G AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS
gnent, ni une peinture de ces actions propre à égarer l'imagination.
Ce poème est un ouvrage destiné à donner des leçons de raison et de sagesse, sous le voile de la volupté et de la folie. L'auteur peut y avoir blessé quelquefois le goût, et non la morale.
Nous ne prétendons pas donner ce poème pour un catéchisme, mais il est du même genre que ces chansons épicuriennes, ces couplets de table, où l'on célèbre l'insouciance dans la conduite, les plaisirs d'une vie voluptueuse, et la douceur d'une société libre, animée par la gaieté d'un repas. A-t-on jamais accusé les auteurs de ces chansons de vouloir établir qu'il fallait négliger tous ses devoirs, passer sa vie dans les bias d'une femme ou autour d'une table? non, sans doute : ils ont voulu dire seulement qu'il y avait plus de raison , d'innocence et de bonheur dans une vie voluptueuse et douce , que dans une vie occupée d'intrigues , d'ambition , d'avidité, ou d'hypocrisie.
Cette espèce d'exagération qui naît de l'enthousiasme est nécessaire dans la poésie. Viendra-t-il un temps où l'on ne parlera que le langage exact et sévère de la raison ? Mais ce temps est bien éloigné de nous, car il faudrait que tous les hommes pussent entendre ce langage. Pourquoi ne serait -il point permis d'en emprunter un autre pour parler à ceux qui n'entendent point celui-ci?
D'ailleurs, ce mélange de dévotion, de libertinage et de férocité guerrière, peint dans la Pucelle , est l'image naïve des moeurs du temps *.
* Un clianome de Paris, zélé Bourguignon, rapporte en propres termes dans ses Annales, que plusieurs de nos compilateurs d'histoires de France ont eu la bonté de copier, que, sous le r^gne de Charles YI, Dieu affligea la ville de Paris d'une toux générale, en punition de ce que les petits garçons chantaient dans les rues :
Votre... a I.t toux, commère!
Votre... a la toux.
DE L EDITION DE KEHL. y
Voilà, à ce qu'il nous semble, dans quel esprit les hommes sévères doivent lire la Fucelle , et nous espérons qu'ils seront moins prompts à la'condamner.
Enfin, ce poëme n'eût- il servi qu'à empêcher un seul libertin de devenir superstitieux et intolérant dans sa vieillesse , il aurait fait plus de bien que toutes les plaisanteries ne feront jamais de mal. Lorsqu'on jetant un coup d'œil attentif sur le genre humain, on voit les droits des hommes, les devoirs sacrés de l'humanité, attaqués et violés impunément, l'esprit humain abruti par l'erreur, la rage du fanatisme et celle des conquêtes ou des rapines agiter sourdement tant d'hommes puissans , les fureurs de l'ambition et de l'avarice exerçant partout leurs ravages avec impunité , et qu'on entend un prédicateur tonner contre les erreurs de la volupté, il semble voir un médecin, appelé auprès d'un pestiféré, s'occuper gravement à le guérir d'un cor au pied.
Il ne sera peut-être pas inutile d'examiner ici pourquoi l'on attache tant d'importance à l'austérité des mœurs. i°Dans les pays oà les hommes sont féroces, et où il y a de mauvaises lois, l'amour ou le goût du plaisir produisent de grands désordres; et il a toujours été plus facile de faire des déclamations que de bonnes lois ; 2" les vieillards , qui naturellement possèdent toute l'autorité, et dirigent les opinions, ne demandent pas mieux que de crier contre des fautes qui sont celles d'un autre âge; 3" la liberté des mœurs détruit le pouvoir des femmes , les empêche de l'étendre au delà du terme de la beauté; 4° la plupart des hommes ne sont ni voleurs, ni calomniateurs, ni assassins. Il est donc très naturel que partout les prêtres aient voulu exagérer les fautes de mœurs. Il y a peu d'hommes qui en soient exempts; la plupart même mettent de l'amour-propre à en commettre, ou du moins à en avoir envie : de manière que tout homme à qui on a inspiré des scrupules sur cet objet devient l'esclave du pouvoir sacerdotal.
Les prêtres peuvent laisser en repos la conscience des