‹ La Psychothérapie ReligieuseChapitre 73 sur 93 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

Les buveurs relevés par la Société d’abstinence de la Croïix-Bleue se montent à 23.124 ; et ce n'est la statistique, en 1913, que d’une seule organisation.

Les fumeurs d'opium guéris dans les asiles de Hsi furent très nombreux ; et les rapports, les journaux, que nous avons

sous les yeux, des missionnaires en Chine fourmillent de cas semblables.

Quant aux victimes de la prostitution, l Armée du Salut possède en France trois maisons de relèvement: Une à Paris (d'abord à Neuilly, puis à Courbevoie, actuellement à Asnières, 70 Av. Pereire), fondée en 1894, et où passent environ 80 filles tombées par an. Une à Nîmes (Caissargues), fondée en 1887 où passent environ 60 jeunes filles par an. La troisième à Strasbourg, relève de l’organisation française depuis 1918, mais a été fondée antérieurement. Elle reçoit aussi 6o filles paran. Depuis leur fondation ces trois refuges ont donc recueilli au moins 6.000 filles tombées.

Les statistiques officielles indiquent que 35 à 4o o/o des pensionnaires sont € ramenées au bien », suivies et n'ont pas de rechute. Cela fait donc 2.100 jeunes filles au moins arrachées à la prostitution en quelques trente ans, et en France seulement, pays où, avec l'Italie, l’œuvre est le plus

‘ingrat.

Les criminels et les malfaiteurs qui se sont amendés, transformés dans leur prison sont nombreux : l'aperçu que nous avons donné de la cure d’âme des prisonniers, par des personnes quulifiées, montre la fécondité qui peut être celle d’un tel ministère. |

Quant aux peuplades barbares, anthropophages, c’est par milliers, par dizaine de milliers que l’on compterait les individus arrachés à la bestialité, et civilisés dans le sens moral du terme.

Ces chiffres sont impressionnants, et, pourtant combien peu répondent-ils à la réalité ! La régénération morale échappe à l'appréciation numérique. Les missionnaires, les évangélistes ne font pas connaître tous les détails de leur activité. Pour eux il ne s'agit pas de statistique ou de publicité. Ils ne se soucient pas de fixer pour la postérité, l’his-

toire de leurs travaux. Une fois la guérison obtenue, l’essentiel est accompli, peu importe la documentation! D'autre part, combien de ces cas, sinon la plupart, sont appréciés et relatés d’une façon religieuse et non médicale ; ce qui nous empêche de faire état ici de bien des faits que nous avons cependant rassemblés, et qui sont exactement semblables à ceux que nous avons cités : où l’on peut affirmer que la guérison morale a toujours été suivie de guérison physique.

Et-ce n’est pas seulement dar <les temps modernes que ces faits abondent. Il serait passionnant de reprendre notre sujet au point de vue bien historique. Les annales du christianisme authentique fourniraient des exemples répétés de guérisons de régénérations,

. Que de thaumaturges dont le succès a été éphémère, et dû au seul attrait vainqueur de la nouveauté !

L'action du christianisme est au contraire une action stable, toujours semblable à elle-même, toujours identiqué dans sa cause et dans ses effets.

L'histoire montre l'exactitude de cette affirmation : «L’Evangile est jeune comme au premier jour, et dans son immortelle espérance, toujours prêt à recommencer. »

Il. — Universalité

Les guérisons morales opérées par le sentiment religieux ne se signalent pas seulement par leur fréquence, mais aussi parleur universalité.

Nos faits n’appartienrent pas en propre à telle secte, à telle mentalité. Ils ne sont pas explicables :

1° Par le tempérament naturellementreligieux des populations ou des individus parmi lesquels ils se sont produits.

Dans certaines de nos conversions, interviennent évidemment des réminiscences des textes bibliques, d’un enseignement oublié, quis’impose à l'attention dans un moment de perplexité ou de désespoir; l’ambiance religieuse à laquelle résiste difficilement l'individu ; mais combien d’autres concernent des individus qui, ainsi que leurs parents, avaient toujours été irréligieux, qui ne peuvent évoquer de pieux

souvenirs, car ils n’ont jamais entendu parler d'aucune religion, qui ne sont en rien suggestionnés par l'ambiance, puisqu’ils vivent précisément dans une ambiance génératrice de nouvelles dégradations : prison, maisons de prostitution, tribus sauvages, etc... Le changement de milieu est un facteur deguérison pour certains de nos malades, mais on ne peut dire que ce facteur soit essentiel. Dans combien d’autres cas l’alcoolique ou la prostituée n’a pas êté transporté dans une atmosphère saine ; dans combien de cas l'influence qui s’estexercée, a été celle d’une seule personne.

2° Par une notion de race spéciale : puisque nous avons conduit nos lecteurs sous toutes les latitudes de l’Europe, de l'Asie et de l'Afrique ; ou il faudrait faire intervenir l'instinct religieux dans son sens le plus primitif, le plus vague et imprécis, tel qu’il existe en tout homme, sous une forme ou sous une autre, (superstition, agnosticisme, ou autres équivalents). Mais faire appel à une des tendances constitutives de l'esprit humain, ne ferait que reculer le problème sans le résoudre. |

La civilisation des milieux autrefois sauvages, où se pratiquaient ouvertement le cannibalisme et les infanticides,n’est certes pas un retour à leur état primitif. La transformation a été définitive et assez profonde pour pénétrer les mœurs. Les règlements,les lois, n'ont été établis que plus tard. C’est la moralité des indigènes qui a fait ces lois et non la vertu des lois qui a changé la mentalité des indigènes.

« On reconnaît la divine origine de l'Evangile à sa puissance d'adaptation universelle. C’est le miroir magique où l'Esquimau comme le Maori, le Patagon comme le Fidjien, - Je cannibale de la Mélanésie comme l'aborigène de l’Australie, trouvent l’image de ce qu'ils sont et de ce qu'ils peuvent devenir. Destiné à l'homme en tant qu'homme, l'Evangile trouve accueil partout où il peut se faire entendre. Darwin lui-même qui avait cru trouver dans l'indigène de la Terre de Feu l'anneau qui, dans la chaîne des êtres, manquerait encore entre le singe et l’homme, a rendu dans ses écrits ce beau témoignage : « L'#nseignement du missionnaire, c'est la baguette magique de l’enchanteur ».

30 Par l'influence de l'éducation, puisque plusieurs de nos exemples se rapportent précisément à des natures brutes et sauvages.

On a aussi invoqué le principe inverse.

Le D: Legrain, tout en ne croyant pas « à l'influence moralisatrice des religions, croit que ces dernières ne peuvent agir que sur les esprits retardataires, qui n’ont pas encore été conquis au progrès (1) ».

On ne peut cependant pas conclure que ces phénomènes ne sont susceptibles de se produire que dans des natures arriérées et incultes, fermées à toute influence intellectuelle, à toute culture moderne : car les conversions religieuses parmi les intellectuels sont loin d’être des raretés.

Si les objets de ces guérisons échappent ainsi à toute systématisation de tempérament, de race, de milieu ou d’éducation, n'est-ce pas aussi le cas des agents même de ces guérisons, qui se recrutent dans les milieux les plus différents, qui comprennent à côté d’intellectuels, d'anciens dégénérés ?

Nous avons montré, dans notre critique des moyens psychothérapiques ordinaires, la difficulté de leur mise en œuvre. Ils ne sont pas à la portée de tout le monde, ils nécessitent une formation professionnelle spéciale, et encore les maîtres en la matière reconnaissent-ils eux-mêmes plus d'échecs que de succès. |

Comment des hommes dont la formation professionnelle n'est nullement médicale, qui ne sont psychologues, ni de carrière, ni d'occasion, qui ne se sont jamais occupés de questions analogues, dont les études, s’ils en ont fait, ont été théologiques, se revèlent-ils tout à coup psychothérapeutes de talent et de succès? Bien plus, ce sont souvent d'anciens dégénérés qui travaillent avec tant de réussite (2).

Auraient-ils réalisé cette extraordinaire synthèse de tous les traitements psychologiques et cela à leur insu ? S’il en

1. Dr Legrain, Dégénérescence sociale et alcoolisme, p. 246. 2. Ce qui ne veut nullement dire que nous établissions un rapport

de cause à effet entre l’ancienne débilité mentale des agents, et les résullats qu’ils obtiennent.

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