I-V rUCELLE
l[\-l LAPUCELLE. (v. 322)
Son front charmant n'a plus rien qui le cache ; Ses longs cheveux tomhent sur ses habits ; Ses grands yeux bleus dans la mort endormis, Tout laisse voir une femme adorable , Et montre un corps formé pour les plaisirs. Le beau La Hire en pousse des soupirs, Répand des pleurs; et d'un ton lamentable S'écrie : « O ciel ! je suis un meurtrier, « Un housard noir plutôt qu'un chevalier ; « Mon cœur, mon bras, mon épée est infâme : « Est-il permis de tuer une dame? »
Mais Richemont, toujours mauvais plaisant, Et toujours dur, lui dit : « Mon cher La Hire, « Va, tes remords ont sur toi trop d'empire; « C'est une Anglaise , et le mal n'est pas grand ; « Elle n'est pas pucelle comme Jeanne. »
Tandis qu'il tient un discours si profane. D'un coup de flèche il se sentit blessé; Et, devenu plus fier, plus courroucé, Il rend cent coups à la troupe bretonne. Qui comme un flot le presse et l'environne. La Hire et lui, nobles, bourgeois, soldats. Portent partout les efforts de leurs bras : On tue, on tombe , on poursuit, on recule. De corps sanglans un monceau s'accumule; Et des mourans l'Anglais fait un rempart.
Dans cette horrible et sanglante mêlée.
Le roi disait à Dunois : « Cher bâtard, ce Dis-moi, de grâce, où donc est-elle allée?» « Qui? » dit Dunois... Le bon roi lui repart:
(v. 352) CHANT XVI. 243
ce Ne sais-tu pas ce qu'elle est devenue?... » « Qui donc?... » Hélas! elle était disparue u Hier au soir, avant qu'un heureux sort « Nous eût conduits au château de Bedfort; « Et dans la place on est entré sans elle. » « Nous la trouverons bien, » dit la Pucelle. « Ciel! dit le roi, qu'elle me soit fidèle: « Gardez-la-moi. » Pendant ce beau discours Il avançait et combattait toujours.
Bientôt la nuit, couvrant notre hémisphère. L'enveloppa d'un noir et long manteau.
Et mit un terme à ce cours tout nouveau Des beaux exploits que Charle eût voulu faire.
Comme il sortait de cette grande affaire , Il entendit qu'on avait le matin Vu cheminer vers la forêt voisine Quelques tendrons du genre féminin ; Une surtout, à la taille divine, Aux grands yeux bleus, au minois enfantin, Au souris tendre , à la peau de satin, Que sermonnait un bon dominicain.
Des écuyers brillans, à mines fières.
Des chevaliers, sur leurs coursiers fringans, Couverts d'acier, et d'or et de rubans. Accompagnaient les belles cavalières.
La troupe errante avait porté ses pas Vers un palais qu'on ne connaissait pas , Et que jamais, avant cette aventure, On n'avait vu dans ces lieux écartés;
Rien n'égalait sa bizarre structure
a44 LA PUCELLE. (v. 38s)
Le roi , surpris de tant de nouveautés, Dit à Bonneau : « Qui m'aime doit nie suivre ; « Demain matin, je veux au point du jour « Revoir l'objet de mon fidèle amour, « Reprendre Agnès, ou bien cesser de vivre. » Il resta peu dans les bras du sommeil ; Et quand Phosphore, au visage vermeil.
Eut précédé les roses de l'Aurore, Quand dans le ciel on attelait encore Les beaux coursiers que conduit le Soleil , Le roi, Bonneau, Dunois et la Pacelle, Alègrenient se remirent en selle, Pour découvrir ce superbe palais.
Charles disait : « Voyons d'abord ma belle ; « Nous rejoindrons assez tôt les Anglais : « I^ plus pressé, c'est de vivre avec elle. »
PI> liU CUAST SEIZIEJIB.
CHANT DIX-SEPTIÈME
Comment Charles VII , Agnès , Jeanne , Dunois , La Trimouille , etc. devinrent tous fous, el comment ils revinrent en leur bon sens par les exorcismes du R. P. Bonifoux, confesseur ordinaire du roi.
Oh! que ce monde est rempli d'enchanteurs! Je ne dirai rien des enchanteresses.
Je t'ai passé, temps heureux d^s faiblesses, Printemps des fous, bel âge des erreurs; Mais à tout âge on trouve des trompeurs , De vrais sorciers, tout-puissans séducteurs. Vêtus de pourpre et rayônnans de gloire. Au haut des cieux ils vous mènent d'abord, Puis on vous plonge au fond de l'onde noire, Et vous buvez ramertume et la mort.
Gardez- vous tous, gens de bien que vous êtes, De vous frotter à de tels nécromans; Et, s'il vous faut quelques enchantemeus. Aux plus grands rois préférez vos grisettes.
Hermaphrodix a bâti tout exprès Le beau château qui retenait Agnès, Pour se venger des belles de la France, Des chevaliers, des ânes et des saints, Dont la pudeur et les exploits divins Avaient bravé sa magique puissance.
Quiconque entrait dans ce maudit logis
24^ l'A PUCELLE. (v. 22)
Méconnaissait sur-le-champ ses amis, Perdait le sens, l'esprit et la mémoire. L'eau du Léthé que les morts allaient boire , Les mauvais vins funestes aux vivans, Ont des effets bien moins extravagans.
Sous les grands arcs d'un immense portique, Amas confus de moderne et, d'antique, Se promenait un fantôme brillant, Au pied léger, à l'œil étincelant, Au geste vif, à la marche égarée, La tête haute, et de clinquans parée.
On voit son corps toujours en action; Et son nom est l'Imagination :
Non cette belle et charmante déesse Qui présida , dans Rome et dans la Grèce, Aux beaux travaux de tant de grands auteurs , Qui répandit l'éclat de ses couleurs, Ses diamans, ses immortelles fleurs, Sur plus d'un chant du grand peintre d'Achille, Sur la Didon que célébra Virgile, Et qui d'Ovide anima les accens; Mais celle-là qu'abjure le bon sens , Cette étourdie, effarée, insipide, Que tant d'auteurs approchent de si près, Qui les inspire, et qui servit de guide Aux Scudéri, Lemoine, Desmarêts.
Elle répand ses faveurs les plus chères Sur nos romans, nos nouveaux opéra; Et son empire assez long-temps dura Sur le théâtre, au barreau, dans les chaires.
(v. 32) CHANT XVII. 247
Près d'elle était le Galimatias,
Monstre bavard caressé dans ses bras;
Nommé jadis le docteur séraphique ,
Subtil, profond, énergique, angclique ,
Commentateur d'imagination ,
Et créateur de la confusion ,
Qui depuis peu fit Marie Alacoque.
Autour de lui voltigent l'Equivoque,
La louche Enigme, et les mauvais Bons Mots ,
A double sens, qui font l'esprit des sots ;
Les Préjuges, les Méprises , les Songes,
Les Contre-Sens , les absurdes Mensonges :
Ainsi qu'on voit aux murs d'un vieux logis
Les cliats-huans et les chauves-souris.
Quoi qu'il en soit, ce damnable édifice
Fut fabriqué par un tel artifice ,
Que tout mortel qui dans ces lieux viendra
Perdra l'esprit tant qu'il y restera.
A peine Agnès, avec sa douce escorte,
De ce palais avait touché la porte.
Que Bonifoux , ce grave confesseur.
Devint l'objet de sa fidèle ardeur:
Elle le prend pour son cher roi de France.
« O mon héros ! ô ma seule espérance !
« Le juste ciel vous rend à mes souhaits.
« Ces fiers Bretons sont-ils par vous défaits ?
« N'auriez-vous point reçu quelque blessure ?
« Ah ! laissez-moi détacher votre armure. »
Lors elle veut, d'un effort tendre et doux,
Oter le froc du père Bonifoux,
2^8 LA PUCELLE. (v. 82)
Et, dans ses bras bientôt abandonnée, L'œil enflamme, le cou vers lui tendu , Cherche un baiser qui soit pris et rendu. Charmante Agnès, que tu fus consternée.
Lorsque, cherchant un menton frais tondu, Tu ne sentis qu'une barbe tannée , Longue, piquante, et rude, et mal peignée! Le confesseur tout effaré s'enfuit , jMéconnaissant la belle qui le suit.
La tendre Agnès, se voyant dédaignée, Court après lui, de pleurs toute baignée.
Comme ils couraient dans ce vaste pourpris, L'un se signant , et l'autre tout en larmes , Ils sont frappés des plus lugubres cris. Un jeune objet, touchant, rempli de charmes. Avec frayeur embrassait les genoux D'un chevalier qui, couvert de ses armes, L'allait bientôt immoler sous ses coups. Peut-on connaître à cette barbarie Ce La Trimouille et ce parfait amant Qui de grand cœur en tout autre moment Pour Dorothée aurait donné sa vie ?
Il la prenait pour le fier Tirconel ; Elle n'avait nul trait en son visage Qui ressemblât à cet Anglais cruel; Elle cherchait le héros qui l'engage, Le cher objet d'un amour immortel; Et, lui parlant sans pouvoir le connaître. Elle lui dit : « Ne l'avez-vous point vu , « Ce chevalier qui de mon cœur est maître ,
(v. rrs) CHANT XVII. "2^^
« Qui près (le moi dans ces lieux est venu?
« Mon La Trimouille, hélas ! est disparu.
« Que fait-il donc ? de grâce, où peut-il être ? »
Le Poitevin, à ces touchans discours.
Ne connut point ses fidèles amours.
11 croit entendre un Anglais implacable.
Qui vient sur lui prêt à trancher ses jours.
Le fer en main il se met en défense.
Vers Dorothée en mesure il avance.
« Je te ferai, dit-il, changer de ton, «' Fier, dédaigneux, triste, arrogant Breton ! « Dur insulaire, ivre de bière forte, « C'est bien à toi de parler de la sorte, « De menacer un homme de mon nom !
« Moi petit-fils des Poitevins célèbres « Dont les exploits au séjour des ténèbres « Ont fait passer tant d'iVnglais valeureux, « Plus fiers que toi, plus grands, plus généreux, (c Hé quoi ! ta main ne tire pas l'épée ! ff De quel effroi ta vile ame est frappée ! « Fier en discours, et lâche en action, « Chevreuil anglais, Thersite d'Albion, « Fait pour brailler chez tes parlementaires, « Vite, essayons tous deux nos cimeterres. « Çà, qu'on dégaine, ou je vais de ma main « Signer ton front, des fronts le plus vilain, « Et t'appliquer sur ton large derrière, a A mon plaisir, deux cents coups d'étrivière. »
A ce discours qu'il prononce en fureur, Pâle, éperdue, et mourante de peur :
aSo LA PUCELLE. (v. 142)
« Je ne suis point Anglais, dit Dorothée;
« J'en suis bien loin : comment, pourquoi, par où,
« Me vois-je ici par vous si maltraitée?
« Dans quel danger je suis précipitée !
« Je cherche ici le héros du Poitou;
« C'est une fille, hélas ! bien tourmentée,
« Qui baise en pleurs votre noble genou. »
Elle parlait, mais sans être écoutée;
Et La Trimouille , étant tout-à-fait fou ,
Allait déjà la prendre par le cou.
Le confesseur, qui dans sa prompte fuite D'Agnès Sorel évitait la poursuite.
Bronche en courant, et tombe au milieu d'eux. Le Poitevin veut le prendre aux cheveux. N'en trouve point, roule avec lui par terre; La belle Agnes, qui le suit et le serre, Sur lui trébuche, en poussant des clameurs Et des sanglots qu'interrompent ses pleurs; Et sous eux tous se débat Dorothée , Très en désordre et fort mal ajustée.
Tout au milieu de ce conflit nouveau , Le bon roi Charle, escorté de Bonneau, Avec Dunois et la fière Pucelle, Entre à la fols dans ce fatal château, Pour y chercher sa maîtresse fidèle.
O grand pouvoir ! 6 merveille nouvelle ! A peine ils sont de cheval descendus.
Sous le portique à peine ils sont rendus. Incontinent ils perdent la cervelle.
Tels dans Paris tous ces docteurs fourrés,
(v. 172) CHANT XVII. 1JÏ
Pleins d'argumens sous leurs bonnets carrés,
Vont gravement vers la Sorbonne antique,
Séjour de noise, antre thcologique,
Où la Dispute et la Confusion
Ont établi leur sacré domicile,
Et dont jamais n'approclia la Raison.
Nos révérends arrivent à la file :
Ils avaient l'air d'ctro de sens rassis;
Chacun passait pour sage en son logis;
On les prendrait pour des gens fort honnêtes,
Point quecelleurs et point extravagans;
Quelques uns même étaient de bonnes têtes :
Ils sont tous fous quand ils sont sur les bancs.
Charle, enivré de joie et do tendresse, Les yeux mouillés, tout pétillant d'ardeur. Et ressentant un battement de cœur.
Disait d'un ton d'amour et de langueur : « Ma chère Agnès, ma pudique maîtresse, • « Mon paradis, précis de tous les biens, « Combien de fois , hélas ! fus-tu perdue ! « A mes désirs te voilà donc rendue.
« Parle d'amour, je te vois, je te tiens; « Oh ! que tu fais une charmante mine ! « Mais tu n'as plus cette taille si fine a Que je pouvais embrasser autrefois a En la serrant du bout de mes dix doigts. « Quel embonpoint ! quel ventre ! quelles fesses ! « Voilà le fruit de nos tendres caresses : (( Agnès est grosse; Agnès me donnera a Un beau bâtard qui pour nous combattra.
ibl LA PUCELLE. (v. aoa)
« Je veux greffer, dans l'ardeur (jui m'emporte, « Ce fruit nouveau sur l'arbre (jui le porte. « Amour le veut; il laul (jue dans l'instant « J'aille au devant de cet ainiable enfant. »
A (jui le roi se fesait-il eritendrc ? A qui tient-il ce discours noble et tendre? Qui tenait-il dans ses bras amoureux ?
(Tétait JJonneau, soufflant, suant, poudreux; (i'i'lait lk)iujeau; jamais bominc en sa vie JNe se sentit lame plus ebabie.
Cliarles, pressé d'un désir violent, D'un bras nerveux le pousse tendrement; Il le renverse; et Bonneau pesannnent S'en va tomber sur la troupe mêlée.
Qui de son poids se sentit accablée.
Ciel ! que de cris et que de burlemens ! Le conf(;sseur rej)rit un peu ses sens; Sa grosse panse (Hait juste portée Dessus Agnès et dessous Dorotbée; Il se relève, il marcbc, il court, il fuit; Tout balctant le bon IJoniieau le suit. Mais La TrimouilK; à l'instant s'imagine Que sa beauté, sa maîtresse divine, ,' Sa Donjtbée était entre les bras Du Tourangeau (jui fuyait à grands pas. Il couit après, il le presse, il lui crie: « Rends-moi mon c(eur,boui"reau, rends-moi ma vie; M Alt(înds, arrête. » En pronon(^;ant ces mots. D'un large sabre il frappe son gros dos. IJonneau portait une éj)aisse cuirasse.
(v.a3a) CHA^T XVII. i53
Et ressemblait à la pesante masse Qui dans la forge à grand bruit retentit Sûus le marteau qui frappe et rebondit. La peur hâtait sa marche ecarquillée.
Jeanne, voyant le Bonneau qui trottait.
Et les grands coups que l'autre lui portait, Jeanne, casquée et de fer habillée.
Suit à grands pas La Trimouille, et lui rend Tout ce qu'il donne au roval confident. Duuois, la fleur de la chevalerie, Ne souffre pas qu'on attente à la vie De La Trimouille : il est son cher appui; C'est son destin de combattre pour lui. Il le connaît; mais il prend la Pucelle Pour un Anglais; il vous tombe sur elle; Il vous l'etnlle ainsi quelle étrillait Le Poitevin, qui toujours chatouillait L'ami Bonneau, qui lourdement fuyait.
Le bon roi Charle, en ce désordre extrême. Dans son Bonneau voit toujours ce qu'il aime; Il voit Agnès. Quel état pour un roi , Pour un amant des amans le plus tendre ! Nul ennemi ne lui cause d'effroi; Contre une armée il voudrait la défendre. Tous ces guerrière après Bonneau courans Sont à ses yeux des ravisseurs sanglaus. L'épée au poing sur Dunois il s'elauce; Le beau bâtard se retourne, et lui rend Sur la visière un énorme fendant.
Ah ! s'il savait que c'est le roi de France,
254 LA PUCELLE. (v. aGa"»
Qu'il se verrait avec un œil d'horreur ! Il périrait de honte et de douleur.
En même temps Jeanne, par lui frappée, Lui répondit de sa puissante épée; Et le bâtard, incapable d'effroi, Frappe à la fois sa maîtresse et son roi ; A droite, à gauche, il lance sur leurs têtes De mille coups les rapides tempêtes.
Charmant Dunois, belle Jeanne, arrêtez; Ciel ! quels seront vos regrets et vos larmes, Quand vous saurez qui poursuivent vos armes. Et qui vous frotte, et qui vous combattez !
Le Poitevin , dans l'horrible mêlée , De temps en temps appesantit son bras Sur la Pucelle, et rosse sefs appas.
L'ami Bonneau ne les imite pas; Sa grosse tête était la moins troublée. Il recevait, mais il ne rendait point.
Il court toujours; Bonifoux le précède.
Aiguillonné de la peur qui le point.
Le tourbillon que la rage possède.
Tous contre tous, assaillans, assaillis, Battans , battus , dans ce grand chamaillis , Criant, hurlant, parcourent le logis.
Agnès en pleurs, Dorothée éperdue, Crie : « Au secours ! on m'égorge, on me tue, » Le confesseur, plein de contrition , Menait toujours cette procession.
Il aperçoit à certaine fenêtre De ce logis le redoutable maître,
(v. 292) CHANT XVII. 2 55
Hermaphrodix , qui contemplait gaiement
Des bons Français le barbare tourment,
Et se tenait les deux cotés de rire.
Bonifoux vit que ce fatal empire
Etait, sans doute, une œuvre du démon.
Il conservait un reste de raison;
Son long capuce et sa large tonsure
A sa cervelle avaient servi d'armure.
Il se souvint que notre ami Bonneau
Suivait toujours l'usage antique et beau.
Très sagement établi par nos pères.
D'avoir sur soi les choses nécessaires;
Muscade , clou , poivre , girofle et sel.
Pour Bonifoux, il avait son missel.
Il aperçut une fontaine claire;
Il y courut, sel et missel en main.
Bien résolu d'attraper le malin.
Le voilà donc qui travaille au mystère;
Il dit tout bas : Sanctam , catliolicam ,
Papam , Romam , aquam benedictam ;
Puis de Bonneau prend la tasse, et va vite
Adroitement asperger d'eau bénite
Le farfadet né de la belle Alix.
Chez les païens l'eau brûlante du Styx
Fut moins fatale aux âmes criminelles.
Son cuir tanné fut couvert d'étincelles;
Un gros nuage, enfumé, noir, épais.
Enveloppa le maître et le palais.
Les combattans, couverts d'une nuit sombre,
Gouraient encore et se cherchaient dans l'ombre.
^56 LA.PUCELLZ. (v.3aa)
Tout aussitôt le palais disparut; Plus de combat, d'erreur ni de méprise, Chacun se vit, chacun se reconnut; Chaque cervelle en son lieu fut remise. A nos héros un seul moment rendit Le peu de sens qu'un seul moment perdit; Car la folie, hélas 1 ou la sagesse, !Ne tient à rien dans notre pauvre espèce.
C'était alors un grand plaisir de voir Ces paladins aux pieds du moine noir, Le bénissant, chantant des litanies.
Se demandant pardon de leurs folies.
O La Trimouille 1 6 vous , royal amant î Qui me peindra votre ravissement?
On n'entendait que ces mots : a Ali ! ma belle, « Mon tout, mon roi, mon ange, ma fidèle, fc C'est vous! c'est toi! jour heureux! doux momensl * Et des baisers, et des embrassemens.
Cent questions, cent réponses pressées.
Leur voix ne peut suffire à leurs pensées. Le confesseur, d'un paternel regard, Les lorgnait tous, et priait à l'écart. Le grand bâtard et sa fière maîtresse Modestement s'expliquaient leur tendresse. De leurs amours le rare compagnon Elève alors la tête avec le ton; Il entonna l'octave discordante De son gosier de cornet à bouquin.
A cette oclave, à ce bruit tout divin , Tout fut ému : la nature tremblante
(t.35») Cn\XTXVII. 25-
Frémit d'horreur; et Jeanne vit soudain Tomber les murs de ce palais magique.
Cent tours d'acier, et cent portes d'airain ; Comme autrefois la horde mosaïque Fit voir, au son de sa trompe hébraïque. De Jéricho le rempart écroulé, Réduit en poudre, à la terre égalé :
Le temps n'est plus de semblable pratique.
Alors , alors , ce superbe palais.
Si brillant d'or, si noirci de forfaits. Devint un ample et sacré monastère.
Le salon fiit en chapelle changé.
Le cabinet, où ce maître enragé Avait dormi dans le vice plonge.
Transmué fut en un beau sanctuaire.
L'ordre de Dieu, qui préside aux destins. Ne changea point la salle des festins ; Mais elle prit le nom de réfectoire :
On y bénit le manger et le boire.
Jeanne, le cœur élevé vers les saints.
Vers Orléans , vers le sacre de Reims . Dit à Dunois : « Tout nous est favorable tf Dans nos amours et dans nos grands desseins; « Espérons tout; soyez sûr que le diable « A contre nous fait son dernier efiforL » « Parlant ainsi Jeanne se trompait fort.
rijr DU CHV5T DIX-StPTIEMB,
LV PletLLE. 17
l58 LA. PUCELLE.
CHANT DIX-HUrriÈME.
Disgrâce de Charles et de sa troupe dorée.
Je ne connais dans l'histoire du monde Aucun héros, aucun homme de bien, Aucun prophète, aucun parfait chrétien, Qui n'ait été la dupe d'un vaurien , Ou des jaloux, ou de l'esprit immonde.
La Providence en tout temps éprouva Mon bon roi Charle avec mainte détresse. Dès son berceau fort mal on l'éleva; Le Bourguignon poursuivit sa jeunesse:
De tous ses droits son père le priva; Le parlement de Paris près Gonesse, Tuteur des rois, son pupille ajourna; De ses beaux lis un chef anglais s'orna; Il fut errant, manqua souvent de messe Et de dîner; rarement séjourna En même lieu; mère, oncle, ami, maîtresse, Tout le trahit ou tout l'abandonna; Un page anglais partagea la tendresse De son Agnès; et l'enfer déchaîna Hermaphrodix, qui par magique adresse Pour quelque temps la tète lui tourna; Il essuya des traits de toute espèce; Il les souffrit, et Dieu lui pardonna.
(v.a4) CHANT XVIII. aSg
De nos amans ia troupe fîère et leste S'acheminait loin du château funeste Où Belzébut dérangea le cerveau Des chevaliers , d'Agnès et de Bonneau.
Ils côtoyaient la forêt vaste et sombre Qui d'Orléans porte aujourd'hui le nom. . A peine encor l'épouse de Tithon En se levant mêlait le jour à l'ombre. On aperçut de loin des hoquetons , Au rond bonnet, aux écourtés jupons; Leur corselet paraissait mi-partie De fleurs de lis et de trois léopards. Le roi fit halte, en fixant ses regards Sur la cohorte en la forêt blottie.
Dunois et Jeanne avancent quelques pas.
La tendre Agnès, étendant ses beaux bras, Dit à son Charle : « Allons ! fuyons , mon maître ! » Jeanne en courant s'approcha , vit paraître Des malheureux deux à deux enchaînés.
Les yeux en terre, et les fronts consternés. « Hélas! ce sont des chevaliers, dit-elle, « Qui sont captifs; et c'est notre devoir « De délivrer cette troupe fidèle.
« Allons, bâtard! allons! et fesons voir « Ce qu'est Dunois et ce qu'est la Pucelle. » Lance en arrêt, ils fondent à ces mots Sur les soldats qui gardaient ces héros. Au fier aspect de la puissante Jeanne Et de Dunois, et plus cncor de l'âne, D'un pas léger ces prétendus guerriers
l6o LA PU CELLE. (r. 54)
S'en vont au loin comme des lévriers.
Jeanne aussitôt, de plaisir transportée,
Complimenta la troupe garrottée.
« Beaux chevaliers, que l'Anglais mit aux fers,
« Remerciez le rfti qui vous délivre ;
« Baisez sa main; soyez prêts à le suivre,
« Et vengeons-nous de ces Anglais pervers. »
Les chevaliers, à cette offre courtoise.
Montraient encore une face sournoise,
Baissaient les yeux... Lecteurs impatiens.
Vous demandez qui sont ces personnages
Dont la Pucelle animait les courages.
Ces chevaliers étaient des garnemens
Qui, dans Paris payés pour leur mérite,
Allaient ramer sur le dos d'Amphitrite;
On les connut à leurs accoutremens.
En les voyant le hon Charles soupire :
« Hélas! dit-il, ces objets dans mon cœur
« Ont enfoncé les traits de la douleur.
« Quoi! les Anglais régnent dans mon empire!
«. C'est en leur nom que l'on rend des arrêts !
« C'est pour eux seuls que l'on dit des prières!
« C'est de leur part, hélas! que mes sujets
« Sont de Paris envoyés aux galères!... »
Puis le bon prince avec compassion
Daigne approcher du maître compagnon.
Qui de la file était mis à la tête.
Nul malandrin n'eut l'air plus malhonnête ;
Sa barbe torse ombrage un long menton;
Ses yeux tournés, plus menteurs que sa touche.
(v.84) CHA.NT XVIII. ^Gl
Portent en bas un regard double et louche ; Ses sourcils roux, mélangés et retors, Semblent loger la fraude et l'imposture; Sur son front large est l'audace et l'injure, L'oubli des lois, le mépris des remords; Sa bouche écume, et sa dent toujours grince.
Le sycophantc, à l'aspect de son prince, Affecte un air humble, dévot, contrit, Baisse les yeux, compose et radoucit Les traits hagards de son affreux visage. Tel est un dogue au regard impudent , Au gosier rauque, affamé de carnage; Il voit son maître, il rampe doucement, Lèche ses mains, le flatte en son langage, Et pour du pain devient un vrai mouton; Ou tel encore on nous peint le démon , Qui, s'échappant des gouffres du Tartare, Cache sa queue et sa griffe barbare , Vient parmi nous , prend la mine et le ton , Le front tondu d'un jeune anachorète.
Pour mieux tenter sœur Rose ou sœur Discrète.
Le roi des Francs, trompé par le félon, Lui témoigna commisération, L'encouragea par un discours affable :
« Dis-moi quel est ton métier, pauvre diable , M Ton nom, ta place; et pour quelle action « Le Châtelet, avec tant d'indulgence, a Te fait ramer sur les mers de Provence ? » Le condamné, d'un ton de doléance.
Lui répondit : « O monarque trop bon !
262 LA PDCELLE. (v. ii4)
« Je suis de Nante, et mon nom est Fréron.
« J'aime Jésus d'un feu pur et sincère;
« Dans un couvent je fus quelque temps frère;
« J'en ai les mœurs, et j'eus dans tous les temps
« Un très gi^and soin du salut des enfans.
« A la vertu je consacrai ma vie.
« Sous les charniers, qu'on dit des Innocens,
« Paris m'a vu travailler de génie;
« J'ai vendu cher mes feuilles à Lambert;
« Je suis connu dans la place Mauhert;
« C'est là surtout qu'on m'a rendu justice.
ce Des indévots quelquefois par malice
« M'ont reproché les faiblesses du froc ,
« Celles du monde, et quelques tours d'escroc;
« Mais j'ai pour moi ma bonne conscience. »
Ce bon propos toucha le roi de France. « Console-toi , dit-il, et ne crains rien. « Dis-moi, l'ami, si chaque camarade, « Qui vers JNIarseille allait en ambassade, « Ainsi que toi fut un homme de bien? » « Ah! dit Fréron, sur ma foi de chrétien, « Je réponds d'eux ainsi que de moi-même; « Nous sommes tous en un moule jetés.
« L'abbé Guyon, qui marche à mes côtés, « Quoi qu'on en dise, est bien digne qu'on l'aime; (f Point étourdi, point brouillon, point menteur, (f Jamais méchant ni calomniateur.
« Maître Chaumeix, dessous sa mine basse, « Porte un cœur haut, plein d'une sainte audace; « Pour sa doctrine il se ferait fesser.
(». i44) CHANT XVIII. a63
« Maître Gauchat pourrait embarrasser
a Tous les rabbins sur le texte et la glose
« Voyez plus loin cet avocat sans cause ;
« Il a quitté le barreau pour le ciel.
« Ce Sabatier est tout pétri de miel.
« Ah , l'esprit fin ! le bon cœur! le saint prêtre!
(( 11 est bien vrai qu'il a trahi son maître,
« Mais sans malice et pour très peu d'argent;
« Il s'est vendu, mais c'est au plus offrant.
« Il trafiquait comme moi de libelles :
« Est-ce un grand mal? ou vit de son talent.
« Employez-nous; nous vous serons fidèles.
« En ce temps-ci la gloire et les lauriers
« Sont dévolus aux auteurs des charniers,
« Nos grands succès ont excité l'envie;
« Tel est le sort des auteurs , des héros ,
« Des grands esprits, et surtout des dévots;
« Car la vertu fut toujours poursuivie.
« G mon bon roi! qui le sait mieux que vous? »
Comme il parlait sur ce ton tendre et doux, Charle aperçut deux tristes personnages, Qui des deux mains cachaient leurs gros viisages. « Qui sont, dit-il, ces deux rameurs honteux? »
« Vous voyez là, reprit l'homme aux Semaines, « Les plus discrets et les plus vertueux M De ceux qui vont sur les liquides plaines. « L'un est Fantin, prédicateur des grands, « Humble avec eux, aux petits débonnaire; « Sa piété ménagea les vivans; « Et, pour cacher le l)!on ([u'il savait faire,
264 LA PUCELLE. (v. i;'»)
« Il confessait et volait les mourans.
« L'autre est Grizel, directeur de non nettes, « Peu soucieux de leurs faveurs secrètes , « JNIais s'appliquant sagement les dépôts , « Le tout pour Dieu. Son ame pure et sainte « Méprisait l'or; mais il était en crainte a Qu'il ne tombât aux mains des iudévots. « Pour le dernier de la noble séquelle, « C'est mon soutien, c'est mon cher La Beaumelle. « De dix gredins qui m'ont vendu leur voix, « C'est le plus bas, mais c'est le plus fidèle; « Esprit distrait, on prétend que parfois, « Tout occupé de ses œuvres chrétiennes, « Il prend d'autrui les poches pour les siennes. « Il est d'ailleurs si sage en ses écrits! « Il sait combien, pour les faibles esprits, « La vérité souvent est dangereuse ; « Qu'aux yeux des sots sa lumière est trompeuse , « Qu'on en abuse ; et ce discret auteur, « Qui toujours d'elle eut une sage peur, « A résolu de ne la jamais dire.
« Moi, je la dis à votre majesté; « Je vois en vous un héros que j'admire, « Et je l'apprends à la postérité.
« Favorisez ceux que la Calomnie « Voulut noircir de son souffle empesté ; « Sauvez les bons des filets de l'impie ; « Délivrez-nous, vengez-nous, payez-nous : « Foi de Fréron, nous écrirons pour vous. » Alors il fit un discours pathétique
(v. ao4) CHANT XVIII. 265
Contre l'A.nglais et pour la loi saliquc ; Et démontra que bientôt sans combat Avec sa plume il défendrait l'état.
Charle admira sa profonde doctrine; 11 fit à tous une charmante mine, Les assurant avec compassion Qu'il les prenait sous sa protection.
La belle Agnès, présente à Tentrevue , S'attendrissait, se sentait tout émue.
Son cœur est bon : fennne qui fait l'amour A la douceur est toujours plus encline Que femme prude ou bien femme héroïne.
« Mon roi , dit-elle, avouez que ce jour « Est fortuné pour cette pauvre race.
« Puisque ces gens contemplent votre face, « Ils sont heureux , leurs fers seront brisés : a Votre visage est visage de grâce. « Les gens de loi sont des gens bien osés « D'instrumenter au nom d'un autre maître ! « C'est mon amant qu'on doit seul reconnaître. « Ce sont pédans en juges déguisés.
« Je les ai vus, ces héros d'écritoire, « De nos bons rois ces tuteurs prétendus, « Bourgeois alticrs, tyrans en robe noire, « A leur pupille oter ses revenus , « Par devant eux le citer en personne, « Et gravement confisquer sa couronne.
« Les gens de bien qui sont à vos genoux « Par leurs arrêts sont traités comme vous; « Protégez-les : vos causes sont connnuues;
266 LA PU CELLE. (v. a34)
« Proscrit comme eux , vengez leurs infortunes. » De ce discours le roi fut très touché :
Vers la clémence il a toujours penché.
Jeanne, dont lame est d'espèce moins tendre,
Soutint au roi qu'il les fallait tous pendre ;
Que les Frérons , et gens de ce métier,
N'étaient tous bons qu'à garnir un poirier.
Le grand Dunois plus profond et plus sage ,
En bon guerrier tint un autre langage.
« Souvent, dit-il, nous manquons de soldats;
« Il faut des dos , des jambes et des bras :
« Ces gens en ont ; et dans nos aventures ,
« Dans les assauts, les marches, les combats,
« Nous pouvons bien nous passer d'écritures.
« Enrôlons-les; mettons-leur dès demain ,
« Au lieu de rame, un mousquet à la main.
a Ils barbouillaient du papier dans les villes;
« Qu'aux champs de Mars ils deviennent utiles. »
Du grand Dunois le roi goûta l'avis.
A ses genoux ces bonnes gens tombèrent
En soupirant, et de pleurs les baignèrent.
On les mena sous l'auvent d'un logis.
Où Charle , Agnès et la troupe dorée
Après dîner passèrent la soirée.
Agnès eut soin que l'intendant Bonneau
Fît bien manger la troupe délivrée ;
On leur donna les restes du serdeau.
Charle et les siens assez gaîment soupèrent,
Et puis Agnès et Charles se couchèrent.
En s'éveillanl chacun fui bien surpris
(v.264) CHANT XVIII. 267
De se trouver sans manteau, sans habits. Agnès en vain cherche ses engageantes, Son beau colher de perles jaunissantes , Et le portrait de son royal amant.
Le gros Bonneau, qui gardait tout l'argent Bien enfermé dans une bourse mince.
Ne trouve plus le trésor de son prince. Linge, vaisselle, habits, tout est troussé, Tout est parti. La horde griffonnante , Sous le drapeau du gazelier de Nante, D'une main prompte et d'un zèle empressé, Pendant la nuit avait débarrassé Notre bon roi de son leste équipage.
Ils prétendaient que pour de vrais gucn-iers , Selon Platon, le luxe est peu d'usage; Puis s'esquivant par- de petits sentiers, Au cabaret la proie ils partagèrent.
Là par écrit doctement ils couchèrent Un beau traité, bien moral, bien chrétien, Sur le mépris des plaisirs et du bien. On y prouva que les hommes sont frères , Nés tous égaux, devant tous partager * Les dons de Dieu , les humaines misères , Vivre en commun pour se mieux soulager. Ce livre saint, mis depuis en lumière.
Fut enrichi d'un docte connnentaire Pour diriger et l'esprit et le cœur.
Avec préface et l'avis au lecteur.
Du clément roi la maison consternée Est cependant au trouble abandonnée;
■a68 LA PUCELLE. (v. 294)
On court en vain dans les clianips , dans les bois.
Ainsi jadis on vit le bon Phinée ,
Prince de Tbrace, et le pieux Enée,
Tout effarés et de frayeur pantois ,
Quand à leur nez les gloutonnes harpies,
Juste à midi de leurs antres sorties.
Vinrent manger le dîner de ces rois.
Agnès timide , et Dorothée en larmes ,
Ne savent plus conmicnt couvrir leurs charmes;
Le bon Bonneau, fidèle trésorier.
Les fesait rire à force de crier.
e( Ah! disait-il, jamais pareille perte
(c Dans nos combats ne fut par nous soufferte.
c( Ah ! j'en mourrai; les fripons m'ont tout pris.
a Le roi mon maître est trop bon , quand j'y pense ;
« Voilà le prix de son trop d'indulgence,
« Et ce qu'on gagne avec les beaux esprits. »
La douce Agnès, Agnès compatissante,
Toujours accorte et toujours bien disante.
Lui répliqua : « Mon cher et gros Bonneau,
a Pour Dieu! gardez qu'une telle aventure
« Ne vous inspire un dégoût tout nouveau
« Pour les auteurs et la littérature;
« Car j'ai connu de très bons écrivains,
« Avant le cœur aussi pur que les mains,
« Sans le voler aimant le roi leur maître ,
« Pesant du bien sans chercher à paraître,
« Parlant en prose , en vers mélodieux ,
« De la vertu, mais la pratiquant mieux;
« Le bien public est le fruit de leurs veilles;
(v.32/,) CHANT XVIII. 269
« Le doux plaisir, déguisant leurs leçons, « Touche les cœurs en charmant les oreilles ; « On les chérit; et s'il est des frelons if Dans notre siècle, on trouve des aheilles. »
Bonneau reprit : « Eh! que m'importe , hélas! « Frelon, aheille, et tout ce vain fatras? « Il faut dîner, et ma bourse est perdue. » On le console ; et chacun s'évertue , En vrais héros endurcis aux revers , A réparer les dommages soufferts.
On s'achemine aussitôt vers la ville.
Vers ce château, le noble et sûr asile Du grand roi Charle et de ses paladins. Garni de tout et fourni de bons vins.
Nos chevaliers à moitié s'équipèrent, Fort simplement les dames s'ajustèrent.
On arriva mal en point, harassé.
Un pied tout nu, l'autre à demi chaussé.
FIN DU CHANT DIX-HUITIEME
CHANT DIX-NEUVIÈME
Mort du brave et tendre La Trimouille et de la charmante Dorothée. Le dur Tirconel se fait chartreux.
Sœur de la Mort , impitoyable Guerre , Droit des brigands que nous nommons héros , Monstre sanglant, né des flancs d'Atropos, Que tes forfaits ont dépeuplé la terre! Tu la couvris et de sang et de pleurs. Mais quand l'Amour joint encor ses malheurs A ceux de Mars ; lorsque la main chérie D'un tendre amant , de faveur enivré, Répand un sang par lui-même adoré, Et qu'il voudrait racheter de sa vie; Lorsqu'il enfonce un poignard égaré Au même sein que ses lèvres brûlantes Ont marqueté d'empreintes si touchantes ; Qu'il voit fermer à la clarté du jour Ces yeux aimés qui respiraient l'amour : D'un tel objet les peintures terribles Font plus d'effet sur les cœurs nés sensibles, Que cent guerriers qui terminent leur sort. Payés d'un roi pour courir à la mort.
Charle, entouré de la troupe royale.
Avait repris cette raison fatale, Présent maudit dont on fait tant de cas,
(v. 23) CHANT XIX. l'J l
Et s'en servait pour chercher les combats. Ils cheminaient vers les murs de la ville, Vers ce château, son noble et sûr asile. Où se gardaient ces magasins de Mars, Ce long amas de lances et de dards.
Et les canons que l'enfer en sa rage Avait fondus pour notre affreux usage.
Déjà des tours le faîte paraissait; La troupe en hâte au grand trot avançait , Pleine d'espoir ainsi que de courage:
Mais I^a Trimouille, honneur des Poitevins Et des amans, allant près de sa dame Au petit pas, et parlant de sa flamme , jNIanqua sa route et prit d'autres chemins.
Dans un vallon qu'arrose une onde pure, Au fond d'un bois de cyprès toujours verts. Qu'en pyramide a formes la nature.
Et dont le faîte a bravé cent hivers , Il est un antre ou souvent les Naïades Et les Sylvains viennent prendre le frais. Un clair ruisseau, par des conduits secrets,
Y tombe en nappe , et forme vingt cascades. Un tapis vert est tendu tout auprès ;
Le serpolet, la mélisse naissante.
Le blanc jasmin, la jonquille odorante,
Y semblent dire aux bergers d'alentour : Reposez-vous sur ce lit de l'Amour.
lie Poitevin entendit ce langage Du fond du cœur. T/haleinc des zéphyrs, Le lieu, le temps, sa tendresse, son âge.
l'J'i. LA PUCELLE. (v. 53)
Surtout sa dame, allument ses désirs.
Les deux amans de cheval descendirent,
Sur le gazon côte à côte se mirent,
Et puis des fleurs, puis des baisers cueillirent.
Mars et Venus, planant du haut des cieux.
N'ont jamais vu d'objets plus dignes d'eux ;
Du fond des bois les Nymphes applaudirent;
Et les moineaux , les pigeons de ces lieux ,
Prirent exemple , et s'en aimèrent mieux.
Dans le bois même était une chapelle,
Séjour funèbre à la Mort consacré,
Où l'avant-veille on avait enterré
De Jean Chandos la dépouille mortelle.
Deux desservans, vêtus d'un blanc surplis,
Y dépêchaient de longs Deprofundis.
Paul Tirconel assistait au service ,
Non qu'il goûtât ce dévot exercice,
Mais au défunt il était attaché.
Du preux Chandos il était frère d'armes,
Fier comme lui, comme lui débauché.
Ne connaissant ni l'amour ni les larmes.
Il conservait un reste d'amitié
Pour Jean Chandos; et dans sa violence
Il jurait Dieu qu'il en prendrait vengeance,
Plus par colère en cor que par pitié.
11 aperçut du coin d'une fenêtre Les deux chevaux qui s'amusaient à paître; 11 va vers eux : ils tournent en ruant Vers la fontaine, où l'un et l'autre amant A ses transports en secret s'abandonne.
(v.83) CHA.i\TXIX. U^S
Occupés d'eux et ne voyant personne,
Paul Tirconel, dont l'esprit inhumain
Ne souffrait pas les plaisirs du prochain ,
Grinça des dents, et s'écria : « Profanes,
ce C'est donc ainsi , dans votre indigne ardeur,
« Que d'un héros vous insultez les mânes!
« Rebut honteux d'une cour sans pudeur,
« Vils ennemis, quand un Anglais succombe,
« Vous célébrez ce rare événement;
« Vous l'outragez au sein du monument,
« Et vous venez vous baiser sur sa tombe!
« PaVlc : est-ce toi , discourtois chevalier,
rt Fait pour la cour, et né pour la mollesse,
« Dont la main faible aurait, par quelque adresse,
« Donné la mort à ce puissant guerrier?
« Quoi! sans parler tu loi-gnes ta maîtresse!
« Tu sens ta honte , et ton cœur se confond. »
A ce discours La Trimouille répond :
« Ce n'est point moi; je n'ai point cette gloire, (c Dieu, qui conduit la valeur des héros, <i Comme il lui plaît accorde la victoire, « Avec honneur je combattis Chandos; « Mais une main qui fut plus fortunée « Aux champs de Mars trancha sa destinée ; « Et je pourrai peut-être dès ce jour « Punir aussi quelque Anglais à mon tour. »
Comme un vent frais d'abord par son murmure Frise en sifflant la surface des eaux.
S'élève, gronde, et, brisant les vaisseaux. Répand l'horreur sur toute la nature :
LA PUCELI.n. l8
Tels La Trimoullle et le dur Tirconel
Se préparaient au terrible duel
Par ces propos pleins d'ire et de menace.
Ils sont tous deux sans casque et sans cuirasse.
Le Poitevin sur les fleurs du gazon
Avait jeté, près de sa Milanaise,
Cuirasse, lance, et sabre et morion.
Tout son liarnois, pour être plus à l'aise;
Car de quoi sert un grand sabre en amours?
Paul Triconel marchait armé toujours;
Alais il laissa dans la chapelle ardente
Son casque d'or, sa cuirasse brillante.
Ses beaux brassards aux mains d'un écuyer.
11 ne garda qu'un large baudrier
Qui soutenait sa lame étincelante.
Il la tira. LaTrimouille à l'instant,
Prêt à punir ce brutal insulaire ,
D'un saut léger à son arme sautant ,
La ramassa tout bouillant de colère.
Et s'écriant : « INIonstre cruel, attends ^
a Et tu verras bientôt ce que mérite
« Un scélérat qui, fesant l'Inpocrilc,
a S'en vient troubler un rendez-voils d'amans. »
Il dit, et pousse à l'Anglais formidable.
Tels en Phrygie Hector et INIénélas
Se menaçaient , se portaient le trépas.
Aux yeux d'Hélène affligée et coupable.
L'antre, le bois, l'air, le ciel retentit Des cris perçans que jetait Doi'othée.
Jamais l'amour ne l'a plus transportée;
(v. r43) CHANT XIX. a^S
Son tendre cœur jamais ne ressentit Un trouble égal. « lié quoi! sur le pré même « Où je goûtais les pures voluptés, « Dieux tout-puissaus , je perdrais ce que j'aime! « Cher La Trimouille ! Ah, barbare! arrêtez: « Barbare Anglais, percez mon sein timide. » Disant ces mots , courant d'un pas rapide , Les bras tendus , les yeux étincelans, Elle s'élance entre les combattans.
De son amant la poitrine d'albâtre , Ce doux satin , ce sein qu'elle idolâtre , Était déjà vivement effleuré D'un coup terrible à grand'peine paré.
Le beau Français, que sa blessure irrite. Sur le Ih'eton vole et se précipite.
Mais Dorothée était entre les deux.
O dieu d'amour ! 6 ciel ! ô coup affreux! O quel amant pourra jamais apprendre , Sans arroser mes écrits de ses pleurs, Que des amans le plus beau , le plus tendre , Le plus comblé des plus douces faveurs , A pu frapper sa maîtresse charmante!
Ce fer mortel , cette lame sanglante Perçait ce cœur, ce siège des amours , Qui pour lui seul fut embrasé toujours. Elle chancelle, elle tombe expirante.
Nommant encor La Trimouille... et la mort, L'affreuse mort déjà s'emparait d'elle : Elle le sent; elle fait un effort , Rouvre les veux qu'une nuit éternelle
Allait fermer ; et de sa faible main De son amant touchant encor le sein, Et lui jurant une ardeur immortelle, Elle exhalait son ame et ses sanglots; Et j'aime... j'aime... étaient les derniers mots Que prononça cette amante fidèle.
C'était en vain. Son La Trimouille, hélas! !N'entendait rien. Les ombres du trépas L'environnaient; il est tombé près d'elle Sans connaissance ; il était dans ses bras Teint de son sang, et ne la sentait pas, A ce spectacle épouvantable et tendre, Paul Tirconel demeura quelque temps Glacé d'horreur; l'usage de ses sens Fut suspendu. Tel on nous fait entendre Que cet Atlas, que rien ne put toucher, Prit autrefois la forme d'un rocher.
Mais la pitié que l'aimable nature Mit de sa main dans le fond de nos cœurs, Pour adoucir les humaines fureurs, Se fit sentir à cette ame si dure:
Il secourut Dorothée; il trouva Deux beaux portraits, tous deux en miniature, Que Dorothée avec soin conserva Dans tous les temps et dans toute aventure. On voit dans l'un La Trimouille aux yeux bleus, Aux cheveux blonds; les traits de son visage Sont fiers et doux ; la grâce et le courage Y sont mêlés par un accord heureux.
Tirconel dit : « Il est digne qu'on l'aime. »
(v. 2o3) CHANT XIX. 277
Mais que dit-il lorsqu'au second portrait 11 aperçut qu'on l'avait peint lui-même? Il se contemple; il se voit trait pour trait. Quelle surprise ! en son ame il rappelle Que, vers Milan voyageant autrefois, Il a connu Carminetta la belle, Noble et galante, aux Anglais peu cruelle; Et qu'en partant au bout de quelques mois , La laissant grosse, il eut la complaisance De lui donner, pour adoucir l'absence.
Ce beau portrait que du Lombard Belliu La main savante a mis sur le vélin.
De Dorothée, hélas! elle fut mère; Tout est connu : Tirconel est son père. Il était froid, indifférent, hautain, Mais généreux, et, dans le fond, humain. Quand la douleur à de tels caractères Fait éprouver ses atteintes amères , Ses traits sur eux font des impressions Qui n'entrent point dans les cœurs ordinaires, Trop aisément ouverts aux passions:
L'acier, l'airain plus fortement s'allume Que les roseaux qu'un feu léger consume. Ce dur Anglais voit sa fille à ses pieds; De son beau sang la mort s'est assouvie; Il la contemple, et ses yeux sont noyés Des premiers pleurs (|u'il versa de sa vie. Il l'en arrose, il l'embrasse cent fois; De hurlemcns il étonne les bois, Et, maudissant la fortune et la guerre,
278 LA PUCELLE. (v. 233)
Tombe à la fin sans haleine et sans voix.
A ces accens tu rouvris la paupière, Tu vis le jour, La Trlmouille, et soudain Tu détestas ce reste de lumière.
Il retira son arme meurtrière Qui traversait cet adorable sein; Sur rhei'be rouge il pose la poignée , Puis sur la pointe avec force élancé, D'un coup mortel il est bientôt percé, Et de son sang sa maîtresse est baignée.
Aux cris affreux que poussa Tirconel , Les ëcuyers, les prêtres accoururent; Epouvantés du spectacle cruel, Ces cœurs de glace ainsi que lui s'émurent; Et Tirconel aurait suivi sans eux Les deux amans au séjour ténébreux.
Ayant enfin de ce désordre extrême Calmé l'horreur, et rentrant en lui-même, Il fit poser ces amans malheureux Sur un brancard que des lances formèrent; Au camp du roi des guerriers les portèrent. Et de leurs pleurs les chemins arrosèrent.
Paul Tirconel , homme en tout violent. Prenait toujours son parti sur-le-champ.
Il détesta, depuis cette aventure.
Et femme , et fille, et toute la nature. Il monte un barbe; et, courant sans valets. L'œil morne et sombre, et ne parlant jamais. Le cœur rongé, va dans son humeur noire Droit à Paris, loin des rives de Loire.
'v.2(i3) CHANT XIX. l'jC)
En peu ck' jours il arrive à Calais, S'embarque et passe à sa terre natale : C'est là qu'il prit la robe monacale De saint Bruno; c'est là qu'en son ennui 11 mit le ciel entre le monde et lui, Fuyant ce monde, et se fuyant lui-môme; C'est là qu'il fit un éternel carême; Il y vécut sans jamais dire un mot , Mais sans pouvoir jamais être dévot.
Quand le roi Charle , Agnès et la guerrière Virent passer ce convoi douloureux, Qu'on aperçut ces amans généreux.
Jadis si beaux et si long-temps heureux , Souillés de sang et couverts de poussière, Tous les esprits parurent effrayés, Et tous les yeux de pleurs furent noyés. On pleura moins dans la sanglante Troie, Quai)d de la mort Hector devint la proie , Et lorsqu'Achille, en modeste vainqueur, Le fit traîner avec tant de douceur, Les pieds liés et la tctc pendante, Après son char qui volait sur des morts; Car Andromaque au moins était vivante Quand son époux passa les sombres bords.
La belle Agnès , Agnès toute tremblante , Pressait le roi , qui pleurait dans ses bras. Et lui disait : « Mon cher amant, hélas ! « Peut-être un jour nous serons l'un et l'autre « Portés ainsi dans l'empire des morts. « Ah! que mon ame, aussi bien que mon corps,
280 LA.PUCrLLE. (v.9.93;
a Soit à jamais unie avec la votre! » ' A ces propos, qui portaient dans les cœurs La triste crainte et les molles douleurs, Jeanne, prenant ce ton mâle et terrible. Organe heureux d'un courage invincible , Dit : « Ce n'est point par des gémissemens , « Par des sanglots, par des cris, par des larmes, « Qu'il faut venger ces deux nobles amans; « C'est par le sang : prenons demain les armes. « Voyez, ô roi ! ces remparts d'Orléans, « Tristes remparts que l'Anglais environne. « Ces champs voisins sont encor tout fumans « Du sang versé, que vous-même en personne « Fîtes couler de vos royales mains.
« Préparons-nous; suivez vos grands desseins: « C'est ce qu'on doit à l'ombre ensanglantée « De La Trimouille et de sa Dorothée:
« Un roi doit vaincre, et non pas soupirer. « Charmante Agnès, cessez de vous livrer « Aux mouvemens d'une ame douce et bonne. « A son amant Agnès doit inspirer « Des sentimens dignes de sa couronne. » Agnès reprit : « Ah! laissez-moi pleurer! »
FI.V nu CHVAT niX-NEUVIEME.
CHANT VINGTIÈME
Comment Jeanne tomba dans une étrange tentation ; tendre témérité de son âne; belle résistance de la Pucelle.
L'homme et la femme est chose bien fragile. Sur la vertu gardez-vous de compter.
Ce vase est beau; mais il est fait d'argile; Un rien le casse. On peut le rajuster; Mais ce n'est pas entreprise facile.
Garder ce vase avec précaution, Sans le ternir, croyez-moi, c'est un rêve : Nul n'y parvient; témoin le mari d'Eve, Et le vieux Loth, et l'aveugle Samson, David le saint , le sage Salomon , Et vous surtout, sexe doux, sexe aimable. Tant du nouveau que du vieux Testament, Et de l'histoire, et même de la fable. Sexe dévot, je pardonne aisément Vos petits tours et vos petits caprices. Vos doux refus, vos charmans artifices; Mais j'avouerai qu'il est de certains cas, De certains goûts que je n'excuse pas.
J'ai vu parfois une bamboche, un singe. Gros, court, tanné, tout velu sous le linge, Comme un blondin caressé dans vos bras : J'en suis fâché pour vos tendres appas.
282 LA PUCELLE. (v. 23)
Un âne ailé vaut cent fois mieux peut-être Qu'un fat en robe et qu'un lourd petit-maître. Sexe adorable, à qui j'ai consacré Le don des vers dont je fus honoré, Pour vous instruire il est temps de connaître L'erreur de Jeanne, et comme un beau grisou Pour un moment égara sa raison :
Ce n'est pas moi, c'est le sage Trithême, Ce digne abbé, qui vous parle lui-même. Le gros damné de père Grisbourdon, Terrible encore au fond de sa chaudière. En blasphémant cherchait l'occasion De se venger de la Pucelle altière, Par qui là haut d'un coup d'estramaçon Son chef tondu fut privé de son tronc. Il s'écriait : ce O Belzébut mon père ! « Ne pourrais-tu dans quelque gros péché « Faire tomber cette Jeanne sévère?
« J'y crois, pour moi, ton honneur attaché. » Comme il parlait, arriva plein de rage Hermaphrodix au ténébreux rivage, Son eau bénite encor sur le visage. Pour se venger l'amphibie animal Vint s'adresser à l'auteur de tout mal. Les voilà donc tous les trois qui conspirent Contre une femme. Hélas ! le plus souvent , Pour les séduire il n'en fallut pas tant. Depuis long-temps tous les trois ils apprirent Que Jeanne d'Arc dessous son cotillon Gardait les clefs de la ville assiégée,
(v. 53) CHANT XX. 283
Et que le sort de la France affligée Ne dépendait que de sa mission.
L'esprit du diable a de l'invention :
Il courut vite observer sur la terre Ce que fesaicnt ses amis d'Angleterre ; En quel état , et de corps et d'esprit , Se trouvait Jeanne après le grand conflit. Le roi, Dunois, Agnès alors fidèle, L'âne, Bonneau, Bonifoux, la Pucelle, Etaient entrés vers la nuit dans le fort, En attendant quelque nouveau renfort.
Des assiégés la brèche réparée Aux assaillans ne permet plus l'entrée.
Des ennemis la troupe est retirée.
Les citoyens, le roi Charle et Bedfort, Chacun chez soi soupe en hâte et s'endort. Muses, tremblez de l'étrange aventure Qu'il faut apprendre à la race future; Et vous, lecteurs, en qui le ciel a mis Les sages goûts d'une tendresse pure.
Remerciez et Dunois et Denis Qu'un grand péché n'ait pas été commis. Il vous souvient que je vous ai promis De vous conter les galantes merveilles De ce Pégase aux deux longues oreilles. Qui combattit, sous Jeanne et sous Dunois, Les ennemis des filles et des rois.
Vous l'avez vu sur ses ailes dorées Porter Dunois aux lombardes contrées :
11 en revint; mais il revint jaloux.
284 LA PUCELLi:, (v. 83)
Vous savez bien qu'en portant la Pucelle
Au fond du cœur il sentit l'étincelle
De ce beau feu, plus vif encor que doux,
Ame, ressort et principe des mondes,
Qui dans les airs, dans les bois, dans les ondes.
Produit les corps et les anime tous.
Ce feu sacre, dont il nous reste encore
Quelques rayons dans ce monde épuisé.
Fut pris au ciel pour animer Pandore.
Depuis ce temps le flambeau s'est usé :
Tout est flétri; la force languissante
De la nature, en nos malheureux jours,
Ne produit plus que d'imparfaits amours.
S'il est encore une flamme agissante.
Un germe heureux des principes divins,
Ne cherchez pas chez Vénus Uranie ,
Ne cherchez pas chez les faibles humains,
Adressez-vous aux héros d'Arcadie.
Beaux Céladons, que des objets vainqueurs Ont enchaînés par des liens de fleurs; Tendres amans en cuirasse, en soutane.
Prélats, abbés, colonels, conseillers.
Gens du bel air, et même cordeliers.
En fait d'amour, défiez-vous d'un âne.
Chez les Latins le fameux âne d'or.
Si renommé par sa métamorphose , De celui-ci n'approchait pas encor; Il n'était qu'liomme, et c'est bien peu de chose.
L'abbé Trithêine, esprit sage et discret. Et plus savant (jue le pédant Larchct,
(v. ii3) CHANT XX. 200
Modeste auteur de cette noble histoire, Fut effrayé plus qu'on ne saurait croire, Quand il fallut aux siècles à venir De ces excès transmettre la mémoire.
De ses trois doigts il eut peine à tenir Sur son papier sa plume épouvantée; Elle tomba : mais son ame agitée Se rassura , fesant réflexion Sur la malice et le pouvoir du diable.
Du genre humain cet ennemi coupable Est tentateur de sa profession.
Il prend les gens en sa possession ; De tout péché ce père formidable.
Rival de Dieu, séduisit autrefois Ma chère mère un soir au coin d'un bois, Dans son jardin. Ce serpent hypocrite Lui fit manger d'une pomme maudite; Même on prétend qu'il lui fit encor pis. On la chassa de son beau paradis.
Depuis ce jour, Satan dans nos familles A gouverné nos femmes et nos filles.
Le bon ïrithême en avait dans son temps Vu de ses yeux des exemples touchans.
Voici comment ce grand homme raconte Du saint baudet l'insolence et la honte.
I^ grosse Jeanne, au visage vermeil, Qu'ont rafraîchi les pavots du sonnneil, Entre ses draps doucement recueillie.
Se rappelait les destins de sa vie.
De tant d'exploits son jeune cœur flatté
286 LA PUCELLE. (v. i43)
A saint Denis n'en donna pas la gloire; Elle conçut un grain de vanité.
Denis, fâché, comme on peut bien le croire, Pour la punir, laissa quelques momens Sa protégée au pouvoir de ses sens.
Denis voulut que sa Jeanne qu'il aime Connût enfin ce qu'on est par soi-même , Et qu'une femme , en toute occasion , Pour se conduire a besoin d'un patron.
' Elle fut prête à devenir la proie D'un piège affreux que tendit le démon : On va bien loin sitôt qu'on se fourvoie.
Le tentateur, qui ne néglige rien, Prenait son temps; il le prend toujours bien. Il est partout ; il entra par adresse Au corps de l'âne, il forma son esprit. Valeur des sons à sa langue il apprit. De sa voix rauque adoucit la rudesse, Et l'instruisit aux finesses de l'art Approfondi par Ovide et Bernard.
L'âne éclairé surmonta toute honte.
De l'écurie adroitement il monte Au pied du lit où, dans un doux repos, Jeanne en son cœur repassait ses travaux; Puis, doucement s'accroupissant près d'elle. Il la loua d'effacer les héros.
D'être invincible, et surtout d'être belle. Ainsi jadis le serpent séducteur.
Quand il voulut subjuguer notre mère.
Lui fit d'abord un compliment flatteur :
(v, 173) CHANT XX. 287
L'art de louer coiiimcnra l'art de plaire.
Où suis-je? ô cicll s'écria Jeanne d'Arc : a Qu'ai-je entendu? par saint Luc! par saint Marc! « Est-ce mon âne? ô merveille! ô prodige! « Mon âne parle, et même il parle bien! »
L'âne à genoux, composant son maintien, Lui dit : « O d'Arc! ce n'est point un prestige. « Voyez en moi l'âne de Canaan; « Je fus nourri chez le vieux Balaam ; « Chez les païens Balaam était prêtre, a Moi j'étais juif; et sans moi mon chei' maître M Aurait maudit tout ce bon peuple élu , ce Dont un grand mal fût sans doute advenu, cf Adonaï récompensa mon zèle; « Au vieil Enoc bientôt on me donna; « Enoc avait une vie immortelle; « J'en eus autant ; et le maître ordonna « Que le ciseau de la Parque cruelle « Respecterait le fil de mes beaux ans. « Je jouis donc d'un éternel printemps. « De notre pré le maître débonnaire « Me permit tout, hors un cas seulement : « Il m'ordonna de vivre chastement.
« C'est pour un âne une terrible affaire. « Jeune et sans fi-ein dans ce charmant séjour, « Maître de tout, j'avais droit de tout faire, « Le jour, la nuit, tout, excepté l'amour; « J'obéis mieux (juc ce premier sot homme, «. Qui perdit tout pour manger une pomme. « Je fus vainqueur de mon tempérament;
^8 LA PUCELLE. (v. ao3)
« La chair se tut; je n'eus point de faiblesses; « Je vécus vierge : or, savez- vous comment? « Dans le pays il n'était point d'ânesses, « Je vis couler, content de mon état, 'c Plus de mille ans dans ce doux célibat.
ce Lorsque Bacchus vint au fond de la Grèce « Porter le thyrse, et la gloire et l'ivresse, « Dans les pays par le Gange arrosés, « A ce héros je servis de trompette.
« Les Indiens par nous civilisés « Chantent encor ma gloire et leur défaite. « Silène et moi nous sommes plus connus « Que tous les grands qui suivirent Eacchus. « C'est mon nom seid, ma vertu signalée, « Qui fit depuis tout l'honneur d'Apulée.
« Enfin là haut , dans ces plaines d'azur, « Lorsque saint George, à vos Français si dur, a Ce fier saint George, aimant toujours la guerre, « Voulut avoir un coursier d'Angleterre; « Quand saint ÎNIartin, fameux par son manteau, « Obtint encore un cheval assez beau; « Monsieur Denis, qui fait comme eux figure, « Voulut, comme eux, avoir une monture : <( Il me choisit, près de lui m'appela; « Il me fit don de deux brillantes ailes; « Je pris mon vol aux voûtes éternelles; « Du grand saint Roch le chien me festoya; « J'eus pour ami le porc de saint Antoine, « Céleste porc, emblème de tout moine; a D'étrillés d'or mon maître m'étrilla ;
(v.233) CHA.NTXX, 289
« Je fus nourri de nectar, d'ambrosie :
« Mais, ô ma Jeanne ! une si belle vie
« N'approche pas du plaisir que je sens
« Au doux aspect de vos charmes puissans.
« Le chien, le porc, et George, et Denis même,
a Ne valent pas votre beauté suprême.
« Croyez surtout que de tous les emplois
« Où m'éleva mon étoile bénigne,
« Le plus heureux, le plus selon mon choix ,
« Et dont je suis peut-être le plus digne,
« Est de servir sous vos augustes lois.
c( Quand j'ai quitté le ciel et Tempyrée,
a J'ai vu par vous ma fortune honorée.
« Non, je n'ai pas abandonné les cieux,
« J'y suis encor : le ciel est dans vos yeux. »
A ce discours, peut-être téméraire, Jeanne sentit une juste colère.
Aimer un âne et lui donner sa fleur!
Souffrirait-elle un pareil déshonneur.
Après avoir sauvé son innocence Des muletiers et des héros de France; Après avoir, par la grâce d'en haut.
Dans le combat mis Chandos en défaut?
Mais que cet âne, 6 ciel, a de mérite ! Ne vaut-il pas la chèvre favorite D'un Calabrois qui la pare de fleurs ? Non, disait-elle, écartons ces horreurs.
Tous ces pensers formaient une tempête Au cœur de Jeanne, et confondaient sa tête. Ainsi qu'on voit sur les profondes mers
L\ PUCRI-I.F.. ig
aqo LA PUCELLE, v. aG3)
Les fiers tyrans des ondes et des airs, L'un accourant des cavernes australes , L'autre sifflant des glaces boréales, Battre un vaisseau cinglant sur l'Océan V'ers Sumatra , Bengale ou Ceïlan :
Tantôt la nef aux cieux semble portée ; Près des rochers tantôt elle est jetée ; Tantôt l'abyme est prêt à l'engloutir, Et des enfers elle paraît sortir.
L'enfant malin qui tient sous son empire Le genre humain, les ânes et les dieux, Son 'arc en main, planait au haut des cieux, Et voyait Jeanne avec un doux sourire.
De Jeanne d'Arc le grand cœur en secret Était flatté de l'étonnant effet Que produisait sa beauté singtdière
Sur le sens lourd d'une ame si grossière. Vers son amant elle avança la main
Sans y songer, puis la tira soudain.
Elle rougit, s'effraie et se condamne;
Puis se rassure, et puis lui dit : « Bel âne,
« Vous concevez un chimérique espoir;
<( Respectez plus ma gloire et mon devoir;
« Trop de distance est entre nos espèces;
« Non, je ne puis approuver vos tendresses;
« Gardez-vous bien de me pousser à bout. » L'âne reprit : « L'amour égale tout.
« Songez au cygne à qui Léda fit fête,
« Sans cesser d'être une personne honnête.
« Connaissez- vous la fille de Minos,
« Pour un taureau négligeant des héros, « Et soupirant pour son beau quadrupède? « Sacliez qu'un aigle enleva Ganymède, « Et que Pliilyre avait favorisé « Le dieu des mers en cheval déguisé. »
Il poursuivait son discours; et le diable, Premier auteur des écrits de la fable, Lui fournissait ces exemples frappans, Et mettait l'âne au rang de nos savans.
Tandis qu'il parle avec tant d'élégance. Le grand Dunois, qui près de là couchait, Prêtait l'oreille, était tout stupéfait Des traits hardis d'une telle éloquence. 11 voulut voir le héros qui parlait, Et quel rival l'Amour lui suscitait.
Il entre, il voit, 6 prodige ! 6 merveille î Le possédé porteur de longue oreille, Et ne crut pas encor ce qu'il voyait.
Jadis Vénus fut ainsi confondue, Lorsqu'en un rets formé de fils d'airain , Aux yeux des dieux le malheureux Vulcain Sous le dieu Mars la montra toute nue. Jeanne, après tout, n'a point été vaincue; Le bon Denis ne l'abandonnait pas; Près de l'abyme il affermit ses pas; Il la soutint dans ce péril extrême.
Jeanne s'indigne et rentre en elle-même, Comme un soldat dans son poste endormi, Qui se réveille aux premières alarmes.
Frotte ses yeux, saute en pied, prend les armes,
292 LA PUCELLE. (v. 323)
S'habille en hâte, et fond sur l'ennemi.
De Débora la lance redoutable Etait chez Jeanne auprès de son chevet, Et de malheur souvent la préservait.
Elle la prend ; la puissance du diable Ne tint jamais contre ce fer divin.
Jeanne et Dunois fondent sur le malin.
Le malin court, et sa voix effrayante Fait retentir Blois, Orléans et Nante; Et les baudets dans le Poitou nourris Du même ton répondaient à ses cris.
Satan fuyait; mais dans sa course prompte Il veut venger les Anglais et sa honte : Dans Orléans il vole comme un trait Droit au logis du président Louvet.
Il s'y tapit dans le corps de madame; Il était sûr de gouverner cette ame :
C'était son bien; le perfide est instruit Du mal secret qui tient la présidente : Il sait qu'elle aime, et que Talbot l'enchante. Le vieux serpent en secret la conduit, Il la dirige, il l'enflamme, il espère Qu'elle pourra prêter son ministère Pour introduire aux remparts d'Orléans Le beau Talbot et ses fiers combattans : En travaillant pour les Anglais qu'il aime, Il sait assez qu'il combat pour lui-même.
FIN nu CHVKT VINGTIEME.
CHANT xxr. 293
CHANT VINGT ET UNIÈME
Pudeur de Jeanne démontrée. 3Ialice du diable. Rendez-vous donné par la présidente Louvct au grand Talbot. Services rendus par frère Lourdis. Belle conduite de la discrète Agnès. Repentir de l'âne. Exploits de la Pucelle. Triomphe du grand roi Charles YII.
IMon cher lecteur sait par expérience Que ce beau dieu qu'on nous peint dans l'enfance, Et dont les jeux ne sont pas jeux d'enfans, A deux carquois tout-à-fait différens :
L'un a des traits dont la douce piqûre Se fait sentir sans danger, sans douleur, Croît par le temps , pénètre au fond du cœur, Et vous y laisse une vive blessure.
Les autres traits sont un feu dévorant Dont le coup part et brûle au même instant. Dans les cinq sens ils portent le ravage; Un rouge vif allume le visage; D'un nouvel être on se croit animé; D'un nouveau sang le corps est enflammé; On n'entend rien; le regard étincelle.
L'eau sur le feu bouillonnant à grand bruit. Qui sur ses bords s'élève, échappe et fuit, N'est qu'une image imparfaite, infidèle, De ces désirs dont l'excès vous poursuit.
Profanateurs indignes de mémoire.
294 LA PU CELLE. (v. ai)
Vous qui de Jeanne avez souillé la gloire, Vils écrivains, qui, du mensonge épris, Falsifiez les plus sages écrits, Vous prétendez que ma pucelle Jeanne Pour son grison sentit ce feu profane; Vous imprimez qu'elle a mal combattu; Vous insultez son sexe et sa vertu.
D'écrits honteux compilateurs infâmes, Sachez qu'on doit plus de respect aux dames. Ne dites point que Jeanne a succombé:
Dans cette erreur nul savant n'est tombé; Nul n'avança des faussetés pareilles.
Vous confondez et les faits et les temps; Vous corrompez les plus rares merveilles ; Respectez l'âne et ses faits éclatans; Vous n'avez pas ses fortunés talens , Et vous avez de plus longues oreilles.
Si la Pucelle , en cette occasion, Vit d'un regard de satisfaction Les feux nouveaux qu'inspirait sa personne, C'est vanité qu'à son sexe on pardonne; C'est amour-propre, et non pas l'autre amour.
Pour achever de mettre en tout son jour De Jeanne d'Arc le lustre internissable, Pour vous prouver qu'aux malices du diable, Aux fiers transports de cet âne éloquent Son noble cœur était inébranlable.
Sachez que Jeanne avait un autre amant. C'était Dunois, comme aucun ne l'ignore; C'est le bâtard que son grand cœur adore.
(v. 5i) CHANT XXI. 295
On peut d'un âne écouter les discours, On peut sentir un vain désir de plaire; Cette passade innocente et légère Ne trahit point de fidèles amours.
C'est dans l'histoire une chose avérée Que ce héros, ce sublime Dunois, Etait blessé d'une flèche dorée, Qu'Amour tira de son premier carquois.
Il commanda toujours à sa tendresse; Son cœur allier n'admit point de faiblesse; 11 aimait trop et l'état et le roi; Leur intérêt fut sa première loi.
O Jeanne ! il sait que ton beau pucelage De la victoire est le précieux gage; Il respectait Denis et tes appas :
Semblable au chien courageux et fidèle, Qui, résistant à la faim qui l'appelle. Tient la perdrix et ne la mange pas.
Mais quand il vit que le baudet céleste Avait parlé de sa flamme funeste , Dunois voulut en parler à son tour.
Il est des temps où àe sage s'oublie.
C'était, sans doute, une grande folie Que d'immoler sa patrie à l'amour.
C'était tout perdre; et Jeanne, encor honteuse^ D'avoir d'un âne écouté les propos.
Résistait mal à ceux de son héros.
L'amour pressait son ame vertueuse :
C'en était fait, lorsque son doux patron Du haut du ciel détacha son ravon;
296 LA PUCELLE. (v. 8i)
Ce rayon d'or, sa gloire et sa monture,
Qui transporta sa béate figure,
Quand il chercha, par ses soins vigilans,
Un pucelage aux remparts d'Orléans.
Ce saint rayon, frappant au sein de Jeanne,
En écarta tout sentiment profane.
Elle cria : « Cher bâtard, arrêtez;
« Il n'est pas temps, nos amours sont comptés :
« Ne gâtons rien à notre destinée.
« C'est à vous seul que ma foi s'est donnée;
« Je vous promets que vous aurez ma fleur;
« Mais attendons que votre bras vengeur,
« Votre vertu , sous qui le Breton tremble ,
« Ait du pays chassé l'usurpateur;
c< Sur des lauriers nous coucherons ensemble. »
A ce propos le bâtard s'adoucit; H écouta l'oracle et se soumit.
Jeanne reçut son pur et doux hommage Modestement, et lui donna pour gage Trente baisers chastes, pleins de pudeur, Et tels qu'un frère en reçoit de sa sœur. Dans leurs désirs tous deux ils se continrent, Et de leurs faits honnêtement convinrent. Denis les voit; Denis, très satisfait, De ses projets pressa le grand effet.
Le preux Talbot devait cette nuit même Dans Orléans entrer par stratagème :
Exploit nouveau pour ses Anglais hautains, Tous gens sensés, mais plus hardis que fins. O dieu d'amour! 6 faiblesse! 6 puissance!
(v m) CHANT XXI. 297
Amour fatal, tu fus près de livrer Aux ennemis ce rempart de lu France- Ce que l'Anglais n'osait plus espérer, Ce que Bedfort et son expérience, Ce que Talbot et sa rare vaillance Ne purent faire, Amour, tu l'entrepris!
Tu fais nos maux, cher enAmt, et tu ris!
Si, dans le cours de ses vastes conquêtes, Il effleura de ses flèches honnêtes Le cœur de Jeanne, il lança d'autres coups Dans les cinq sens de notre présidente, Il la frappa de sa main triomphante Avec les traits qui rendent les gens fous. Vous avez vu la fatale escalade.
L'assaut sanglant, l'horrible canonnade.
Tous ces combats, tous ces hardis efforts. Au haut des murs, en dedans, en dehors. Lorsque Talbot et ses fîères cohortes Avaient brisé les remparts et les portes, Et que sur eux tombaient du haut des toits Le fer, la flamme et hi mort à la fois. Ij'ardent Talbot avait, d'un pas agil(!. Sur des mourans pénétré dans la ville, Renversant tout, criant à haute voix :
a Anglais! entrez. Bas les armes, bourgeois! » Il ressemblait au grand dieu de la guerre'. Qui sous ses pas fait retentir la terre. Quand la Discorde, et Bellone et le Sort, Arment son bras, ministre de la mort.
La présidente avait une ouverture