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V. 82. C'était l'honneur de la pénaillerie

Pénaillerie, pénaillon, ou pcnillon, ont évidemment une origine commune. On applique ces mots par mépris à certains moines, et surtout aux moines niendians. Il est assez difficile de trouver l'étymologie de ces expressions, nées à une époque où la licence des cloîtres et la dépravation des mœurs attiraient sur les cénobites le mépris et les quolibets , et fournissaient une ample matière à tant de contes et de fabliaux dans lesquels sont racontés avec une grossière naïveté les fredaines et les bons tours des pénaillons. Ces expressions viennent -elles du Isitin penu ou penus , provision? Elles feraient allusion à la gourmandise depuis si long-temps et si justement reprochée aux gens d'église, même par Boileau, qui dit {^Lutrin, ch. i, v. 69) :

I^a déesse en entrant, qui oit la nappe mise, Admiie un si bel ordre, et reconnaît l'église.

Il serait peut-être encore plus désobligeant de dériver pénaillon du Xdiim pénis (en ancien français yje'wY); cependant on sait que les cordeliers, et les carmes surtout, tant chaux que déchaux, avaient conservé une réputation, qui n'avait point été usurpée, dans les archives galantes de Cvthère. Quoi qu'il en soit, Rabelais se sert indistinctement des mots pénaillon [Pantagruel, liv. iv, chap. xxiv ) et péniilon [Pantagruel , liv. v, chnp. xix\ A ce sujet, son

4l4 NOTES

commentateur Le Duchat di-fiiiit ainsi le pénillon : « Bout de moine déchira, déguenillé, dont les pans de la robe ne sont que des haillons. Au chapitre quatre-vingt-unième du tome XI à'Jmadis , il est parlé des pénaillons délabrés de la pucelle Finistée, qui avait long-temps erré avec Amadis de Grèce , dans la qucte de l'Empérière IN'iquée , femme de ce prince. Dans Oudin, pénaillons et pénillons sont tous les deux également interprétés ccnsi , strarci , ^> c'est-à-dire haillons, guenilles. Au surplus, si on ne sait trop d'où viennent les pénaillons, que cependant on trouve partout, on ne doute pas que ce ne soit incontestablement de ces pénaillons que dérive la pénaillerie, mot collectif qui désigne l'ordre, l'état, l'empire des moines, dont un malin donna, il y a quelques années, l'Histoire naturelle classée méthodiquement d'après le système des animaux de Ton- Linné.

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