III. — Stabilité
Insistons sur la stabilité des résultats.
« D’après Bechterew, Lloyd Tuckey, Reymond et Bérillon, un alcoolique ne peut être considéré comme guéri
-qu’après être resté un et même deux ans dans son milieu
habituel, complètement guéri » (1).
Le D: Legrain écrit : « La durée de la cure est indéfinie, puisque son maintien se réclame d'une prophylaxie nécessaire, elle-même indéfinie » (2).
« Un alcoolique, écrit Rogues de Fursac, et guéri depuis vingt-ans, voilà de quoi toucher un aliéniste.. Ce n’est certes pas que je n’aie vu beaucoup de « convertis », mais je n’en connais guère qui aient persévéré » (3).
Notre étude psychologique des alcooliques, opiomanes, prostituées, criminels, sauvages, nous permet d'appliquer à tous ces sujets les citations précédentes relatives aux alcooliques et d'exiger comme critère de la guérison une sobriété prolongée.
Eh bien, nos guérisons d’alcooliques datent de 25, de 34 ans. En 1913 (dernière année pour laquelle il existe des chiffres complets) les sociétés d’abstinence de la Croix- Bleue comptaient 23.124 buveurs relevés, dont 5.914 depuis
1. Feuillade, Alcoolisme et Psychothérapie, p. 2. 2. D' Legrain, Sergent 329.
3, Rogues de Fursac, op. cil., p. 27.
plus de cinq ans, et 2.970 depuisplus de dix ans, sans aucune rechute.
Les fumeurs d'opium guéris le sont restés jusqu’à leur mort, c’est-à-dire seize et quatorze ans, et il en est de même pourles nombreux cas que peuvent suivre les missionnaires.
Les prostituées dont nous avons rapporté l’histoire sont
suivies depuis leur guérison. Certaines depuis vingt-huit,
vingt-sept ans, n’ont pas eu de nouvelles chutes. Les refuges où elles sont reçues, les suivent le plus possible. Beaucoup y reviennent tous les quinze jours passer une après-midi
de dimanche. Celles qui se marient amènent parfois avec
elles leurs bébés. Elles ne sont donc pas perdues de vue et il est avéré que le relèvement est définitif.
« La plupart des hommes dont j’ai raconté la vie, écrit l’auteur auquel nous avoñs emprunté quelques observations de criminels, persistent depuis des années dans la nouvelle voie qu'ils se sont choisie, il n’en est pas un dont la conversion soit récente » (1).
Qui contestera la stabilité du relèvement de Koponen (voir page 44) l'évadé de Sibérie qui, pour obéir à sa conscience régénérée se constitua à nouveau prisonnier et refit la route de l’enfer auquel il se croyait échappé ?
Et enfin nous pouvons ajouter que la civilisation des peuplades barbares de la Polynésie, de Sierra-Leone, de la
Nouvelle-Zélande, des îles Fidji, ne date pas d'hier. Ces con-
quêtes morales sont presque toutes au moins centenaires. Depuis, ces tribus ne sont jamais retombées dans la barbarie et le fétichisme. Elles ont constitué des Etats « où règnent l’ordre, la bienséance et la paix. » Cette transformation a passé dans les mœurs. Pourrait-on mieux constater la stabilité des résultats acquis sur la première génération ?