À MON PRÉSIDENT DE THÈSE
MowsiIEUR LE PROFESSEUR LEMIERRE
DE LA FACULTÉ DE MÉDEGINE DE PARIS Chevalier de la Légion d'Honneur
À MoxsIEUR LE PROFESSEUR LESBOUYRIES
Chevalier de la Légion d'Honneur
À MowSIEUR LE PROFESSEUR PANISSET
Chevalier de la Légion d'Honneur
Recherche d’une méthode de diagnostic pour la campagne
Avant-propos
Durant l'essor qui suivit la guerre, l’agriculture placée par nécessité à l’ordre du jour et même du pays, parut la plus apte, peut-être parce que la plus ignorée, à offrir véritablement et au sens propre du mot, un champ nouveau à l’activité nationale.
Le progrès, secouant les routines comme le canon avait secoué les terres, bouleversait, nivelait, bâtissait, faisant surgir dans les campagnes endormies d’un songe séculaire le monde des machines, les tables d’amendement, des méthodes d'amélioration des races animales et végétales.
Ce n’est pas une évolution, maïs une révolution profonde, atteignant choses, bêtes et gens. En particulier, la femme du cultivateur, appelée à de rudes besognes, en l’absence de son mari, retenu ou gardé au front à jamais, a pris conscience qu elle est aussi une force. Elle s’est battue à sa façon, avec de pauvres armes, bien efficaces cependant puisque, alliées à sa volonté et à son courage, elles ont aidé à notre victoire en nous donnant du pain. Elle s’est trouvée mieux informée que sa sœur aînée, la paysanne d’avantguerre, parce qu’elle a voyagé pour aller porter un peu de joie et de réconfort à l’époux éloigné, ou que, restée au foyer, elle a subi l'influence du dehors apportée par l’afflux des troupes de passage.
C’est ainsi qu'inspirée, sans doute obscurément, et par besoin de garder une parcelle de cette autorité que l’homme revenu allait lui disputer, elle a voulu se créer, dans sa sphère, une occupation qui absorbât les énergies décuplées en elle. .
Alors, poussée par les forces qui vont faire rénover l'écurie ou l’étable, sans se rendre compte qu'elle est entraînée par le même grand courant qui balaie le passé, elle veut, sinon liquider le vieux cheptel qui n’est plus en harmonie avec sa terre, mais le transformer par l'apport de reproducteurs choisis : animaux raceurs dont la souche et la descendance créeront peu à peu le troupeau de sujets d'élite à la possession duquel elle aspire. Malheureusement, guidée par son seul bon sens, elle achète au petit bonheur, sur la foi de prospectus souvent mensongers, ne s’inquiétant pas plus de l’état sanitaire que son mari ne s’est préoccupé des maladies dont pouvaient être atteints les animaux qui introduiront peut-être à l’étable l'avortement épizootique, la tuberculose, à l’écurie l’anémie infectieuse, à la porcherie toutes les maladies rouges du porc.
Brochures, prospectus, représentants sollicitent nos gens, cependant méfiants par tempérament. Isolés et insuffisamment avertis, ils se laissent berner, tandis qu'une politique d’entente eût évité ces fautes ou les eût limitées. Le progrès devait donc marquer un temps d'arrêt parce que, de toutes les corporations, la moins syndicaliste par essence est bien celle des vieux lutteurs madrés, concentrés en eux, épiant le vaincu pour guetter ses faiblesses, voulant tout gagner sans rien donner. La jeunesse, formée aux écoles d'agriculture, sait maintenant se grouper, c’est déjà mieux : ce n'est pas encore bien, mais cela pourrait l’être et éviterait ces erreurs que le paysan de nos fermes de l'Est a faites de 1920 à 1925, en important de Suisse de grandes vaches spécialisées non seulement pour le lait et la viande, mais encore pour la traction, aptitude parfaitement inutile dans nos pays et n’allant pas sans amoindrir les rendements laitiers ou les qualités pour l’engraissement ; en amenant
de Belgique des chevaux gros et forts, ayant des besoins nutritifs que notre sol de Lorraine ne peut encore satisfaire complètement ; en faisant venir d'Angleterre des porcs devenant trop gras pour les besoins d’une clientèle locale qui recherche le lard maigre. Ces erreurs, la paysanne les a faites en appelant dans sa basse-cour, soumise aux vents et aux froids brouillards des soirs et des matins, des bresses noires qui n’ont pas survécu, des Leghorn de provenance italienne trop habituées à un climat plus doux pour résister à la transplantation et qui presque à coup sûr seront la proie des maladies microbiennes et parasitaires qui les décimeront, elles et leurs sœurs nouvelles.
Ce sont ces erreurs, inspirées par le désir de mieux faire, qui ont permis à des maladies éminemment contagieuses de se répandre insidieusement en France. Frappant d’abord discrètement, ne tuant, dans les premiers temps de leur apparition, qu'un si petit nombre de sujets, que l’aviculteur non averti peut croire à une cause banale de mortalité, elles se sont installées d'autant plus sûrement que leur évolution première a été lente et peu meurtrière. L’adversité qui, si souvent, se plaît à paralyser la volonté agissante du novateur incomplètement informé veut, en effet, que la plupart des maladies introduites dans un élevage par des porteurs de germes, malades ayant toutes les apparences de la santé, voient leur agent causal ne prendre de la virulence que lentement et seulement après des passages successifs. Il est prouvé que ces microbes, qu'ils soient ceux de la diphtérie, de la typhose ou des Pasteurella, peuvent vivre longtemps à l’état de saprophytes sans créer de dommages apparents chez les animaux qui les portent. Mais que, pour une cause quelconque : refroidissement, surmenage dû à un effort ou à une production trop grande, modifiant la nature du milieu humoral de l’organisme et diminuant la résistance de leurs hôtes, le germe qui est là, guettant le moment favorable, trouve un terrain convenant mieux à son développement et une défense moins active contre ses velléités d'attaque, il prend de la force, il acquiert cette viru-
lence qui lui permet, après s'être exacerbé par des passages successifs sur les sujets les plus fragiles de l’exploitation, d'oser attaquer avec succès les autres animaux de la ferme, même quand ceux-ci ont encore tous leurs moyens de défense habituelle.
Quand le mal qui frappe un poulailler est une de ces maladies contagieuses que la science est parvenue à vaincre en donnant au vétérinaire des vaccins qui, s'ils ne guérissent pas toujours, immunisent l'effectif menacé encore indemne avec ce qu'on appelle joliment en biologie une certitude limitée, le cultivateur peut, l’épreuve passée, reprendre avec plus de confiance sa tâche, parce que mieux armé contre des ennemis que désormais il connaît. Mais en face de la Pullorose, l’éleveur de nos fermes, pourvu de moyens précaires, a toujours jusqu'à notre époque dû s’avouer vaincu et, devant ses efforts restés vains, devant ses sacrifices demeurés inutiles tant qu'il n’a pas voulu abandonner son élevage pour le reconstituer en un sol neuf loin de là, parfois même devant son impuissance à trouver des reproducteurs indemnes de la terrible maladie, alors qu'il était encore prêt à de nouvelles dépenses, il doit abandonner la lutte et chercher dans une branche différente de l’animaliculture l’utilisation de ses parquets et l'emploi des sousproduits de la ferme.
Les maladies des oiseaux de basse-cour ont frappé si fort les grands et les petits élevages, en ces dernières années ; elles se trouvaient si répandues, qu'averti comme nous l’étions pourtant par nos études à Alfort et par quinze ans de pratique vétérinaire, nous n'avons pu, dans notre élevage du Faxal qui a atteint à un moment deux mille sujets, éviter les coups de ces ennemis qui, particulièrement dans l'Est, se sont acharnés sur l’aviculture et ont exigé de ceux qui, avec raison quand même ont eu confiance en elle, une surveillance de tous les jours, une lutte de tous les instants. C'est parce que nous avons connu tous les déboires, toutes les déceptions qu'elles peuvent apporter que nous avons résumé en une thèse nos connaissances acquises actuelle-
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ment sur la Pullorose et les quelques observations que nous avons pu faire, aidé, soutenu et dirigé par le Laboratoire National de Recherches du Ministère de l'Agriculture. Ayant rapidement perdu l’espoir de trouver un traitement qui puisse guérir vraiment les malades sans les laisser fortement amoindris dans leur capacité de rendement et sans qu'ils soient encore des sujets en état d'infection chronique ou des porteurs de germes dangereux, nous avons dû nous borner à chercher parmi les différentes méthodes de diagnostic de la maladie, celle vraiment pratique qui permettra au petit éleveur, aidé par son seul vétérinaire, sans être obligé de recourir constamment au Laboratoire, de dépister hâtivement les malades afin de les faire disparaître et de supprimer ainsi les sources de la contagion.
La Pullorose, hier encore connue sous les noms de Septicémie mortelle des poussins, en Amérique, et surtout de diarrhée blanche bacillaire des poussins, en Europe, est, contrairement à ce que ses anciennes appellations pourraient faire croire, une maladie contagieuse de tous les âges, prenant une forme aiguë ou suraiguë très grave chez les jeunes, tandis qu'elle affecte de préférence la forme chronique chez les individus âgés de plus de six mois.
Espèces atteintes. — Les espèces atteintes sont nombreuses puisqu'on l’a observée chez les oiseaux de basse-cour (poules, canards, oïes, dindons...), chez le faisan et même chez le moineau accusé quelquefois d’être un agent de la contagion.
On a prétendu que parmi les Gallinacés, certaines races et en particulier la Wyandotte blanche y étaient plus sensibles que d’autres. Les contrôles que nous avons faits nous permettent de croire que là, ainsi que dans un grand nombre d’autres maladies, le microbe a d'autant plus de prise ou de facilité à s'implanter que
1° son habitat d'élection, l'ovaire, est rendu plus fragile par le surmenage que lui impose sa spécialisation pour la production des œufs (l'ovaire se défend d'autant plus difficilement qu'il est mieux adapté à produire davantage).
2° que la consanguinité souvent très grande, due à la sélection poussée très loin, en a rendu plus délicats et plus sensibles les sujets à grand rendement.
D'ailleurs, le reproche non prouvé de sensibilité fait à la