‹ La Pucelle, ou, La France délivréeChapitre 3 sur 3 · CHANT SECOND · texte numérisé non relu

CHANT SECOND

Les quatre vers suivants ont trait aux soldats que Jeanne allait conduire à Orléans :

De la troupe rustique à la solde accourue, Les uns, dans les guérets, ont quitté la charrue Les autres, dans les prés, ont laissé le bétail, Et nul d'eux ne veut plus que de noble travail.

Diverses comparaisons :

Comme quand un essaim de mouches belliqueuses, En bataille rangé hors de ses ruches creuses, Par son inquiétude, et son frémissement, Fait paraître du choc un désir véhément; Si du monarque ailé la vaillance animée Le fait placer au front de ia volonté armée, L'impatience croit et, faute de donner, Avec plus de rumeur on l'entend bourdonner.

C'est ainsi que des Cieux on voit tomber la foudre, Embraser les forêts, mettre les rocs en poudre, Des sourcilleuses tours saper le fondement, Et pour tous ces effets, n'employer qu'un moment.

C'est ainsi qu'un torrent, d'une chute subite Du sommet des rochers en basse précipite, Roule par les vallons, et, d'un cours furieux, S'ouvre, dans la campagne, un chemin glorieux.

Ainsi lorsque aisément une machine joue, Que sur plus d'un pivot tourne plus d'une roue, Et que l'habile ouvrier, de leur cours satisfait, S'assure avec plaisir de son prochain effet, S'il advient qu'au moment d'être mis en usage Le ressort principal abandonne l'ouvrage Le mouvement s'arrête, et l'effet attendu Avec le mouvement sans remède est perdu.

Les vers qui suivent exagéraient démesurément et contre toute vraisemblance le personnage de Rodolphe, frère de Jeanne :

De ce foudre allumé la fureur sanguinaire N'éteint point son ardeur, dans un sang ordinaire; Aux seuls chefs il s'attache, et de ses feux brillants Fait mesurer la terre à dix des plus vaillants. Alors, du camp nombreux les orgueilleuses ailes Marchent l'une vers l'autre et se joignent entre elles; L'invincible secours en est enveloppé, Et, partout contre lui, leur bras est occupé.

Ce chant, qui est très mouvementé, finissait languissamment par la harangue municipale, un peu fade et d'un intérêt médiocre, qui est reportée ici in extenso :

Cependant la nuit vole et le flambeau du monde Sent de la violence à demeurer sous l'onde : Vers le sombre orient, il hâte son retour Et prépare aux humains la naissance du jour. Le camp triste et muet, en ses devoirs funèbres, Consomme tout le ternes qu'embrassent les ténèbres, Et, coulant dans ces soins les heures du sommeil, Revoit, sur l'horizon, paraître le soleil.

Alors, de tous côtés, la plaine découverte Du superbe assiégeant fait remarquer la perte; Alors, de toutes parts, la tremblante Cite Avec ravissement, se trouve en liberté.

L'habitant désormais, sans contrainte, respire Désormais des Tyrans il ne craint plus l'empire; Il sort des murs en foule, et, par cent mots flatteurs Vient rendre un i uste hommage à ses libérateurs.

Ainsi lorsque des loups une troupe enragée A du bêlant troupeau la clôture assiégée, Et que, de pieux et d'ais faiblement remparé, Il n'ose espérer mieux que d'être dévoré, Si du fougueux pasteur la puissante houlette Malgré tous leurs efforts, les force à la retraite, Les agneaux, délivrés de leurs sanglants assauts, En foule, un tour de lui, bondissent à grands sauts.

Pregent, qui de la ville est l'oracle et le Juge, Et qu'en tous ses besoins elle prend pour :

Imp!orè de chacun, dans cet événement, Vient servir d'interprète an public sentiment. 11 s'adresse te eflui tient ce langage :

- Amazone céleste, ornement de cet âge, Par qui les fiers Destins, contre nous irrités, Ont vu changer nos maux en des prospérités; Ce Peuple garanti ces chaînes du Barbare Reconnaît de ta main une faveur si rare, Et son ccear. par ma voix, te vient fidèlement

a ressentiment.

C'est, ô Fille desCieux, toute la récompense Que peut tirer de nous ta fatale vaillance ; Orléans, qui doit tout à tes divins exploits. N'a, pour s'en s ^e le cœur et la voix.

Mais mne de louanges

Egaleront jamais tes merveilles étranges? 11 n'est si grave son. ni si tonnante voix Qui puisse rien répondre à tes divins exploits. due fera donc ce Peuple affranchi par tes armes? Il livrera son ca -voir de tes charmes.

Et parmi ses transports, Ce sera seulement pc tes faits.

Dieu qui n'est pas bien même exalté par ses anges Ses:.: .s humaines louanges;

Eu cela, comme en tout, imite l'éternel, Etre; inmage solennel.

Suis cet c juste et fais-toi reconnaître

Imitatrice de ton maître;

Prouve encore aux Français, par ce dernier essai, 'lu'en te croyant céleste, il n'a cru que le vrai. Un jour, pour monument g'orieux et durable. IX ce pont délivré par ton bras indomptable, A ta sainte valeur, notre zèle enflammé Erigera, de bronze, un simulacre armé.

De : guerrière, interdite,

Au seul Dieu des combats rapporte son mérite, Baisse la vue en terre et d'un ton hésitant, hait sa réponse ( discret habitant.

Ensuite, pour quartiers, elle donne à l'armée Ceux, où le . . .lis tint la sienne enfermée, Et, par un long repos, veut rendre la vigueur Aux corps qu'un long travail a réduits en langueur.

A la suite de la victoire, par laquelle débute ce troisième chant, les Français 'occupent, pendant la nuit, les positions conquises. Les vers suivants ne font que charger le tableau que trace le poète :

Chaque corps est petit, mais sa force est paissante,

l'Anglais renferme par sa crainte l'augmente ; Des boulevards gagnés, l'événement heureux Nourrit la confiance, en leur sein valeureux. Aux postes assignés, chacun de feux sans nombre. Par les champs obscurcis, donne la chasse à l'ombre. Et partout, d'un temps même, en cet immense tour Au milieu de la nuit fait paraître le jour. Le feu s'éprend, s'allume, étincelle et pél Sous le fer, chaque trouDe à ces lumières brille, Et, par cent cris tonnants mêlés à ces éclairs, Fait résonner la terre, et retentir les airs.

De même pour ces vers, touchant les préparatifs de Bedford, en prévision de l'assaut du lendemain.

[] demande a ses bras, d'employer leur puissance, Pour garantir son chef des foudres de la France, Et s'î .. -n ce pressant besoin,

X'épargne, à se munir, diligence ni soin.

Ainsi, contre le choc delà mer courroucée, Dont la plage Belgique est toujours menacée, La prévoyante peur y fait de toutes parts Construire incessamment, et digues, et remparts.

Comparaisons ici renvoyées à cause du trop grand nombre :

Ainsi quand un aspic, dans la plage enflami De l'ongle d'un lion à la gorge entamée,

3io LA PUCELLE.

E: que de sa blessure il voit, à gros bouillons, Jaillir un sang fumeux sur les jaunes sillons, Si le coup l'affaiblit, la douleur le ranime, E: contre le lion son venin renvenime; I'. se redresse en l'air, il siffle avec horieur, Et, par sa triple langue, exprime sa fureur,

Comme lors qu'à cingler le vent propre convie, Et que le fier Neptune aplanissant ses flots, Promet un cours fic:le aux ardents matelots; Si du sage nocher la famille amoureuse Tâche à le retenir sur la plage écumeuse, Au périlleux voyage il la tait consentir, En lui montrant le Ciel, qui l'oblige à partir.

Ainsi, quand sous les murs de la vieille Carthage, Les ardents lionceaux se livrent au carnage, Si le Maure ie flèches et de dards

Les charge et les contraint d'éloigner ses remparts ; La superbe lionne au même état réduite, Devant le fier chasseur, fait une lente fuite, A chaque pas s'arrête et d'un noble courroux Montre qu'elle craint plus la fuite que les coups.

Détails trop intimes et ■ ... au sujet de la blessure

de Jeanne :

Honteuse elle descend et, non loin de l'échelle, Découvre au médecin sa blessure mortelle ; Il voit en la sondant, que le coup brise l'os, S'en étonne, la panse et l'exhorte au repos. Chacun, ainsi que lui, l'exhorte à la retraite; Mais de tous constamment l'avis elle rejette, Du périlleux assaut promet un bon su< H: de son cuisant mal dissimule l'excès.

Toujours le même luxe de comparaisons, la plupart empruntées aux anciens poètes, principalement Virgile et Homère, et le plus souvent maritimes.

Comme après que le Sud, tyran des mers profondes, A sens dessus dessous bouleversé les ondes, Et jusque dans les cieux, à secousses et bonds, En montagne d'écume élevé leurs bouillons ; Par ses rudes efforts, la vague tourmentée D'un souffle moins superbe est enfin agitée; Le grand orage cesse, et l'art des matelots Sent moins de résistance, en la rage des flots.

Ainsi quand l'onde émue est la plus aboyante, Le hardi nautonnier montre une âme constante, Lt longtemps, par soi-même et par ses matelots, Réprime adroitement l'insolence des flots. Mais si malgré son art, et malgré son courage, Enfin tombe sur lui la vague du naufrage ; A l'aspect de la mort, qu'il ne peut éviter, Contre le flot vainqueur, il cesse de lutter.

Comme quand deux aiglons, au sortir de leur aire. Vers la voûte des cieux vont d'une aile légère, Fixement l'un et l'autre à l'envi regardant Du soleil enflammé le feu le plus ardent ; L'aigle qui vole entre eux, et qui d"eux est suivie, Seul excite en leur sein cette jalouse envie ; Ils contestent de force, et sans siller les yeux, Se preuvent dignes d'elle à ce feu radieux.

3i2 LA PUCELLE.

Comme lorsqu'un grand feu. que suscite, en la plaine, Du glaçant aquilon la vigoureuse haleine. D'un vol impétueux, ainsi que les moissons, Enveloppe et détruit les bourgs et les buissons, Les peuples qu'il surprend dans la vaste campagne. Quittent de toute part, courent vers la montagne, Y grimpent effrayés et, de l'embrasement, N'espèrent s'affranchir qu'au sommet seulement.

Vers et comparaison faisant" longueur au sujet de la prise du frère de Suffolk, par Dunois.

Il l'abandonne et suit la troupe fugitive. Pôle reçoit la grâce et la trouve excessive ; Il est vaincu deux fois, et son noble vainqueur Le fait libre du corps et prisonnier du cœur. Sans fer il est captif et lui-même se garde ; Mais, de quelque coté que le prince regarde, Il ne voit désormais aucun des ennemis. Qu'abattu sous sa foudre, ou qu'à sa loi soumis.

Ainsi quand vers l'automne, aux forêts germaniques, Les potentats voisins font leurs chasses publiques, Et que, dans leurs grands forts de toile renfermés, On a lâché partout les dogues affamés; Après qu'en mille lieux, la demeure sauvage A, de ses habitants, vu le triste carnage, Les sangliers, les cerfs, échappés à la mort, D'effroi semblent se rendre et sont pris sans effort.

Autres vers qui prolongeaient par trop l'épisode de Yolande, intervenant auprès de Dunois, en faveur de la princesse Marie.

Ainsi lorsqu'un nocher, après un grand naufrage, Entre des monts de flots, perdant force et courage,

D'une antenne rompue, ou d'un mât fracassé, Voit un éclat vers lui par les vagues poussé ; Au point que pour le prendre il s'anime et s'élance, Et qu'il croit désormais l'avoir en sa puissance; Souvent un coup de mer, par un contraire effort, Pour jamais l'en sépare et le rend à la mort.

Par son même chemin, et sur les mêmes pistes, Mais avec des pensers plus sombres et plus tristes, Yolande retourne au superbe séjour, Où la triste princesse attendait son retour. L'infortuné succès de l'amoureux message Lui fait appréhender la fin de son voyage ; Marie espère encor, et c'est son désespoir, N'ayant rien que d"horrible à lui faire savoir.

Quelques vers qui n'ajoutent rien à la description, très réussie, d'ailleurs, des charmes d'Agnès Sorel.

Elle juge qu'en tout toute autre elle surpasse, Mais remarque surtout l'inexprimable gr.ke, Qui, dans ce bel amas ses beaux rayons semant, En rend beau l'assemblage, et le lustre charmant. A ces dons naturels enfin joignant l'étude. Elle adoucit par art tout ce qu'ils ont de rude. Et, mettant en leur jour tout ce qu'ils ont d'appas. Se tire hors du rang des beautés d'ici-bas.

Ainsi, du haut d'un mont, l'oeil reconnaît à peine Une perdrix cachée aux sillons de la plaine, Qu'aussitôt, pour la prendre, un vigoureux lanier Quitte, d'un brusque vol, le poing du fauconnier.

3i4 LA PUCELLE.

Du sommet de la roche en roidissant son aile. Par les liquides airs il s'élance vers elle, Et s'abat sur son corps, d'un si prompt mouvement, Qu'il confond l'arrivée avec le parlement.

Ainsi quand au milieu de l'Abyssine plage, Le tigre bondissant affamé de carnage, Se trouve tout à coup enceint et poursuivi De nègres à sa mort animés à l'envi ; Bien que, d'un pas léger et d'une forte heleine. 11 s'éloigne à la course au travers de la plaine, De moment en moment, par cent traits arrêté, Il s'affaiblit d'haleine et de légèreté.

Quatre vers qui ne faisaient que ralentir le récit, et qui se terminent par une image ridicule:

De ce nombre, en passant, ils accroissent leur nombre ; Sur ce temps, vient la nuit, mais elle vient sans ombre, La lune l'illumine avec ses plus beaux rais... Ils reprennent leur marche et jouissent du frais.

Autres comparaisons :

Ainsi quand une haute et massive chaussée, Qui fut mise pour bride à l'onde courroucée, A des siècles entiers résisté constamment Au choc impétueux du liquide élément ; S'il advient que le flot, d'une horrible secousse, De tout son poids enfin vers la terre la pousse; Elle cède par force, et laisse, à gros bouillons, Derrière elle inonder les fertiles sillons.

Comme lorsqu'un grand ours repoussé de la plaine, Dont les dents ont cent fois ensanglanté l'arène,

Dans sa retraite lente, après cent maux soufferts,

Enfin par le chasseur est accablé de fers ;

Bien qu'au travers des champs, avec plus d'une chaîne,

Son superbe vainqueur violemment le traîne,

Aux chaînes il résiste et, retenant ses pas,

Semble craindre la honte, et non pas le trépas.

CHANT SIXIÈME Comparaisons :

Ainsi, lorsqu'un nocher, dans un même navire, A l'envi de quelque autre, au gouvernail aspire, Et qu'en cet intérêt l'un et l'autre opposés, Tant que règne le calme, ils vivent divisés: Si le vaissean battu d'un violent orage, Demande tous les bras pour combattre sa rage, Il suspendent leur haine, et luttant contre l'eau, Travaillent, comme amis, au salut du vaisseau.

Ainsi quand, au signal, l'importune barrière Ouvre aux barbes rangés le front de la carrière, Et que les cris du peuple, aux trompettes mêlés, Poussent leurs sous aigus aux lambris étoiles ; De la main aussitôt ils partent tous ensemble; Aux battements des pieds, le champ murmure et tremble, On les voit s'éloigner, et l'œil, en les suivant, Moins vite qu'eux se lasse, et les perd dans le vent.

La comparaison qui suit est fort belle, mais en voulant peindre par là le ressentiment d'Agnès Sorel, le poète navait

3i6 LA PUCELLE.

pas songé, sans doute, combien semblerait violente l'hyperbole :

Ainsi lorsque la terre, en ses cavernes creuses. Sent la flamme s'éprendre à ses veines soufreuses. Et qu'en un lieu contraint, un grand embrasement Lutte, contre le poids du massif élément; Son sein mugit d'abord, et les peuples étonne; Puis, en se soulevant, sous leurs pas tremble et tonne, Et n'apaise son bruit, que quand les feux couverts Enfin se sont fait jour, par les monts entr'ouverts.

Autre comparaison :

Comme vers l'Occident, sur la côte barbare, Que l'immense Thétis de nos côtes sépare. Quand le marchand déploie aux nouveaux Indiens, Le différent amas de ses fragiles biens; Brûlants de posséder quelque inutile verre, De métaux précieux ils dépouillent leur terre, Et de ce faux trésor leurs sens préoccupés, Eux-mêmes, pour l'avoir, veulent être trom]

Autre manière exagérée de peindre, cette fois, la souffrance de la princesse Marie :

Telle part quelquefois une lionne ardente, Pour sauver le lion, dont elle fut amante : Quand, au piège tendu le nègre l'ayant pris. A l'infaillible mort le conduit à grands cris ; Puis, tournant sa pensée aux petits de son antre, De leur danger émue, aussitôt elle y rentre; Ses tendres sentiments durent peu mi-partis; Un amour ceds à l'autre, et l'amant aux petits.

Sur son lit à la fin se jette la princesse ; Elle est triste et la nuit augmente sa tristesse ;

Le sommeil vient ensuite assoupir ses douleurs ; Le sommeil toutefois ne sèche pas ses pleurs.

Cette comparaison s'appliquait au duc Philippe de Bourgogne, lorsqu'il revint de Montereau :

Ainsi lorsqu'une biche ardemment poursuivie Des mâtins acharnés contre sa faible vie, Vers un bois dont les forts ne peuvent se percer, Court, et semble, en courant, les vents même passer ; Bien qu'aux chiens échappée elle n'ait rien à craindre, Elle les croit pourtant toujours près de l'atteindre, Pense toujours les voir, les entendre toujours, Et toujours, sans besoin, précipite son cours.

Les vers suivants et la comparaison qui s'y attache ne faisaient que ralentir l'épisode, déjà si long, qui retrace les différentes phases de la guerre de Cent ans.

Là, le jeune Roger, ne parlant plus qu'à peine,

Se tait quelques moments, et prend un peu d'haleine,

Et cet endroit, qui borne un si long promenoir,

Convie à respirer aussi bien qu'à s'asseoir,

On s'assied, on respire, et soudain on se lève. Ainsi, quand l'Océan s'ébranle vers la grève,

Et par un flux réglé, sans le secours des vents,

Se roule toujours plus, sur les sables mouvants ;

Contre mont, flot sur flot, l'onde vive élevée

Aux bernes de son cours est à peine arrivée,

Que sa masse écumeuse en se rengloutissant,

Dans le sein de l'abîme aussitôt redescend.

Comme un fameux taureau, dans la forte estacaje, Enceint, de tous côtés, du cavalier nomade,

3i8 LA PUCELLE.

Baisse l'horrible corne et, d'un puissant effort,

Porte de tous côtés, l'épouvante et la mort ;

Il sent, par mille dards et par mille zagaies,

Son invincible corps, couvert de mille plaies,

Mais pour être plus faible, il n'est pas moins vaillant,

Et, dans les abois même, est toujours assaillant.

Tel, après qu'en la course illustre et vagabonde, De cent monstres cruels il eut purgé le monde, Et que de tants de maux les peuples affligés, Par sa force héroïque, en furent soulagés; Le valeureux Hercule aux peuples de la terre Parut un Jupiter armé de son tonnerre.

Fut révéré de tous, et ne vit plus de lieu, Qui ne le reconnut digne du nom de dieu.

araisons :

Ainsi quand le taureau que le frelon agite Dans un marais bourbeux, d'un saut se précipite, Et que ses roiJes pieds sentent, à leur grand faix, Céder la noire vase et le limon épais ; Il a beau s'élancer par cent secousses fortes, Aux bords qui tout autour ceignent ces ondes mortes, Les efforts, qu'il emploie à s'en débarrasser, Ne lui servent à rien, qu'à s'y plus enfoncer.

Ainsi lorsque d'un lac la solide chaussée, Par un filet d'eau vive est sourdement percée, Et que, pour désormais s'écouler librement, Cette porte est montrée au captif élément.

L'eau vient de toutes parts, à l'étroite ouverture, S'entrepresse au passer, sort, bouillonne, murmure, Et, sur les champs voisins épanchant sa fureur, Détruit par ses dégâts, l'espoir du laboureur.

Ainsi quand jadis Rome, en sa fameuse arène, De barbares plaisirs, épouvantable scène, Déchaînait ses lions, qui de sang affamés Etaient par cent barreaux à peine renfermés : Quoique pleins de courroux ils suivissent leur chasse, Leurs hardis gouverneurs épandus par la place, Contre les fiers taureaux leur fureur animant, Secondaient, de longs cris, leurs longs rugissements.

Tel parait le soleil, lorsque du sein de l'onde. Il vient sur un char d'or rendre le jour au monde, Et, vers le haut des cieux, met ses ardents chevaux, Dans la route où d'Alcide éclatent les travaux. Non loin devant ses pas, va le phosphore et Des heures, à ses flancs, court l'égale famille, Les zéphirs, sous ses pieds, font naître mille fleurs, Et le ciel se repeint de ses vives couleurs.

Comparaisons :

Tel un sage nocher, qui surpris de l'orage, Entre mille périrs n'attend que le naufrage, Et des vents et des flots vivement poursuivi Les voit, à sa ruine, obstinés à l'envi ; A l'aspect du flambeau, que sur l'onde aboyante A ses yeux, tout à coup, un haut phare présente, Croit des flots et des vents pouvoir dompter l'effort, Et, bien qu'encore en mer, jouit déjà du port.

Ainsi quand, des troupeaux la terreur et la haine, Un grand loup ravissant est surpris dans la plaine, Et, loin du bois encor, n'oserait espérer D'échapper à la dent, qui veut le dévorer ; Si la peur, à son cours redoublant la vitesse. Le met en sûreté de la mort qui le presse, Le chien, dont tous les chiens suivent la sûre voix, En longs gémissements, change ses fiers abois

Ainsi q-i.-.nd. des monts clairs, l'humide vent d'Afrique, Pousse ses tourbillons sur un lac pacifique, Jusques au fond l'ébranlé, et, d'un puissant effort, Roule ses flots bossus, vers l'opposite bord : Si l'aquilon parait, à sa seule prés.

De l'orage écumeux cesse la violence ; Le lac perd sa furie, et sans flots désormais, Retourne, de lui-même, à sa première ;.-

C'est ainsi qu'un vautour, amoureux du carnage. De deux camps ennemis observant le passage, Quitte le coupeau vert d'un pin démesuré; Où longtemps, sans pâture, il était demeuré ; Suspendu, dans les airs, sur l'une et l'autre armée, 11 les suit, nuit et jour, d'une rage animée, Brûle, s'impatiente, et famélique attend Du massacre prévu l'épouvantable instant.

Comparaisons :

Ainsi le médecin qu'un accident funeste Renferme en un palais attaqué de la peste, Quoi qu'à son jugement le venin soit trop fort, Et que tout ce qu'il voit lui parle de la mort ;

Il offre aux infectés sa ndèle assistance, Flatte les moribonds, les repaie d'espérance, Et, dans l'excès du mal, bien qu'il soit déploré, Dissimule sa peur, sous un front assuré.

Ainsi, lorsque l'enceinte a renfermé la béte, due chacun, dans la plaine, à la course s'apprête, Et que le sûr limier au veneur satisfait Par ses abois i'enseigne, et bande sur le trait; Souvent des chiens couplés la forte impatience Du bras qui les retient maîtrise la puissance, Et contraint le chasseur, bien que mal préparé, De les souffrir donner, dans le fort désiré.

Ainsi, lorsqu'un essaim d'abeilles vigilantes Voit s'obscurcir les cieux. sur ses ruches tremblantes, Un son triste et confus sort de ces logements, Qui fait retentir l'air de sourds bourdonnements; Les vaillants citoyens pour soutenir l'orage, De leurs toits crevassés réparent le dommage, Courent à chaque fente, et bouchent tous les trous , Le labeur inquiet se partage entre tous.

Comparaisons :

Ainsi quand le Vésuve, en ses veines soufreuses. A conçu, par le vent, des flammes ténébreuses, Et que de tout son mont l'accablante épaisseur L'empêche d'exhaler leur fumeuse noirceur ; S'il se joint à ses feux une flamme nouvelle, Malgré l'énorme poids, son sommet étincelle,

Et, par ses rocs crevés, d'un éclat véhément, Enfin donne passage à son embrasement.

Ainsi quand sous le coup d'une rouge tempête, Quelque royal palais sent allumer son faite. Et que le feu rongeant, de toutes parts semé, En fait voir l'édifice à demi consumé ; L'eau que, pour amortir la flamme qui l'emV Cent secourables mains versent de plus d'un vase. Souvent, loin d'affaiblir sa dévorante ardeur, Du grand embrasement redouble la grandeur.

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