‹ La PucelleChapitre 78 sur 210 · V. 3oo. * et prenant par la main · texte numérisé non relu

V. 3oo. * et prenant par la main

Le moine blanc, le mène avant nuit close.

V. 462. Le dernier chant des premières éditions étant presque entièrement changé ou supprimé dans celles qui ont été imprimées sous les yeux de l'auteur, nous le donnons ici tel qu'il a paru dans les éditions en dix-huit et en vingt-quatre chants.

Je dois conter quelle terrible suite De Conculix eut l'infamc conduite.

Ce que devint l'effronté Tirconel ,

Et quel secours étrange et salutaire

Sut procurer notre révérend père

A Dorothée , à la douce Sorel ,

Et par quel art il les tira d'affaire.

Je dois chanter par quels feux , quels exploits,

L'àne ravit la Pucelle à Dunois,

Et comment Dieu punit l'âne infidèle

Par qui Satan pollua la Pucelle.

Mais, avant tout, le siège d'Orléans, Où s'escrimaient tant de fiers combattans, Est le grand point qui tous nous intéresse. O dieu d'amour! ô puissance! ô faiblesse! Amour fatal ! tu fus près de livrer Aux ennemis ce rempart de la France.

Ce que l'Anglais n'osait plus espérer, Ce que Bedfort et son expérience , Ce que Talbot et sa rare vaillance, Ne purent faire , Amour, tu l'entrepris. Songez, lecteurs, que ces fatales flammes Brûlent vos corps et hasardent vos âmes. Tu fais nos maux, cher enfant , et tu ris !

En te jouant dans la triste contrée Où cent héros combattaient pour deux rois, Ta douce main blessa depuis deux mois Le grand Talbot dune flèche dorée.

Que tu tiras de ton premier carquois.

C'était avant ce siège mémorable , Dans une trêve, hélas ! uop peu durable. Il conféra , soupa ])aisiblement Avec Louvet , ce grave président , Lequel Louvet eut la gloire imprudente De faire aussi souper la présidente.

Madame était un peu collet-monté.

L'Amour se plut à dompter sa fierté.

Il hait l'air prude, et souvent l'humilie. Il dérangea sa noble gravité Par un des traits qui donnent la folie. La présidente, en cette occasion.

Gagna Talbot et perdit la raison.

Vous avez vu la fatale escalade, L'assaut sanglant , l'horrible canonnade , Tous ces combats, tous ces hardis efforts Au haut des murs, en dedans, en dehors, Lorsque Talbot et ses fières cohortes Avaient brisé les remparts et les portes, Et que sur eux tombaient du haut des toits Le fer, la flamme et la mort à la fois. L'ardent Talbot avait d'un pas agile Sur des mourans pénétre dans la ville, Renversant tout, criant à haute voix:

« Anglais! entrez ; bas les armes, bourgeois ! » Il ressemblait au grand dieu de la guerre , Qui sous ses pas fait retentir la terre. Quand la Discorde, et Bellone, et le Sort, Arment son bras, ministre de la mort.

La présidente avait une ouverture.

Dans son logis, auprès d'une masure, Et par ce trou contemplait son amant.

Ce casque îi'or, ce panache ondoyant , Ce bras armé, ces vives étincelles Qui s'élançaient du rond de ses prunelles, Ce port altier, cet air d'un demi-dieu. La présidente en était tout en feu, Hors de ses sens, de honte dépouillée.

Telle autrefois, d'une loge grillée, Une beauté dont l'Amour prit le cœur.

Lorgnait Baron, cet immortel acteur, D'un œil ardent dévorait sa figure.

Son beau maintien , ses gestes , sa parure , " Mêlait tout bas sa voix à ses accens, Et recevait l'amour par tous les sens.

N'en pouvant plus, la belle présidente.

Dans son accès dit à sa confidente, « Cours, ma Suzon, vole, va le trouver, « Dis-lui, dis-lui qu'il vienne m'enlever. « Si tu ne peux lui parler, fais-lui dire « Qu'il ait pitié de mon tendre martyre,

« Et que , s'il est un digne chevalier,

« Je veux souper ce soir dans son quartier. »

La confidente envoie un jeune page , C'était son frère; il fait bien son message; Et, sans tarder, six estaiîers hardis Vont chez Louvet, et forcent le logis.

On entre, on voit une femme masquée ', Et mouchetée, et peinte, et requinquée.

Le front garni de cheveux vrais ou faux , Montés en arc et tournés en anneaux.

On vous l'enlève, on la fait disparaître Par des chemins dont Talbot est le maître.

Ce beau Talbot, ayant dans ce grand jour Tant répandu, tant essuyé d'alarmes, Voulut le soir, dans les bras de lAraour, Se consoler du malheur de ses armes.

Tout vrki héros, ou vainqueur, ou battu, Quand il le peut, soupe avec sa maîtresse *. Sire Talbot, qui n'est point abattu.

Attend chez lui l'objet de sa tendresse.

Tout était prêt pour un souper exquis; De gros flacons à panse ciselée Ont rafraîchi dans la glace pilée Ce jus brillant , ces liquides rubis , Que tient Cîteaux dans ses caveaux bénis. A l'autre bout de la superbe tente.

Est un sopha d'une forme élégante , Bas , large , mou , très proprement orné , A deux chevets, à dossier contourné, Où deux amis peuvent tenir à l'aise.

Sire Talbot vivait à la française.

' * Var. Manuscrit:

On entre, on voit une femme musquée.

* On rapporte qu'après la bataille de Mariendal, M. de Tnrcnne passa la nuit dans un moulin. Il coucha avec la meunière. Son aide de camp en parat nn peu étonné. « Mon ami, lai dit le maréchal, il faut bien se « consoler. »

Son premier soin fut de faire cliercher Le tendre objet qu'il avait su toucher. Tout ce qu'il voit parle de son amante : Il la demande ; on vient ; on lui présente Un monstre gris en pompons enfantins, Haut de trois pieds, en comptant ses patins, D'un rouge vif ses paupières bordées Sont d'un suc jaune en tout temps inondées. Un large nez , au bout tors et crochu , Semble couvrir un long menton fourchu.

Talbot crut voir la maîtresse du diable ; Il jette un cri qui fait trembler la talile. C'était la sœur du gros monsieur Louvet Qu'en son logis la garde avait trouvée , Et qui de gloire et de plaisir crevait, Se pavanant de se voir enlevée.

La présidente, en proie à la douleur D'avoir manqué son illustre entreprise, Se désolait de la triste méprise; Et jamais sœur n'a plus maudit sa sœur '. L'amour déjà troublait sa fantaisie; Ce fut bien pis lorsque la jalousie Dans son cerveau porta de nouveaux traits : Elle devint plus folle que jamais.

L'âne plus fou revint vers la Pucelle.

Jeanne s'émut, ses sens furent charmés; Les yeux en feu : « Par saint Denis ! dit-elle, « Est-il bien vrai , monsieur, que vous m'aimez ? »

« Si je vous aime ! en doutez-vous encore ? « Répondit l'âne. Oui, mon cœur vous adore. • Ciel! que je fus jaloux du cordelier! « Qu'avec plaisir je servis l'écuyer « Qui vous sauva de la fureur claustrale « Où s'emportait la bête monacale!

« Mais que je suis plus jaloux mille fols « De ce bâtard, de ce brutal Dunois!

* Var. Manuscrit :

Jamais p'aloù n'a plus maudit sa sœur.

L*. PUCELLE. aS

386 VARIAjNTES

« Ivre d'amour, et fou de jalousie ,

• Je transportai Dunois en Italie.

» Las ! il revint; il vous offrit ses vœux ;

« Il est plus beau, mais non plus amoureux.

" O noble Jeanne! ornement de ton âge,

•< Dont l'univers vante le pucelage,

« Est-ce Dunois qui sera ton vainqueur?

<• Ce sera moi , j'en jure par mon cœur.

« Ah ! si le ciel , en m'ôtant les ânesses ,

« Te réserva mes plus douces caresses ' ;

« Si, toujours doux, toujours tendre et discret,

o Jusqu'à ce jour j'ai gardé mon secret;

• De mes désirs si Jeannette est flattée; « Si, pénétré du plus ardent amour,

« Je te préfère au céleste séjour,

« Et si mon dos tant de fois t'a portée,

<c Tu pourras bien me porter à ton tour. »

Jeanne reçut cet aveu téméraire

Avec surprise autant qu'avec colère ;

Et cependant son grand cœur en secret

Était flatté de l'étonnant effet

Que produisait sa beauté singulière

Sur les sens lourds d'une ame aussi grossière.

Vers son amant elle avance la main Sans V songer, puis la tire soudain.

Elle rougit, s'effraie, et se condamne, Puis se rassure, et puis lui dit : « Bel âne, « Vous conservez un cbimérique espoir : « Respectez plus ma gloire et mon devoir; « Trop de distance est entre nos espèces; « Non , je ne puis approuver vos tendresses.

• Gardez-vous bien de me pousser à bout. »

L'âne reprit : « L'amour égale tout.

" Songez au cvgne à qui Léda fît fête « Sans cesser d'être une personne honnête. « Connaissez-vous la fille de Minos.' '• Un taureau l'aime : elle fuit des héros ,

• ' Yar. Manuscrit :

Te réserva ponr mes pures caresses.

« Et va coucher avec son quadrupède.

« Sachez qu'un aigle enleva Ganymède, « Et que Philyre avait favorisé - Le dieu des mers en cheval déguisé. »

Il poursuivait son discours ; et le diahle. Premier auteur des écrits de la fable, Lui fournissait ces exemples frappans, Et mettait l'àne au rang de nos savans. Jeanne écoutait ; que ne peut l'éloquence ! Toujours l'oreille est le chemin du cœur. L'étonnement est suivi du silence.

Jeaime , ébranlée , admire , rêve , pense. Aimer un âne et lui donner sa fleur!

Souffrirait-elle un pareil déshonneur.

Après avoir sauvé son innocence Des muletiers et des héros de France; Après avoir, par la grâce d'en haut , Dans le combat mis Chandos en défaut ? Mais ce bel âne est un amant céleste; Il n'est héros si brillant et si leste; Nul n'est plus tendje, et nul n'a plus d'esprit; Il eut l'honneur de portei^ Jésus-Christ; . Il est venu des plaines éternelles ; D'un séraphm il a l'air et les ailes : Il n'est point là de bestialité.

C'est bien plutôt de la divinité.

Tous ces pensers formaient une tempête Au cœur de Jeanne, et confondaient sa tête. Ainsi l'on voit sur les profondes mers Deux fiers tyrans des ondes et des airs , L'un accourant des cavernes australes, L'autre sifflant des plaines boréales , Contre un vaisseau cinglant sur l'océan Vers Sumatra , Bengale, ou Ceïlau ; Tantôt la nef aux cieux semble portée.

Près des rochers tantôt elle est jetée, Tantôt l'abyme est prêt à l'engloutir, Et des enfers elle paraît sortir.

Notre amazone est ainsi tourmentée.

VARIA]VTES

L'âne est pressant, et la belle agitée

Ne put tenir, dans son émotion,

Le gouvernail que l'on nomme raison.

D'un tendre feu ses yeux étincelèreut ,

Son cœur s'émut, tous ses sens se troublèrent;

Sur son visage un instant de pâleur

Fut remplacé d'une vive rougeur.

Du harangueur le redoutable geste

Etait surtout l'écueil le plus funeste.

Elle n'est plus maîtresse de ses sens;

Ses yeux mouillés deviennent languissans;

Dessus son lit sa tête s'est penchée ,

De ses beaux yeux la honte s'est cachée ;

Ses yeux pourtant regardaient par en bas :

IElle étalait ses robustes appas ; De son eu brun les voûtes s'élevèrent , Et ses genoux sous elle se plièrent.

Tels on a vu Thibouville et Villars, Imitateurs du premier des Césars, Tout enflammés du feu qui les possède, Tète baissée attendre mi Nicomèdc, Et seconder, par de fréquens écarts.

Les vaillans coups de leurs laquais picards. L'enfant malin qui tient sous son empire Le genre humain , les ânes et les dieux , Son arc en main , planait au haut des cieux ,

I Et voyait Jeanne avec un doux sourire,

5 Serrant la fesse, et tortillant le eu , Brûler des feux dont son amant pétille. Hâter l'instant de cesser d'être fille.

Et, du satin de son croupion charnu, De son baudet presser Yinguen à cru.

Déjà trois fois la défunte Pucelle Avait senti, dans son brûlant manoir, Jaillir les eaux du céleste arrosoir; Et quatre fois la terrible alumelle Jusques au vif ayant percé la belle, Jeanne avait vu (car bien sentir c'est voir), Du chaud brasier qui couve au dedans d'elle,

DLi CHANT XXI. 389

Naître et mourir mainte et mainte étincelle;

Quand tout à coup on entend une voix :

» Jeanne, accourez , signalez vos exploits;

« Levez-vous donc, Dunois est sous les armes;

« On va combattre, et déjà nos gendarmes

» Avec le roi commencent à sortir :

« Habillez-vous, est-il temps de dormir? »

C'était la belle et jeune Dorotbée, De bonté d'ame envers Jeanne portée.

Qui , la croyant dans les bras du sommeil , Venait la voir et hâter son réveil.

Ainsi parlant à la belle pâmée, Elle entr'ouvrit la porte mal fermée.

Dieux ! quel spectacle ! elle fît par trois fois , Tout en tremblant, le signe de la croix. 1

Jadis Vénus fut bien moins confondue, Lorsqu'en des rets, formés de fil d'airain, A tous les dieux ce cocu de Vulcain Sous le dieu Mars la fit voir toute nue.

Jeanne ayant vu que Dorothée est là , Témoin de tout, immobile resta.

Puis dans son lit se remit, s'ajusta, Puis en ces mots d'un ton ferme parla : " Vous avez vu, ma fille, un grand mystère, « Suite d'un vœu que j'ai fait pour le roi : <■ Si l'apparence est un peu contre moi , « J'en suis fâchée, et vous saurez vous taùc. « De l'amitié je sais remplir les droits; • En cas pareil comptez sur mon silence ; « Cachez surtout cette affaire à Dunois, « Vous risqueriez le salut de la France. » Après ces mots elle sauta du lit *, Son corselet et son haubert vêtit,

* Au lien do ces vers de l'édition en vingt-quatre citants, on trouve ceux-ci dans celle de 1756:

Après ces mots elle sauta du lit , D'eau de lavande amplement se servit, Prit sa culotte et cLaugea de cLeinise, Son corselet, etc.

Quand Dorothée, encor toute surprise, Ainsi lui parle avec toute franchise :

« En vérité, madame , mon esprit « Ne connaît rien à pareille aventure.

• Je vous tiendrai le secret, je vous jure; « Car de l'amour j'éprouvai la blessure,

« Pen suis atteinte , et mon malheur m'apprit " A pardonner des faiblesses aimables.

• Oui, tous les goûts pour moi sont respectables. " Mais j'avoûrai que je ne conçois pas ,

•- Lorsque l'on peut serrer entre ses bras

« Le beau Dunois , comment on peut descendre

« Aux vils devoirs qu'un àne peut vous rendre !

« Comment on peut soutenir l'appareil

- De l'attitude aptée à cas pareil ;

« Comment on n'est d'avance consternée,

« Épouvantée, abjTnée, étonnée,

« De la douleur qu'on ne peut qu'endurer

« Pour dormer place à la grosseur outrée,

« Longueur, roidenr, force démesurée

« De l'instrument qui doit vous déchirer,

« Pour de droit fîl en plein vous perforer!

« Comment enfin peut-on , sans résistance,

« Sans nul dégoût, en bonne conscience,

« S'aimer si peu, si peu se respecter,

• Que d'assouvii- un désir si profane,

• De préférer au beau Dunois un âne ,

• Et d'espérer quelque plaisir goûter?

« Vous en goûtiez pourtant, la belle dame; « Car je l'ai lu dans vos yeux pleins de flamme.

• Certes en moi la nature pâtit;

• Je me connais; je serais alarmée

« D'un tel galant. » Jeanne alors répartit En soupirant : « Ah , s'il t'avait aimée * ! »

* Le trait qui termine ce chant est un mot connu.

On voit, en lisant ce dernier chant, que l'onTrage n'est pas terminé; et il est aisé de sentir par quelle raison l'auteur prit un nouveau plan, et changea le dénoùmeiu. Suivant le premier plan, il parait que le poème ne devait avoir que quinze chanta : tous les manuscrits antérieurs aux.

DU CHANT XXI. 3gi

premières éditions n'en ont pas davantage. C'est d'après une de ces copies que les La Beaumellc et les MauLert publièrent, en 1755, leur première édition de ce poëme arrangé à leur manière. Ces éditeurs et leurs successeurs, ennemis apparemment du nombre impair, et s'imaginant que les chants d'un poëme épique devaient être essentiellement en nombre rond, ont divisé /a Pucelle , tantôt en dix-huit, tantôt en vingt-quatru chants, sans antre peine que d'en couper plus ou moins en deux ; car leurs éditions d'ailleurs ne contiennent, aux falsifications près, rien de plus que les manuscrits.

Ce fut sans doute pour arrêter toutes ces éditions subreptices, que M. de Voltaire se détermina , en 1762, à publier son véritable ouvrage, et en donna la première édition iu-8^ en vingt chants, dont six n'étaient pas connus, savoir, les huit, neuf, seize, dix-sept, dix-neuf et vingtième; le chant de Corisandre en était supprimé : dans la snite, il y ajouta encore le dix-huitième chant qui avait paru séparément en 1764. De sorte que le nombre en est demeuré fixé à vingt et un.

Nous n'avons remarqué que de légères différences entre les premiers manuscrits. Dans quelques ans le quinzième et dernier chant commence ainsi :

Tout bon Français, dans le fond de son cœur.

Doit savourer un plaisir bien flatteur,

Alors qu'il voit dans les champs de l'honneur,

La lance au poing, son respectable maître.

Suivi des siens, en héros reparaître,

Avec l'objet qui seul fait son bonheur.

Et la Pucelle, et son doux confesseur.

Et son Bonneau plus nécessaire encore.

Vers Orléans conduit par sa valeur,

Il va défendre un peuple qui l'implore.

Et l'arracher au joug de son vainqueur.

Le fier Cbaudos, malgré tout son courage, N'ayant pu vaincre au grand jeu des deux do* Cette Pucelle et si belle et si sage, Se consolait avec son jeune page. La nuit versait ses humides pavots ; L'Anglais confus poursuivait son voyage Devers son camp; et le roi fortuné.

Par im sentier, du chemin détourné.

Près d'Orléans rejoignit son année.

Au point du jour, au i)ied d'un petit fort , Çu<? négligeait le bon duc de Bedjoit.

Ce fort touchait à la ville investie, etc.

La suite comme au quinzième chant de notre édition , jusqu'à ce ver» :

l'a l^ctl'Ou^•cr tout ce qu'il u /ici du.

6^2 VARIAIVTES

On lit ensuite ;

Le beau Dunois, après tant d'aventures, Se retrouvant auprès de Jeanne d'Arc, Avait reçu du dieu qui porte un arc De nouveaux traits et de vires blessures ; Depuis ce jour qu'ils s'étaient tus tout nus. Ce dieu malin, qui jamais ne s'kabille, Lui suggérait, pour cette auguste fille. De grands désirs aux héros très connus. Mais ce Dunois, si fier et si sensible, Si beau, si frais, si poli, si lovai.

Ne savait pas qu'il avait un rival , Et le rival de tous le plus terrible.

Mon cher lecteur me semble assez instruit Que quand Danois aux Alpes fut conduit. Il y vola sur sa noble mouture, Tant célébrée en la sainte Ecriture.

La nuit des temps cache encore aux humains De l'âne aîlé quels étaient les desseins, Quand il avait sur ses ailes dorées Porté Dunois aux lombardes contrées.

De ce héros cet âne était jaloux.

Plus d'une fois, en portant la Pucelle, Au fond du coeur, etc.

La suite comme au vingtième chant , jusqu'à ce vers :

L'abhé Trithéme , esprit sage et discret. Après celui-ci.

Que son Dunois n'avait pas encorjait ,

on ht:

Son cœur s'émut, tous ses sens se troublèrent ;

Sur son visage un iustant de pâleur

Fut remplacé d'une vive rougeur ;

D'un tendre feu ses yeux étincelèrent.

EUe flatta son amant de la main ,

Mais en tremblant, puis la tira soudain.

Elle soupire, elle craint, se condamne,

Puis se rassure, et puis lui dit : « Bel âne ,

" De vos récits mes esprits sont charmés ;

• Mais dois-je croire , hélas ! que vous m'aimez ?

— « Si je vous aime! en doutez- vous encore? etc.

La suite comme aux variantes du vingt et unième chant, sauf que les vers grossiers ne se trouvent pas dans les manuscrits.

DU CHANT XXr. SqS

n est évident qne ces vers intercalés sont de la façon des premiers éditeurs, ainsi qu'un assez grand nombre d'autres vers indiqués dans les variantes des autres chants. Le premier but de ces éditeurs était, comme on l'a dit, de gagner quelque argent, et le second de nuire à M. de Voltaire, et de lui susciter de nouveaux ennemis; car non seulement ils ont souillé son poème de leurs ordures , mais ils y ont outragé plusieurs de ses amis, et de% personnes puissantes auxquelles il était attaché. Ce sont les mêmes motifs qui avaient déjà porté La Beaumelle à falsifier le Siècle de Louis XI F.

Le dernier chant de l'édition de 1756 est suivi de cet épilogue:

C'est par ces vers, enfans de mon loisir, Que j'égayais les soucis du vieil âge : O don du ciel ! tendre amour ! doux désir! On est encore heureux par votre image : L'illusion est le premier plaisir.

J'allais enfin , hbre en mon ermitage.

Chantant les feux de Jeanne et de Dunois , Me consoler de la jalouse rage.

Des faux mépris, des cruautés des rois, Des traits du sot, des sottises du sage; Mais quel démon me vole cet ouvrage ?

Brisons ma lyre ; elle échappe à mes doigts. IVe t'attends pas à de nouveaux exploits. Lecteur! ma Jeanne aura son pucelage Jusqu'à ce que les vierges du Seigneur Malgré leurs vœux sachent garder le leur.

Ces ver.s semblent tirés de quelque manuscrit où le poème n'était pas achevé, et où Jeanne ne cédait ni à Dunois ni à son autre amant. Les éditeurs capucins ou diacres du saint Evangile les ont imprimés à la suite de leur dernier chant, qu'on vient de lire, et avec leqael cet épilogue formerait une contradiction grossière; nouvelle preuve de l'honnêteté de ces savans éditeurs et de leur bonne intention.

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