‹ La pucelle de BellevilleChapitre 88 sur 104 · LA SERENADE · texte numérisé non relu

LA SERENADE

Il est minuit. A onze heures du soir ou ferme la maison de commerce de Dupont, et les garçons soupcnt et se couchent dans une petite salle qui touche à la boutique. L'épicier, qui a son projet, attend dans sa chambre que tout le monde soit livré au repos pour se rendre dans l'apparlement de sa femme qu'il espère trouver livrée au sommeil. 11 a fait un froid piquant toute la journée, et les étoiles qui brillent annoncent une belle nuit d'hiver. Dupont, qui n'a conservé qu'un caleçon et une robe de chambre pour aller rendre visite à son épouse, attend devant son feu le moment favorable, et prend quelques petits verres de cassis pou." se prémunir contre le froid et fortifier sa résolution. Tout en buvant son cassis, M. Dupont se coiffe de nuit; il couvre sa tète d'un énorme bonnet de coton dont la pointe menace le ciel, et, pour adoucir un peu la sévérité de cette coiffure, il l'entoure d'un large ruban bleu de ciel, sa coueur favorite, et, plaçant la rosette au-dessus de l'œil droit, s'étudie devant son miroir à lui donner une forme élégante et gracieuse. L'épicier est content de lui.

— Je suis bien, dit-il en se regardant avec complaisance dans sa giaçe, je suis vraiment bien... et il n'est pas possible que ma femme ne me trouve pas à son goût... J'ai eu tor\ ce matin, de faire attention à ce qu'elle m'a dit... C'est une enfant que mon épouse! ça ne connaît pas encore la conséquence du mariage I... Elle a reçu des principes fort sévères, et. comme dit belle-maman, c'est le fondement de ma tranquillité future. Encore un petit verre et allons trouver mon épouse .

Dupont s'enveloppe dans sa robe de chambre, prend un bougeoir, et se dirige à pas de loup vers l'appartement de sa femme. Eugénie dort, après avoir, suivant son habitude, causé longtemps avec Jeanneton ; la jeune femme a renvoyé sa bonne pour se livrer au sommeil qui, pour la

première fois depuis son mariage, vient faire Irève à ses ennuis. Un aimable songe la reporte au bois de Romainville, au jour de la fête de son père, jour charmant où Adolphe lui a dit qu'il laimait ; où, tout entiers ;i leur amour et ne prévoyant pas les peines qu'il leur causerait, le présent était pour eux Je bonheur, et l'avenir une source de plaisirs et d'espérances. Ce jour délicieux a fui bien vite, ce lemps si doux ne doit plus revenir!... mais en son^e il renail encore... Dors, pauvre Eugénie!

Dupont est arrivé devant la porte de la chambre de sa femme, il veut l'ouvrir... elle est fermée en dedans. L'épicier ne s'attendait pas à cet obstacle.

« Diable! se dit-il, elle s'est enfermée... cUeestpeureuse sans doute... Si je frappais... Non, cela la réveillerait et je ne la surprendrais plus... Tarbleu! faisons le tour, passons par la cuisine, par la chambre de .leanneton, puis le petit couloir qui mène chez mon épouse ; c'est cela même !... Oh! je ne suis pas bête, moi.

Dupont se dirige donc vers la cuisine, dont la porte ne ferme que par un bouton : il marche sur ses pointes, cachant sa lumière avec sa main ; il entre dans la chambre de Jeanneton, où un rontlement prolongé lui annonce que la servante ne peut ni le voir ni l'entendre. En effet, Jeanneton a imité sa maîtresse ; elle s'est laissée aller au sommeil, oubliant qu'elle est placée en sentinelle avancée, et que l'ennemi peut pénétrer par la cuisine, qui est le côté faible de la place. Mais on ne pense pas à tout, le sommeil a surpris plus d'un soldat entouré d'ennemis : Jeanneton est donc excusable d'y avoir succombé.

— Tout va le mieux du monde, dit Dupont après avoir traversé la chambre de la bonne ; j'étais bien certain d'y arriver... Bon! me voilà dans la chambre de mon épouse... Elle dort... tant mieux c'est ce que je voulais... Une femme n'a jamais de volonté quand elle dort; et ma foi! (juand elle s'éveillera!... Elle est vraiment jolie, mon épouse. Belle-maman a raison, c'est un trésor... Mais cachons ma chandelle.

Dupont va placer sa lumière dans la cheminée et revient près du lit d'Eugénie ; déjà il a ôté sa robe de chambre, il se dispose à se débarrasser de son caleçon, riant en lui-même de la surprise qu'il va causer à sa femme.

Mais quel bruit vient soudain troubler le silence de la nuit et réveiller les laborieux habitants de la rue aux Ours! Les violons, la clarinelte, le fifre, le corde chasse, la grosse caisse même, se font entendre, c'est un tintamarre, un tapage à briser les vitres, et qui doit arriver jusqu'au boulevard Saint-Marlin :les échos en ont retenti, les voleurs en ont frémi, les voisins en sont assourdis, les amants en ont pâli, les époux en ont ri.

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les passants en sont surpi'is. Dupont en reste ébahi. C'est l'air : Gai, ijai, mariez-vous ;T^n\s, Il faut des époux assortis... Ah! Je triomphe, je suis vainqueur... Oui, cen est fait, je me marie, et autres morceaux de circonstance, que l'on joue dans la rue avec variations, agréments et accompagnement de grosse caisse et de fifre, ce qui, joint aux cris, aux éclats de joie des musiciens et aux applaudissements des voisins, produit un petit concert charmant.

— Ah ! mon Dieu ! qu'est-ce que c'est que cela, dit Dupont indécis s'il ôtera ou non son caleçon. Quelle terrible musique. Serait-ce une surprise?... Au reste, je ne vois pas que ce concert paisse m'empêcher de coucher avec ma femme...

Mais le bruit a réveillé Eugénie et Jeanneton.

— Madame... madame.., entendez-vous? crie la servante à sa maîtresse; je parie que c'est une sérénade qu'on vous donne.

Eugénie ouvre les yeux ; elle aperçoit un homme en chemise près de son lit; elle pousse des cris perçants... En vain Dupont lui répète :

— C'est moi, mon épouse, c'est moi; n'ayez pas peur.

Eugénie crie encore plus fort, et Jeanneton, accourt tenant à la main une marmite qu'elle a saisie à tout hasard, et avec laquelle elle vient défendre sa maîtresse.

— Un moment donc! s'écrie l'épicier qui voit déjà la marmite menacer sa tête. C'est moi, Jeannetonl... Prends donc garde à ce que tu fais.

— Eh! oui vraiment... c'est monsieur... dit la bonne...

— Et que, faisiez-vous ici, monsieur, dit Eugénie, et dans cet état?... Que signifie?...

— Remettez donc vot' caleçon, dit Jeanneton.

— Répondez, monsieur, que cherchiez-vous dans ma chambre?...

— Eh ! morbleu ! madame, je venais, je cherchais... je...

— Not' bourgeois! not' bourgeois! crient d'en bas les garçons de boutique, c'est une sérénade en votre honneur, à l'occasion de votre mariage... Ils frappent à la boutique faut-il leur ouvrir?

— Que le diable emporte la sérénade et les musiciens? dit Dupont; ils ne pouvaient venir plus mal à propos I... N'ouvrez pas, Joseph, ils n'ont qu'à rester dans la rue...

— Ah! monsieur, dit Jeanneton, vous ne pouvez pas refuser de les recevoir... C'est une politesse qu'on vous fait... Une musique superbe!... et je reconnais la voix de M. Gérard.

— Oui, dit Eugénie, je la reconnais aussi... Ce sont des amis... des parents peut-être. Ah! monsieur, il faut les faire entrer un moment dans votre boutique, c'est l'usage...

— Allons, ma chèi'e épouse, puisque c'est l'usage je vais les recevoir... Mais je me serais bien passé de cette musique-là...

Dupont a remis sa robe de chambre, et il descend en marronnant .1 sa boutique.

— Ah! Jeanneton, dit alors Eugénie à sa bonne, sans cette sérénade... M. Dupont osait...

— ^ C'est ce qui me parait; nous nous étions endormies... et un pou plus lard, dam'!... Faut avouer que v'ia un concert qui est venu bien à temps!... et que vous avez ben des obligations à M. Gérard.

C'est en effet le parfumeur qui a eu l'idée de cette aimable surprise. M. Gérard avait voulu donner la sérénade la nuit même du mariage, ce qui eût été plus convenable; mais il n'avait pu ce jour-là rassembler les artistes-amateurs. Les violons étaient de bal, la clarinette avait une fête, le cor un baptême et le fifre un enterrement. Il avait donc fallu remettre la partie à huitaine ; on s'était donné rendez-vous chez le parfumeur qui avait emprunté une grosse caisse à un bureau de loteiùe voisin, où l'on avait toujours une musique prête en l'honneur des gros lois qui ne sortaient pas.

C'est donc le parfumeur qui a réuni les amateurs de sa connaissance et les conduit rue aux Ours, où il veut donner à la nouvelle mariée un échantillon de sa galanterie. On doit se rappeler que Gérard est persuadé qu'Eugénie a une secrète passion pour lui, depuis certains coups de pied qu'il a reçus sous la table, au repas des fiançailles et M. le parfumeur est bien aise de cultiver la connaissance de M" Dupont; c'est ce qui lui a fait naître l'idée de la sérénade, et ce qui lui donne une telle ardeur à battre la mesure sur la grosse caisse, qu'on a peine, au milieu de ce bourdonnement continuel, à reconnaître les airs joués parles amateurs.

Les garçons de boutique s'empressent d'ouvrir aux muciciens, et Dupont arrive, en serrant sa robe de chambre autour de son corps recevoir les compliments et les félicitations de ces messieurs.

— Le voilà!... le voilà! cet heureux mortel, crie Gérard en apercevant r-épicier, cet homme fortuné qui a épousé une des plus jolies femme . (le la rue Saint-Martini... il n'y a que huit joui's, messieurs; c'est encore le premier feu de l'hymen... Vite, messieurs, l'air de Zémire et Azor • Veillons, veillons, veillons cticore... c'est la devise des nouveaux mariés

Les amateurs s'empressent d'e.xécuter le morceau demandé, et, pour être plus commodément, les violons montent sur le comptoir ; le cor s'assied sur des pains de sucre, la clarinette sur un baquet de colle, et b^ lifre grimpe sur un tonneau de mélasse. Gérard seul, intrépide et iufatif^altle se promi-ne dans la boutique avec sa grosse caisse attachée devant

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lui; et comme il trouve que les baguettes qu'on lui a données ne font pas assez de bruit, il s"empare d'un grand rouleau de réglisse noire, et d'un petit balai de deux sous, avec lesquels il prétend faire valoir l'air de Zémire et Azor.

Dupont n'ose pas se boucher les oreilles, quoiqu'on fasse un bruit épouvantable, et les deux gai'çons de boutique, qui trouvent que Veillons, mes sœurs, est une fort jolie valse, se mettent à danser une sauteuse dans l'arrière boutique.

— Hein!... est-ce exécuté dit Gérard après le morceau. Ah! c'est que nous jouons cela d'une fière force... Vous ne vous attendiez pas à cette petite surprise, mon ami Dupont !

^- Non, messieurs, je conviens que je ne m'y attendais pas.

— C'est moi qui ai eu cette idée-là ; voilà huit jours que nous devions venir. Je me suis dit:' la quinzaine ne se passera pas sans une petite sérénade I...

— Tous êtes bien honnêtes...

— Il faut qu'un aussi joli ménage soit fêté en musique, à grand orchestre.

— Messieurs, je suis bien sensible...

— Nous vous avons peut-être dérangé, fripon, vous étiez auprès de voire épouse...

— Messieurs, il est sûr que si vous n'étiez pas venus, j'aurais peutêtre...

— Allons, allons, vous la retrouverez. Est-ce que nous ne verrons pas madame?...

— Non, je ne crois pas... elle est couchée; mais elle m'a chargé de vous dire bien des choses... elle est fort sensible à... elle a reconnu voire voix, monsieur Gérard.

— Ah! elle a reconnu ma voix! dit Gérard en laissant échapper un sourire malin. Messieurs, je vais vous chanter Enfant chéri des dames c'est toujours joli, et je le chante assez bien.

Le parfumeur chante, en s'efforçant de donner de l'étendue à sa voix, persuadé que la jeune femme l'écoute avec intérêt. Les amateurs l'accompagnent en rejouant Veillons, mes sœurs, parce qu'ils ne savent pas Enfant chéri des dames. Dupont, qui a jjris son parti, trouve que cela fait un effet charmant, et ses deux garçons dansent l'allemande.

— Messieurs, dit l'épicier, après l'air dont il est très satisfait, parce qu'il s'est reconnu dans VEnfant chéri des dames; messieurs, vous accepterez bien un petit verre?...

— Comment donc! mais très volontiers... plutôt deux qu'un.

CEUVRE DE PAUL DK KOCK

Dupont verse les petits verres de cognac que les amateurs trouvent excellent. Après le cognac l'épicier, qui est en train, veut faire les choses en grand ; il propose du doux, et verse du ratafia.

— Va, pour le ratafia, dit la clarinette.

— Messieurs, dit le parfumeur, nous passons du grave au doux, du plaisant au sévère, c'est l'utile dtilci de Voltaire.

— Non, messieurs, dit Dupont, ce n"est pas l'ulile dulci de Voltaire, c'est du ratafia de Louvres, première qualité.

— Lo marié est uu peu étranger aux beaux-arts, dit tout bas le parfumeur à la clarinette; mais le ratafia est délicieux.

Dupont, charmé des éloges que Ion donne à ses liqueurs, passe du ratafia au parfait-amour, et du parfait-amour au rhum, et, après chaque libation, les amateurs exécutent un air de circonstance, et plus l'on boit de petits verres, plus les artistes se sentent en train, et c'est à qui jouera le plus fort pour sm-passer son voisin, et Gérard a fini par prendre un pilon avec lequel il frappe sur sa grosse caisse. Les chants se mêlent aux instruments; Dupont, animé par les petits verres, fait chorus avec les musiciens; tout le monde chante ou joue : on ne s'entend plus, mais on est d'une gaieté folle, qui ne paraît pas devoir se calmer de longtemps... lorsque tout d'un coup le joueur de fifre disparaît dans le tonneau de mélasse, et la clarinette s'enfonce dans le baquet à colle.

Ces messieurs, dans l'ai'deur qui les animait, n'ont pas réfléchi quils étaient montés sur des tonneaux : à force de prendre des petits verres, l'un battait la mesure d'une telle façon avec son pied, et l'autre avec tout son corps, qu'ils devaient nécessairement finir par défoncer leur plancher. Les cris succèdent aux chants : on court d'abord au fifre qui, étant debout sur le tonneau, a disparu presque entièrement, et se trouve dans la mélasse jusqu'au cou. Ce n'est pas sans effort que l'on parvient à l'en retirer. Le pauvre amateur a peine à marcher ; il a pour quatre ou cinq livres d'écume de sucre sur le corps, et ne peut faire un pas sans s'attacher à ses voisins.

Le joueur de clarinette est un peu moins maltraité : étant assis sur le tonneau, il ne s'est enfoncé qu'à demi; sa tète et ses jambes n'ont rien, il en est quitte pour quelques livres de colle qui tiennent à sa culotte. Cet accident met fin aux chants et au concert, et les amateurs saluant M. Dupont, prennent chacun le chemin de leur demeure : le parfumeur enchanté d'avoir donné des preuves de sa galanterie, car il espl'rc obtenir plus tard la récompense; le fifre ne marchant qu'avec peine, parce que ses souliers, enduits de mélasse, s'attachent à chaque pavé ; et le joueur de clarinette sautillant, au contraire, tout le long du che-

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J'ai reçu quelque chose eu passant hier ilaus cette rue. (P. S63.)

— Tenez monsieuf, la voilà, dit Joaiineton ; voyez-vous, elle aies yeux ouverts...

— C'est, ma foi, vrai.

— Eh bien! elle dori, monsieur.

— Tu es sûre qu'elle dort?

— Appêlez-la plutôt, vous verrez si elle vous répond.

LIV. lOS. — PAUI. DE KOCK. — Kt;. J. liOI.TF ET C'°. LIV. 108

8d8 œuvre de PAUL DE KOCK

Dupont appelle deux fois son épouse inutilement.

— Eh ben, monsieur, qu'est-ce que je vous avais dit?

— C'est juste, elle doiL..

— Elle est capable de rester deux heures comme ça sans bouger...

— En ce cas, je Aais me recoucher, Jeanne ton,*car je n'aime pas à voir des somnambules.

— Allez, monsieur, moi je suis faite à cela.

L'épicier resagne sa chambre, et, dès qu'il est parti, Eugénie gronde Jeanneton de ce nouveau mensonge, et jure de ne plus employer de pareilles supercheries.

— Alors, madame, vous consentez donc à être sa femme tout à fait?

— Non, Jeanneton : mais je veux agir franchement avec lui, et ne plus emplovcr des moyens qui me forcent à me moquer de mon époux.

— Ma foi, madame, je suis à bout, et le meilleur moyen, le seul moyen qui vous reste à présent, si vous ne voulez pas qu'il vienne vous (rouver, c'est de faire mettre des verrous à votre porte.

— Ah! tu as raison, Jeanneton, cela fera connaître à M. Dupont ma dernière résolution; dès demain je fais placer des verrous à toutes mes portes.

— Ça ne le mettra pas, je crois, de trop bonne humeur, mais au moins nous pourrons dormir tranquilles.

Cependant, le lendemain de cette nuit, Dupont va consulter un médecin sur l'état de sa femme, et celui-ci lui dit qu'on n'a pas en même temps des attaques de nerfs et de somnambulisme. Pour le satisfaire il se rend auprès d'Eugénie, et Dupont attend avec impatience le résultat de cotte visite. Le médecin sourit on sortant de chez la jeune femme.

— Comment se porte mou épouse? lui demande aussitôt l'épicier.

— Fort bien, je vous assure, répond le docteur. n'ayez aucune inquiétude.

— -Fort bien! se dit Dupont, et Jeanneton me disait tout à l'Iieuro qu'elle était fort mal!

L'époux réfléchit, rapproche les circonstances, les évéucmeuts arrivés depuis quelque temps, et qui l'ont toujours empêché d'approcher de sa femme ; il commence à concevoir des soupçons sur la fidélité des Histoires que lui conte Jeanneton, cl à penser que tout cela se fait d'accord avec Eugénie.

« Elle m'a dit qu'elle ne m'aimait pas; elle m'a nirnic dit qu'elle no voulait pas... D'après cela, se dit Dupont, je puis bien penser qu'on s'est jiiué de moi... ce serait ua peu fort, par exemple... Mais tous ces relards

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n'aboutiront à l'ieu, et ma femme verra que je suis son époux. Dès ce soir je vais chez elle, et pour qu'elle ne puisse pas feindre d'avoir peur et u'èti'e surprise, je vais la faire prévenit* de mes intentions. L'épicier appelle aussitôt sa servante ;

— Jeanneton, rendez-vous chez mon épouse, et dites-lui que cette nuit je compte aller chez elle... et qu'elle s'y prépare...

— Comment, monsieur...

— Oui, allez; vous comprenez : cette nuit j'irai la trouver, et j'enpère quelle n'aura pas d'attaques de nerfs ; dites-lui bien cela...

Mais monsieur on ne peut pas répondre...

— ■ Allez, Jeanneton; obéissez et ne répliquez pas.

— J'ai montré du caractère, se dit Dupont quand la servante est partie ; il faut cela avec les jeunes femmes ; je suis sûr que maintenant eli(^ sera très soumise. »

La nuit qui doit amener ce miracle est arrivée. Dupont à l'heure ordinaire, se rend chez sa femme ; mais quand il veut ouvrir la porte, il sent une résistance qui l'empêche d'y parvenir; il frappe, appelle, pousse la porte, eiiorts inutiles; il court à l'autre entrée, du côté de la cuisine, mêmes obstacles; partout les verrous sont mis.

« Ah! pour le coup, c'est trop fort, s'écrie Dupont; elle a fait mettre (les verrous!... elle croit que cela se passei'a comme ça, et que je m'accommoderai de cette manière de vivre! Non pas, non pas ; dès demain, puisqu'on m'y contraint, j'emploierai les grands moyens! j'irai chcK monsieur le commissaire I »

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