‹ La Pucelle de FranceChapitre 28 sur 51 · XI. Elle a adoré ses saints sans consulter un prêtre · texte numérisé non relu

XI. Elle a adoré ses saints sans consulter un prêtre

Et cependant des critiques « scientifiques » modernes affirment que ses Voix et ses Visions étaient connues dès le début par de fourbes directeurs ecclésiastiques. Toutefois elle avait en plus l'approbation formelle de prélats comme Gerson et l'archevêque d'Embrun, et du synode de Poitiers.

XII. Elle a refusé de soumettre sa conduite et ses révélations à l'Église.

Mais on ne lui permit pas d'en appeler à l'Église assemblée à Bâle.

Tel est le résumé sommaire des articles, où un grand nombre des charges du début ne figurent point. L'iniquité puérile de toute l'accusation apparaît clairement. Quicherat l'admet, mais il explique « qu'étant donné des hommes aussi prévenus que les assesseurs, la procédure inquisitoriale les plaçait dans l'impossibilité de ne pas faillir » . Le chanoine Dunand répond que la procédure de l'inquisition n'imposait point le devoir de rédiger de tels articles, que ce fut là la procédure particulière de l'Université de Paris, qui était capable de tout. Pour moi, toutes les procédures judiciaires des tribunaux, laïques ou ecclésiastiques, quand il s'est agi de personnes haïes et redoutées, me font l'effet d'avoir été également injustes, alors comme bien des siècles plus tard.

Le 12 avril, plusieurs docteurs donnèrent leur avis sur les articles. Parmi eux était Beaupère, qui pensa que les Visions et les Voix étaient des hallucinations naturelles ; il eut le mérite de conserver son opinion vingt ans plus tard. Il y eut aussi Migiet, qui en 1450 -1456 se posa comme

sympathique à l'accusée; puis Maurice qui fut édifié par la dernière confession qu'elle lui fit; le dominicain Isambart de La Pierre plutôt favorable ; le modeste Thomas de Courcelles • et Loiselleur le mouton des prisonniers ; enfin, Lemaître. Quel monde ! Ils décidèrent que les Visions et les Voix étaient soit « inventions humaines » , soit œuvre de démons; que la déposition de Jeanne était un tissu de mensonges; qu'elle était blasphématrice envers Dieu, impie à l'égard de ses parents, schismatique en ce qui regardait l'Église, et ainsi de suite. De façon générale, les docteurs corroborèrent ce jugement. Tels étaient alors les gens qui représentaient « la Science » !

Nous laissons volontiers à l'Église le soin de déterminer les mérites et les torts de Jeanne dans ses relations avec l'Église et la foi. Mais l'imputation de faux, comme dans son histoire du signe donné au roi, constitue une toute autre affaire, et nous renvoyons la discussion de ces chefs d'accusation à la fin de cet ouvrage pour ne pas interrompre le tragique récit.

Il n'y a pas de fondement à cette idée protestante que Jeanne fut un adhérent de la première heure à «la libre pensée » et à l'indépendance de l'opinion privée. Elle était catholique, aussi saine d'esprit qu'il est possible de l'être à homme ou femme quelconque, en matière de foi- l'injustice seule la força à maintenir sa liberté d'opinion à propos de faits qui relevaient de son expérience personnelle ; et des clercs aussi savants que ceux de Rouen ont soutenu que cette attitude était parfaitement orthodoxe.

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