La pucelle de Belleville
ConTBRKz , chère lectrice , ou cher lec* teor... ( mais , par goât, je m'adresse plut6t i mes lectrices ) , coDTenez , dis-je que ce doit Être une chose bien cUfficile de réuster aoxpendtaos de son cœur ; moi qui n'ai jamais su , ni même jamais cherché i résister aux miens , je crois qu'il doit être cruel de se dire : • J'aime telle personne , mais je ne > Uii accorderai pas un rendei-vous. » Résister à ses sens est chose ordinaire : il ne but pour cela que de la raison et de la prudence ; mais ne pis céder à no sentiment m. t
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bien doux , bien tendre , qui nout ^tAïuse sans cesse vers l'objet quenousTOuIons fuir... C'est de la Tertu , de Itéroïsme... ou plutôt c'est de l'iDdifféreoce.
Adrienne était loin de posséder cette Tertu qui se rit des séducteurs. et des séductioos. Ce n'était point une femme forte ; et je lui en fais encore compliment : Dieu nous garde des Judith, AesDaltla, des Cléopàtre , et de toutes ces héroïnes de l'antiquité!...
Adrienne aTait le cœur et la ftiiblesse de soa sexe; elle aimait comme on aime... je ne dirai pas la première fois, car on peut aimer beaucoup mieux la dixième fois que la première ( ceci ne s'applique qu'aux hommes ; il est convenu que les dames n'aiment jamais qu'ime fois ). Enfin , Adrienne aimait Auguste ; cet amour s'augmentait encore de la crainte qu'elle- éprouvait d'être délaissée pour Virginie ; et , en rérité , elle avait bien quelques raisons pour redouter les petites espiègleries de mademoiselle Troopeau.
Toute la jourBiée Adrienne avait pensé à ce que M. Auguste lai avait demandé , et
elle s'était dit : n Oh ! non, certainement je n ne laisserai pas ma porte ouverte .'... Je ne
> lerecerraipaslaDnitdansmKcbambre. »
Et, au bout d'un moment die se. disait :
K Hais il TaToirVirginiewjtKicd'hni... elle » fera la coquette âtec son jJetit air iono-
■ cent... Uon Bien! s'il allait m'oublier •• alors.... au moips.... en lui parlant cesoir, s je détruirai peut-être l'impression produite N par Vii^siiûe. Alors... jene ferais pa& mal
> de laisser ma porte ourerte. ■
Le résultat de ces réflexions , tous le sa- Tez d^à , c'est que , sur les dix heures du soir , Auguste entrait tout doucement dans la chambre d'Adrienae.
■ Ah! mon Dieu!... c'est tous, mon-
■ sieur t... mais j'allais me coucher j'ai-
n lais fermer ma porte...
■ — Adrienne \ ae tous repentez pas de » ce que tous stce fait !... Je suis si heu-
■ reux I... si content d'être près de tous.... M — Hais TOUS ne resterez pas long-temps, H au moins. — Ce que tous Toudrez... ■
fit le jeune homme entrait, refermait la
porte, pais s'asseyait tout près de la jeune fille.
' H Pourquoi arez-Yotis refermé ma por- » te?... — Parce que nous pouiroas parler M plus tranquillement sans ètreentendos...
n Que TOUS étea gentille , oesoir !...que ce > petit bonnet vous Va biea!.... ^-Yous Tt Venez dé cbèz M. Troupeaa? — Ooi. — » Vous y êtes resté bien tard. — C'est le H dîner, qui n'en finissait plus K.. Ahl si » Toas saviez combien je me suis amusé ! — <• Je le vois... tous avez l'air si gai !... Ne M me proiez pas la main , monsieur, jene « le TOUX plus... — Et moi , Adrieone , je ■ le veus.... Qu'aTCz-TOus encore conti« <• moi? — Rien; mais... qu'BTez-Tousdonc ■> fait chez H. Troupeau qui tous ai tant >• amusé 7 •
Auguste raconte k la jeune fille ce qui s'est passé au dtner, et ce récit amène naturellement la confidence de ce qu'il est , et de ce qui causait sa jpie , le matin , en lisant le journal.
« Ainsi , TOUS n'êtes pas un grand per-
...,.„c;,„,8ic
DI UtXBTILLl. S
• sonna^? dit Adrienne. Ah! que je suis
• contente ! — Ma famille est riche ; mais
• moi je ne veux être qu'un artiste , et c'est » ce qui m'a hrouillé avec elle ; je suis Tenu
• ÂBelleville, pour ètreplus libre de mes ac- ) tions, moins importunépar des ennuyeux,
• pour m'y livrer plus commodément au
• travail, et puis .je vais vous l'avouer
• encore , Adrienne, pour fuir, pendant ■ quelque temps , les salons , les bals , les
• réunions de Paris; car, dans ces bals, » dam ces soirées, il y a des femmes char-
> mantes , ravissantes ! il est bien diffi-
> cileâ unjeunebommedene passe laisser I séduire ; mais ensuite ces femmes si at-
• niables , si séduisantes nous troqipçAt,
• nous oublient, pour en charmer d'autres;
• et moi , j'ai un grand défaut !.„ un dé&ut
• impardonnable ! Je n'aime pas à être i trompé.
» — Est-ce que vous l'auriez été, monsieur
> Auguste? — 0ht ouijjel'aiété plus d'une
• Ibis !... il y a des gens qui trouvent cela
> toi^t naturel Sans doute, il faut bieq
lA ricitii
■ que ce soit naturel , puisque c'est si C(Hn- » mun. MbIjp^ cela , j'ai eu la faiblesse de » m'en affliger... car, si j'ai l'air parfois » étourdi, léger, cela ne m'empâche pas i> d'avoir un cœur aimant; je nepuiséprou- H ver i demi aucun sentiment; je lui dois.
M ou beaucoup de bonheur, ou beaucoup » de peine. J'étais donc venu me réfugier
» à Belleville, pour fuir l'amour en vé-
" rite , j'étais bien fou de penser que j'y >• serais à l'abri de ses atteintes ! Est-ce qu'U i> n'y a pas de l'amour partout où il y a des
» femmes! IHsis si, du moins, je trouve
» en ces lieux quelqu'un qui m'aime sincèn FEsnent , qui me laisse lire au fond de son
■ ame , qui n'ait aucun secret pour moi , H aucune intrigue â me cacher... comme le n disaient ces dames de Paris, alors jene jt regretterai pas d'être venu ici pour y en- 1. gager mon cœur, au lieu d'y retrouver » ma liberté. »
Adrieime écoute Auguste avec im vif plaisir ; mais comme le jeuoï homme la regarde alors bien tendrement , et de fort près,
„.,„..G.K,yl.
elle se sent toute troublée , tout émue , et balbutie de nouveau pour dire quelque chose :
« Comment ! oo tous a trompé mais
» c'est bien viloiii, cela! — N'est-ce
» pas, Adrienne, que c'est mal... Vous ne 11 ne me tromperiez pas, vous, j'en suis i> bien sur... vous ne diriez pas que votre 11 cœur est libre, si vous en stmiez un autre. » — Fi donc!.., est-ce qu'on peut dire » cela?.... est-ce qu'il est possible d'aimer » plusieurs personnes à la fois?... — Votre 11 ame francbe ne comprend pas cela!...
n Adrienne... Que ce bonnet vous sied » bien!... vous êtes toujours charmante; 11 mais ce soir. . . sans doute le bonheur que M j'éprouve à être seul avec vous , fait que " vous me semblez encore plus jolie. "
Et le jeune homme entourait de son bras la taille d' Adrienne, et îl cherchait à l'attirer si près de lui qu'elle eût été sur ses genoux. Adrienne le repousse doucement , en murmurant i
n Finissez, monsieur Auguste, si vous
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» n'êtes pas sage, je vais TOUS renvoyer tout .• de suite. — C'est que je suis si bien tout «contre yous... — On peut être près des " gens... sans les tenirainsi.Vousnem'avez <> pas dit ce que l'on a paru penser de tous » chez H. Troupeau... lorsqu'ils ont su que » TOUS n'étiez pas un homme en place. — » Ûh!maconfidenceafaitunmauTaiseffet; <i surtout quand j'ai dit que je traTaillats » pour le Âé4tre. — Qh! je le crois..... — » Gspendant je dois rendre justice à made- « moiselle Virginie j en apprenant que je n n'étais pas un grand personnage, loin de •> me témoigner moins de bienveillance , elle n a semblé, au contraire, chercher, par ses ■ manières aimables, à me faire oublier le « changemcDS de ses parens.
» — Ah! TOUS iTez remarqué cela... De .. grâce , laissez-moi , monsieur, je ne yeux » pas qu'on me tienne ainsi ! <•
Adrienne s'est dégagée des bras d'Auguste, et elle Ta s'asseoir à l'autre extrémité de la chambre. Le jeune homme la regarde avec étonnement pendant quelques minutes; mais bientôt il se rapproche d'elle.
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H inUTIUl. « .
- « Qa'ai-je donc fait poor que tous me » inontriez tant d'aversion?... — Vous n'ait Vez rien fait!... Je n'ai point d'arersion » pour TOUS... et d'ailleurs, qu'est-ce que » cela peut TOUS faire?... tous êtes déjà tout " occupé de madernoiselie Vii^ioie et en-
■ chanté qu'elle ne partage pas le ridicule » de ses parens. — Tout occupé de made- > moiselle Troupeau... moi!... je tou3 «s- » sure qu'il n'en est neia . — A-hi je sais que <• l'on ne peut résister A ses charmes. . . à son » petit air doucereux... i ses coquetteries »■ enfin. ^ Quoi!... Traiment... elle est co-
■ quette?... — Vous ne tous en étiez pas » aperçu? — Eh t me suis-je occupé d'elle...
>> puisque je ne pense qu'à Vous!... — Vous » le dites... mais... — Adrienne... c'est tous B que j'aime... ■ — Ah! les hommes disent n cela si Tite et si souTcnt!... — Moi, je ne n le dis que quand je l'éprouve, et si tous n m'aimiez, je serais si heureux!.ï..
Auguste s'était si bien rapproché, que sa tête éurit presque contre ta joue brûlante de la jeune fille, qui sentait que le feu de
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son visage se commuoiquait atoutes les parties de 8on corps.
u Mon Dieu ! ... si je pouyais tous croire ! > dit enfin Adrieone., en détournant ses yeux, que ceux d'Auguste dierchaient toujours.
II — Que faudrait-il faire pour dissiper » vos doutes? — Nais il faudrait... ne plus » aljerchez M. Troupeau... neplus rCTOiP » Tir^ie... jamais... jamais!. ,. car je la » crains... ah! je la crains beaucoup.
» — Vous avea tort de la craindre , et , K pour être aimé de tous, je voudrais tous » o£Erir de plus grands sacrifices... £b bien!
■ je ne retournerai plus cbeK M. Troupeau. .. H ce ne sera peut-être pas fort b^ioâte...
I mais TOUS ledésirez, ilspeoserODtâe moi
■ ce qu'ils Toudront , je n'irai plus ! — Bien » Trai?... — Bien vrai! »
La joie , le bonheur brïHent dana les yâux d'Adrienne; elle est si contente qu'elle ne sait plus que répondre à Auguste quand il lui dit, en Fétreignant dans ses bras i ■ Et » moi , qu'obtiendrai-je pour récompense?
II m'aimerez-TOus alors?..'. »
Or, quaad une femme ne sait plus que répondre à un homme qui lui demande de l'amour, celui-ci se rappelle. le vieux proverbe : Qui ne dit mot consent.
N'est-il pas vrai , mesdames, qu'il est peu de dictons qui ait reçu aussi souvent son application.
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