PREFACE
l'auteur à qui on attribue ce poème épique. Il suffit que les lecteurs puissent tirer quelque instruction de la morale cachée sous les allégories du poëme. Qu'importe de connaître l'auteur ? il y a beaucoup d'ouvrages que les doctes et les sages lisent avec délices sans savoir qui les a faits , comme le Pervigilium Veneris , la satire sous le nom de Pétrone ^ et tant d'autres.
Ce qui nous console beaucoup, c'est qu'on trouvera dans notre Pucelle bien moins de choses hardies et libres que dans tous les grands hommes d'Italie qui ont écrit dans ce goût.
Verum enim vero , à commencer par le Pulci , nous serions bien fâchés que notre discret auteur eût approché des petites libertés que prend ce docteur florentin dans son Morgante. Ce Luigi Pulci, qui était un grave chanoine , composa son poëme , au milieu du quinzième siècle, pour la signora Lucrezia Tornabuoni, mère de Laurent de Médicis-le-Magnifique; et il est rapporté qu'on chantait le Morgante à la table de cette dame. C'est le second poëme épique qu'ait eu l'Italie. Il y a eu de grandes disputes parmi les savans , pour savoir si c'est un ouvrage sérieux ou plaisant.
Ceux qui l'ont cru sérieux se fondent sur 1 exorde
De se gandir avec sa rnargolon...
One ne tâta de bisque, d'ortolans, etc.
On y trouve Calvin du temps de Charles VII ; tout est défiguré, tout est gâté par des absurdités sans nombre. C'est un capucin défroqué, lequel a pris le nom de Maubert, qui est Tauteur de cette mfamie, faite uniquement pour la canaille.
DE DOM APULEIUS RISORIUS. l3
de chaque chant, qui commence par des versets de FÉcriture. Voici , par exemple , l'exorde du premier chant :
In principio era il Verbo appi-esso a Dio ; Ed era Iddio il Vei'bo, e'I Verbo lui. Questo era il principio, al parer mio.
Si le premier chant commence par l'Evangile, le dernier finit par le Salve regina; et cela peut justifier l'opinion de ceux qui ont cru que l'auteur avait écrit très sérieusement, puisque, dans ces temps -là, les pièces de théâtre qu'on jouait en Italie étaient tirées de la Passion et des Actes des saints.
Ceux qui ont regardé le Morgante comme un ouvrage badin n'ont considéré que quelques hardiesses trop fortes, auxquelles ils s'abandonnent.
]Morgante demande à Margutte s'il est chrétien ou mahométan (C. XVIII):
E se egli crede in Cristo o in MaomeUo ' : Rispose allor Margutte : A dirtel tosto, lo non credo più al nero che al azzurro; Ma nel cappone, o lesso o vuogli arrosto ;
Ma sopra tutto nel buon vino ho fede ; E credo cbe sia salvo chi gli crede.
' * Voltaire, qui citait de mémoire, s'est trompé ici. Au lieu de ce vers, ou trouve dans le Pulci les trois suivans, qui renferment, à la vérité, la môme idée:
Dimmi più oitrc, io non t'Iio doniauJato, Se se' Cristiano, o se se' Saracino, O se tu credi in Cristo o in Apolliuo.
(L. D. li.)