V. 422. La belle Agnès, non sans contrition
* Il est bien ai^é de voir jusqu'à quel point notre grave auteur porte le scrupule en ne prêtant pas à la pieuse Agnès la simple attrition, qui en général ne suffit pas pour justifier le pécheur, suivant la doctrine inventée par le benoît concile de Trente, dans sa sixième session (chap. vi), et par les lumineuses décisions de l'assemblée du clergé de France en 1700. C'est une véritable contrition qu'éjjrouve Agnès, c'est-à-dire, comme il est enseigné par les théologiens, le broiement, le brisement d'une ame déchirée et pénétrée de douleur d'avoir offensé Dieu. Le profond saint Thomas d'Aquin, qui, de même que tous les pères de l'église, a rendu tant et do si durables services à l'esprit humain, ce Bœuf muet, qui a si bien labouré les guérets du christianisme, définit la contrition luie douleur du péché accompagnée du
propos de le confesser. Aussi Voltaire a-t-il dit plus haut
(v. 341), en parlant toujours d'Agnès, que,
Se sentant quelque componction, Elle comptait s'en aller à confesse.
N'est-il pas aussi édifiant qu'admirable de voir si bien d'accord le chantre de la Pucelle et le compilateur de la Somme tliéolnglque , lesquels le sont beaucoup moins sur la question du tyrannlcide et le meurtre des hérétiques, dont Thomas est, comme on sait, un grand et fervent apologiste?
Nous aurions bien aussi quelque chose à dire sur confesse et componction; mais nous nous rappelons que Voltaire a dit, dans une note sur le chant quatrième, que «quelques « vertueuses dames avaient été effarouchées » de ces sortes de mots. Peut-être eussions-nous été tentés d'en parler,
Mais la vertu qu'on nomme bienséance Vient arrêter nos pinceaux trop hardis.
CHANT ONZIEME