CHAPITRE IV
Les promenades au bois continuaient ^ on y rencontrait toujaura Auguste , qui Tenait s'asseoir et causer avec Virginie ; mais Baisemon ne donnait plus ; il aurait crû manquer de respect au comte ', en s'endormant près de lui. D'ailleurs il se rappelait avec quelle chaleur les jeunes gens causaient lorsque les hannetons l'avaient éveillé; et quoique les deux amans fussent À ses yeux comme fiancés, il jugeait prudent de leur faire société.
La compagnie de Baisemon gênait les jeunes gens ; on ne pouvait plus lui dire :
Retournez-Toua et dormez. On trouvait bien.
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moyen de s'adresser mille choses qu'il n'entendait pas , mais on ne décidait rien , et il . aurait fallu prendre un parti pour parvenir À se marier.
B Pourquoi donc U. le comte ne se pré- B sente-t-il pas chea mBdemoiselle votre
* tante?» disaitBaisemon toutes lesfoîs qu'il rentrait avec Virginie, ollasearaisonsappa- » remmeot;...il attend... des papiers... des ■ titres... Que sais-je moi? — Est-ce qu'il » voudrait faire avoir une décoration à " M. Troupeau? — Je crois que oui ! — Ah !
» quelle joie cela lui ferait ! c'est là sans
• doute la surprise qu'il |ui ménage ? — Je K puis vous assurer que mon père sera trésn surpris. »
Il y avait déjà quelque temps que les promenades avaient lieu et que les amans se voyaient touslesjoursjorsqu'uneaprès-midi, ûn'ehevsl s'arrête devant la demeure de mademoiselle Bellavoine ; un cavalier en des> ceod, attache sa monture, prend son portemanteau ei frappe fortement k la porte, Grillpie ouvre, et M. Troupeau entre tout-
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n BUUTiuE. lot
ài^qup dans le satofi où Ja tocUté est réunie.
H Papa ! » «'écrie Virgjpie en restant toute MÏgie. H — Uon nevou I » dit mademoiselle BelIaToine.
« Boni" sedîtBaieemoD, u voici le papa ; n le gendre l'attendait sans doute ; nous au- » TOUS bientôt la surprise.
» — Oui, ma chère tante , oui, ma fille, n c'est moi-même!..; .vous oe m'attendiez
■ pas... hein?.... Permettez d'abord, ma » tante...»
U. Troupeau va embrasser mademoiselle Bdlavoioe,; il en fait iautant , mais avec beaucoup plus de plaisir, i h fille î ensuite il tejad la main à Baisemon , et lalui serre longtemps ; il n'est pas jusqu'à Perpétue à la- ■ quelle il ne fasse un sourire gracieux,
u Je TOUS dirai donc, ma tente , que TOyant » le temps s'écouler, je me suis décidé à » venir tous chercher. Ma femme s'ennuie i> horriblement depuis que nous ne sommes
■ plus que nous deux. C'est assez naturel ; B elle n'ajamais été si long-temps séparée
■ de sa fille. Voue nous avez .promis de rer
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• venir è Bellerille avec Virginette ; je Tiens
■ réclamer l'eïécution de cette promesse :
■ si M. Baisemon peut tOqs accompagner ,
■ cela doublera notre satisfaction;... et tous K serez toute portée à BelleTÎIIe pour assis-
■ ter à certaine cérémonie qui , je l'espère ,
* ue tardera pas inSniment. ■
. M. Troupeau se frotte les mains en finis- «ant de parler. Virginie change de couleur, et BaisemoD sourit.
■ Vous avez fort bien fait de tctùt nous
■ chercher , mon neveu , • répond mademoiselle Bellaroine , » il y a déjà long-temps
■ que je voulaià tous remener votre fille ; X mais elle se platt beaucoup dans ce pays...
' > elle me priait chaque jour d'attendre en-
■ core... — Ma tante, c'est que je me trouve » très-heureuse d'être chez vous.
1 — Bien, ma fille, très-bien,» dit Troupeau en prenant la main de sa fille, « je sois ■• flatté de vos sentimens pour noire respec-
■ table tante, el j'ose croire que, pendant » votre s^our chez elle, vous ne lui avez <• donné aucun sujet de mécontentement.
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M BKLLEVILLE.
■ — Non , moD neveu , je suis satisfaite i> delà docilité de cette petitej de votre côté, » vous verrez tout ce qu'elle a ga^é dans » masociété. — J'ensuis plus que persuadé, i> mu tante , et maintenant je vous deman- » derai la permission d'aller ôter mesbottes, a vu que le cheval m'a un peu froissé les « mollets, n
Perpétue s'empresse de conduire M, Troupeau à la chambre que lui indique sa maltresse. Le père de Tii^nie 6te ses bottes , son habit de voyage , se met à son aise «ifin , mais toujours avec la plus grande décence , pour reparaître devant sa tante qui fait hAter lë repas du soir , afin que son ne- TCu soit plus tôt libre d'aller se reposer.
Pendant ce temps Virginie est bien préoccupée , l'arrivée de son père la contrarie, et cependant elle sent qu'il faut que ses amours aient un dénouement ; mais elle craint de ne plus pouvoir aller promener avec Baisemon; alors où verra- t-elle Auguste * et comment pourra-t-elle s'entendre avec lui?
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106 LA TDOUXI
M. Troupeau fait honneur au eouper de •s Unte ; oa 7 décide que l'on partira pour ,BeUerille le suriendemaia , et que BaisemoD sera du voyage. Ce prompt départ n'arrange pas la jeune fille; mais ne pouvant s'y opposer elle feint d'en être en«Iiantée. Vers la fi|i du repas, U. Troupeau enga^^ sa fille à rentrer, ayant, dit-il, è parler d'affaires de &mills avec mademoiselle Bellavoine. Virjpoie se doute bien qu'il re.ètre question de sonmariage avec le comtâjjnaîs elle obéit, elle prend sa' ch^delle, soutuiite le bonsoir, et va se coucher, en se disant : k Arranges ' > mon mariage avec le coAte si cela tous ■ amuse; moi, j'en ai arrangé un autre qw * m'amusera beaucoup plus. »
Lorsque Virginie n'est plus li, H' Troupeau se rapprodie de sa tante et de Baisemon, en disant : * Nous pouvons mainte-
nnant causer de U grande affaipTe du
» futur mariage de ma fille- J'ai- pensé , jua N.ehère tante, qu'il était plus «onTenable ■; d'-éloigoer Virginie. — Oui, mon neveu , » cela est plus décent. Eh bien 1 le comte
H HiximLi. 107
■ de Sennevitte est-il revenu , le rerrons- » nous bientôt? — Ma tante, M. de Senùe- » ville n'est point encore de retonr, mais
• j'ai reçu, il y a peu de jours, une lettre » de lui. Il est plus que jamais dans les mé-
• mes sentimeos. J'ai sa lettre sur moi, me » permettez-vous de vous en faire la lec- » ture?....— Je vousy autorise, mon ne-
■ vea. ■
H. Troupeau lire son portefeuille , il en sort une lettre qui est enveloppée avec soin dans du papier Joseph ; il la passe sous le net de sa tante et de Baisemon, en leur disant :
■ Comme on sent que cela vient d'un
■ grand seigneur! — Elle embaume!...' — » Elle est aux quatre fruits ! dit Baisemon.
" — Je lis :
•• Mon digne ami... » C'est moi que le comte appelle son digne ami... , n «om dt- '< gne ami! je txnidrais déjà être aux pieds
■ d« votrecharmanle fille dont je raffoleplus
» que jamais...» 11 en raffole vous le
voyez... «plus que jamais ; mai» UH die^ie
HK( L4 rcciLu
•• d'homme , à qui faigt^ni qtteiijuet cent
« napoiéom, est parti pour Londres tant
■ s'acquitter ; je cours après lui, et.je revient » ensuite former la douce ckaine de l'hymen » avec cette jdie Virginie , qui fera la '• plus charmante petite comtesse que l'on ait » encore vue. . . » Ala fille fera une charmaote
■ petite comtesse... Quel joli style ii^t/tev, !• cher beau-père, permettex-moi ce nom!....
« Si je le lui permets ! ... dites donc, matante, » il me demande la permission!... ces gens » de cour sont d'un poli outré ! » permettez- » moi ce nom! Tout à vous, de Sxhkbtilu.
» Et puis, parpost-scriptum,j>6feA«rai(fe <■ vous rapporter quelque chose d" ./Angleterre.* < Voilà la lettre, ma chère tante, tous TOyez * que ce mariage peut être regardé comme V fait. — Dieu merci , mon neveu ! — Hais » que peut-il vouloir me rapporter d'AjQgle' » terre? — Peut-être des poires I » dit Bai- » semon d'un air malin. ■ — Oh ! mieux que
» cela c'est quelque surprise qu'il me
» ménage I . . . Ah ! je voudrais qu'il fût déji » de retour!... il me tarde tant de le toît
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n nuiTiLLB. 109
■ conduire mafilteàrautelt... — IlTapeu^ ' » être rester encore long-temps en Angle-
3 terre ! » dit mademoiselle Bellaroioe en secouant la tète, •< s'il poursuit un débt- » teur cela peut le mener loin.-.' ce serait » contrariant ! — Obi , car je ne tous cache n pas , ma tante , qae , mon épouse et mol, » nous ne virrons que du jour oii le comte
> 6en notre gendre. >>
EaisemoD ne disait rien; mais il souriait, se retournait sur sa chaise , pinçait sa houdie, et semblait brûler d'envie de parler; n'y tenant plus en6n , il laisse échapper ces mots : ■ Vous n'attendrez peut-être pas si » long-temps que TOUS le croyez!...
i> — Comment? que touIcz-tous dire,
» monsieur Baisemon? — Moi mais,
«hum!.... rien. — Pardoanez-moi , mon
> cher monsieur Baisemon , tous arez un » air qui dàiote quelque chose...-' — Non » neveu a raison , honnête Baisemon , je
■ crois que tous~ avez quelque chose à nous •• apprendre. — Mais , mademoiselle , en n Tenté... après tout... pourquoi ne parle-
..Cccglc
110 LA nciiu
» nifr'je point, pnisqueje Tais fiiire des heu- H renz!.-- Eh bien! mademoiselle et mon- H sieur, jevais tout TOUS dire... Je m'expose . i vos reproches peut-être; mais, comme B le dit fort bien un sage... je ne sais plos
■ lequel , en toute choâe il faut considérer >> la fia!... c'est ce que j'ai pensé, el cela B m'absoudra, je l'espère, A tos yeux.
» — Ah! mon Dieu ! est-ce qu'il a encore )• Tolé une culotte ! * se dit Troupeau effrayé do lOJtg préambule de Baisemon.
■ •< — Nous TOUS écoutons , monsieur Baise-
* mon , * dit mademoiselle BellaToine en se redressant sur sa chaise; et le gros r^sseur reprend son récit :
•> Depuis quelque temps je donne le bras
■ à mademoiselle Vii^nie qui arait des io- » quiétudes dans les jamljes, et éprouvait
• te besoin de la promenade. D'abord nous
■ marchâmes au hasard ; puis nous dirigeA- B mes notre course vagabonde ver» un joli
H petit bois qui est k peu de distance de la ' » ville. Nous nous y reposâmes; ensuite, in- ■I spires par l'ombrage , la verdure et le si- » lence,nousy fîmes plus encore...
n iiLurau. III
■ — Qu'y fîtes -TOUS donc? ■ s'écrie
M. Troupeau avez impatience.
» — Nous y dormîmes. Mademoiselle to-
» tre fille semblait enchantée de dormir sur
■ l'herbe, je ne crus pas devoir m'opposer i " cet inuocent désir. Mais un jour, en m'é- * veillant. .. Qu'aperçus-je auprès de la jeune
■ viei^e?... un homme, un fort joli homme
■ qui causait avec elle...
» — Un homme avec maoiéce!.... Ahl I. monsieur Baîsemon... — Un joli honuue
■ près de ma fille !... — Galmez-Tous, de
■ grâce!... Stupéfait d'abord , j'allais faire » une scène... je ne sais pas ce que j'aurais
■ fait... mais cet homme se nomma... et je » n'eus plus la force de gronder.... Tous ne » devinez pas qui c'était., , — Eh bien! ache- B vezdoQc... — LecomteâeSenneville ! — » Lecomte deSenneville!... il se pourrait?
> En effet c'est un joli homme ! Et' il était " ici ?... — Et il y est toujours j depuis un K mois nous le rencontrons tous les matins.
■ Je voulais le présenter sur-le-cherop k
■ mademoiselle Bellavoioe ; il a désiré dif-
. ..GcKV^k'
LA rDcuu
» £Ërer.... il veut tous iiûre une surprise et
■ m'a supplié de garder le siLeDce : c'est ■• pourquoi je n'avais rien dît.
■ — Hais j'espère, monûeur Baisemon , » que TOUS n'avez pas redormi depuis?
■ — Oh ! je n'ai eu garde , mademoiselle !
■ du reste le comte se conduit avec tine B grande décence près de sa future. Il voui> lait seulement causer avec elle avant l'by-
■ menpourconnaltre la portée de sonesprit, it et je crois qu'il en est satisfait. — Quoi! > ma petite'nièce voyait H. de Senneville M et ne m'en a rien dit 1 qui eût cm cela de
■ cet enfant ? — Il faut lui pardonner , ma
■ tante! le plaisir de causer avecuacomtel... y Quant à moi , je suis enchauté que M. de
I Senneville s(»t ici... depuisunmois, £tes-
II vous?... mais ne voilà que quatre jours • qu'il m'écrit qu'il part pour TADgleterre.
■ — Iln'f aurapasété!... c'était une ruse!... 'i — N'importe, dès demain je le surpren- » drai. Tous irez , comme à l'ordinaire , » promener avec ma fille, je vous suivrai » de loin et je rirai bien en me montrant au
-. C.ccgk
Di nuiTiLU. 113
» comte. — C'est ce que je pensais. — Oui,
* mOD neveu, îl&utforcerH. deSennenlIe > 1 cesser ce mystère qui pourrait compro-
■ mettre la réputation de ma nièce. — Cal- » mez-TOus, matante.c'étaituuefantaisiet...
■ une bizarrerie de grand seigneur ; mais
■ demain nous le prenons au gîte! jusqoe » U, silence! monsieur Baisemon , pas un
■ mot k ma fille. — Comptez sur ma discré-
• lioQ , monsieur Troupeau ; aiosi tous ne
■ m'en voulez pas d'avoir servi les désirs du X comte? — Nullement ! vous avez très-bien
■ fait} mais demain I.... Oh! demain nous >• allons rire f... — C'est mon opinion. »
On va se coucher, impatient d'être au lendemain. Mademoisdie Bçllavoine n'est pas fort contente de la dissimulation de sa petite-nièce; mais comme Baisemon necesse de répéter : ■ En toute chose il faut consi- » dérer la fin, » la tante se calme enson> géant que la fin sera le mariage.
tt Ue laissera-t-on aller promener ce ma-
■ tin?nTelteestIapremièrequestionqueVirginie s'adresse en s'éreillaut le lendemain de
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l'arrirée de son père. « Si OQ me le défend <i où rererrai-je Auguste? nous derons
■ retourner demain k BelleTille... J'espère
■ bien qu'il m'y suivra ;... mais pourtant je 1 voudrais le voir , lui parler auparavant. >
La jeune fille est agréablement surprise lorsqu'à l'heure habituelle de ses promenades, elle voit Baisemon prendre son chapeau en lui disant : « Je suis à vos ordres , made- > moiselle. — Est-ce que nous pouvons al-
■ 1er promener, monsieur Baisemon? — i> Certainement , mademoiselle. — Mais mon » . père ? — 11 ne le trouve pas mauvais ; je n lui ai demandé pour tous la permission ce
■ malin. — Ah! monsieur Baisemoo, vous n êtes un gros aœou(1... — Toujours préti » vous servir, mademoiselle. »
Virginie a passé son bras sous celui du ré^sseur. Ou se rend au petit bois. Chemin disant , Baisemon dit à la jeune fille : » Puisi> que voilà SI. votre père ici, il me semble » que M. le comte devrait renoncer à son » incognito. — Oui , il faudra bien qu'il y » Fronce Nous allons parler de cela ce
■ matin, h
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» EIUBTILU.
Auguste n'était pas encore au bois ; mais il ne tarde pas à arriver. Il est frappé du trouble de Virginie qui lui dit : « J'ai bien s des choses à Vous apprendre.... Monsieur ■ Baisemon, pendant que je vais causer avec 1 M. le comte, ayez donc la bonté de veiller. » à ce qu'on ne vienne pas nous interrom- » pre. — Avec infiniment de plaisir, made- » moiselle. »
Les jeunes gens s'asseyent sur un tertre de gazon ; et Baisemon , les laissant causer, s'éloigne en se frottant les mains avec satisfaction , puis Ts guetter L'arrivée de M, Troupeau auquel il a indiqué le petit bois.
Le père de Virginie ne tarde pas à se montrer. Baisemon va> au-devant de luii
"Est-il arrivé? » dit Troupeau. « — Oui,
» il vient de venir il cause avec made-
B moiselle votre fille.... avançons, nous al- » Ions les surprendre... — Oh l-oh ! ce paui> vre comte !... je ris d'avance de ce qu'il va
» dire! mais puisqu'il sera mon gendre
1) cela ne peut pas le fâcher !... il est fort • aimable , il va rire avec nous. — C'est mon « opinion. «
1 18 Lk. raULU
BaisemoD conduit tout doucement Troupeau près des jeunes gens... Auguste, pour consoler Virginie, Tembrassait teadranent, au moment où le gros r^isseur dit : « Les
> Toilà!... -
K. Troupeau a regardé et il pousse un cri ' de fureur, et il jette des regards enflammés de colère sur les deux amans et sur Baise-
mon, en s'écriant : •> Quelle horreur!
<i quelle indignité!... Ah! mon»eur Baise- » mon! il faut que tous soyez bien béte! •>
Baisemon ouvre ses yeux tant qu'il peut et ne comprend rien à la colère de Troupeau. Son étonoement cesse lorsque celuici lui serre fortement le bras en disant : ■ Où
> avez-vous pris que c'était là le comte de H SenneTÏtle?... c'est un artiste!... un mu-
* sicien !.... qui se permet d'embrasser ma K fille!... — Ah! mon Dieu!.. .je tombe en » ruine!...
n — Et Toos , monsieur ! . . . comment pou- ■ » vez-vous avoir l'audace !... oser aimer ma » fille... lafiancée... la future... la promise
* ducomtedeSennevitle!... etquandméme
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» UUltULB. 117
■ elle ne serait pas tout cela , vous ai-je per- » mis, autorisé k faire la cour à ma fille?... • Et TOUS, Vii^inie!... tous ne pouviei pas
■ croire que monsieur était le comte, puis-
■ que TOUS connaissiez H. de SenncTÏHe....
> Ahi Tirginiel... vousmenaTreElecœur...
■ Hais j'aime à croire que c'est par excès » d'innocence que TOUS STez été feutiïe
■ Je pui» encore tous pardonner; quant à
■ TOUS, qui n'êtes qu'un séducteur... qu'un
■ audacieux!... je tous trouye bien hardi,
■ bien impertinent.... bien...
■ — Monsieur, » dit Auguste avec calme et en interrompant Troupeau, u mettez fin,
> je TOUS prie, è ces injurieuses ^ithètes ; * je puis aToir eu quelques torts en voyant
■ i votre insu mademoiselle votre fille; mais » elle-même VOUS dira que je voulais la fuir, » si elle ne m'avait &it espérer que vous
■ approuveriéï dos seotimens et que vous » consentiriez à m'accorder sa main.
■ — Comment! Virginie, vous auriez dit
> de ces choses-là ? >>
La jeune fille, qui jusqu'alors n'avait pas
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IIB u mcBLLB
soufflé mot , se 1ère et répond à son père
d'un air fort résolu.
■ Oui, mon cher papa; tenez, il est temps » que TOUS sachiez ce que je pense, et je
■ Tais TOUS le dire en peu de mots. Je n'aime B pas votre comte de SenneTille; je n'en
■ Teux pas pour mari. Mais j'aime M. Au- " guste montreville, je Teux être sa femme, x et TOUS y consentirez; car tous n'arez B qu'une fille et tous ne Tondriez pas qu'elle
■ f&t malheureuse. »
U. Troupeau laisse tomber ses bras, il est prêt à se laisser tomber lui-même ; il regarde Baisemon , qui a presque caché sa figure dans sa cravate , il regarde sa fille et murmure : " Ai-je bien entendu?... c'est mafille
■ unique qui parle ainsi !
■ — Oui , mon cher papa , et je vous pré- K viens que ma résolution est bien prise, et » qu'on aura beau faire, je n'en changerai
■ pas.
" — Alors c'est épouvantable! i- s'écrie Troupeau en beuglant comme un taureau.
■> Ha fille me dire cela !... marchez devant
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Dl fllLLIVILLI. 119
* moi, mademoiselle.... marchez,... nous
■ verrons qui obéira... Et tous, suborneur...
■ si je ne me retenais... n
Troupeau se baisse, et ne trouvant pas autre chose sous sa main qu'une tige de genêts, il veut l'arracher pour la jeter & la tète d'Auguste; mais sous les feuilles sa main rencontre des orties , et il fait une grimace horrible, ne sachant ce qu'il venait d'empoigner. Auguste ne peut s'empêcher de sourire de U figure que H . Troupeau a faite en se piquant : cela redouble la colère de celui-ci, il poussesa fille devantlui, il pousse Baisemon, il pousserait les arbres s'il le pouvait. Avant de s'éloigner, Tirginiese tourne vers Auguste et lui crie :
■ Aimez-moi toujours. . . je n'en veux pas
■ d'autre que vous. La colère de mon père
■ passera , et il conssntira ànousunir...
■ — Jamais! jamais! s'écrie Troupeau.
■ Marchez, mademoiselle; marchez, mon- » sieur Baisemon , ou je vous écrase les ta-
■ Ions. >
Virginie reprend le bras de Baisemon,
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ISO u raciuB
qui se laisse conduire comme une macbioe et ne regarde qu'à ses pieds. M. Troupeaa marche derrière , toujours fulminant , tonjours exaspéré , et se retournant de t^nps i autre pour menacer Auguste, qui est resté dans le bois et ne peut plus les voir.
On arrive cbez la tante , qui termine les apprêts pour son départ.
« Eh bien I où est H, le comte ? >> dit mademoiselle Bellavoine en voyant revenirtout le monde. M. Troupeau , au heu de répondre, faitsigneisafillede monter i sachambre; celle-ci obéit et s'éloigne en saluant la compagnie aussi tranquillement que s'il ne fût rien arrivé.
Lorsque sa fiUe est partie, U. Troupeui se jette dans un fauteuil, et Baisemon se met sur une chaise. M. Troupeau fait le récit de ce qui s'est passé , et Baisemon plem'e comme un veau tant que dure cette narration. Mademoiselle BeHavoine lève les yeux au ciel , et nç peut que s'écrier de temps à autre : » Ah, mon Dieu!... it y a donc un X mauvais génie qui en veut à l'innocence 1 de notre famille !
......Ccgk
i> ■ — Oui, ma tante,- voilà ce qui s'est » passé!... Toilà ce quej*aiTu!...](tai3moaf- aear Baiaemon, qui diable a pu tous dire » que ce jenae homme était le comte de » SaiDeTille?
» — C'est mademoiseUe votre fille ! » répond Baisemon en sanglotant; «je ne pou- » vais pas me permettre dé suspecter sa n Iwmiefei!
■ — Non, vous ne le pouviez pas, » dit mademoiselle Bellavoine; « caimez-vous,
■ mon pauvre Baisemon , essuyez vos lar- » mes. Dans tout ceci , c'est ma petite-nièce » qui a tes plus grands torts t.. .
!• — Je ne reconnais vraiment plus ma » fille , » dit Troupeau , « elle m'a parlé
■ avec un petit air décidé ^où peut-elle
» avoir pris cetair-là?... — N'importe, mon
■ neveu , nous oe ferons pas moins une » comtesse de Virginie; il ferait beau voir » qu'une morveuse tînt léte à ses pareus !
u Demain matin nous partirons pour Belle- » ville, et une fois lecomtearrivé... — Oh!
* alors nous sommes sauvés! Mais^ le
ISS LA rccEui
■ lecomteapprenait... a'il Tenait à savoir... >> Ah [ mon Dieu ! il ne vouârait peut-être >• plus de ma fille. — Qui voulez-rous qui
■ lui dise que cette petite folle a causé avec " cet Auguste?... A coup sûr ce ne serapas » H. Baisemon! — Moi!. ..j'aimerais mieux » être mis en hachis que de parler. ^- Mais 1 eu attendant je veux tancer ma petite- » nièce! je veux qu'elle demande pardon H pour ce qu'elle a dit et fait. Perpétue!
« Perpétue! ■•
La servanle arrive, et mademoiselle Bellavoine lui intime l'ordre de faire descendre sa nièce. Vii^inie ne tarde pas à se présenter d'un air gai et dégagé, tandis que son père se tient gravement près de sa tante et que Baisemon reste dans un coin disant da pigeons avec ses doigts.
' •'Tous m'avez demandée, matante?» dit dit Vilenie en souriant.
» — Oui, ma nièce,» répond la vieille fille en mettant ses lunettes sur son nez et levant d'un air sévère les yeux sur Tir^ie. ■ Oui, ■j j'ai voulu vous voir... vous parler!... je
...Cccglc
n nLuvtLu. 138
» tiens d'en apprendre de belles sur votre
* compte ! . .. etceque je ne conçois pas, c'est
■ que TOUS osiez encore tous présenter de-
• Tant moi aTec cet air leste. . . me répondre » sans trembler!... Courbez-Tous.mademoi- » selle , courbez-vous vite ! demandez par-
■ don pour TOS impertinences... promettez, » jurez d'obéir désormais àvosparens...
" — Non, ma tante , non , je ne me conr- M berai pas, et je ne demanderai pas pardon ! 11 — Qu'est-ce à dire? sainte Vierge! est-ce X bien ma petite-nièce qui me répond ainsi !
» — Oui , ma tante ; car je me suis promis H d'être désormais très-franche , de ne plus » dissimuler. — Insolente !... je tous ferai
■ bien baisser le ton... — Non , ma tante. — i> £t quant k vos amours, perdez tout espoir, >■ mademoiselle; uncomte a demandé votre M main, on la lui a promise, et tous devez » tous estimer trop heureuse d'être com- » tesse!.... — Non, ma tante, je n'y tiens n pas du tout, je préfère épouser M. Mon- » troTille^ — Petite sotte! TOUS aTez donc le » cœur bien bas ! Préférer un artiste, un mu-
1)4 tk menu
<• sicien, àun comte!... — Après tout, m»
■ tante, ud artiste, ud musicieD, vaut mieux
■ qu'un Cosaque!... ■
Mademoiselle BellaToine pâlit , la parole expire sur ses lèvres , ses lunettes tombent de soB nez , elle se laisse aller sur le dos de son fauteuil.
Il Âh ! mon Dieu ! tcûU ma tante qui se
■ pâme! ■ s'écrie Troupeau •■ du secours , » monsieur Baisemon , du vinaigre... de»
■ sels... Ah ! Virginie , c'est pourtant tou» N qui causez tout cela ! — N'ayez pas peur,
■ papa ; ce n'est pas dangereux!,.. Je re- ■I monte à ma chambre , car je crob que ma
■ tante n'aura plus rien à me dire. ■
£n effet , mademoiselle Bellavoine , en revenant à elle , semble fort contente de se plus apercevoir sa petite-nièce, et elle dit A M. Troupeau ;
» Je ne veux plus me meta* de tout » cela!... vous êtes le père dt Virginie, • c'est i vous de savoir vous fetre obéir; » mm, celam'irrite, cela me fait mal....je » ne veux plus me rendre malade pour les
..Cccglc
n lULITILLI. 121!
" beaux yeux de ma nièce... en voili bien .
■ awez! qu'on ne me parle plus de ses
■ amours, ça me casse la tète... — Cepen-
■ dant, ma chère tante, votre autorité... —
■ Taisez-Toos, mon neveu ; si vous dites un
■ mot de plus , jene vous accompagne pas &
■ Belleville, et vous ne me reverrez jamais. »
Troupeau se tait , mais il ne comprend rien à sa tante. On se hâte de faire les apprêts du départ; la carriole' de mademoiselle Bellavoine est de nouveau tirée de la remise, et le lendemain matin on 7 attelle Cocotte, en lui donnant pour auxiliaire le cheval de M. Troupeau.
Mademoiselle Bellavoine recommande sa maison A Perpétue , à laquelle elle serre la main d'un air qui signifie bien des choses.
On monte dans la voiturej les deux dames et H. Troupeau occupent la banquette du fond : Baisemon est sur celle de devant avec Grilloie , qui a repris de nouveau l'emploi de cocher.
Le voyage se fait assez tristement. Made»
moiselle Bellavoine n'ouvre pas la bouche ,
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118 u ncÈLLt
M. Troupeau imite sa taute ; BaùemoQ craindrait de rompre le silence , et Griltoie se coDteule de jurer après les chevaux.
De temps à autre Virginie fredonne un petit air ; mais elle cesse bientôt , et s'amose ô r^arder au carreau. Chacun trouve la route longue; cependant; grâce au cheval attelé arec Cocotte, on arrive à Belleville avant la nuit.
Babelle ouvre la porte et se met i crier :
• Madame, c'est monsieur arec mademoi- » selle! c'est tout le monde ! ■
Madame Troupeau accourt, suivie d'une grande fille qui ressemble i un manche à balai, et que Troupeau montre â sa tante, en lui disant : v Mon épouse a pris une ■ femme de chambre.... Mes moyens me » permettent de lui en donner une. ■
On descend de voiture : Virginie court embrasser sa mère ; madame Troupeau est enchantée de voir sa fille ; elle la presse tendrement dans ses bras, quoique M. Troupeatf la tire par le bas de sa robe, en lui disant i l'oreille : » Assez.... pas tant.... je
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■ te dirai pourquoi. >> Hais la maman embrasse toujours sa fille sans écouter sou mari.
Tout le monde est monté au salon , et madame Troupeau remarque alors l'embarras, l'air contraint de la compagnie.
■ Qu'avez-vous donc tous ? n s'écrie-t-elle , « TOUS ne dites rien , ma chère tante 7 Toi , » Troupeau, tuas l'air bouleversé. .. H.Baî- » semoa se tait aussi... Il n'y a que ma fille » qui ait au moins l'air content de me re-
■ Toir... Qu'est-il donc arrivé?
H — Vous le saurez assez tôt, ma femme, »
.répond M. Troupeau d'ua air morne. Virginie , qui devine ce que son père veut dire , 8e b&te de se rendre à sa chambre, afin de de le laisser parler en toute liberté.
A peine sa fille est>elle sortie du salon , que H. Troupeau Ta en fermer la porte arec force. Il revient d'un air mystérieux près de sa femme, qui ne sait que penser'de tout ce qu'elle voit.
« Ma chère amie, ■ dit U. Troupeau en montrant un siège à sa femme, ■ assieds-toi » et arme-toi de courage!.... Je vais t'ap-
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128 LÀ rnciLu ^
H prendre des choses bieD terribles! — Des •• choses terribles!.. .•Gelam'efiEraiedéjà.... » Voyons, parlez, monsieur Troupeati.... je
■ TOUS écoute. <•
Le ci-devant marchand de crin fait A sa femme le même récit qu'il s £iit à sa tante ; mail cette fois Baîsemoo s'abstient de pleurer eu l'écoutant, etmademoisdleBellavoîae ne sourcille pas.
Madame Troupeau a peine k croire ee qu'on lui raconte de sa fille : ■ J'ose me H flat£er • dît-elle , ■ que le mal est moinsu grand que tous ne le peoses. Ma fille était .
■ une ange de douceur , d'innocence et de
■ timidité j tous l'aurez irritée, mon ami,' . ■ et cela lui aura tourné le caractère, fflais
■ je la prendrai par les senUmens ; Vii^inïe
■ a le cOeur sensible, elle écoutera sa mère, » et elle redeviendra disposée à faire tout
■ ce que nous Toudrons.
1, — C'est mon opinion, " dit Baisemon.
« — Ainsi soit-il \ « dit Troupeau. ■ — Itloi, H je me méfie d'elle , » dit mademoiselle BellaToioe; * cependant, ma nièce, tâchez
m BiumixB. 1S9
H de réussir. — Je ne veux poiat enlatuer » ce grave sujet aujourd'hui ; je lui parlerai <• demain, et je l'aurai bientôt fait rougir de. Il ga préférence pour ce.... jeune bomme,
■ que je ne, veux même pas nommer. ■ La tante ra s'installer dans sa chambre,
Baisemon va renoilvelter connaissance arec la salle i manger, et Vilenie se remet â sa fenêtre , qui derrait lui rappeler Godibert et Doudoux; mais Augaste l'occupe seul; elle le désire , le cherche , l'appelle, et se dît : u H'a-t-il suivie à Belleville? songe-t-il
■ & moi comme je souge à lui? ■
Le lendemain matin , madame Troupeau entre dans la chambre de sa fille : celle-ci devine, à la physionomie de sa mère, de quoi il va Ëlre question.
Madame Troupeau s'était préparée : pen-* dant une partie de la nuit , elle avait mûri le-sermon qu'elle voulait faire à sa 611e , et avec lequel elle espérait la ramener & la soumission et au respect. Hais l'orateur le plus éloquent perd de sa verve lorsqu'il s'aperçoit qu'on ne l'éqoute pas. An beau
„.,„..t;.K,yi.
ISO Là. rnuLLi
milieu du discours desa mère, Virginie l'in-
terrompt, en s'écriant :
* Ma- chère mamaD, tout ce que tous me
■ direz est inutile; je ne reiu pas de rotre
■ comte, parce que j*aime U. Auguste Mon- » treville ; je vous aime beaucoup, certaine-
■ ment , mais je veux me marier à ma fon-
■ taisie? Je suis assez riche pour prendre la » personne qui me convient. Ne m'amenet
■ pas le comte , car je Ini ferai la grimace,
■ et lui tournerais le dos !
■ — Ha fille, X dit madame Troupeau eu devenant rouge de colère, •> je me flattais M que votre père m'avait trompée ; je vois > qu'il a raison Vous êtes une împerli-
■ neate!-.. mais on domptera votre petit
■ caractère. Pour commencer , je vous or- <• donne de garder la chambre, de ne p<nat
■ vous présenter au salon sans notre per- » mission. — Comme il vous plaira, maman.
« — Si TOUS ne changez pas, je vous mettrai » au pain et à l'eau. — Comme il vous fera
yi plaisir —Et peut-être encore autre
» chose... avecunepoignéede verges!... —
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H ULUTILUt. Itl
* Tout cela ne m'empêchera pas d'aimer <• Auguste et de refuser le comte. «
Madame Troupeau descend au salon, où sou mari, sa tante et Baisemon attendaient arec impatience le résultat de son entrevue avec sa fille. Madame Troupeau poussait tout à l'extrême, ce qui est assez l'usage des femmes qui ne savent pas faire les choses à demi , et qui ont sur nous l'avantage de ne pas y être souvent obligées. En écoutant sa fille, la mère de Vilenie n'avait retenu qu'arec peine l'éclat de son courroux j mais au moment d'entrer dans le aalon, où elle est pressée de se retrouver saqs témoin au milieu de ceux qui l'y attendaient, elle aperçoit sa nouvelle femme de chambre qui frottait un peUt meuble.
«Sortez, Lisette ! » s'écrie madame Troupeau d'une voix altérée par la colère; et comme Lisette ne répond pas el reste à la même place, madame Troupeau lui donne un soufflet, en s'écriant : « Ah ! vous ne vou- >• lez pas m'obéir non plus?... Ça devient • trop fort aussi! »
„.,„..G.K,yl.
us u nctui
Tout le monde reste Beisi de l'actioa de madame Troupeau. Baisemon , qui craiut que cela n'ait des suites , met ses mains sur ses deux joues, La grande Lisette se met à pleurer, en disant ; ■ Mon Dieu ! madame, n qu'avais-je donc fait pour être traita H ainsi ?..■
Il — Il est certain , » dit H. Troupeao , •> que je ne comprends pas trop pourquoi
■ ma femme...
» — C'est possible, monsieur... J'ai peut* Il être eu tort; maù je suis si en col^....
1 Allez-vous-en, Lî^tte , je tous donnerai
■ un beau foulard ; sortez , laissez-nous. ■ Lisette s'en va moitié contente , moitié
fâchée ; madame Troupeau raconte sa conversation avec sa fille, et termine en s'écriant : a II me semble que j'avais bien sujet
■ d'être hors de moi I...
H — Je m'attendais i ce résultat, <• dit nudemoiselle Bellavoine.* — Cela devient dé- 1 sespérant, « s'écrie Troupeau; «car enfin, a si le comte revenait... que lui dire? que i> faire?... Ah! c'est bien heureux qu'il soit
,.,r.,„,8ic
DtHLLtVILU. ISS
" allé faire un voyage en Angleterre... Mon-
■ sieur Baisnnoit , quel est votre avis sur
■ tout ceci?... Que pensra-TOus que nous » devions fiiire î ■
. fiaisemon se pince le nez à plusieurs reprises, comme pour en tirer des idées : cela n'aboutit qu'à le fiiire se moucher, et il répond : « Je pense... je crois qu'il faudrait - chercher un calmant pour tout cela... Ha-
■ demoiselle Tii^nie a la tête montée!
« —Oh! c'en est surnaturel ! Une jeune fille » jusqu'alors douce comme un agneau , ré- » servée, timide, craintÎTe.... Il fiiut que
■ cet Auguste lui ait donné quelque drogue » pour lui tourner la tète ! . . . — ^Si vous faisiez » demanderàTapothicaire une potion amor-
■ tissante?... — £h ! monsieur Baisemon , » croyez- TOUS donc que les apothicaires » aient des remèdes contre l'amour ? —
■ Dame!... ils en ont bien pour le mal de » dents , et on dit que c'est la même chose.
» — Ma nièce , je crois qu'il faut tout eapé- » pérer du temps : laissez votre fille garder » sa chambre , ne lui procurez aucun agré-
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134 u pcciLUt
■ ment, empêchez qu'elle ne se mette i la
■ fenêtre , ou plut6t donnez-lui une dum-
■ bre qui n'ait point vue sur la rue. Elle
■ s'eoouiera bientôt de ce r^me, et elle » TOUS demandera elte-méme pardon. — Je " crois que tous avez raison , ma taute. — >• C'est-à-dire , n répond Troupeau , •> que
■ notre tante Tient de parler comme un ora- » cle.Wotrcfilleaunecrise.çasepassera...
H Grâce au ciel , l^ comte est absent. Atten- H dons tout du temps... Hais de la fermeté » dans nos résolutions. — Fautrîl la mettre • au paie et k l'eau? — Pas encore : il feot » espérer même que nous ne serons .pas
■ obligés d'en venir là. Quantàcet Auguste,
■ à ce séducteur t s'il a le malheur de Tenir » rôderdaoB notre rue, je TOUS autorise tous ■• à lui jeter sur la tête ce qui tous fera
■ plaisir. »
Après aToir arrêté ce plan :d& conduite, on commence à loger Virginiedans une petite pièce sur la cour, d'où il estimpossible qu'elle voie antre chose que Babelle ou Lisette se rendant à la cuisine. Tirginie est
„.,„„.,C.K,yl.
>B BELLBTILLI. 18B
Tivement contrariée de quitter sa chambre , mais elle oe veut pas le laisser parattre, et 88 contente de dire, en prenant possession de sou nouveau logement : <> On me fera M tout ce qu'on voudra , cela ne changera B rien à mes sentimens. "
Quinze jours s'écoulent sans ramener la paix dans ta famille Troupeau. Vii^nie s'ennuie beaucoup dans sa chambre , mais elle ne se plaint pas ; elle ne dit rien k Babelle qui lui apporte sa nourriture, quoique la serrante , touchée de la réclusion de la jeune fille, ait quelquefois essayé de lui donner des consolations.
Au bout de ces quinze jours, madame ' Troupeau se présente chez sa fille, et lui dit ; <i Êtes-TOus devenue plus raisonnable?
M ferez-vous notre volonté maintenant? — > Kaman , je suis toujours la même ; je ne ■ crois pas avoir tort en ayant envie d'être B heureuse; et c'est pour l'être que je veux * épouser Auguste.
» — Vous ét€s une petite entêtée : c'est » avec un comte qu'on est heureuse... Nous
- t;»oyi^
130 u nciLu
n ne coDsentirons jamais à vous marier avec
■ ce... musicien. — Ce musicien est de très- » bonne famille , il m'a sauré la rie , et il « vaut bien votre comte! — Non, made-
■ moiselle j car vous ne serez pas appelée » comtesse avec lui. — Ça m'est égal. — i> Taisez-ro>is!... tous me faites honte!... ■
Uadame Troupeau quitte sa £lle , et va , d'un air désespéré , rendre cMnpte de son entrevue avec elle. U. Troupeau se frappe te front , en disant : ■ Et si le comte «r- 11 rivait ! »
Baisemoa fait une mine piteuse et ne dit rien ; mademoiselle Bellavoine branle la tête , en répétant : u II faut attendre! »
On attend encore huit jours , encore quinze , mais la jeune fille fait toujours La même réponse aux solliàtations de ses parena. Baisemou propose alors de la mettre au pain et à l'eau ; mais madame Troupeau , dont la colère a fait place au chagrin, dit qu'elle ne veut pas rendre sa fille malade, et M. Troupeau est de l'avis de sa femme; il craintque Virginie ne maigrisse et ne [daise plus au comte.
Dt BBLUriLLI. 137
On est fort trbte dans la maison. M. et madame Troupeau commencent k craindre que leur fille ne s'obstine à refuser le comte, et qu'une trop longue réclusion n'altère sa santé. Virginie est leur unique enfant , et d^à leur fermeté faiblit , quoiqu'ils affectent toujours la même séiérité. Ils ne reçoivent plus personne, parce qu'ils craignent qu'on ne vienne à savoir dans Belleville le âcheux amour de leur fiUe^ M. Kenard est éconduit sous divers prétextea lorsqu'il se présente chez eux : mais leurs précaution^ mêmes font jaser ; on se dit qu'il se passe dans leur maison quelque chose d'extraordinaire , et qu'il n'est pas naturel que leur fille n'ait pas mis le pied dehors depuis son retour â Belleville; enfin les propos, les .cancans vont leur train ; Bahelle les entend, et ne manque pas de les rapporter h sa maîtresse , qui les redit à son mari , et cel»
ajoute aux tourmens de la famille Troupeau, dont la plus grande crainte est que le comte ne vienne à savoir toute cette histoire.
Six semaines se sont écoulées depuis que
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\i& LA PCCHU
Tirginieest revenue à Betleville; ou lui a permis d'aller se promener dans le jardin ; elle n'a pas touIu profiter de cette permission. H. et madame Troupeau ne saTent plus que résoudre; la tendresse qu'ils ressentent pour leur enfant combat leur ambibilion et leur colère. Babelle ne cesse de dire : ■ Hademoiselle change, mademoiselle H maigrit ?... »
■ — Ah! mon Dieu !.... que faire? Mais
■ qpe c'est heureux que le comte soit tou- * jours en Angleterre! ■> dit H. Troupeau.
K — ïînfin , c'est notre fille , et nous n'avons
■ qu'elle 1 » dit la maman en portant son mouchoir à ses yeux. •• Je ne veux pas la M laisser mourir pour la faire comtesse. — ■ >> Il est certain, » dit Baisemon, •< que cela B ne serait pas judicieux. — Ma tante , con- B seillez-nous , ou plutôt allez parlera cette i> petite; elle tous écoutera plus que nous.
B — Non , vraiment , je n'irai pas lui parler, . .
■ Je ne veux plus me mêler de cela. — £h 1 bien , je vais aller lui dire que si elle n'éi> po[|se pas le comte , vous la déshéritiez.
- C..KV^k'
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X — Ma foi c'est bien aussi ce que je