CO RIS AND RE
J'aurai battu plus d'un Anglais profane , Vengé mon prince, et sauvé des couvents ; J'aurai marché vers les murs d'Orléans ; Le tout en vain ! le destin nous condamne A voir périr nos travaux impuissants , Et nos héros à perdre le bon sens.
La douce Agnès, la tendre Dorothée, De nos nageurs se tenaient à portée , Pleuraient tantôt, et riaient quelquefois, De voir si fous des héros et des rois.
Mais que résoudre? où fuir? quel parti prendre ? On regrettait le château de Cutendre, Une servante en secret leur apprit Comme on trouvait au logis de la belle L'art de guérir ceux qui perdaient l'esprit. La Providence a décrété , dit-elle , Que le bon sens ne peut être hébergé Chez les cerveaux dont il a délogé Que quand enfin la belle Corisandre Aux lacs d'amour se laissera surprendre.
Ce bon avis ne fut pas sans profit :
Le muletier par bonheur l'entendit :
Car vous saurez que ce valet terrible , Pour Jeanne d'Arc étant toujours sensible , Jaîoux t!.e l'âne, avait d'un pied discret Suivi de loin l'amazone en secret.
Il se sentit la noble confiance De secourir et son prince et la France. La belle était justement dans un coin Propre au mystère : il l'apperçut de loin. Du moine noir il s'avisa de prendre L'accoutrement : la belle, à cet aspect . Sentit son ccpur saisi d'un saint respect ; Elle obéit sans oser se défendre , Innocemment , et sans réflexion , Comme faisant une bonne action .
Le muletier fit tant par ses menées, Qu'il accomplit ses hautes destinées,
l,ORISANDPcE. »c^
Tl la subjugue. A peine elle sentit La volupté , dont la triste ignorance De sa jeune ame abrutissait l'essence, De tous cotés le charme s-e rompit.
Chaque cervelle aussitôt fut remise En son état, non sans quelque méprise ; Car le roi Charle obtint le gros bon sens Du vieux Bonneau , lequel eut en partage Celui du moine; et chacun des galants Troqua de même. On eut peu d'avantage Dans ces marchés : la raison des humains , Ce don de Dieu , n'est que fort peu de chose fl ne l'a pas versée à pleines mains , Et tout mortel est content de sa dose. Ce changement n'en produisit aucun Chez les amants : chacun pour sa maîtresse Garda son goût, conserva sa tendresse; Car en amour que fait le sens commun?
Pour Corisandre , elle obtint la science Du bien , du mal, une honnête assurance, De l'art, du goût, enfin mille agrément*. Qu'elle ignorait dans sa triste innocence: Un muletier lui fit tous ces présents.
Ainsi d'Adam la compagne imbécille Dans son jardin vivant sans volupté, Dès que du diable elle eut un peu tâté, Devint charmante, éclairée et subtile, Telles que sont les femmes de nos jours, Sans appeler le diable à leur secours.
F i ||f DU OlïANT DE CORISANUllE.