‹ La Psychothérapie ReligieuseChapitre 24 sur 93 · SE CE · texte numérisé non relu

SE CE

OBSERVATION III

Spéranza.….,née à Turin. Se livre à la prostitution dans les mai- Sons publiques de Genève depuis l’âge de quatorze ans. Le tribunal de l'enfance, la considérant comme indésirable, l'envoie au refuge de l'Armée du Salut de Lyon à l’âge de dix-huit ans.

C’est le type achevé de la prostituée professionnelle : Belle fille aux yeux éclatants, aux cheveux appropriés à son état, vêtue d'une grande mante... elle resta deux ans au refuge de Lyon, en sortit complètement transformée en 1917; depuis elle est suivie, correspond avec son ancienne directrice. Se marie à

. Lausanne avec un grand blessé de la guerre anglais, et le suit

en Angleterre dans sa famille.

OBSERVATION IV

£n 189r, dans une salle que l'Armée du Salut avait rue Auber, entre E. M., une prostituée professionnelle de vingt-cinq ans, fréquentant le « haut demi-monde » de Paris.

Pendant plusieurs semaines elle suivit les réunions et apprit à connaître une oflicière, Mme P... (de qui nous tenons ces détails); mais le cas de cette malheureuse parut si désespéré que l’officière l’emmena et la garda dans son propre appartement afin de multiplier les chances de salut.

Au bout de quelques mois, la vue du respect dont elle était entourée, l’atmosphère de beauté, de pureté, de joie vraie et saine dans laquelle elle se trouva, et surtout l’influence chrétienne qui s’exerça sur elle et les exhortations précises et directes qui lui furent adressées, la certitude de pouvoir recommencer une vie nouvelle si elle acceptait le secours de l’Evangile, tout cela amena en cette créature déchue une véritable transformation. Non seulement elle ne reprit pas son ancien métier, mais elle devint la collaboratrice de ceux qui avaient opéré son sauvetage. Dans le quartier de la Villette elle s’occupa avec l'Armée du Salut et travailla au relèvement d’un voyou nommé M... Ce garçon s'était livré à des violences telles que l'Armée du Salut dut le faire arrêter par la police et qu’il passa plusieurs jours en prison. Un jour, il asséna à l'oflicière des coups qui eussent pu être mortels. Mais là encore l'Evangile fut annoncé, il pénétra dans le cœur de ce voyou qui devint un honnête homme, une transformation radicale s'opéra. Après son service militaire il épousa la personne qui s'était intéressée à

A.-S. Lortsch 3

lui et ces deux épaves de l’humanité, devenues respectables et honnêtes, fondèrent un foyer. |

Ils s'établirent en Angleterre où l’ancien voyou devint professeur d'escrime (qu'il avait apprise au régiment) au célèbre et aristocratique collège de H... L’ancienne prostituée, Mme M...est actuellement intendante d’une importante maison française à Londres.

OBSERVATION V

Renée V..., fille naturelle, née à Maucron (Belgique), le 19 septembre 1877. Enfant de la rue. Sa mère, presque toujours ivre, la brutalise et l'abandonne à la pitié des voisines. Travaille deux ans chez un fermier de Maucron, mais dès qu’elle eut quatorze ans, le fermier voulut la violer. Elle résiste et réussit à s'enfuir à Roubaix en 1881. Elle vécut misérablement mais honnêtement jusqu'en 1883. Sa mère, malade, voulut exploiter sa fille et vivre de son travail ; la misère devint intense. En 1885, âgée de dix-sept ans, un jeune homme l’entraîna dans un débit, puis chez lui. Neuf mois plus tard, Renée était mère et son salaire, qui était toujours de deux francs par jour, dut suflire pour trois. Elle n’obtint rien de son séducteur, sinon des coups. La mère tombe plus gravement malade ainsi que l'enfant.

Renée V..., âgée alors de dix-neuf ans, désespérant de pouvoir subvenir à tant de besoins, s'enfuit à Douai et s’engagea dans une maison de tolérance où elle resta un an, puis dans une autre maison à Valenciennes où elle resta également un an, puis enfin à Lille où elle resta deux ans, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de vingt-quatre ans.

Un jour, deux colporteurs bibliques (r) que nous connaissons personnellement, MM. J. V. et Ch., en tournée à Lille, empêchés de continuer leur travail à cause de la pluie, décidèrent de visiter les « maisons closes ». L’accès de trois maisons leur fut refusé. Le tenancier de la quatrième ouvrit avec force insultes, espérant se divertir de la visite de ces inconnus.

Les pensionnaires de la maison descendent et répondent aux

1. Les colporteurs bibliques ne sont pas des marchands ambulants, plus ou moins vagabonds. Ils exercent au contraire un ministère des plus héroïques et des plus féconds. Ne craignant ni les intempéries, ni la fatigue, ni les insultes ou les coups, ils parcourent la campagne pour répandre la Bible d’une façon intelligente. Leslivres saints,répandus par leur moyen, ont accompli un nombre incalculable de sauvetages moraux (suicides, divorces empêchés, etc..….).

paroles des deux colporteurs par des propos orduriers et outrageants. ;

Un des deux colporteurs, M. V... remarque une jeune fille isolée ; il laisse son camarade aux prises avec les six autres femmes qui l’insultent, et aborde Renée V.. , apprend les détails de sa situation. Il lui parle de l'amour du Christ, du pardon qu'il avait donné à une « pécheresse » (Luc, VII, 36-50), de la possibilité d’un relèvement, La femme pleura, dit son dégoût de vivre dans un tel enfer.

— Voulez-vous en sortir et travailler de nouveau ?

— Non, cela est impossible.

— Rien n'est impossible à Dieu, répond le colporteur; s’il m’aenvoyé vers vous aujourd’hui, c’est qu'il veut vous sauver et vous permettre de travailler, de gagner votre vie.

Renée V... accepta de sortir de la maison de tolérance, malgré l'opposition du tenancier. Elle s’engaga bientôt chez un photo-. graphe et gagna honorablement sa vie jusqu'en 1907. Elle se maria en 1908 avec un honnête jeune homme auquel elle avait préalablement raconté son passé. Ils s’établirent à Anzin, puis à Hénin-Liétard.

Dans ces deux localités elle annonça l'Evangile de son mieux. Elle eut le courage de parler en public de son ancienne vie de débauche afin de montrer le sauvetage qu'avait opéré l'Evangile et d’en amener d’autres à la même guérison.

Elle se dépensa sans compter pour tous ceux auxquels elle pouvait rendre service. Elle envoya M. V... s’enquérir de son premier amant, voulant qu’il lui apportât le même salut qu’elle avait elle-même reçu.

Atteinte de bacillose, elle mourut le 18 mai 1910. Au milieu de ses souffrances elle entonnait des cantiques et disait : « C'est la chaïr qui crie, mais l’âme est en paix ».

Presque tout le village suivit son convoi, rendant témoignage à l'abnégation et à la pureté de cette vie qui pourtant avait connu les pires souillures.

OBSERVATION VI

Marie .…, née à P.., en 1889. Encore toute enfant suit à L..., dans le nord de la France, sa mère, veuve chargée de cinq enfants, d’où éducation très sommaire par des sœurs catholiques, chez lesquelles elle gagna sa vie très jeune en travaillant à l’ouvroir, à la campagne à cause de sa mauvaise santé. En 1907, âgée de 17 ans et demi, elle épouse un paysan ; très fervente à ce moment

elle essaie de convertir son mari, mais ne lui porte pas d’affection et ce dernier la quitte au bout d’une année de mariage.

En octobre 1908 pleurésie (?), rhumatisme articulaire aigu; six mois après elle souffre encore des articulations et ne peut que rester immobile sur un fauteuil. Pendant sa longue convalescence g'éprend d'un jeune homme, l'empêche de se marier, et une fois guérie, devient sa maîtresse. Elle cumule bientôt, entretenant des reiations sexuelles avec plusieurs autres amants, riant de les tromper tous simultanément.

Sa famille fait alors pression surelle; craignant d’être enfermée dans un couvent de correction, elle congédie ses amants et en août 1910 son mari consent à reprendre la vie conjugale. Mais, trouvant la vie de famille trop monotone, elle prend un négociant pour amant, le met bientôt à la porte : ce dernier la traduit en justice.

Après cette affaire Marie regrette profondément sa vie passée et promet à nouveau la fidélité conjugale. Bientôt enceinte, elle vit avec son mari pendant quelques mois de parfaite intelligence.

Peu après la naissance de son enfant, quelques calomniateurs persuadèrent le mari que l’enfant n’était pas de lui. En août 1912, il quitte définitivement sa femme qui, révoltée de ses injustes soupçons, ne le retient pas, et retourne chez sa mère avec son enfant.

Gagne sa vie et celle des siens par des travaux de couture. Aigrie contre la société, souffrant d’être exploitée et voulant se venger, elle abandonne toute foi et se met à absorber une grande quantité de vin et de liqueurs et à fumer énormément. Dans les premiers mois de 1914, estprise d’une véritable passion pour une cumarade d’atelier, la fille de son patron, hantée jour et nuit par son image et par le désir de lembrasser.

Elle se confie à une personne âgée... Celle-ci l'initie aux diverses formes de relations homosexuelles entre femmes ; Marie y reconnaît les pratiques dont elle avait eu l'intuition et se sent honteuse et troublée en constatant une telle perversion ds ses instincts. Domine sa passion, mais quitte l'atelier en proie à «a jalousie et au désespoir, et n’aÿant trouvé qu’un travail peu r ‘nunéré, se fait chanteuse de cafés. Ce métier l’amène à boire de plus en plus, et, au lendemain d’une nuit de débauche elle est congédiée. Pense au suicide, en est empêchée par une ouvrière qui lui donne largent qu’elle à sur elle et la recommande à quelqu'un en état de l’aider. Elle se procure ainsi une machine à coudre et du travail à domicile.

La guerre éclate, la ville est occupée par l’ennemi. La couture tombe. Marie entreprend divers métiers ; celui de batteuse

de cartes la paie assez pour lui permettre de faire bonne chère.

et de se livrer à de nouvelles beuveries. Elle prend un amant,

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puis un second. Au printelups 1:15, évacuée et rapatriée. elle se fixe dans le midi, mène une vie plus calme, cherche à remonter le courant, assiste à la messe, mais en vain. Elle a la nostalgie de la grande ville et dans le courant de l'été 1915 vient habiter P..., où elle avait des parents; s’abandonne à la boisson et dès septembre 1915 a une nouvelle passion saphique pour sa tante et sa cousine. Cette fois-ci ses appétits furent partagés et satisfaits. Cette passion conduit Marie aux pires excès, elle s’alcoolise de plus en plus et satisfait les besoins contre nature de ses sens toujours plus exigeants. Ses débauches diurnes et nocturnes usent son organisme, sa famille cherche à l’avertir, mais elle le prend en mauvaise part, oublie son enfant et s’enfuit de nuit.

Quelque temps après, elle trouve l'adresse du lieu où était son enfant, va le voir ; même les tendres reproches de ce dernier ne la retiennent pas.

Elle reconnaît son vice, maudit sa chaine, mais ne peut la briser. Pour satisfaire les caprices de sa complice, elle consentaux pires fatigues. En juillet 1916 elle entre dans une usine de guerre et s'y surmène au point de devoir bientôt s’aliter. Non guérie, mais ne pouvant supporter une vie calme, elle reprend la vie de double débauche que sa maladie avait interrompue : ses relations avec sa tante et sa cousine ainsi qu'avec de nombreux amants. Pour cacher leur jeu, ces femmes allaient au confessionnal..., pour y tenter le prêtre avec émulation, voulant chacune le faire tomber la première.

Quand on la croyait au travail, elle louait une auto pour se rendre d’hôtel en hôtel à ses divers rendez-vous.

Sa santé s’affaiblit de plus en plus. Elle veut rompre ses relations, cherche la délivrance dans d'’épuisants pèlerinages. Rien n’y fait, son bon sens disparaît, un jour elle vole pour satisfaire un caprice de son amie, et cette dernière, voyant sa victime de plus en plus malade et hors d’état de gagner sa vie, la chasse de chez elle en décembre 1916.

Abandonnée après quinze mois de relations contre nature, condamnée par les médecins, Marie pense à se suicider mais non sans avoir d’abord étranglé ceile qui la tenait encore sous sa puissance séductrice, car plusieurs fois par semaine Marie

retournait embrasser sa tante.

De plus en plus malade, on l'envoie en février 1917 dans une maison de repos américaine qui venait de s'ouvrir à G... On diagnostique « lésion mitrale avec dilatation cardiaque ». Le pronostic de tous les médecins consultés était des plus réservés.

et état organique se double d’un état psychique voisin de l'hystérie. Elle tombe plus ou moins brusquement dans une inconscience complète,ne perçoit pas les piqûres d’huilecamphrée,

Souvent elle ne sort pas de ces évanouissements, et entre dans une torpeur absolue pendant près de vingt-quatre heures.

Sujette à deshallucinations, parle à des personnages imagipaires, Sans en conserver aucun souvenir.

C'est dans cette maison de repos qu’elle rencontre en février 1919 Mme C. B..., infirmière évangéliste. Elle lui confesse sa vie et en éprouve du soulagement. Mais sa visiteuse ne comprend pas tout, n'ose la questionner et reconnaît elle-même que son inexpérience, son ignorance de ces vices, lui firent commettre bien des maladresses. Mais elle lui parla du Christ, lui donna l'Evangile pour y lire son histoire, et pria avec elle.

À partir de ce moment de nouvelles aspirations se font jour. Marie commence à croire sa guérison possible, promet de renoncer à ses relations contre nature et tient parole ; cependant elle se met souvent en route pour aller voir son «amie », mais à mi-chemin elle y renonce et rentre* Elle ne chasse cependant cette passion que par d’autres : s’alcoolise de plus en plus ; a cinq ou six amants, et en « voit » plusieurs dans la même journée, comme au début de sa vie de débauche elle rit de les tromper tous ensemble.

I fallut bien des mois pour que ses aspirations nouvelles fussent assez fortes pour vaincre son lourd passé, ses instincts dépravés pervertis et invertis.

Longtemps encore elle a des crises pendant lesquelles son ancien»e nature semble près de reprendre le dessus. Le regard fixe, la voix saccadée, le rire terrible, elle devenait vraiment méchante et se plaisait à faire souffrir Mme B..., qui s’intéressait à elle. «Pendant que je priais pour elle, écrit cette dernière, Marie s’efforçait par tous les moyens de m'en empêcher, criant que je la iourmentais... me suppliant, m'ordonnant même d’aller me coucher et de la laisser trañquille. Puis, tout à coup sa nouvelle nature reparaissait (toujours très brusquement) elle se repentait de ses blasphèmes et de sa rage et priait avec ferveur et élévation. »

Malgré ces crises et cette irritabilité, Mme B...,ne perd pas courage, elle lui donne une Bible. Marie la lit assidûment et assiste au Culte protestant. Mme B...persévéra pendant de longs mois qui furent remplis d'entretiens religieux, de prières, d'expériences intimes, et c’est de l’automne 1918 que Marie peut faire dater sa conversion. Pendant toute l’année 1919 sa conduite reste d’une parfaite moralité; en janvier 1920 elle succombe une dernière fois. Sa foi passa par plusieurs crises, elle fut près de la renier et de reprendre sa vie d’autrefois, mais elle tint bon et son état mental et moral s’améliorèrent progressivement.

Les troubles psychiques disparurent, les forces physiques

revinrent aussi dans une certaine mesure et par dessus tout sa vie est gouvernée par de saines notions morales.

Elle est ainsi rendue à la vie utile, heureuse et belle, elle est toujours joyeuse et chante continuellement. Au lieu de la pauvre épave humaine menée au gré des plus bestiales passions, c’est une femme que chacun respecte et qui agit pour le bienîde ses semblables. Relevée par la puissance de l'Evangile, elle travaille à en relever d’autres en les conduisant là où elle a trouvé délivrance et repos, à la croix du Christ.Abstinente depuis plusieurs années, elle entreprend la cure de nombreux buveurs, le spectacle de son enthousiasme et son zèle stupéfient ses anciennes connaissances. Quoique malade, elle se dépense dans le dispensaire si fréquenté de Mme B..., va à domicile et parfois fort loin toujours à pied, faire des pansements, des massages et prodiguer d’autres soins,

Sa force morale subvient à ses défaillances physiques. Par son élévation, sa finesse d'âme, elle en dépasse bien d’autres qui furent élevés dans des milieux chrétiens et préservés toute leur vie des vices grossiers où celle-ci avait sombré tout entière.

Cette femme, dont l'éducation et l’instruction furent plus que rudimentaires, qui pendant dix ans fut à la fois alcoolique, postituée et saphique, peut aujourd’hui s’approprier sans hÿpocrisie ni exagération la parole de l’apôtre : « Ce n’est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi ».

D. Criminels OBSERVATION I

J..., dès l'enfance vole et cambriole ; puni de prison à neuf ans, pille les caisses de magasin, fait bientôt partie d’une bande nocturne : à quatorze ans, commet un vol avec effraction, fait quinze mois de prison ; est envoyé, trois mois après sa libération, dans une maison de correction, à sa sortie, subit coup sur coup, neuf condamnations d’un mois chacune, pour des rapines de diverses natures. S’associe à des filous et devient cambrioleur de profession, vole de nouveau,est arrêté et relâché. Une fois, il est arrêté injustement et subit, pour une faute que cette fois il n'avait pas commise, un nouvel emprisonnement. Aigri par cette injustice, il ne veut plus que tuer l’agent qui l'avait fait emprisonner.

Peu après, il l'abat d’un violent coup de barre de fer; mis en cellule, s’y endurcit plus que jamais. À ce moment, âgé de trentequatre ans, il en a passé dix-sept en prison. Libéré il rencontre un lutteur, jadis misérable alcoolique qui s’emploie maintenant à

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relever ses anciens semblaliles. Maïs avant que ce boxeur put continuer l’œuvre moralisatrice qu’il avait entreprise, J... était. retourné en prison et pensait à se suicider. De nouveau mis en. liberté, se trouve mêlé à une rixe, faillit tuer une seconde fois et sort lui-même horriblement maltraité et contusionné ; il se sent incapable de ne pas commettre de crime et s’en va à l’Armée du Salut sous cette impression.

Se On lui demande s’il ne voudrait pas recommencer sa vie, ik s'agenouille,.… lui-même ne peut expliquer ce qui s’est passé, mais en se relevant il se sent assez de force pour conquérir une vie honnête : il proclame qu'il est sauvé.

Dès lors, il travaille dans une blanchisserie et ne donne jamais au voisinage émerveillé aucun sujet de crainte. Il épouse une jeune fille honnête, devient un habitant respecté et dévoué du quartier qu’autrefois il terrorisait; bien plus, il tâche de relever les méchants, les vicieux, les inutiles ; et sans salaire ni récompense, il parle aux plus mauvais de ses anciens compagnons de amour de Dieu qui l’a lui-même transformé (1).

OBSERVATION II

D..., d'origine irlandaise, rebelle à toute éducation et instruction, à quatorze ans quitte délibérément ses parents pour vivre dans la rue. N’a pas le goût du tabac et de l'alcool d’une façon particulière. De petite taille, larges épaules, cou gras et flasque,. visage lourd, yeux insensibles, bouche lasse et méprisante. Evitait l'église, dit n’avoir jamais éprouvé aucun désir de s’instruire,,

| de devenir meilleur, de travailler et de réussir, a toujours détesté la discipline et l'effort. Devient dès lors une sournoise bête de proie dont les rues de Londres étaient le lieu de chasse. Sa grande force physique le fit bien accueillir par une bande d'apaches vivant de crimes, et en tirant un revenu suffisant pour n'être que rarement obligés de coucher sons les ponts. Lorsque la. bande avait par ses crimes, gagné assez d'argent pour pouvoir se nourrir et se loger, elle se lançait en manière de jeu à la poursuite des voyous du quartier, afin de les brutaliser.

D..., prit part à beaucoup de ces combats et laissa souvent.

‘ sur place ses ennemis à moitié assommés. Puis une des occupations de la bande fut d’attirer la nuit, un agent en embuscade, de l’assommer par derrière avec une barre de fer, et tandis qu'il gisait par terre inanimé, de le défigurer à coups de pieds ; c’est. la haine de la prison où il avait déjà passé plusieurs mois qui

13 inspirait à D... ces lâches attentats.

; 1. H. Begbie, op. cit., p. 123-168.

at

Bien des fois il est jeté en prison, en cellule, à aucune époque de sa vieilna été aussi bien rossé. Dans sa prison D... complote de nouveaux attentats et prépare des crimes qu'il commettra quand il sera relâché.

«Je suis convaincu, écrit celui qui rapporte cette histoire et qui l'a connu personnellement, que cet homme avait dans l’âme tout ce qu’on peut imaginer de plus ignoble, de plus bas, de plus vil et de plus infâme. Je ne crois pas qu'on puisse imaginer une bassesse dont il n’eût été capable, ».

Pendant un de ses séjours en prison, ilse rappelle la conversion d’un lutteur qui avait été uu terrible ivrogne et qui maintenant est un honnête homme.

D... pensa au degré de bassesse et de vice qu'avait atteint ce -

lutteur, cet ivrogne iiv‘éré; il lui paru merveilleux qu'un tel homme, si adonné à la boisson, eût pu soudain y renoncer. Cette idée le fascina, l’éblouit. Pendant d:s journées, dans la solitude de sa cellule, le criminel se nourrit de cette idée, et tout à coup ilse dit : «Si Dieu a pu sauver ce boxeur, il pourra aussi me sauver. » Il savait que pour atteindre ce Dieu, il fallait prier. Alors, il s’agenouilla dans sa prison et fit sa première prière, il était jeune et avait passé en prison douze années. Il n'avait jamais eu la moindre occasion de voir de près la religion, il n'avait jamais eu l’idée de donner à Dieu un instant d’attention.

Il sortit de prison et rencontra le fameux boxeur. Ce dernier essaie de sonder son âme et d'approfondir quelque peu les expériences faites par D... dans sa prison ; D... dit qu'il ne se refuserait pas à faire un essai de vie religieuse. Mais tout de suite il faut travailler et cette perspective n’a rien d’encourageant. Le boxeur savait qu’actuellement D... était incapable de s’astreindre à un travail monotone et suivi ; que, de plus, ces velléités de conversion ne venaient guère que du désir d'échapper à la prison et de se « la couler douce». Mais il pressentait aussi que du jour où l’assommeur d’agents serait réellement converti, son attitude envers le travail comme envers la religion changerait du tout au tout. D... va à une réunion de l’Armée du Salut. En entendant parler de l'amour de Dieu pour les plus grands pécheurs, il se rend compte soudain du besoin d’amour qui remplissait son cœur altéré. [l s’agenouille, demande grâce et courage.

Ce changement fut absolu et durable ; il avait été cruel, il devint tendre ; ilavait été voleur, il devint scrupuleusement honnête ; il avait été paresseux et inemployable, il n'avait jamais, hors de prison, fait une journée d'ouvrage, il devint un travailleur assidu ; il avait été bassement égoïste, il se mit à penser aux autres. Il donna pour la cause de la religion son temps etbientôt son argent...

D... est devenu contremaître ; ses patrons l’estiment et ont confiance en lui, sessubordonnés lui obéissent avec la déférence que les natures inférieures ont toujours pour les volontés puissantes. Ils'est marié, et sa maison est une des plus heureuses du quartier. 1l travaille avec sa femme dans leurs heures de loisir pour cette Armée du Salut où ils ont effectivement trouvé le salut.

« Malgré son aspect qui me déplaît, et ses manières qui me répugnent, cette brute jadis si méprisable s’est élevé de la vilenie à la bonté; cet hommé est devenu une force au service de la religion. Il aime tendrement ses enfants; illui serait tout aussi impossible de mendier ou de se plaindre que de dévaliser un ivrogne. Il n’est jamais trop fatigué pour rendre un service ; il est toujours disposé à participer à toute œuvre bonne et louable. Sa conversion n’a modifié ni son aspect ni ses manières, mais elle lui a donné une âme nouvelle (1). »

MarmizpA WREDE

Mathilda Wrede visita individuellement de 1884 à 1914, comme aumonière bénévole, les prisonniers finlandais. Elle tenait à se rendre seule dans leur cellule « auprès des détenus chargés de fers, eux donton ne péut, à ce que prétendait le directeur de la prison, rien faire du tout, fi avec les paroles ni avec les coups ».

Elle chercha à témoigner de la confiance ct à gagner celle des criminels de l’espèce la plus dangereuse. Elle réussit à avoir leur sympathie, à leur parler de transformer leur vie, et non seulement elle fut respectée, mais aimée et prise au sérieux.

L'action de cette femme isolée s’est montrée d'une efficacité extraordinaire pour améliorer les mœurs des détenus. Le livre (2) palpitant auquel nous empruntons ces détails est malheureusement trop peu médical pour que nous puissions en extraire de véritables observations.

Si l’état dans lequel M. Wrede a trouvé les prisonniers ressort clairement, les améliorations sont indiquées, plutôt que décrites et précisées; de plus, la plupart des cas rapportés n’ont pas été suivis, les prisonniers étant envoyés en Sibérie ou exécutés. Nous donnerons cependant deux

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