NOTRE CONCEPTION PERSONNELLE
Certains savants reconnaissent donc des terres inconnues «inaccessibles à leurs investigations ».
Nous ne voulons pas être plus ambitieux etplustéméraires.
Mais, ceux qui montrent tant de prudence, ne le font que faute de pouvoir poursuivre ces investigations. Leur sagesse ne leur est inspirée que par l’ignarabimus par lequel Du Bois-Reymond a terminé un discours célèbre (1).
De sorte que, les uns concluent à une explication toute naturelle ; et que les autres sont agnostiques (2).
Avons-nous le droit de répondre à tous, qu’en présence de nos faits, il faut de toute nécessité postuler une intervention qui dépasse le jeu des forces humaines ?
1. € Celui qui scrute la nature est habitué depuis longtemps, «en face des énigmes du monde visible, à dire avec une virile résignation : Ignoramus. Considérant la voie triomphale déjà parcourüeé, il est soutenu par une calme certitude que là où aujourd’hui il ne sait pas, il pourrait du moins savoir si les circonstances le permettaient, et que peut-être un jour il saura.
«Mais en face des énigmes de l'essence de la Matière et de l'Energie, et de la possibilité même de pouvoir les concevoir, il lui faut une fois pour toutes, se résoudre à ce verdict bien plus difficile à porter : Ignorabimus. » Du Bois-Reymond, Die grenzen des Naturkennens. Reden, I, 130.
2. « Le chrétien lui-même ne peut pas se contenter de cette fin de non recevoir, s’il ne veut pas renoncer à toute pensée d’aspostolat auprès des esprits familiarisés avec les méthodes et les résultats de la psychologie, et de ces esprits-là le nombre est destiné à s’accroître dans de très larges proportions. Il leur incombe de trouver quelque chese à dire pour eux-mêmes — oui, pour eux-mêmes, car si on ignore l'objection ou si on ne la comprend pas, à coup sûr on n’enest pas affecté, mais une fois qu’on a saisi l’objection dans sa force, on a beau faire, on a beau recommencer à se réfugier dans ses expériences telles quelles, comme si on n’avait rien entendu, on emporte avec soi la flèche du Parthe. On a reçu en soi, malgré qu’on en ait,
Nous avons ce droit, car le caractère surnaturel des faits, permet de conclure à une essence elle aussi surnaturelle.
L'objection à laquelle il nous faut répondre pour légitimer ce point de vue, qui s'oppose franchement aux interprétations purement psychologiques, a été formulée ainsi :
«Le passage du naturel au surnaturel chrétien n’est qu'une hypothèse. Hypothèse que la réalité justifie, dira-t-on. Mais c’est le point contesté ; car il n’est pas d'effort moral que l’on ne puisse déclarer impossible à la nature humaine, ou dont
l'on ne trouve le semblable, l'équivalent dans d’autres reli-
gions ou en dehors de toute religion positive... Pour prouver que la foi esl surnaturelle, il faudrait. être assuré préalablement que tel degré d'héroïsme est impossible aux facultés naturelles de l'homme. Qui oserait l’affirmer autrement que comme une hypothèse ? (1)»
C’est donc cette affirmation « qu’un iel degré d'héroïsme est impossible aux facultés naturelles de l'homme » qu'il nous faut légitimer, non comme une hypothèse, mais comme üne certitude vérifiable.
Notre argumentation — qui ne ne sera en aucune façon métaphysique ou transcendantale, mais reposera sur l’inexorable logique des faits — consistera à opposer aux très grandes difjicultés de la guérison, à l'incurabilité, pourrait-on dire, par les méthodes ordinaires, des maladies auxquelles s'attaque avec succès le sentiment religieux, les caractères particuliers de ces succès mêmes.
Ces constatations seules établiront le bien-fondé du sentiment religieux à postuler à sa base un principe surnaturel.
un élément de trouble, de stérilité qui peut compromettre l’ex périence chrétienne elle-même et nuire à son développement — ou même à sa conservation. Si, sans aucun doute, il est possible de demeurer quand même chrétien, on éprouve une fois ou l’autre une difliculté croissante à le rester, il pourrait y avoir là, le cas échéant, une cause de dissolulion de la foi. »
1. Marcel Hébert, l'Evolution de la foi catholique, p. 192-194.
A.-S. Lortsch
À. — Les difficultés