‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 20 sur 36 · Huysmans. L-bes · texte numérisé non relu

Huysmans. L-bes

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Lorsque dans de mystérieuses estrapades, ses amis. reçoivent — soi-disant du Malin — de valables horions et cotoyent pour un temps la mort, du moins à ce qu’il semble, Gilles, qui les soigne, s’empresse de les faire confesser et administrer afin qu’ils n’aient point au delà, le cas échéant d’ennuis.

Il faut remarquer que dans toutese ses tentalives de conversations démoniaques, il consent bien à diverses choses, dont notamment un sacrilège : faire chanter à la Toussaint l’office des damnés, il consent à des sacrifices humains mais toujours il se refuse, en particulier dans des cédules qu'il écrit et signe avec son sang, à hypothèquer gravement son salut et il spécifie qu’il abandonne bien des choses « hormis sa vie et son âme ».

Durant ses tardifs et instables regrets vers une vie droite, c’est toujours à des mortifications religieuses qu’il songe : il veut se cloîtrer, se faire Carme (1), se rendre à Jérusalem en mendiant sur les routes.

Mais mieux que tout sa fin, toute en vitrail de cathédrale, son attitude devant ses juges nous montrent en lui ce levain inaltéré de mysticisme.

Après une dernière rebellion, des forces mystérieuses courbent en ce féodal à échine raide l’orgueil atavique, montrent ce fait inouï d’un haut et. puissant seigneur, effondré, râlant ses crimes devant le peuple assemblé, en une confession foraine

1. «... Faire une belle expiation de ses méfaits sous la règle des Carmes » (Lettre à Charles VIT).

digne des premiers âges, pleurant comme un enfant perdu, suppliant, très humble et avec passion, les parents de ses victimes, cette ribaudaille qu’il eût peu avant méprisé de très haut, et quêtant à travers ses sanglots : « Vous les parents de ceux que j’ai si cruellement mis à mort, ah ! donnez-moi le secours de vos pieuses prières » (1).

Au cours des débats nous le voyons traqué par le terrible promoteur et acculé à des aveux complets ou un faux serment qui est peut-être le salut, et lui, que rien ne faisait reculer s’effare et refuse, n’osant « assumer l’irrémissible méfait de tromper Dieu» (2). L’excommunication prononcée contre lui l’atteint comme un coup de masse et lorsque, l’absolution prononcée par Jean de Malestroit, l’Eglise lui octroie sa réintégration dans les rangs des fidèles, sa joie est telle, qu'hailuciné désormais il désire et appelle de toute son exaltation d’impulsif le bûcher rédempteur, atteint d’une bienheureuse cécité mentale qui lui masque l'horreur de cette mort par la corde et le iet..

Et il marche, heureux, vers le néant, joyeux de l’expiation proche et de ce que l’évêque lui a promis une procession propitiatoire. Il s’en va en donnant à Prelati épouvanté des rendez-vous d’outretombe, avec la conviction d’un homme sûr de sa

propre exactitude (3).

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