‹ La psychose maniaque-dépressive [electronic resource]Chapitre 13 sur 16 · VIII. - TRAITEIVIENT · texte numérisé non relu

VIII. - TRAITEIVIENT

Les deux indications capitales en présence d'un sujet atteint de psychose maniaque-dépressive sont : 1° de faire cesser ou d'abréger la durée des accès; 2» d'en prévenir le retour. Or ni Tune ni l'autre de ces indications ne peuvent être réalisées par les moyens dont nous disposons actuellement.

Ni les agents médicamenteux., ni les pratiques hydrotliérapifjues, ni môme la psychothérapie la plus rationnelle et la plus méthodique, ne sont en réalité capables d'arrêter ou de moditier l'évolution d'un paroxysme maniaco-dépressif. Comme l'a fait depuis long-temps remarquer J. Falret, lorsque ces moyens paraissent avoir eu une action efficace, c'est à la période de déclin et l'on peut alors se demander si la diminution est due, dans ces circonstances, à l'influence du traitement ou à la décroissance prévue et à la marche naturelle de la maladie.

Nous nous rallions donc complètement à l'opinion de Gilbert Ballet qui tout récemment encore écrivait — non sans à propos — : « je ne sache pas que par la psychothérapie, quelle qu'en soit la forme, ou par tout autre moyen, on ait jamais abrég-é d'une heure la durée de l'accès de dépression périodique le plus léger, pas plus que celle de l'accès le plus accusé de folie à double forme (1) ».

Traitement symptomatique. — Si nous sommes complètement désarmés contre le principe même de la maladie, on peut cependant lutter efficacement contre ses principaux symptômes. Parmi ceux-ci, Vagitation des états maniaques réclame le plus souvent une intervention. Quand elle est modérée, on pourra se bornera la combattre par les sédatifs et les hypnotiques habituels (bromures alcalins, chloral, véronal, etc.). Quand elle est plus accentuée, on prescrira le séjour au lit et surtout les bains tièdes prolo7igés pendant la plus g-rande partie du jour.

(1) Gilbert Ballet, in Bulletin médical, 190C, n» 88, p. 983.

TRAITEMENT

D'une façon g-énérale, les maniaques dépressifs acceptent mieux ce dernier mode de traitement que l'alitement. Ils sortent bien de temps à autre des baignoires pour donner plus libre cours à leur besoin d'activité, mais ils s'y montrent relativement plus calmes qu'au lit.

"Contre les états cVagilation extrême dans lesquels les malades risquent de se blesser ou sont réellement dangereux pour l'entourage, on aura recours chlorhydrate d'hyoscine ou au sulfate de duboisine.

Administrés méthodiquement, aux doses de un demi à un millig-ramme, par la bouche ou en injection souscutanée, avant ou au moment du repas, ces médicaments, déjà préconisés autrefois par Mag-nan, plong-ent les malades au bout de quelques minutes dans un état de torpeur et de résolution musculaire qui persiste de quatre à six heures. Maniés avec circonspection, ces médicaments sont sans dang-er. Il faut toutefois s'abstenir autant que possible de les prescrire plusieurs jours de suite, pour éviter l'accoutumance et les phénomènes de dénutrition consécutifs à leur emploi prolong'é.

Dans les états dépressifs, le médecin doit se préoccuper avant tout de soutenir les forces des malades et de prévenir les tentatives d'auto-mutilation et de suicide. La première indication sera remplie en maintenant les patients au lit, en s'assurant qu'ils s'alimentent d'une façon suffisante et, si besoin est, en ayant recours à V alimentation artificielle.

Pour prévenir les tentatives de suicide et les automutilations, le moyen le plus sûr est ég-alement le séjour au lit, en ayant soin de placer à poste fixe, à côté du malade, un ou deux infirmiers dont la surveillance ne devra jamais se relâcher, de nuit comme de jour.

Les eng-ins de contrainte physique qui comptent encore quelques partisans doivent être absolument proscrits, car ils provoquent des réactions impulsives mises à tort sur le compte de la maladie, sans parler des accidents, parfois mortels, qui leur sont imputables (Mag-nan).

Pour des raisons analog-ues, on s'abstiendra ég-alement de mettre le malade en cellule. On se bornera à Visoler pendant quelques heures, mais sous une surveillance constante, dans une chambre placée à l'extrémité de la salle commune et communiquant librement avec elle.

TRAITEMENT

11 nous reste une dernière question ù examiner, celle du milieu qui convient le mieux au malade pour la mise en œuvre des moyens qui viennent d'être passés en revue.

Une g-rande partie de la clientèle actuelle des établissements d'hydrothérapie, des « maisons de santé, des sanatoria pour nerveux » est composée de maniaques dépressifs étiquetés neurasthéniques. Ce sont là, en effet, les établissements de choix pour les formes légères des étals dépressifs connus sous les noms de dépression neurasthénique simple, de mélancolie sans délire, de neurasthénie mélancolique, etc., mais sous la réserve que ces malades y soient l'olDjet d'une surveillance rig^oureuse, car il ne faut jamais perdre de vue que les sujets atteints de ces états dépressifs atténués mettent plus facilement à exécution leurs idées de suicide que ceux qui présentent les formes stuporeuses. Aussi n'hésitonsnous pas à recommander le placement de ces derniers malades dans les mêmes établissements, de préférence aux « maisons fermées », à la condition qu'ils soient constamment sous la g'arde d'infirmiers prêts à prévenir leurs raptus impulsifs.

Par contre, il est indispensable d'avoir recours à Vinternement des malades atteints des formes graves des états maniaques ou mixtes. Outre que l'irritabilité le plus souvent extrême de ces malades, leurs accès de colère, les actes impulsifs auxquels ils ne savent pas résister, les rendent dangereux pour eux-mêmes et pour leur entourag'e, c'est seulement dans des établissements où existe une discipline sévère, qu'ils se soumettront aux exig-ences du traitement dont ils sont justiciables.

Quant aux simples hypomaniaques, ils échappent en général à toute espèce d'intervention médicale, car, comme nous l'avons* déjà signalé, non seulement ils méconnaissent toujours complètement le caractère morbide de leur suractivité physique et intellectuelle, mais celle-ci passe même souvent inaperçue de l'entourage. Le médecin n'assiste donc qu'exceptionnellement à l'évolution des accès d'hypomanie, du moins dans leurs formes légères, et le plus souvent en simple spectateur.

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