmation, mais les coïncidences ou les analogies plus où moins exactes, telles que celles que nous venons de relater, lui semblent des preuves irréfutables.

En ce qui concerne les sentiments, qu’elle éprouve, il se passe des faits télépathiques tout à fait semblables, Par exemple, étant à Londres, il lui semble, à un certain moment, le 22 septembre 1909, qu'elle est dans l’état d'esprit d'une personne qui vient d'arriver en pays étranger el à qui tout paraît nouveau. Ce ne peut être elle-même qui éprouve ce sentiment puisqu'elle est dans la ville depuis un certain temps. Elle en conclut que M. D... vient d'arriver à Londres et que, par télépathie, c'est le sentiment de M. D... qu’elle ressent ellemême. Les journaux de son pays lui apprennent que M. D... est en vacances et se dispose à voyager; elle trouve dans ce fait une confirmation de son interprétation.

Lui arrive-t-1l d’avoir de la fièvre, un torticolis, etc., c’est une conséquence de l'influence télépathique de M. D... Si les personnes avec lesquelles elle se trouve se plaignent de mal de tête : influence télépathique ; si elles ont trop chaud : encore influence télépathique. Dans ce dernier groupe de faits, elle ne sait pas exactement si c’est sa propre influence qui se transmet à son entourage d’une façon en quelque sorte spontanée, ou si c’est M. D... qui, par l'intermédiaire de son subconscient, agit sur les personnes qui l'entourent.

Tels sont les principaux types des interprétations très nombreuses que l’on relève.

Mais, avons-nous dit, Mme P... présente aussi des phénomènes hallucinatoires. Elle paraît même, tout d’abord, présenter de nombreuses hallucinations des diverses sensibilités. Étudions donc maintenant ces hallucinations.

Mme P... nous parle de visions. Les visions se présentent de trois facons différentes. Les unes sont des rêves ordinaires mais auxquels elle attache de l'importance, parce qu'elle y voit: un phénomène télépathique; d’autres sont des phéno-

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mènes hypnagogiques (par exemple, la vision des fleurs). Elle est très précise dans leur description : « Ce sont des images qui se présentent au moment où je commence à m'éveiller, exactement entre le moment où l'on dort et le moment où l'on prend conscience de ce qui vous entoure. » Ce sont ces deux sortes de visions qui sont de beaucoup les plus fréquentes. Pourtant, mais irès rarement, elle a eu des visions, étant complètement éveillée. Elle n'en a présenté que deux bien nettes. L'une s'est passée un matin : elle pensait avec insistance à M. D... depuis un moment, quand tout à coup elle l'a vu nettement dans sa chambre à lui, il s’habillait, et la vision a disparu brusquement presque aussitôt. Elle fut très désagréablement impressionnée, même très choquée, que son subconscient se soit ainsi trouvé transporté dans la chambre, de M. D... Cette vision, qu’elle ne nous a avouée qu'après quelques réticences, semble avoir été la représentation d’une idée qu’elle repoussait fortement. :

La seconde vision, au contraire, fut voulue; pendant toute une soirée, elle concentra son attention sur M. D..., et elle désirait que son subconscient se transportât chez lui; tout d'un coup, elle le vit devant elle; il était dans son cabinet de travail, assis ; elle le vit avec la plus grande netteté etétendit la main pour le toucher; il fit un grand geste de bras comme pour la repousser et la vision disparut, mais parce qu'ellemême le voulut à ce moment. « Ces visions sont très différentes, précise-t-elle, des images que l’on se présente mentalement. Quand on pense, c’est un spectacle qui se continue. Au contraire, ces visions, c’est comme lorsqu'une porte s'ouvre tout d’un Coup : alors on voit brusquement ce qui était dans l’autre pièce, et cela disparaît comme quand la porte se referme. » ï

Ces phénomènes visuels paraissent présenter les plus grandes analogies avec les hallucinations mystiques. Ce sont des tableaux qui paraissent rapidement et disparaissent de même, qui sont l’extériorisation évidente des préoccupations

du sujet, et qui semblent trouver leur force d’extériorisation, soit dans le fait que le sujet se complaît à leur spectacle ou, au, contraire, ce qui, au fond, revient au même, qu'il les repousse avec indignation. Les deux visions précédentes mises à part, Mme P... n’en a présenté que fort rarement d’autres à l’état de veille et elles étaient alors peu nettes, floues, « moins solides », suivant son expression.

Au point de vue auditif, elle a ce qu’elle appelle des messages. Voici comment ces messages apparaissent : elle sent une sorte de vibration qui envahit sa têle « comme si la pensée essayait de se frayer son chemin » et, brusquement, elle entend mentalement des mots. Ces mots sont distinctement prononcés dans sa tête : le plus souvent, elle reconnaît bien la voix de M. D... et elle s'entend, toujours mentale: ment, elle-même lui répondre. Ce sont de simples mots ou des phrases très courtes comme : « Jeudi, huit heures, évangélique » ou : « Son père connaît-il? » à quoi elle répond : « Non. » Cette interrogation fait allusion à un fait sur lequel elle refuse de s'expliquer. En dehors de ces messages, elle a fréquemment des pensées qu'elle reconnaît lui être étrangères. Jamais elle n'entend de voix extérieures,

Ces hallucinations auditives nous paraissent analogues aux hallucinations visuelles dont nous venons de parler; elles ont les caractères des hallucinations dites psychiques, telles qu'on peut également les retrouver chez les mélancoliques et les obsédés.

Elle dit aussi qu'il lui est arrivé parfois de sentir par télépathie des odeurs alors que, dans la pièce où elle se trouvait, rien ne pouvait lui procurer ces sensations olfactives : en particulier des odeurs de tabac ou de géranium. Elle fait entre ces odeurs d'une part, et les, visions et les messages d'autre part, la distinction suivante qui en précise assez bien la symptomatologie : « Les choses que je vois et entends, Je le fais, avec ma tête, non pas avec mes yeux ou mes oreilles ; je les’ verrais également dans une cave toute noire et je les

entendrais même si j'étais sourde. Les choses que j'ai senties je les ai senties avec mon nez naturel. » Nous croyons qu'on peut rester dans le doute sur le caractère réellement hallucinatoire de ces sensations olfactives ; il ne s’est peut-être agi que d'illusions ou d'interprétations.

Nous croyons sage de faire la même réserve au sujet des hallucinations cutanées ou de la sensibilité générale qu'elle aurait pu présenter. C'est ainsi qu'un jour, dans sa chambre, elle a senti un mouvement d'air, comme lorsque quelqu'un se déplace rapidement, et elle a senti que M. D... lui touchait le” bras. Ce phénomène fut la première révélation sensorielle de l'influence télépathique. Il s’est produit à une époque où sa mère étail très malade; Mme P.,.. à ce moment, était inquiète, faliguée, vraisemblablement plus impressionnable, par conséquent dans des conditions favorables, dit-elle, pour être influencée par télépathie; et elle pense qu'à ce moment, en raison de la sympathie maladie de sa mère, la sympathie de M. D... devait être plus vive. Ces raisons expliqueraient ce premier phénomène télépathique réellement sensible; il s’est produit au cours d’une soirée pendant laquelle elle avait constamment pensé à M. D...

De même, elle ressent parfois des vibrations dans la tête, des sensations particulières qu'elle ne peut préciser, de la lourdeur des bras, etc. De même encore, elle se plaint de troubles qui pourraient être rangés dans les hallucinations psycho-motrices, mais que nous croyons devoir rapprocher des phénomènes purement interprétatifs, lorsqu'elle dit par exemple que M. D... la fait parfois écrire malgré elle : elle s’en aperçoit à des mots qu'elle n’a pas l'habitude d'employer.

Tous ces différents phénomènes se relient par un délire étroitement systématisé.

Au début, M. D... s’est occupé d’elle pour la ramener, elle et sa famille, à la pratique de la religion protestante. Et, de fait, il a réussi à lui donner au moins des sentiments religieux : « Je crois dans la religion maintenant. Si cet homme peut être

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