I-i PREFACE
Or queste son Ire virtù cardinale,
La gola, e'I culo, e'I dado, conio io t'iio dctto '.
Vous remarquerez, s'il vous plaît, que le Crescimbeni, qui ne fait nulle difficulté de ranger le Pulci parmi les vrais poèmes épiques , dit , pour l'excuser , qu'il était l'écrivain de son temps le plus modeste et le plus mesuré : ilpih modesto e moderato scritlore. Le fait est qu'il fut le précurseur du Boyardo et de l'Arioste. C'est par lui que les Roland, les Renaud, les Olivier, les Dudon, furent célèbres en Italie, et il est presque égal à l'Arioste pour la pureté de la langue.
On en a fait depuis peu une très belle édition con licenza de* superiori. Ce n'est pas moi assurément qui l'ai faite; et, si notre pucelle parlait aussi impudemment que ce Margutte, fils d'un prêtre turc et d'une religieuse grecque , je me garderais bien de l'imprimer.
On ne trouvera pas non plus dans Jeanne les mêmes témérités que dans l'Arioste; on n'y verra point un saint Jean qui habite dans la lune , et qui dit (C. XXXV. st. 28, 29):
Gii scrittori amo, e fo il debito mio,
Ch' al vostro mondo fui scrittore anch' io.
E ben convenue al mio lodato Cristo.
Rendermi guiderdon di si gran sorte.
' * Imprimé , réimprimé toujours avec permission et privilège , le Morganlc n'ol)tint , au milieu du siècle dernier, ces autorisations qu'à la condition qu'on remplacerait enfin ces deux vers par les suivans :
Or queste son le mie virtn morale :
La g>la, e'I berc, e'I dado, cli'io t'ho detto,
DE DOiM APULÉICS RISORIUS. t5
Cela est gaillard ; et saint Jean prend là une licence qu'aucun saint de la Pucelle ne prendra jamais. Il semble que Jésus ne doive sa divinité qu'au premier chapitre de saint Jean , et que cet évangéliste l'ait daté. Ce discours sent un peu son socinien. Notre auteur discret n'a xrarde de tomber dans un tel excès.
C'est encore pour nous un grand sujet d'édification , que notre modeste auteur n'ait imité aucun de nos anciens romans, dont le savant Huet, évêque d"Avrancbes, et le compilateur l'abbç Lenglet, ont fait l'histoire. Qu'on se donne seulement le plaisir de lire Lancelot du Lav , au chapitre intitulé Comment Lancelot coucha avec la royne, et comment le sire de Lagant la reprint , on verra quelle est la pudeur de notre auteur, en comparaison do nos aiueurs antiques.
Mais, quid dicam de l'histoire merveilleuse de Gargantua, dédiée au cardinal de TournonPOn sait que le chapitre des Torche -culs est un des plus modestes de l'ouvrage.
Nous ne parlons point ici des modernes : nous dirons seulement que tous les vieux contes imaginés en Italie, et mis en vers par La Fontaine, sont encore moins moraux que notre Pucelle. Au reste, nous souhaitons à tous nos graves censeurs les sentimens délicats du beau Monrose; à nos prudes, s'il y en a, la naïveté d'Agnès et la tendresse de Dorothée; à nos guerriers, le bras de la robuste Jeanne; à tous les jésuites, le caractère du bon confesseur Bonifouxj à tous ceux qui tiennent une bonne maison, les attentions et le savoirfaire de Bonneau.
l6 PRÉFACE, ETC.
Nous croyons d'ailleurs ce petit livre un remède excellent contre les vapeurs qui affligent en ce temps-ci plusieurs dames et plusieurs abbés ; et quand nous n'aurions rendu que ce service au public, nous croirions n'avoir pas perdu notre temps.