‹ La Pucelle, ou, La France délivréeChapitre 2 sur 3 · CHANT PREMIER · texte numérisé non relu

CHANT PREMIER

On retrouvera ici les courts fragments qui ont été supprimés dans le poème, tantôt pour en alléger la marche, tantôt pour lui éviter la monotonie de comparaisons trop souvent répétées.

La dédicace au duc de Longueville, dès le début, finissait par ces vers que rendent superflus le magnifique panégyrique dont ce haut personnage est l'objet au septième chant :

Un jour, lorsqu'en suivant ce grand foudre de guerre (i),

J'aurai pris ma vclée assez loin de la Terre,

Et que j'aurai le ton, désormais assez fort,

Pour l'élever à toi sans te faire de tort ;

Je veux par le récit de tes propres merveilles,

Des peuples suspendus enchanter les oreilles,

Et, dans tous les climats, faire, par leur grandeur,

Chérir, de tes lauriers, l'éternelle verdeur.

Je dirai la Comté par toi demi-conquise,

Par toi, dans le Piémont, l'assurance remise,

(I) Dunois.

Les Lorrains achevés de mettre sous nos lois, E: le fameux Brissac enfin rendu c françois ». Je dirai le fameux et terrible passage, Qui fit céder le Rhin au feu de ton courage, Et qui, brisant les fers des belliqueux Germains, Assura la franchise au reste des humains, Je dirai quel tonnerre employa ta Bellonne Pour abattre à tes pieds l'orgueilleuse Tortonne; Et par quelle vitesse, effrayé par ton bruit, Le serpent Milanais dans sa grotte s'enfuit; Enfin, je publierai tes labeurs héroïques Pour trouver le remède aux misères publiques, Pour redonner la règle aux confus éléments Et du monde chrétien calmer les mouvements.

Dans le premier chant entrent aussi ces quelques vers, dans lesquels la poète s'attarde à peindre le découragement du Dauphin :

Voyant fondre sur lui la tempête fatale, Pour l'épargner au moins à sa tète Royale, Il résout de céder, et consent à la fin De laisser le cours libre à son mauvais destin.

Ainsi lorsqu'un nocher, au milieu de l'Egée, Quand sa fougue écumeuse est la plus enragée, Avec peu d'espérance et beaucoup de vertu, A le flot, dans le flot, mille fois rabattu; Si le ferme timon en sa main se fracasse, Le sang autour du coeur d'épouvante lui glace; Il voit qu'il faut périr, sans pouvoir l'éviter, Donne l'esquif à l'onde, et va pour s'y jeter.

Autres comparaisons :

Comme quand un meurtrier, qu'un juge impitoyable Retient sous cent verroux, dans un antre effroyable, Convaincu de son crime, et privé de support N'attend à tout moment que le coup de la mort.

Si la bonté Royale arrêtant sa justice

Vient, dans le noir cachot, l'enlever au supplice,

Il est si prévenu de la peur de mourir,

Que, bien qu'il ait sa grâce, il croit toujours périr.

Ainsi quand, par l'effort d'un violent orage, Quelque grand galion est proche du naufrage, Qu'il voit céder aux vents l'art de ses matelots, Et que ses flancs ouverts donnent passage aux flots; Si, dans ce désespoir, sur sa hune tremblante, Fond du plus haut des Cieux une étoile éclatante; Ce feu de bon présage à chacun rend le cœur, Et les flots ni les vents ne leur font plus de peur.

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