AIT
près de moi, toujours écoutant mes pensées, Dieu peut certainement bien plus que lui. La connaissance de cette puissance me fait croire en Dieu et Jésus-Christ. » Puis il a conünué à s'occuper d'elle par amitié, et quand elle en parle elle dit souvent : « mon ami ».
Dans les premiers temps, celte surveillance continuelle que M. D... exerçait sur elle lui a été très pénible, et elle s’est demandé à ce moment si elle n’allait pas perdre la raison. Mais elle s’y est habituée; d’ailleurs, elle a toujours beaucoup estimé M. D... « Les deux premières années que je sentais cette présence sur moi ont été pour moi un effroyable supplice, non seulement d'avoir la présence d'un homme, ses yeux qui surveillaient tous mes mouvements, qui peut écouter chaque pensée, et sur ma tête suspendue toujours l’idée que Je perdrai la raison... » » Ce serait la plus grande tristesse de ma vie, maintenant que je suis accoutumée à sa présence, de la perdre, tellement je me sens aidée par sa puissance... » « Quand il me quitte, il me semble que je perds ma volonté, quaud il n’est pas avec moi tout va mal... » « Si cette puissance se retirait on resterait beaucoup plus sensible aux puissances mauvaises. » Il lit avec elle ses livres : « Quand je lis, c’est un grand plaisir, le livre a plus de sens pour moi, c’est comme si j'avais les sens d’une personne plus habile que moi. »
Il lui donne, ainsi que nous l'avons vu, des révélations de ce qui se passe à distance et même de l’avenir. C'est ainsi qu'elle a rêvé qu’elle aurait un petit neveu, lequel mourrait à huit mois; la prédiction ne s’est d’ailleurs réalisée qu'à moitié : le petit neveu est bien né, mais il a actuellement un an et il est en bonne santé, M. D... lui donne des conseils ou des ordres, mais ce ne sont que des choses raisonnables, sinon elle n'obéirait pas; il lui est d’ailleurs arrivé de résister et de ne pas faire ce que M. D... la poussait à faire, ou d'obéirseulement après avoir posé ses conditions. Sa volonté n’est donc pas annihilée par celle de M. D...; ce n'est que son subconscient qui lui est soumis, lorsqu'il l'endort par télépathie et
nl
c'est ainsi qu’elle explique ses visions. En effet, quand elle est hypnotisée par télépathie, M. D... peut envoyer son subconscient en divers endroits du monde.
Il lui arrive aussi parfois de sentir une autre influence qui cherche à lui faire penser qu'ellese trompe, que tous ces phénomènes sont des hallucinations et qui voudrait lempècher deles dévoiler. Cette influence est bien plus faible que celle de D... Cela est encore basé sur des interprétations ; par exemple, un des derniers jours, ayant eu un peu de fièvre, elle en conclut qu'une autre personne a dû chercher à l'influencer. De mème, lorsqu'elle était auprès de sa sœur aînée, elle sentait qu'elle entrait souvent en lélépathie avec elle, car il arrivait que toutes deux avaient chaud ou même étaient prises de sueurs au mème moment. Mais sa sœur lui disait qu'on ne peut pas comprendre ces choses el qu'il faut mieux ne pas s’en occuper.
Quelles sont les réactions de Mme P...? Quand, dans les premiers temps, elle a parlé de ces choses à M. D... ou quand elle lui a écrit, celui-ci a nié et a déclaré que c'était peut-être la présence de Dieu; il a dit à son beau-frère qu’elle était folle et il a menacé d’avertir les autorités, Ses parents, à l'exception de sa sœur aînée, lui disent que ce sont des hallucinalions. Aussi, elle a préféré fuir son pays, s'éloigner de M. D..., « puisque celui-ci ne veut pas avouer ».
« C'est mon idée que M. D... a exercé cette puissance en secret bien longtemps; mais jusqu'à moi, il n’a rencontré personne sympathisant assez avec lui pour sentir cette influence et en découvrir la source. Il me dit que sa société lui défenl de confesser sa puissance; c'est sans doute défendu par l'archevêque. »
Elle cherche, dans les différents pays où elle passe, à se meltre en rapports soit avec des médecins, soit avec des personnalités connues par leurs recherches sur les faits télépathiques, pour sé prêter à des expériences d'hynotisme pendant lesquelles son subconscient ferait peut-être des révélations qu’il serait ensuite possible de contrôler; elle prouverait ainsi
l'existence de la télépathie et démontrerait en même temps qu'elle n’a pas perdu la raison. Elle a dressé le plan détaillé de certaines questions importantes qu'il faudrait lui poser pendant l'hypnose.
« Je veux faire tout ce qui est possible pour démontrer la réalité de la télépathie, et de mon sain jugement. »
M. D... la suit dans ses déplacements parce qu’il croit qu’elle veut le trahir. Et c'est ainsi une poursuite à travers le monde. Par exemple quand, à Londres, Mme P... a eu la sensation que M. D... venait d’y arriver à son tour, elle fuit d’abord dans le nord de l'Angleterre, puis elle se dispose à passer en France. Et pour faire connaître à M. D... les raisons de sa fuite, elle écrit ce qui suit sur le carnet où elle relate ce qui lui arrive (en effet, M. D... lisant avec elle en prendra ainsi connaissance) : « Je partirai samedi prochain pour Bordeaux et y resterai jusqu'à ce que vous partiez pour la Nouvelle- Zélande. Vous me forcez de quitter la Nouvelle-Zélande et maintenant vous me forcez de quitter l'Angleterre. Je ne veux pas rester dans le même pays que vous, si vous ne confessez pas ce que vous faites. »
Elle arrive ainsi à Bordeaux, mais au bout de quelques jours, elle y ressent une double influence : c’est un rêve dans lequel on lui a parlé en français. Elle se voyait dans une pièce avec deux personnes, sans doute M. D..., et un Français qui la questionnait. Elle apprend d’ailleurs par les journaux de son pays que M. D... voyage dans le midi de France. Alors, elle quitte Bordeaux, va à Orléans, puis à Paris; elle va de nouveau se rendre à Londres.
Les théories télépathiques de Mme P... sont intéressantes, parce que leur développement montre bien le processus interprétatif extrêmement actif.
« Il n’est généralement pas connu que le pouvoir de no notisme puisse agir par télépathie sans contact d’aucune sorte entre l’hypnotiseur et la personne hypnotisée, Les conditions les plus favorables pour hypnotiser par télépathie se
trouvent dans une église au service du soir. Les lumières, la musique, l'attention concentrée et l'atmosphère psychologique de la foule sont des conditions exceplionnellement favorables. Télépathie, c'est vibration. Le rythme d'un air, vibrant en même temps que l’on concentre toutes les forces du cœur et de l'esprit sur quelqu'un avec qui on est en sympathie, produira la télépathie avec cette personne. » Puis, après des considérations psychologiques banales sur le conscient et sur le subconscient, elle reprend : « Comme le pouvoir s’acquiert par vibration, on se servira d’un air ayant une mesure bien marquée et simple; un air bien connu est le mieux. On le répètera d’une façon monotone pendant un certain temps et brusquement on l’interrompra par l’ordre que l’on veut: donner. Si c'est la loi du rythme qui explique le succès des missions et des fêtes religieuses auxquelles quélques cantiques sont chantés à haute voix, c’est qu'ils sont chantés plusieurs fois. C’est cette loi de la vibration rythmique qui a fait s’écrouler les murs de Jéricho ; les trompettes sonnaient continuellement le même air, alors est venu le grand cri qui a. interrompu le rythme et fait crouler les murailles, Ces murs, en effet, étaient formés de pierres d’inégale dimension et il est facile de comprendre que le pauvre ciment qui les unissait ne leur permettait pas de résister à des vibrations continues. Cette loi de vibration dans une foule qui marche ensemble donne un même esprit à tous. »
Il y a aussi des analogies avec la télégraphie sans fil. L'influence télépathique se transmet mieux dans les endroits découverts, par exemple, les navires en pleine mer, que dans un souterrain comme le métropolitain.
La distance est indifférente, et on peut très bien tenter l'expérience même d'Angleterre en Amérique. Mme P... est d'avis que la loi devrait interdire d’exercer la télépathie sans un diplôme, comme cela existe pour la médecine.
Elle a pu également entrer en télépathie avec les animaux. Ayant un jour un bébé dans les bras et se trouvant dans une
prairie où il y avait plusieurs animaux, elle caressait la tête d'un cheval, lorsque l’idée lui est venue que ce cheval pourrait mordre l'enfant. Comme elle se représentait mentalement avec émotion cette scène, elle a senti que le cheval avait compris sa pensée, grâce à l’image mentale qu'elle en avait eue; et le cheval a dû lui-même, à ce moment, communiquer par télépathie avec les autres animaux. Elle s'aperçoit, en effet, ce qui est pour elle une confirmation, que le cheval a remué la tête brusquement, et « que les autres animaux, chevaux et vaches, au lieu de manger et remuer comme à l'ordinaire, étaient absolument immobiles et ils nous regardaient, puis ils ont recommencé à manger l'herbe ».
« Je cherche une manière d'expliquer la télépathie que j'ai eue avec un cheval et je me souviens que j'ai vu autrefois un professeur de sciences montrer une plaque de verre recouverte d'une légère couche de sable fin bien uni; en posant sur le verre un diapason vibrant, le sable se remue et prend de petites formes comme le cristal, la glace, la neige. Il me semble que dans notre tête chacun de nous a une chose comme ce verre couvert de sable; les pensées sont les vibrations qui font les tableaux; dans l'air, il y a quelque chose de sensible qui transporte les vibrations de‘ même rythme. Quand un cerveau a l'habitude de vibrer aussi vite qu'il faut, vous pouvez subitement trouver dans l'air cette vibration qui vous met en rapport avec un autre cerveau, d’un animal ou d’un homme. Comme les animaux parlent de cette manière entre eux (par images mentales), la moindre excitation (l'émotion dans le cas précédent) peut vous mettre en rapport avec eux. Dans l’histoire sainte, l’âne parle de cette manière avec Baalam. Et quand Daniel a été mis dans la cage aux lions, je crois que c'est par cette puissance qu'il les a adoucis. Si jamais nous parvenions à parler avec les morts, c'est certainement par télépathie seulement que ce serait possible ».
Comme elle le dit elle-même, « elle cherche l'explication naturelle des choses et ne croit pas aux superstitions ».
Observation VI. — Mme D...
Paralysie générale ayant débuté par des hallucinations psychomotrices verbales obsédantes avec tendance au suicide, par MM. Borez et CeiLriEr.
Le malade D... que nous avons l'honneur de présenter, actuellement âgé de 43 ans, exerçant la profession de cocher, est entré à Bicètre le 25 avril 1912 à la suite d’une tentative de suicide par submersion.
Rien à signaler dans ses antécédents héréditaires.
Dans ses antécédents personnels, nous relevons des crises convulsives qui semblent de nature comiliale et qui ont duré de ? à 14 ans. Elles n’ont pas reparu depuis, malgré les excès alcooliques auxquels D... s’est livré de 17 à 40 ans. D... présentait d'ailleurs à son-entrée des symplômes d’'alcoolisme chronique (troubles digestifs, pituites matinales, langue saburrale, hyperesthésie cutanée et des masses musculaires, exagéralion des réflexes tendineux, léger tremblement des doigts. Au point de vue-psychique, D... aurait été jusqu'alors normal, n'aurait jamais présenté d'obsessions, de symptômes psychasthéniques, de tendance au suicide.
Le début des troubles psychiques remonte actuellement à 3 ans.
Le 12 mat 1911. — D... qui se trouvait sans travail prend la voiture d'un autre cocher; arrêlé une demi-heure après ce vol absurde, il est condamné à six mois de prison. Cette condamnalion brouille D... avec sa famille et lui cause un chagrin profond. Il devient triste, découragé, en proie à des remords incessants. De janvier à mars 1912, D... quoique déprimé continue à travailler, sans présenter autre chose que des lroubles de la mémoire dont il.a conscience et qui l’inquiètent (il oublie parfois le nom de la rue où il habite, le numéro de sa maison, etc.). En même temps, il éprouve le