‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 19 sur 36 · Petit de Julleville. Les Mystères · texte numérisé non relu

Petit de Julleville. Les Mystères

= de couverte d'argent dorez, sur laquelle ung crucifilz d'argent blanc (1). »

Seslivres sont inséparables de sa personne,quandil voyage il s’en fait à grands frais accompagner ; lorsque d'aventure il les engage — comme ce dernier — pour garantir un prêt, il les fait au plus tôt dégager. Ce n’est que vers les dernières années, vers 1436, lorsque le fin lettré sombre dans le Gargantua qui ripaille, qu'il laisse les usuriers dépioter sa bibliothèque. Non seulement il entend couramment ie latin (2), mais il prise tout spécialement la compagnie des lettrés diserts capables de soutenir avec lui des controverses en cette langue, et c’est même par là quela bande d’aigrefins à la Prelati qui l’assiègent peuvent l’encercler et le tenir sous le charme.

Rien ne rebute cette activité intellectuelle désordonnée. À son époque l’ « Alquemye » se porte beaucoup, il en fera donc ; non pas en gratteur cupide et intéressé comme à la fin de son existence, maïs en mécène éclairé et curieux : il s’adonne à l’hermétisme vers 1426, à un moment où il n’était pour lui question d'aucune ruine, et enfin ona vu plus haut qu'avant de demander des sous à l'influence capricieuse et infidèle de Barron Baal Phegor et consors, il

1. Déclaration de nantissement pour un prêt. Minutaire de Jean de Recouin, notaire à Orléans (15 octobre 1436.)

2. Une chose nous le prouve, c’est qu’il soutint très probablement son procès en latin ainsi qu’on peut l'établir d’après une remarque du procèsverbal, notant qu’il recuse en français Jean de Malestroit — per hæc verba vulgaria — et que lui-même stipule que sa confession aura lieu en langue vulgaire.

ae traite, en érudit, du satanisme et composeson traité spécial.

Cette rapide esquisse a montré Gilles soldat, guerrier valeureux et stratège habile, le Gilles intellectuel apte à tout, il y a encore autre chose en lui, il y a, brochant sur le tout : le mystique.

A n’en pas douter, comme ious les jeunes nobles du temps passé, Gilles, enfant, a reçu, à grand ren-

fort de chapelains et d’aumôniers une éducation pro-

fondément catholique, mais de ce catholicisme un peu spécial du moyen âge qui ressemble singulièrement, quand on le regarde de près, à de la superstition et à du mysticisme d’aloi médiocre, plus prompt à s’occuper des dyables que des saints.

Et dès lors, dans toute sa carrière, même dans ses pires faux pas, nous croyons que cette foi mystique ne le quitte pas.

Au sortir de l’enfance, à vingt ans, le voilà guerroyant aux côtés de Jehanne, la vierge guerrière de

Domrémy, à la protection de qui Charles VII l’a en

quelque sorte commis ; comme l’escouade de Capi= taines qui l’accompagnent,les La Hire, les Xintrailles, les La Trémoille et autres, il subit cette contagion de chasteté et de vie pure qui leur fait jeter hors des camps les ribaudes complaisantes, qui étaient les exutoires habituels de ces robustes mâles. Il prend très au sérieux l’aventure de la Lorraine, moins que quiconque doute du caractère divin de sa mission et l’escorte, convaincu.

Plus tard à Tiffauges, ses pires folies, ses achats

les plus ruineux sont pour sa chapelle ; bien que le pape, dûment stylé par les lamentations de la famille se refuse à sanctionner officiellement cette organisation, il entretient « au dit chastel » le clergé d’une cathédrale et le luxe de son orfèvrerie sacrée, des vêtements et des tentures cultuels atteint à l’insae nité (1). |

A ce sujet, l'abbé Bossard lui refuse le mérite atténuant de cette religiosité exaltée restreignant à son seul désir de briller, ces splendeurs. Je ne le crois pas, sans doute le désir de faste reparaît là comme ailleurs, maïs pas seul. Si noirs que soient les grands - coupables il ne le sont pas uniement, ils présentent par certaints points, de plus indulgentes demi-teintes et c’est le cas.

En dehors de ce point,-mille petits faits pris dans le cours de son existence nous révèlent un Gilles toujours hanté de l’Au-delà.

Ilinstitue des fondations pieuses dans un but de contrition : en 1432 au Loroux-Bottereau & pour les pauvres voyageurs passant en ce lieu », en 1436 à Machecoul une collégiale en l'honneur des Saints- Innocents.

Dansuneséance d’invocations, Gilles, qui pourtant est brave, s’épouvante et s’apeure brusquement sans motif, alors, d’instinct comme un noyé à une perche il se raccroche à une prière à la Vierge dont les paroles lui reviennent à l'esprit.

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