‹ La Psychose de Gilles de RaisChapitre 33 sur 36 · Elat crépusculaire, terme proposé par Ottolenghi · texte numérisé non relu

Elat crépusculaire, terme proposé par Ottolenghi

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rifiant qui ferait songer à de la confusion mentale si ce diagnostic n’était par ailleurs infirmé.

Il importe de remarquer que ces sortes de fugues ne sont pas entachées d’automatisme ambulatoire. Gilles va droit devant lui parce que peu lui importe le but, maisila conscience de l’endroit où il-est, et lorsque la fatigue le vainc, boueux, effiloché, terrible, il sait retrouver son château. Il va comme un mortel que taraude une idée fixe, âpre comme un cauchemar: Il est comme ce mauvais homme d’un conte de fées condamné à porter sans cesse sur sa tête un énorme et répugnant crapaud et qui tout le jour marchait dans l’espoir de semer en ‘chemin son batracien pénal, son crapaud à lui c’est l’idée, revenue, de ses méfaits, la conscience, pour un bref moment, précise de l’abime où il roule et qu'il essaie de dissiper le long de sa route, mais en aucun moment il n’obéit à une force aveugle et irrésistible.

Enfin notons que ce qui est défectueux chez Gilles c’est l'orientation elle-même de son esprit, c’est que tout dans sa vie est à côté de la normale et que nous n’avons nullement une série d’actes délictueux isolés dans une existence par ailleurs presque saine. En résumé, je ne crois pas avoir relevé dans tout cet exposé des éléments suffisamment précis pour incliner vers l’épilepsie le diagnostic indécis.

Le Maréchal étail-il un dégénéré ? Ce que j'ai dit plus haut au sujet d’une épilepsie possible se retrouve. Nous ne savons rien sur les signes somatitjues qu'il a pu présenter, lout ce que nous pouvons in-

férer des textes c’est que s’il a eu des malformations physiques, des tics ou autres stigmates, ils étaient à coup sûr minimes et d’une recherche des plus délicates, puisque tous ses contemporains et ses historiens s'accordent à vanter sa rare beauté : & Il était bel homme de haute taille et de superbe allure. »

Donc de même que plus haut il va falloir reprendre en main les pièces de son procès psychopathique. . Cette fois-ci il ne nous faut plus l’examiner minutieusement,à la loupe, disséquer la technique de ses actes, mais, au contraire, juger,de loin,les reliefs accusés de sa vie, en apprécier la perspective d'ensemble avec un indispensable recul.

Chez lui tout semble mal orienté, mal réglé, ses qualités réelles n’aboutissent qu'à de lamentables faillites.

Son intelligence d'abord nous sollicite. Très vive, aidée d’une culture remarquable elle ne lui sert qu’à s'engager, à fond detrain, dans desimpasses. Fébrile, il entreprend une foule de choses, s’évertue, s’ébroue et finalement piétine, à tâtons.

Elle ne lui montre pas le péril et la ruine qui montent, la slupidité inutile de ses prodigalités démentes pas plus qu’elle ne démasque à ses yeux la fumisterie flagrante pour nous, même après cinq siècles, de ce Prelati hâbleur qui, tout seul, palabre avec des démons, les fait comparaître, les sermonne, mais qui devant Gilles ne peut montrer le pied fourchu d’un seul.

Chez lui nulle coordination, hormis pour mal faire,

nulle suite dans les idées, n’achevant jamais ce qu’il commence. C’est « un être instable et irrégulier s’adaptant difficilement aux conditions morales et sociales coutumières » (1). .

Nous voyons en lui un orgueilleux gonflé de luimême. Très tôt on relève chez lui un besoin inouï de faste, un désir de briller, d’étonner son monde. de crâner pour la galerie, jusque dans cet immonde cri de triomphe qu’il lance du haut de son monceau de cadavres, comme un coq sur du fumier : « Il n’est personne sur la planète qui ose ainsi faire. » Peu Jui importe que pour briller il lui faille émietter un patrimoine considérable qu'il s’achemine rapidement à une misère qui lui sera d’autant plus dure, il ne veul pas s’en apercevoir. Convaincu de sa puissance inabattable il ne croit pas à sa chute, aveuglé d’une euphorie mentale incroyable ; c’est elle qui le fait capituler à Machecoul. S'il se rend, c’est qu’il est convaincu que jamais nul juge, quel qu'il soit, n’osera l’inquiéter, qu'on s’empressera de le libérer avec d’humbles excuses dès que par sa présence il aura, sans même se disculper, fait taire les accusations ameutées contre lui. Et de cela nous fait foi sa fureur de fauve captif lorsqu'il comprend que les choses tournent au sérieux, au lieu de la farce qu’il escomptait ; elle nous témoigne aussi de la brutalité du réveil, de la hauteur dont il choit.

Avec cela nul ressort, nulle énergie, son malheur

1, Joffroy et Dupouy. Fugues et vagabondages.

l’accable et l’effondre, aux heures grises du procès, aussi profonde est sa douleur que claironnante sa joie malsaine de proclamer à la tourbe bassement frétillante des Prelati que nul ne le surpassait dans l’horrible !

L’encerclement de ces derniers est là pour nous rappeler que sans motif il s’éprend de gens quelconques et galvaude des affections que, par ailleurs, il refuse à qui de droit. [lest, en effet,« essentiellement un inaffectif familial » (1). Qu’a-t-il fait de sa fille, de sa femme, ? De toutes les solutions qu’on propose, la moins défavorable à choisir est celle qui le fait reléguer à Pouzauges, où il ne va jamais, les deux femmes, rejetant d’une épaule impatiente la vivante remontrance qu’eût été la résignation douloureuse de la mère, la douceur triste de la fille, la petite Marie de Rais.

Pas de jugement, jamais ses caprices impatients n'admettent le contrôle d’un raisonnement quelconque. « Par défaut de rectitude dans le jugement et aussi par vanité il a une préférence instinctive pour tout ce qui est excessif et excentrique, il rêve facilement de gloire et de fortune rapidement conquises (2). » | |

C’est un émotif hypersensible, chez lui toute impression tend intensément à se traduire en un acte. Sa moralité est sans conteste détestable, il cède aux pires tendances el nous savons à quel-.

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