‹ La pucelle de Belleville (volume 2)Chapitre 22 sur 28 · I. ferai · texte numérisé non relu

I. ferai

Madame Troupeau va troufer Yit^uie.

Ce i}*est plus d'un air menaçant qu'elle lui parle , c'est presque du ton de la prière :

u Ma fille , » lui dit-elle , « votre tante vient

■ de nous déclarer qu'elle TOUS déshériterait » si vous n'épousiez pas le comte deSeone-

■ TiUe;songez y-bien: c'est vingt -cinq mille

■ livresderenlequevousperdriez... et nous i> ne pouvons vous donner que le tiers de

■ cette somme. — Ma chère maman, je me

■ passerai bien de l'héritage de ma tante ; • maisditesjui pourtant que si elle me dés- » hérite , je sais une petite histoire de Co- » saques que je conterai partout. — Que » voulez-vous dire avec vos Cosaques, ma n fille? — Répétez simplement cela à ma " tante, et je vous assure qu'elle me com-

■ prendra et ne me déshéritera pas. »

Madame Troupeau retourne au salon ; et

quoiqu'elle ne ccHnprenne rien à ce que lui a dit sa fille, elle le répète mot pour mot A sa tante : alors mademoiselle Bcllavoine se

140 u rscuu

laisse encore aller sur le dos deson fauteuil; elle semble prête à s'écanouir; puis tout à coup elle se redresse , et s'écrie : • Mariez-la ; B qu'elle épouse son Auguste... j'y conseos... » Je ne la déshériterai paS!..... Mais qu'on n me laisse en repos , qu'on ne me parie i> plus de Cosaques, aunom du del!... que » ce soit finit... H

Troupeau et sa femme se regardent d'un air surpris. Le mari s'écrie ; • Il parait que H ma taate a eu à se plaindre de ces hommes » du Nord; car leur nom seul produit sur » elle une bien terrible impression. — C'est • probablement , » dit Baisemon , « parce n qu'elle sait que ces gens-lA ne portent ni' H chemise ni caleçon. »

Le consentement de la vieille lante a presque déterminé les Troupeau & céder aux désirs de leur fille : cependant le souvenir dn comte les fait hésiter encore, lorsque Babeile accourt d'un air tout effaré leur dire : ■I Mademoiselle votre fille a prié en secret » Lisette de lui procurer de la mort-auzn rats!....

......Gccglc

DEBtLLBTnxi. 141

K — Àh ! moD Dieu ! la malheureuse ! elle n veut se détruire, s'empoisonner, il n'y a * pas de doute; car nous n'avons jamais eu » de rats dans la maison... Allons, monsieur » Troupeau, plus d'ambition, plus de grani> deurs ! notre eufanl avant tout ! — C'est » juste , ma femme , c'est un sacrifice i » faire... JHab je le tau... Allons embrasser

■ Virginie. •

Aussitôt M. et madame Troupeau montent i la chambre de leur fille; ik courent k Virginie , la pressent dans leurs bras , la couvrent de caresses , et lui disent : « C'est fini , » mon enfant, tu l'emportes; épouse celui

■ que tu aimes.... nous y donnons notre 1 consentement. »

Alors Virginie embrasse et remercie mille fois ses parens ; et la petite rusée, qui n'avait fait demander de la mort-aux-rats que pour les efErayer, se dit en elle-ménle : « Je H savais bien qu'on ferait ma volonté. »

". C=""8fc

CBAPITBE V.

LoBSQOB les premiers transports de joie sont calmés , et que l'on recommeace à s'entendre, U. Troupeau dit à sa fiUe: ■ Mais, » à propos, où est-il ce monsieur Montreville H pour quetu répouses7car jedois luiren- » dre la justice de dire que depuis ton retour » k Belleville, on ne l'a pas aperçu dans le » pays.

Il — Oh ! c'est qu'Auguste n'est pas de » ces gens qui veulent forcer des parens k « les recevoir ! il est trop fier pour cela ! » Mais je sais son adresse à Paris ; je U lui ■ avait demandée : il fout lui écrire , mon " père , lui dire que vous n'étea plus £&dié ,

« et Tatteadez pour le nommer votre gen- » dre..w Alors it viendra tout de suite. — ■ Soit... écrivons-lai. *

M. Troupeau se met & son bureau : il prend tout ce qu'il lui faut pour écrire ; il reste un gros quart d'heure sans pouvoir commencer sa lettre; enfin il se lève, en disant : « C'est extrêmement embarrassant • d'écrire de ces choses-là... Je ne sais com- 1 ment tourner cela...

i> — Mon Dieu! mon 4^er papa, c'est » bim Tacile ; et , si vous le permettez , je » vais TOUS dicter. — Ma foi , je le veux « bien. "

Tronpeau se remet à son bureao , et Vir- ^uie lui dicte : ■ Mon cher montitur M<mn trevilie, notre colère est postée ; le bonheur » de notre fille est maintenant notre teul dé- » tir, et nous sommet prêts à vous accorder » ta main, si txnts t'aimez toujours, et jurez » de n'aimer jamais qu'elle. Venez vout- » même apporter votre réponse. »

Troupeau écrit et signe; puis il regarde sa femme en murmurant : •• Comme notre

". C=""8fc

m Ik FTCULI

H fiUea de l'espritl... — Toot lui est venc !• à la fois ! ■ répond la mamaD.

La lettre est mise à la poste , et déjà Virginie compte les heures , les minutes. Maintenant que ses parens consentent à l'unir k celui qu'elle préfère , si Auguste avait cessé de l'aimer, s'il allait refuser sa main!....

Cette idée ne lui laisse pas un instant de repos; elleestpâle, souffrante , et Baisemoo dit : •' Elle a l'air plus malade depuis qu'on * a consenti i iaire son bonheur. ■

Tiipnie a calculé le temps; elle a dit :

« Augusterecevra la lettre cette après-midL.. i> il pourrait venir ce soir , ou au plus tard H demain matin. S'il n'est pas venu demain, <• c'est fini t.. c'est qu'il ne m'aime plus... H Oh! alors, je ne sais pas ce que je ferai! »

Le soir se passe, Auguste ne vient pas.

■ Il n'y a point encore de temps de perdu, <• dit madame Troupeau; u ce jeune homme » pouvait être absent de chez lui quand^la

■ lettre est arrivée. »

Virginie ne dit rien , mais elle est toute la nuit sans dormir : elle repasse dans sa

mémoire ses entretiens avec Auguste ; elle se rappelle que , même en lui faisant la cour, il était souvent rêveur, distrait; que des sotipirs lui échappaient sans qu'il en eût avoué la cause ; et elle se dit : u 11 ne m'aime » pas , il ne m'a jamais aimée. J'étais tine

■ folie de le croire.... Il me l'a dit, perce M qu'il a vu que cela me faisait plaisir....

» mais il n'eu pensait pas un mot!... Je suis

■ sûre qu'il ne viendra pas. «

Le lendemain, midi a sonné, et l'on n'a encore reçu aucune visite , aucune nouvelle de Paris. Virginie est triste , abattue, mais elle garde un morne silence. M. Troupeau va de sa femme à Baisemon, en murmurant :

•I Je ne puis cependant pas aller prendre ce » jeune homme au collet pour lui faire épou* T ser ma fille. «

Quant à mademoiselle Bellavoine, elle ne dit rien , et pourvu qu'on ne prononce plus devant elle le mot cosaque , tout le reste semble lui être indifférent.

Sur les deux heures on sonne  la grille de IjR rue : un mouvement général s'opère IV. i3

„,C,„,8lc

dans le saloa; tous les regards se toumeot Tcrs la porte : elle s'ouvre , et A uguste Montrëville parait.

Virginie pousse un cri de joie, tous les fronts s'éclaircissent , le jeune homme salue avec modestie la famtUe , et s'avance vers M. Troupeau, qui lui tend la main, en balbutiant une phrase que lui-même ne comprend pas. C'est encore Virginie qui met fin à l'embarras réciproque en s'écriaot : • Vous

» voyez qu'il m'aime toujours ne parlez

■ plus du passé. Auguste, embrassez ma

» mère, embrassez ma tante Vous êtes

Il maintenant de la &mille. •

Auguste va respectueusement embrasser xmademoiselie Bellavoine , qui se laisse faire sans rien perdre de sa gravité ; madame Troupeau montre plus d'effusion en recevant le baiser de son futur gendre. Baîsemon s'avance , croyant qu'on va aussi l'embrasser, mais c'est par sa jolie future que le jeune homme finit, et c'est bien ce que celle-ci espérait.

On parle du la grande affaire. Auguste

...Cccglc

DE BELLEVJLLE. 147

n'a plus Dt son père ni sa mère; il est libre de lui-même ; il a mille écns it rentes, ses Ulens , qui doivent lui rapporter davantsgpe , et en perspective de belles eapéraoces : il expose fraDchement sa position, car il ne veut en imposer h personne; mais lorsque m. Troupeau va pour lui détailler tout ca que sa fille aura, ce qu'il compte lui donner en dot, Auguste l'interrompt en lui disant : " Je vous jure , monsieur, que ce n'est » point pour sa fortune que j'épouserai von tre fille, mais parce que je crois en être Il sincèrement aimé; ne lui donnez point de Il dot, et je m'estimerai encore trop heureux <• d'être son marï. »

Troupeau frappe dans la main d'Auguste , en s'écriant : •■ C'est très-bien , mon ami , je > suis content de vous... mais ma fille n'en H sera pas moins très-riche , et cela ne gân tera rien.

» — Et moi , qui croyais qu'il ne m'aimait 11 pas,» dit Virginie. «Ah! que j'étais ïn- » juste, que je l'avais mal jugé! »

Tout est arrangé, décidé, et il est convenu

...Cccglc

que l'on va s'occuper sur-le-champ de se procurer les papiers indispensables pour le maria^ , afin que le bonlieur des jeunes gens ne soit pas éloigné.

Auguste est retenu pour dîner. On le prévient que jusqu'au jour de son hymen il doit regarder la maison de son beau-père comme la sienne , et que son courert y sera toujours mis. Virginie aurait même désiré qu'on lui offrit une chambre pour coucher; mais on pense que cela ne serait pas décent : d'ailleurs, pour hâter son mariage, Auguste vfi avoir affaire à Paris, et il vaut mieux qu'il retourne tous les jours.

Cette journée se passe vite : la joie , le plaisir sont revenus dans la maison de M. Troupeau. Vii^înie a retrouvé toute sa gaieté; elle rit, chante, danse, fait mille folies, et parvient même à faire sourire sa tante« Les journées suivantes s'écoulent de même : l'approche du mariage de Vii^inie nécessite mille emplettes , mille préparatiis. Tout le monde est occupé dans la maison; on n'y a pas un moment à soi. Baisemon est

...Cccglc

en course du matin au soir, pour des achats d'étoffes ou de rubans ; mais il ne se plaint pas parce qu'il a ea perspective un superbe repas de noces.

Auguste vient tous les jours & Belleville; il est tendre, empressé près de Vii^nie.

Cependant son front est quelquefois soucieux, et lorsque sa future ne le regarde pas , il lui arrive de lever vers le ciel des regards où brillent plutôt de tristes souvenirs que de riantes espérances. Un jour il dit k Virginie : « — Tenez-vous beaucoup à ce « pays... voulez-vous rester à Belleville ? — » Moi? mon ami , mon Dieu ! non; j'irai où

9 VOUS voudrez vous n'aimez pas Belle-

» ville? — Je vous avoue que je n'aime

o plus ce pays. — £h bien! nous demeure- ■ rons à Paris, cela m'amusera bien plus n d'être à Paris , et comme c'est tout près , » nous viendrons souvent ici voir mes paît rens. — Mais voudront-ils? — Ne vojisin- >i quiétez pas de cela !... »

Quinze jours ont suffi pour qu'Auguste ait les papiers qui lui sont nécessaires pour

se marier. On a fixé â dix jours plus Urd la grande cérémonie, lorsqu'au matiu, avant que soa futur gendre ne soit venu , M. Troupeau reçoit une lettre timbrée de Londres.

Il pâlit en reconnaissant récriture, et balbutie : ■ C'est du comte Senaerille.

H — £h bien ! mou père , qu'est-ce que » cela vous fait maintenant, ^t pourquoi » TOUS en afEecter? » dit Virginie en riant.

•1 Vous n'avez plus rien à démêler avec le » comte... — Sans doute, ma fille... mais, » malgré cela... je crains... — Ne craignez « donc rien, et voyez d'abord ce qu'il ¥0u»

» écrit.

Troupeau ouvre la lettre et lit :

« Après-demain je quitte Londres , je !■ m'arrêterai trois jours à Calais, pour tous

■ y choisir des coquillages. Ainsi, d'aujour- » dliui en huit, alteadez-moi â Bellerille,

■ et tenez-moi toute prête le main de ma » petite comtesse. ■

« Ah! mon Dieu!... il arrive dans hait » jours! » dit Troupeau en laissant tombée sa tète sur sa poitrine.

". C=""8fc

■', DI gELLCVILLE. 181

« — Et il Dousapporte des coquillages ! »

murmure madame Troupeau, en poussant un gros soupir. >•

Il — J'aurais préféré des huîtres , » dit

- ^ u — Mon cher papa, on dira à. M. de n Sennerille qu'il aille chercher ailleurs une » petite comtesse , et qu'il remporte ses co- » quillages , voilà tout.

■ — Voiià tout!.,., certainement, ma ■ fiile, je sais bien qu'il faudra lui dire » cela... mais j'aurais mieux aimé, j'aurais n beaucoup mieux aimé qu'il te trouvât » mariée , parce qu'alors on lui dit : C'est >• fini!... elle est mariée!.. Et tant que ta Il ne le seras pas , il peut réclamer l'exécu- » tion de ma pfomesse. Si nous pouvions » avancer ton mariage de quelque jours?..

» — Oh ! je le veux bien , moi , et Auguste • oe demandera pas mieux... donnez vos B ordres, faites tout hâter... avec de l'ars gent , on fait ce qu'on veut... Mariez-nous » donc dans six jours au lieu de dix. — C'est » dit.., dans mx jours... je vais courir poup

...Cccglc

15S u-fucilu

cda... — Hais ma robe... mes robes de » noces, qui ne sont pas faites!... ah! il ■■ fâadra bien qu'elles le soient... j'irai moi-

■ même à Paris chei la couturière... Vous, » papa, courez et disposez tout pour dans » six jours. — C'est cODïenu. Alors, quand s le cotbte arrivera , tu seras mariée!., et

■ ma foi ! il ne pourra plus t'épouser. »

M. Troupeau se làrt en course pour avancer le mariage. Madame Troupeau refait ses ÎDTÏtatioQs; lorsqu'Auf^uste arriTe, on lui apprend que son bonheur est avancé de quatre jours ; en recevant cette nouvelle , le jeune homme laisse échapper un soupir; car plus le moment de son hymen approche , plus ses accès de mélancolie redoublent; mais, tout à son prochain mariage, Virginie ne s'aperçoit pas du trouble de sou amant , qui lui répond , en lui baisant la main :<> Dans six jours... soit... quand vous il voudrez... — Est-ce que vous n'êtes pas » content que ce soit plus tôt?.... — Oh!

■ pardoonez-moi... — A la bonne heure...

» mais pourvu que mes robes soient faites !

...,.„G,„,alc

DB BELLi VILLE. 1S3

B — Vous serez toujours bien, Virginie...

" — C'est fort aimable de dire cela, mais » je veux que votre femme vous fasse hon- H Dcur , et qu'il ne manque rien à ma toi- » lettè. »

Encore trois jours, et Virginie sera madame IHontreville. Mais la couturière n'a pas apporté les robes pour la cérémonie et le bal. Ce n'est pas- à BeUeville que l'on fait l^ire la toilette de la mariée ; c'est à une des meilleures couturières de Paris que l'on s'est adressé; car on 7eut que Virginie soit mise avec le dernier goût, la dernière élégance; mais l'babile couturière est surcbar* gée d'ouvrage, on craint qu'elle ne manque de parole, et cbaque matin on lui dépêche Baisemon.

n — Si j'allais moi-même chez cette cou- » turière, » dit Virginie à sa mère, je pour- H rais y essayer mes robes... je serais bien » plus certaine si elles vont bien... Oh!

» oui; c'est une excellente idée, et je vais 11 aller à Paris. — Mais, ma fille ,.ta ne peux ■ aller seuleàParis... Je suis un peu incom-

154 L» rocuLK

n raodée, et j'ai tant à feire ici... too père

■ est en course ; il ae rentrera que pour dt-

■ ner... Ton futur va venir, c'est vrai; maïs

■ tl oe serait pas déceat de conrir ainsi ,

■ avec lui, arant ton hymen. — Eh, mon » Dieu ! mamaD , tous voiU bien embarras-

■ sée ; M . Baisemon viendra avec moi , non»

Il prendrons à la barrière uafiacre i l'heure, * et il nous ramènera ici. >•

Le projet de Vii^înie est approuré ; depuis que la jeune fille avait montré de la tète et du caractère , on ne savait plus résister à ses moindres volontés. M. Baisemon est appelé ; ou le prie de servir de cavalier à la jeune fiancée.

Baisemon , toujours aux ordres de la famille Troupeau , a pris.soQ chapeau , et préaeute humblement son bras à Virginie, qui le fait aller grand train jusqu'à la barrière, où il ne reprend sa respiration que dans un fiacre- La couturière demeure rue- Montmartre.

On se fait conduire chez elle. Lorsqu'on est arrivé, Baisemon va pour descendre , mais

...,.„a„,aic

ISS

Vii^inie liii ait : •> H est inutile que vous » montiez; je n'ai pas besoin que vous soyez

■ là pour,me voir essayer mes robes. Res- » tez dans la voiture, t

Le gros Baisemonne demande pas mieux; il se rejette sur les coussins, et laisse descendre Vii^inie , en se disant : « Elle ne va » pas courir après son amant, puisqu'elle B l'épouse «prés-demaio.»

La couturière occupe au second un fort bel appartement, où de nombreuses ouvrières sont employées. On s'empresse démontrer à Virginie sa robe de bal , qui est achevée ; etle l'essaie; elle en est enchanté^.

n — Mais ce n'est pas tout, dit-elle, et la

■ robe pour la cérémonie? — Oh! made- » moiselle , il n'y a que fort peu de chose à n y faire ; elle sera terminée ce soir. — Mon- >> trez-)a-moi au moins. — Mademoiselle, 1. c'est que l'ouvrière qui est après travaille * chezelle... c'est une jeune femme, une » jeune mère, qui ne peut quitter son en- .. fant pour venir ici ; mais elle travaille » comme une fée , et vous serez satisfaite

IS6 U PCCELLI

" de Votre robe. — C'est possible, mais ja » voudrais la voir... — On peut TOusl'aller » chercher : cette ourrière demeure dans la

« maison — Dans la maison? alors,

Il j'aime mieux monter chez elle ; elle n'aura » pas besoin de quitter nu robe , ce qui la » dérangerait et la retarderait encore. — » Quoi! mademoiseUe, TOUS TOUS donnerieï » la peine? — Pourquoi pas, puisque c*est i> dans la maison. — C'est que cette jeuoe u femme.... n'est pas heureuse... elle 1<^ » dans une mansarde. — Eh mon Dieu!

» qu'importe ! ce n'est pas son logement, " c'estmarobe qneje TaisToir. — Ëncecas, » Alphonsine , conduisez mademoiselle. »

Une petite apprentie se lèTe, Virginie la suit. Elles montent tout au haut de l'esca- - lier ; arrivées ta , l'apprentie tourne une clef qui est sur une porte , et tait entrer Virginie dans une petite pièce mansardée, où iinber> ceau d'osier est placé sur deux chaises, et recouvert de rideaux de calicot.

Il n'y avait personne dans cette pièce, mais elle communiquait à une autre, et la

...Gccglc

DllBLlIVILLI. 1S7

petite apprentie se met à crier : « C'est la den moiselle qui se marie, qai vleat essayer )• sa robe.

i> — Jeviens,» répond une. voix qui part de la chambre voisine. Alors l'apprentie présente une cbaise àVii^nie, en lui disant:

«Elle Ta.venir, mademoiselle.;...» Puis la jeune fille salue et retourne à son ouvrage.

Vilenie s'est assise, et ses yeur se promènent avec curiosité dans la pièce oà elle se trouve; l'ordre et la propreté qui y récent ne peuvent cependantencacberla pauvreté.

Point de rideaux à la fenêtre, quelques vieilles chaise», une table vermoulue, un petit morceau de glace pour servir de miroir, voîlA tout l'ameublement. Habituée aux douceurs de l'aisance , Virginie n'avait encore aucune idée de la misère ; son cœur est toaché de ce spectacle , elle se dit : « ISdn Dieu \ comme » il y a des gens malheureux!... je suis sûre » qu'on manque de tout ici... et cette pau- * vre femme est mère.. V.. Voyons donc son u enfant... »

Virginie se lève, et va entr' ouvrir douce-

...Cccglc

ISS u pugbub

mrat les rideaux du Iterceau. Uu enfant, qui parait avoir deux mois au plus, y dort paisiblement. Sa petite figure blanche et rose à l'air de sourire , sa bouche même en dormant semble chercher le sein de sa mère; Virginie ne peut résister au déar de l'embrasser, en s'écriant : u Qne c'est joli mien- » faut!... ■

Dans ce moment, une jeune femme sort de la pièce roisine et dit : n Àh! ne réfeillez n pas mon fils! n

Virginie se retourne.... elle reste immobile, elle n'a plus de voix.... plus de force

pour marcher Elle vient de reconnaître

Adrienne, et celle-ci a poussé un cri , en murmurant : « Virginie!...

■ Adriennel Adrienne ici dans cette

■ mansarde est-ce bien possible? >• dît

enfin Virginie, en reveDantde son émotion.

■ — Ou! , mademoiselle , c'est bien moi

■ d'où viens votre étonnement7...igaoriez-

■ vous que j'avais quitté Believille?.... que ]> mon oncle m'avait chassé de chez lui?....

u —Chassée.... pauvreAdrîenneL... Oui,

......Ccgk

u isLuvniE. Itfft

» sans doute, j'igaorais cela; car mon père H oe Toit plus votre oncle... et... ou ne me » parlait jamais de tous... Mon Sieul... et » pourquoi donc votre oncle tous a-t-il ren- » voyée?... »

AdrieoDe montre le berceau , en murmurant: <i He le devinez-TOus pas?.. . — Quoi ! ... » cet enfant.... c'est à tous, c^t enfant?.... H — C'est mon'seul bien , ma seule consola- » tient... — Et... et son père?..."

Adrienne essuie quelques larmes qui s'échappent de ses yeux. Puis, en regardant fixement Virginie, elle lui répond : •< Ah!

» j'ai bien souffert j'ai eu bien descha-

■ grins, et si je tous eadisaisia cause... — » Dites-la-moi , Adrienne, dis-la-moi , je t'en >• priej ne me cache rien.., j'étais ton amie » autrefois... — Oui! mais depuisce temps 1... > — Adrienne , conte-moi tout ce qui t'est » arriïé Tiens , viens t'asseoîr près de

■ moi... <>

Et Virginie, prenant la main d'Adrienne, la fait asseoir à côté d'elle; alors, les yeux fixés sur ceux de son ancienne amie, elle attend avec anxiété ce qu'elle Ta lui dire.

....«Ccglc

160 u ncBUE

« Tîr^DÎe, vousn'ignorezpasqueH. Au-

■ guste MoDtreTille demeurait chez mon

■ oncle à Belleville? — Oui... je le sais. —

> Je pensais aussi que vous saviez qu'il me « faisait la cour. Alors ce n'était pas un » mystère... il ayait l'air de m'aimer... et je n crois bien qu'il m'aimait réellement. Mbi... » je l'aimais aussi... oh! je l'aimais de toute j> mon ame!... mais il allait chez votre père... K j'étais jalouse de tous.... je craignais.... it qu'en vous voyant... et n'avais-jepesbien

> des raisons pour vous craindre?-.. Enfin, » Auguste avait cessé d'aller chez vous, et » j'étais si heureuse.... si confiante en son

■ amour , que je n'eus pas la force de lui

■ rien reEuser...

■ — Il est le père de votre enfant ! » s'écrie Virginie, en se levant avec un mouvement coovulsif.

■ — Oui et tenez regardez re-

N gardez mon fib Ne trouvez-vous pas

» qu'il lui ressemble déjà 7 >

Virginie s'approche du berceau, considère l'enfant pendant quelques mÎButes, puis

......Gccgk

DI BSLLEVILLE. 181

retoarne s'asseoir, en balbutiant d'un air abattu : «Acheyez donc votre récit.

« ^ En apprenant que j'étais enceinte, j» Auguste, qui m'avait déjà promis de ra'é- K pouser , ne cacha plus ses intentions k u mon oncle et ma tante ; notre mariage alu lait se conclure, lorsque ma tante mourut, » et nous dûmes le reculer pour, quelque n temps: mais Auguste était toujours aussi T aimant, aussi tendre près de moi, et j'at- » tendais sans impatience le jour où il me H nommerait sa femme, lorsqu'un matin....

» ô mon Dieu ! ce Souvenir me glace eûcore n le cœur ; je n'avais pas vu Auguste la veille ■ au soir , et il ne paraissait pas ; je monte u  sa chambre, elle était déserte j mais j'y » trouve deux lettres, une pour mon oncle, » l'autre pour mm... Tenez... la voici cette

i> lettre fatale oh! elle ne m'a jamais

Il quittée depuis, quoique je ne puisse pas » la lire sans pleurer. »

Adrieune sort de son sein la lettre d'Auguste; elle la présente à Virginie, qui la lit précipitamment, et sent un poids terrible se

...Gccglc

16) U PVCSLLE

placer sur sod cœur, en arrivant à ces mots : Je connais maintenant vos intrigues avec M. Ledoux et votre cousin Godibert....

• Ah! Virginie, vous savez combien cela H est faux [ » dit Adrienne , en leTant les yeux au ciel. • Vous savez.... si je fus cou* n pable... mais dans le monde on l'a cru; i> on l'a dit à Auguste, qui m'a abandonnée... Il quittée pour jamais!... alors, mon oncle i> m*acbassée...etje serais morte de douleur » peut-être, si je ne m'étais pas souvenue que n j'étais mère , et que Je me deToîs ii mon - enfant. «

Deux ruisseaux de larmes coulent des yeux de Virginie, qui cache sa tête dans ses mains, en murmurant ; * Pauvre Adrienne!

» c'est moi qui ai causé tous ces événco[ieos ;

■ c'est moi qui suis l'auteur de tous tes cba- )• grins... Ah ! tu dois bien me haïr, n'estn ce pas?...

■ — Vous haïr!... oh! non... vouspleu- 1. rez... vous êtes fâchée de me voir matbeu' I. reuse, je tous pardonne... et pourtant j'ai

■ bien souffert ! .. . mais vous, Virginie, vous

......Gccglc

DK IiEl,LEVn.LE. m

» êtes heureuse, tous allez tous marier?.:.

» TOUS aimez votre prétendu sans doute t. ..

» qui donc épousez-rous?...

» — Je te le dirai plus tard, » répond Virginie , en se levant brusquement pour aller embrasser l'enfant dans son berceui.

« — Votre robe sera faite ce soir..., j'ai » passé deus nuits après... voulez- vous l'es- » sayer?... — Non.;, non... c'est inutile...

■ — Pourquoi donc?.... — Je l'essaierai » plus tard. ..je reviendrai. ,.AdrienDe,Teux- » tu encore m'embrasser?...

Pour toute réponse, Adrienne se jette dans les bras de son ancienne omie , et pendant quelques instaos elle se tiennent étroitement embrassées; enfin, Virginie se dégage la première; elle essuie ses yeux gros de larmes , et , serrant la main d' Adrienne, sort de la mansarde , en répétant : ■ Tu me re- " Terras. »

Virginie a deecendu l'escalier précipitamment; elle monte dans le fiacre, donne une adresse au cocher, et s'asseoit près de Baisemon, qui dormait, et qui ne s'éveille qu'en se sentant rouler.

,.,r„„,8ic

1S4 LA rcCELLE

<i Eh bieu! mademoiselle, avez- vous es- » sayé vos robes? •> dit le régisseur, en s'écarquillant les yeux. " — Oui, monsieur

■ Baisemon- — Èles-vous satisfaite? — Très- » satisFaite. — Ab! j'en sub bien aise

■ c'est que pour une mariée... des robes...

» 4iable ! . . . c'estcomme uoe, barbe bien faite » pour un homme. . . Mais il me semble que i> le cocber ne reprend pas le chemin de Bel-

' » leville. — Nous n'y allons pas non plus à » présent. — Et où donc alions-nous? — » Chez un monsieur auquel je veux parler.

H — Chez un monsieur.... comment made- » moiselle... mais c'est que... — Mais, mais, « calmez-vous, c'est chez M. Auguste Mon- * treville que je vais, et j'espère qu'il m'est i> bien permis d'aller lui parler... — Ah!

» c'est chez monsieur votre futur... oh i » alors... pourvu que j'accompagne made- H moiselle. — C'est-à-dire queje tous le dé- » fends : vous resterez dans U fiacre, -r- » 'Mais , mademoiselle , les convenances ?

» — Ifoua voici arrivés. Taisez<vou3 et res- . tez-là. »

„.,„..GcK>glc

BB BUliriLtI. ISS

' Baisemoa se tait, et reste dans la ToUure, en murmurant ; « Quelle singulière petite > fille!.... est-ce qu'avant le mariage elle » voudrait essayer si... ma foi!... C'est mba B {ypiuion ! ... »

"Viii^inie demande au portier si Auguste est chez lui , et elle laisse échapper un cri de joie en apprenant qu'il n'est pas encore sorti. Elle s'élance vei^l'escalier, monte rapidement, sonne avec violence , répond à peine au domestique, qui iuî ouvre, entre dans le salon où est Auguste , et ça referme la porte sur elle , tout cela dans l'espace de. quelques secondes.

« Virginie!... c'est vous!... vous ches " moil nditAuguste, en conduisant la jeune fille vers un fauteuil. « Par quel hasard?... » comme TOUS semblez agitée!.... Serait-U " arrivé quelque événement?...

" — Non.. .je vais me calmer.... maisja B craignais tant de ne pas vous trouver.. . ce » que j'ai À vous dire est si pressant.... cela, » me pèse... cela m'étouffe... mon Dieu!...

H est-ce que je n'ai plus de courage à pré- » sent?...

...Qccglc

16A LÀ mcEtLB

» — Ooîelt TOUS pleurez, Virginie! Maïs

■ qu'avez- TOUS donc , de grâce?... — Lais-

* àez-moi pleurer un peu... cela me fera du > bien.... cela me calmera.... écoutez-moi

■ maintenant... Je viens d'aller pour essayer

• ma robe de noces.... je suis montée chez

■ VouTrière qui la terminait Pauvre

■ femme!... elle habite dans une mansarde, » où elle manque de tout , et cependant il

■ &ut qu'elle travaille jour et nuit, et qu'elle » allaite son enfant, qui n'a que quelques.

» mois. Eh bien! cette pauvre mère... c'est » Adrienne... cet enfant... c'est votre fils.

» — Adrienoet... mon fils !...— Écoutez-

■ moi, Auguste; écoutez-moi bien : Vous » aimiez Adrienne; vous alliez l'épouser, » lorsque des bruits affreux ont terni sa ré- " putation ; vous l'avez crue coupable ; vous » l'avez abandonnée:., et c'est moi que vous » alliez épouser ! Eh bien ! apprenez que » c'est moi qui fus coupable réellement,

■ tandis qu' Adrienne était innocente . Ce Go- » dihert, ce Doudoux, c'est à moi qu'ils » donnaient des rendez-vous , c'est avec moi

...Cccglc

•n qii'ils étaient; mais je me sauvais toujours a à temps : Adrienne nous surprenait , et on » ia trouvait à ma place.... — Vii^oieL...

" que me dites-vous? — La vérité!.... oh[

» vous pouvez me croire ! il m'en coûte as- » de TOUS la dire!... mais je ne veux plus » qu'Adrieune supporte la peine de mes fb- » lies... Jereuxque voua sacbies qu'elle fut « toujours di^e de votre amour; enfiaje » veux que vous rendiez un' père ù votre en- » faut...... Auguste, vous aimiez encore

H Adrienne... oui, vous l'aitoiez.... vous y

» pensiez toujours.... Ces soupirs qui vous

* échappaient , même auprès de moi , c'est

■ A elle qu'ils s'adressaient. . . Auguste, je ne i> puis plus être votre femme... non, je ne " le puis plus ; car le malheur d' Adrienne » ne me laisserait pas un moment de reu pos... Venez «vee moi, queje répare tous

» mes torts, en lui rendant son époux

)> Auguste, vous le voulez bien.... Dites

■ donc que vous le voulez bien 1 »

Auguste est si ému qu'il peut à peine répondre. Il regarde Virginie , en balbutiant :

...Cccglc

168 u rncBLLE

■ Adrienae ÎDDOCKite !..■ pauvre fille!... il » serait TTai.... Et mon fils?.... Âhl Virgi- « nie, conduisez-tinoi près d'eux!... — Yods » Causerez Adrieane? — Mais notre ma-

■ rt^e... — Il est rompu... Je tous rends i> votre liberté. Ahl cela me coûte beau- » coup ; car je vous aimais autant qu'elle

■ voiis ain^e^ mais elle vous rendra plus i>' heureux... Auguste, embrassez-moi pour u la dernière fois. »

Auguste presse Vii^nie dans ses bras.

Elle se hâte de s'en dégager, en disant:

Il C'est assez; ne me rendez pas le sacrifice H impossible.... Venez, venez.... Adrienne » TOUS attend. »

Elle sort de l'appartement , Auguste la suit ; ils montent dans la voiture. Baisemon, qui se rendormait , sourit k Auguste , en disant « Ah I vous revenez avec nous à Belleu ville? Je m'en doutais en vous atten- » dant, *

On ne répond pas & Baisemon; on est trop préoccupé pour f^ire attention i ce qu'il dit. Vii|pnie et Auguste se regardent et s'en-

-. t;'«>si^'

Bl BUIETaLE. 189

tendent sans parler... La Toiture s'an*te de ïioureau devant la maison de la couturière , -et les jeunes gens descendent, tandis que Beisemon s'écrie : » Eh bien \ qu'est*ce que . » M. Auguste va donc essayer chez la cou- 11 turière? »

Les jeunes gens montent sans s'arrêter jusqu'à la mansarde : c'est Vilenie qui en ouTre la porte, etentre la première. Adrienne ^tait assise près du berceau de son enfont.

« Voilà le père de ton fils.... ton mari, )> que je te ramène t « dit Virginie en allant embrasser Adrienne; et presque au même instant celle-ci voit Auguste à ses genous.

u mon Dieu ! n'est-ce poiftt un ré?e! >> dit la jeune mère ; ' Auguste ici !.. Auguste ■ à mes pieds!... — Oui, chère Adrienne, n c'est Auguste, c'est votre époux qui vient » réclamer son pardon ! car je sais à présent n combien j'eus tort de vous accuser.... — <• Omon ami! que je suis heureuse !... Mais it comment se fait-il...?

» — Tarais causé tout le mal, « dit Virginie , « c'était à moi de le réparer. A pré-

...Gocalc

170 u riKXLLi

i> sent que vous êtes réunis , je puis vous i> quitter... — Nous quitter.... déjà? ■ dit Adfienne. « — Il le fout..., ne Tais-je pas

■ me marier aussi!... — Et qui donc épou- » ses-lu? ■

Virginie , après avoir jeté un coup d'oeil «ur Auguste t et hésité quelques iostans, répond enfin : •< i'époute le comte de Senm nerille..- Adieu, Adrienne.,, adieu, mon-

■ sieur Auguste ; foites^lui bien vite quitter » sa maosarde, épousez-la, rendet-la bien

■ heureuse, aimez votrefils, et pensez quel- M quefois k celle qui sera toujours votre » amie. »

En disant ces mou, Virginie se hâte de s'éloigner pour dérober à Auguste et à Adrienne les landes qui coulaient de ses yeux.

". ;C=""8fc

Page 1